L’ÉTAT PROFOND AMÉRICAIN – “THE DEEP STATE” (III)
(Jean Goychmann)


1ère partie : L’ÉROSION DE LA DÉMOCRATIE
2ème partie : LA FINANCE FACE À LA DÉMOCRATIE

(cliquez sur les liens)


3ème partie : le dollar ou l’arnaque du siècle dernier

 

Il y a trois jours, Donald Trump a désigné Jay Powell au poste de président de la Réserve Fédérale, qui succédera à Janet Yellen début février 2018. Cela pourrait conduire à penser que le Président des États-Unis va diriger la Banque centrale américaine et ceci « au nom du peuple américain ». C’est, en tous cas, ce que voulaient faire croire ses fondateurs.

Peut-être est-ce le moment de refaire un peu d’histoire ?


Dans mes précédents articles sur l’État Profond américain, j’avais séparé le pouvoir financier des autres formes de pouvoir. Le moment est venu d’examiner comment celui-ci, après une longue période d’escarmouches remontant pratiquement à la création des États-Unis d’Amérique à la fin de la guerre d’indépendance en 1776, a réussi à s’emparer, à l’insu du peuple américain, des leviers de la création monétaire.

Deux références indispensables

Un certain nombre d’ouvrages ont été écrits sur ce sujet. Je n’en citerai toutefois que deux, qui me semblent représenter une synthèse relativement complète des évènements notables qui se sont déroulés jusqu’au 23 décembre 1913, date de l’adoption par le Congrès du « Federal Reserve Act », loi fondatrice du système des réserves fédérales [1].

“L’esprit de la Constitution américaine” et ses torpilleurs

Lors de l’écriture de la Constitution américaine en 1787, les « pères fondateurs », conscients qu’un des attributs essentiels de la souveraineté d’un peuple était de pouvoir fixer le cours de la monnaie et d’en fixer le taux du crédit, avaient inclus dans l’article premier ce droit afin de le rendre inaliénable.

George Washington pensait que la révolte des colons face à l’Angleterre était due à l’obligation qui leur avait été faite d’utiliser l’argent de la Banque d’Angleterre à la place de la monnaie locale (“local scripts”) qu’ils avaient pris l’habitude d’utiliser.

Mais un groupe de banquiers d’origine anglo-saxonne, ne l’entendirent point de cette oreille et s’ingénièrent à contourner la Constitution américaine à leur profit. Cependant, les premiers présidents restèrent vigilants et réussirent à les en empêcher. Ce fut le cas de Thomas Jefferson, qui pensait que le plus grave danger qui menaçait la nation naissante serait un monopole des banques. Ses successeurs James Madison et Andrew Jackson partageaient cet avis.

Cependant, Alexander Hamilton avait un point de vue différent et proposa en 1790 une charte dans laquelle une banque privée appelée “Banque des États-Unis” se vit confier pour vingt ans le monopole de l’émission monétaire. Cette banque ne payait aucun impôt et, en outre, le gouvernement américain était responsable – en dernier recours – de ses dettes. Les réactions des citoyens à cette charte furent acerbes et Madison déclara que « le droit d’établir des filiales bancaires ne devrait jamais être confié à un groupe d’individus sous le soleil ».

En 1811, au terme de la charte, le problème refit surface et James Madison, au grand dam des banquiers, s’opposa catégoriquement à son renouvellement en soulevant l’inconstitutionnalité de celle-ci. [2] Cela ne découragea nullement ces derniers qui poursuivirent leur projet d’une manière différente. Profitant de la guerre de 1812 et des besoins en financement qu’elle entraînait, les banquiers contraignirent Madison à signer une nouvelle charte avec la Banque des États-Unis en 1816. À peine élu en 1932, Andrew Jackson fit usage de son droit de veto pour anéantir cette seconde charte afin qu’elle ne soit pas prorogée. Son message était prophétique [3] « Nos fondateurs étaient bien trop conscients de l’influence corruptrice d’un très riche monopole sur le gouvernement visant à légaliser un monstre corrupteur de ce type par une quelconque garantie que la Constitution exprimerait ou laisserait entendre ».

Après les présidents « jeffersonistes », les banquiers représentant l’Establishment élitiste prirent progressivement l’ascendant sur les politiques. Le président Martin Van Buren essaya de résister et échoua. Mais Abraham Lincoln s’opposa victorieusement (malgré son secrétaire au Trésor) et décida d’appliquer la Constitution. Pour les banquiers internationaux il était décisif de ne pas laisser Lincoln imprimer ses propres billets car ils craignaient la contagion avec les pays européens qui leur avaient laissé le contrôle de leur monnaie. Lincoln gagna la partie et fit imprimer les “greenback dollars” en 1863, ce qui lui permit de financer la Guerre de sécession. Cela ne lui porta pas chance : il fut assassiné en 1865. [4]

1ère torpille au but : le croiseur “Maine”

Probablement échaudées par cet épisode et sa fin tragique, les présidents après Abraham Lincoln n’essayèrent même pas de contrer le cartel des banquiers et ceux-ci continuèrent pas-à-pas à faire avancer leur projet qui allait conduire en 1913 à la création de la Réserve Fédérale. Sans retracer en détail toute l’histoire entre 1863 et 1913, nous ne mentionnerons que les points importants. Entre 1870 et 1900, l’industrie américaine était aux mains de financiers (new-yorkais pour beaucoup) qui s’étaient organisés en véritables trusts. Ils avaient ainsi acquit une puissance financière considérable et pouvaient pratiquement contrôler Wall Street. En février 1898 se produisit un évènement important : le croiseur américain Maine explosa et coula dans la rade de La Havane, fournissant ainsi un motif pour entrer en guerre contre l’Espagne pour prendre le contrôle de l’île de Cuba. Seul hic : il apparût quelques années plus tard que l’annonce du naufrage survint avant même que celui-ci eut lieu…

2nde torpille au but : la crise de 1929

Entre temps, nos cartels avaient compris l’importance grandissante des médias dans le processus de fabrication de l’opinion publique. En 1906, ils achetèrent plusieurs quotidiens à grand tirage pour les utiliser comme relais d’opinion. Survint alors très opportunément en 1907 une grave crise financière à Wall Street. [5] Les journaux d’opinion publièrent des articles qui allaient tous dans le même sens : les petites banques incontrôlées étaient responsables de la crise et il fallait d’urgence installer une Banque centrale pour les mettre au pas. En réalité, les petites banques étaient étrangères à cette crise dont le cartel était à l’origine. La chute de Wall Street déclencha un mouvement de panique dans le public qui se précipita pour vider les comptes en banques. La JP Morgan – que nous allons retrouver dans les prochaines lignes – aurait pu intervenir beaucoup plus tôt mais elle ne l’a pas fait… à dessein.

Jekyll Island, l’île des pirates

C’est en 1910 que le processus final s’est engagé. Un petit groupe de banquiers internationaux se réunit sur l’île Jekyll, au large de la Géorgie [6] au mois de novembre dans un secret quasi absolu. Les membres du groupe se retrouvèrent dans le wagon privé du sénateur Aldrich, qui était le président de la Commission Monétaire. Ils voyagèrent de nuit et arrivèrent sur l’ile en toute discrétion, officiellement pour une chasse au canard (sic) (note éd.). Il y restèrent une dizaine de jours pour rédiger le futur “Federal Reserve Act”, architecturé par Paul Warburg. Il ne restait qu’à le faire ratifier par le Congrès.

L’accouchement au forceps de la Réserve Fédérale

Un premier obstacle se posait : l’opinion publique américaine était restée « jeffersoniste » et opposée à toute idée de Banque centrale, malgré les campagnes de presse.

Seconde difficulté, le Président William Howard Taft n’était pas favorable non plus à la création d’une Banque centrale qui aurait contrôlé la monnaie américaine. Républicain très populaire, il avait toutes les chances d’être réélu en 1912. Du reste, lors de son premier passage devant le Congrès, le texte rédigé sous le nom d’Aldrich, mais qui était en réalité l’œuvre de Vanderlip et Strong [7], fut littéralement descendu en flammes par les congressistes qui y avaient vu sans se tromper une intervention directe de Wall Street.

Il fallait donc trouver un candidat favorable à ce projet et empêcher la réélection de Taft.

Celle-ci fut évitée grâce à la candidature-surprise de Theodore Roosevelt (à ne pas confondre avec Franklin − note éd.), dont la famille régnait sur la Banque de New-York depuis des générations et qui avait lui-même été président des États-Unis avant Taft. Cette candidature allait diviser les voix des Républicains. L’élimination de Taft étant assurée, il fallait fabriquer le candidat du cartel bancaire. Ce fut Woodrow Wilson, professeur et président de Princeton, qui fut retenu. Grâce à l’action efficace de Mansell House [8] et notamment une campagne de presse très bien orchestrée, car il était totalement inconnu. Il fut élu à la Maison Blanche en 1912. Ce qui n’est pas sans rappeler une certaine histoire française… très contemporaine (note éd.)

La partie n’était pas encore gagnée car de nombreux sénateurs ne voulaient pas entendre parler de ce projet. Le sénateur Towsend déclarait notamment : « Ce projet de loi n’est issu d’aucune tribune politique. Il n’est pas de lieu ou de moment où le Peuple se serait exprimé à ce propos ». Et Towsend, loin de là, n’était pas le seul à se dresser contre ce projet. Un sénateur du Nebraska, nommé Hitchcock, s’écria, après la première lecture : « Un document sacré, en tant qu’issu de la Chambre, auquel il nous a été interdit d’ajouter la moindre virgule ou point sur un i” ».

Les banquiers décidèrent alors d’adopter la stratégie des petits-pas en faisant adopter des lois connexes que les Représentants adoptèrent sans les lire. Ce fut le cas de la loi Owen-Glass le 18 septembre 1913 qui passa sans discussion à la Chambre des Représentants et au Sénat. Glass et Owen étaient tous les deux des banquiers… Le sénateur Bristow eu beau dénoncer ce conflit d’intérêt évident, il ne fut pas entendu et le projet fut voté dans la précipitation sans aucun débat ce jour-là.

Enfin, au terme de la semaine tumultueuse du 16 au 23 décembre 1913, malgré des interventions virulentes mais totalement fondées contre ce projet et les méfaits qu’il risquait d’entraîner (notamment ceux liés à l’inflation) les banquiers s’abritèrent derrière le fait que la monnaie restait liée à l’or et à l’argent, alors qu’ils avaient déjà en filigrane l’intention de supprimer ce lien dès qu’ils le pourraient [9]. Le Federal Reserve Act fut adopté le 23 décembre 1913 à 11:00pm (23:00) après un certain nombres d’irrégularités de procédure, notamment sur des points de divergence fondamentales, tous éludés les uns après les autres, tels que la quantité d’or qui devait être maintenue en réserve par rapport à la monnaie émise, entre autres…

Permettez-moi ici de citer in extenso ce qu’écrit Anthony Sutton sur la nature réelle de ce texte :

« Le vote du Congrès de décembre 1913 concernant le “Federal Reserve Act” compte sans doute comme l’une des perversions anticonstitutionnelles du pouvoir politique les plus scandaleuses de toute l’histoire de l’Amérique. Il est assurément difficile d’imaginer une loi ayant eu autant d’effets et ayant illégalement transféré plus de pouvoir de monopoles à une clique de comploteurs. »

Cette appréciation très sévère trouve pourtant sa justification a posteriori par la situation actuelle. En un siècle, la monnaie américaine est passée d’une monnaie “valeur” (contrepartie en or ou argent) à une monnaie “légale”, purement fiduciaire qui n’est que du papier imprimé.

Le discours de Richard Nixon le 15 août 1971 marque le terme du processus engagé en 1913, en supprimant totalement la convertibilité-or du dollar. De Gaulle avait parfaitement vu et compris quel était le but poursuivi par les « banquiers anglo-saxons » comme il les appelait. C’est pour cette raison qu’il a réclamé à différentes reprises le retour à l’étalon-or pour remplacer les dollars américains « qu’il ne tient qu’à eux d’émettre ».

Le processus d’émission de la monnaie américaine établi par la loi de 1913, consiste à imprimer des billets à concurrence des valeurs marquées sur les Bons du Trésor, contre un intérêt annuel dont le paiement est garanti par l’impôt fédéral, faisant ainsi des contribuables américains les payeurs en dernier ressort.

Bretton Woods − le coup de grâce

Les accords de Bretton Woods de juillet 1944 ayant consacré le dollar comme monnaie de réserve internationale ayant, de fait, donné une seconde nature au dollar tout en conservant un unique système d’émission, ont permis d’étendre pratiquement au monde entier cette « monnaie-dette » qui peut être créée à partir de rien (ex nihilo) et générer des dettes quasi-infinies. En effet, dans un tel système, les États-Unis ne peuvent être qu’importateurs, puisque c’est la monnaie qui sert à acheter les biens importés qui va permettre de financer le commerce international. En d’autres termes, cela revient à faire financer la dette américaine par le reste du monde.

Et l’euro ?

Enfin, il faut se rappeler que l’euro, monnaie unique européenne, est bâtie de la même façon : une banque centrale (BCE), appartenant à d’autres banques et émettant de la monnaie ex nihilo pour racheter des dettes d’État, voire des dettes d’entreprises, et ceci sans limite apparente. Il apparait un peu plus évident chaque jour que ces dettes ne seront jamais remboursées mais que seuls comptent les intérêts versés qui augmentent jour après jour la fortune des établissements financiers.

Ceci explique en grande partie pourquoi les 1% les plus riches continuent de s’enrichir alors que les classes moyennes (celles qui paient l’impôt) se paupérisent de plus en plus.

Vers le rétablissement du droit des Peuples à disposer d’eux-mêmes ?

Voir le 1er § de ce texte, en rouge… (note éd.)

 

Jean Goychman
05/11/2017

 

[1] La base de la documentation de cet article vient des deux ouvrages suivants :
→ Les Secrets de la Réserve Fédérale (Eustace Mullins) éd. Le Retour aux Sources – préface de Michel Drac.
→ Le Complot de la Réserve Fédérale (Anthony Sutton) éd. Nouvelle Terre.
[2] Le Complot de la Réserve Fédérale, p. 28.
[3] Le Complot de la Réserve Fédérale, p. 35.
[4] http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/04/07/2459192_les-dollars-green-back-ou-la-derniere-fois-ou-les-usa-furent-libre-financierement.html
[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Panique_bancaire_am%C3%A9ricaine_de_1907
[6] Les Secrets de la Réserve Fédérale, ch. 1er, “Jekyll Island”.
[7] Fred Vanderlip et Benjamin Strong faisaient partie du groupe de l’île Jekyll. Vanderlip était le président de la National City Bank of New-York et Strong était un lieutenant de JP Morgan (Les Secrets de la Réserve Fédérale, p. 32).
[8] Mansell House, plus connu sous le nom de “Colonel House” était le conseiller privé et le mentor de Woodrow Wilson. Voir : http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/mariali/chaos/house.html
[9] De fait, l’alignement du dollar sur l’or était une sorte d’excipient destiné uniquement à faire « passer la pilule » mais supprimé dès que possible pour libérer la création monétaire.



 

 

DANGER : L’“ÉTAT PROFOND” S’INSTALLE EN FRANCE
Jean Goychman


Voir avec profit :

[cliquez sur les liens ci-dessus]


Le plus grave défaut de la démocratie est probablement qu’elle porte en elle-même le germe de sa destruction. La démocratie américaine était, à ses débuts, la plus achevée. Le peuple américain décidait de sa destinée et de ses valeurs. Élu sur la base d’un suffrage universel (ou presque car les noirs n’avaient pas le droit de vote) le Président détenait le pouvoir exécutif, mais le Congrès pouvait infléchir ses choix.

En théorie, cela fonctionnait assez bien jusqu’à l’apparition du pouvoir médiatique, issu de la technologie, sur lequel le peuple n’avait aucune prise. Ce pouvoir d’informer, qui aurait dû rester objectif a été progressivement « pollué » par la finance. La pluralité des moyens d’information, qui aurait pu tempérer ce phénomène, l’a plutôt aggravé car rien ne leur interdisait d’avoir le même propriétaire apparent ou caché.

L’État Profond américain remonte, aux dires de FD Roosevelt, à l’époque d’Andrew Jackson. Celui-ci s’était opposé avec succès à la création d’une banque centrale mais après sa mort « une composante financière s’est emparée du gouvernement » [1] et a permis d’installer soixante ans plus tard la Reserve Fédérale à l’issue d’une campagne de presse faisant croire au peuple américain que les banques étaient responsables des deux crises de 1907 et 1911. Cette campagne fut menée par les journaux dont ils avaient préalablement pris le contrôle [2] et arguant qu’il fallait établir un système de contrôle desdites banques. Ce qui fut fait en 1913 en créant la Réserve Fédérale, trompant ainsi le peuple américain sur la nature de celle-ci, qui était une banque privée controlée par un cartel de banques présentes dans les rouages du pouvoir américain. L’élection de Woodrow Wilson, candidat médiatiquement fabriqué pour aller à la Maison Blanche, montre clairement le pouvoir de cet État Profond.

Et ce pouvoir de l’ombre ne s’est pas arrêté en si bon chemin. Un des aspects de la démocratie est que les citoyens ont un droit de regard sur les décisions politiques et notamment sur le montant des impôts prélevés. Les comptes de la Nation doivent être publiés. Cela peut poser certains problèmes, notamment en période de guerre. Ce fut le cas du projet Manhattan (bombe atomique) durant la guerre et qui fut financé par le « complexe militaro-industriel » américain. Les choses se compliquèrent avec la guerre du Viet-Nam et il fallut trouver des sources occultes pour financer nombre d’opérations « secrètes »…

Cependant, ces dépenses secrètes ne pouvaient qu’être marginales et ne suffirent pas à alimenter le budget de la Défense américaine, dont le principal bénéficiaire était ce complexe militaro-industriel.

Pour justifier de tels budgets, il fallait que le peuple américain se sente menacé. Et c’est là où intervient le système politico-médiatique. Il faut générer un état de guerre perpétuel pour pérenniser ce système sans que les contribuables n’y trouvent à redire. Mais ce n’est pas le seul avantage de la démarche. Pour peu que le sol du territoire soit lui-même menacé, il devient plus facile de convaincre la population de sacrifier un peu de liberté pour garantir sa sécurité.

On voit ainsi comment, d’une manière feutrée et progressive pour ne pas dire insensible, le pouvoir légal a été transféré à celui de l’ombre, ceci avec l’accord tacite des citoyens américains. Toute la subtilité de l’opération réside dans le maintien de l’apparence du système traditionnel : il y a toujours des débats, des campagnes électorales et des élections. Les représentants du peuple continuent à siéger. Bref, officiellement, rien ne change.

Mais, dans ce domaine, les américains n’ont pas été les précurseurs. Les britaniques les ont précédé de quelques siècles, juste après la bataille de Bouvines en 1214 lorsque les barons anglais ont imposé leurs propres règles à Jean sans Terre [3].

Une certaine similitude apparait avec notre propre pays.

Analysons tout d’abord le processus dans ses différentes étapes. Nous partons d’un État ou le peuple a réussi à instaurer la démocratie. Redistributive par essence en raison de l’élection des représentants, le consentement à l’impôt en est le corolaire indispensable.

Supposons qu’un groupe, quel qu’il soit, veuille détourner ce système à son profit. La première action qu’il doit mener est la prise de contrôle de la finance, et notamment de la monnaie du pays.

C’est ce qui fut réalisé aux États-Unis avec la création de la FED.

Ensuite il faut s’approprier le système politique. Les élections sont le résultat de l’opinion exprimée par le plus grand nombre. Il faut donc convaincre cette majorité et c’est le rôle des médias dont la prise de contrôle se fera par la finance. Ils devront relayer l’opinion issue d’un certain nombre de « groupes de pression » (think-tanks ou lobbies) afin d’orienter, voire de fabriquer cette opinion. Il existe deux voies possibles : vanter les mérites de ce qui est proposé ou dénigrer ce que proposent les éventuels concurrents. C’est souvent les deux qui se pratiquent.

L’effet de répétition fera le reste… Notons à ce sujet que moins les gens seront formés à l’esprit critique, plus il deviendra facile, par instinct grégaire, de les convaincre.

Enfin, les candidats aux élections – quelles qu’elles soient – devront être sélectionnés à l’intérieur d’un cercle prédéterminé, non pas en fonction de l’intérêt du pays ou peuple qu’ils doivent diriger, mais uniquement en fonction de l’aptitude qu’ils auront montré à favoriser les intérêts du groupe qui les met en place. Ce fut le cas avec Woodrow Wilson, mais également Ronald Reagan, GH et GW Bush, Bill Clinton et Barak Obama. Pour ces derniers, le rôle joué par le CFR [4] est difficilement contestable. Il faut donc procéder à une sorte de « casting » pour trouver celui ou celle qui sera la plus habile à dire aux électeurs ce qu’ils ont envie d’entendre mais aussi et surtout à taire ce qu’ils ne veulent pas entendre…

Qu’en est-il chez nous? Une date retient l’attention : 1973. Le 03 janvier est promulguée la loi qui va nous conduire à la perte de contrôle de notre monnaie. Dorénavant, l’État devra se financer auprès des marchés pour ses déficits budgétaires. Très anodin en apparence, c’est pourtant ce qui nous conduira à notre endettement actuel. Arrive ensuite la loi relative aux chaînes télévisées dont la subvention deviendra proportionnelle à l’écoute. Dès 1981, c’est la libéralisation des ondes et de la radio.

En 1986 les premières privatisations apparaissent timidement sous la pression de la Commission Européenne et la mise en place de la 1ère cohabitation. Ce mouvement de libéralisation se poursuivra, mettant en place des chaînes de télévision opérant conjointement avec les chaînes publiques au nom des la « pluralité » de l’information.

La suite est connue. Toujours plus de libéralisme économique, des multinationales qui deviennent intouchables, une monnaie unique adoptée en 1992, un référendum en 2005 resté sans effet malgré un large refus de la population.

Le premier président mis en place par cet État Profond a probablement été Nicolas Sarkozy en 2007. Dans tous les cas, il est arrivé à l’Élysée grâce à lui. Une de ses premières actions fut de remettre la France sous le commandement intégré de l’OTAN. Ensuite le Traité de Lisbonne reprenant les termes du traité constitutionnel refusé, a été adopté par le Congrès (Assemblée Nationale + Sénat) après une modification opportune de la Constitution. En 2009, changement de ton dans les médias. Visiblement, Sarkozy a cessé de plaire et ne doit pas être réélu en 2012. Après l’éviction rocambolesque de DSK, c’est le tour de François Hollande qui est médiatisé en vue de son prochain lancement, coupant ainsi la voie de la réélection de Sarkozy.

Quant à l’élection d’Emmanuel Macron au mois de mai 2017, elle soulève de nombreuses questions. Invité à la Conférence annuelle du Bilderberg [5] en 2014, une « fusée médiatique » l’a placé sur orbite en un temps record, le transformant en quelques mois du statut de quasi-inconnu à celui de candidat incontournable.

Une autre similitude existe avec l’État Profond américain. Peter Scott Dale analyse le 11 septembre 2001 comme la date de la mise en application du programme COG (Continuity Of Government) [6].

D’après lui, c’est bien avant le 11 septembre que fut élaboré le Patriot Act, qui a été présenté au Congrès le 25 octobre 2001. Ce Patriot Act, dont la presse quasi unanime prévoyait la suspension après l’élection de Obama a, contre toute attente, été renforcé par ce dernier et inscrit dans la loi américaine.

N’est-il pas curieux de constater que, dans notre pays, l’état d’urgence mis en place au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, a été maintenu depuis et que sa suppression, prévue pour le mois de novembre sera précédée par l’adoption d’un texte de loi portant sur les mêmes dispositions ? [7].

On remarquera qu’au-delà des hommes, il existe une continuité totale dans leur politique, comme s’ils se contentaient de jouer le rôle écrit par ceux qui les ont mis en scène. Certains le jouent mieux que d’autres mais le résultat est le même.

La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si ces « États Profonds » possèdent ou non des liens entre eux qui les rattacheraient à un projet beaucoup plus vaste qui les verrait supplanter les démocraties les unes après les autres, afin de les remplacer par une sorte de « soft-totalitarisme » probablement beaucoup plus efficace s’il s’agit de veiller sur les intérêts d’une sorte d’oligarchie mondiale dont les prémisses se font sentir d’une manière de plus en plus précise ?

Car, n’en doutons point, tous ces accords de libre-échange à l’échelle des continents dont on nous vante les mérites sont une condition préalable à l’établissement d’un pouvoir économique et financier mondial.

Jean Goychman
15/07/2017

[1] L’État Profond Américain – Peter Dale Scott (éd. La Demi-Lune) ; p. 46
[2] http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/mariali/chaos/conspirateurs/conspirateur.html#6 Les Secrets de la Réserve Fédérale, Eustace Mullins (éd. Le Retour aux Sources) p. 59
[3] Caroll Quigley, Histoire Secrète de l’Oligarchie Anglo-Américaine (éd. Le Retour aux Sources) – avant-propos de Pierre Hillard, p. 7.
[4] Pierre de Villemarest, Le Mondialisme contre nos Libertés (éd. L’Icône Marie) CEI pp. 52 et 53.
[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Groupe_Bilderberg
[6] L’État Profond Américain – Peter Dale Scott (éd. La Demi-Lune) p. 78
[7] https://blogs.mediapart.fr/sophie-boussemart/blog/020617/ny-t-il-pas-durgence-supprimer-letat-durgence


À titre d’informations complémentaires très référencées, cliquez sur ce lien.



 

 

LES “SAUTS DE CABRI” DE MACRON
(Jean Goychman)

Le discours de la Sorbonne

Écoutant le discours d’Emmanuel Macron dans le grand amphi de la Sorbonne, il m’est revenu en mémoire la célèbre exclamation de de Gaulle qui fustigeait ceux qui faisaient « des bonds de cabri sur leur chaise en criant l’Europe, l’Europe, l’Europe !!! » [1]. Déjà à l’époque, de Gaulle, qui n’était pas dupe des raisons non-avouées qui avaient conduit l’État Profond américain à laisser croire aux peuples européens que le projet qu’il développait « en sous-main » devait mener à ce qu’il est convenu d’appeler « une Europe intégrée » alors qu’il s’agissait simplement de créer une zone de libre-échange ouverte à tous les vents de la mondialisation future. Naturellement, cette Europe intégrée devait ouvrir aux peuples européens un avenir radieux de paix et de prospérité afin de solliciter leur adhésion.

La Trilatérale

Aujourd’hui, plus de cinquante ans après, les objectifs déclarés ont évolué. La nécessité de l’intégration n’est plus guidée par la perspective de paix – considérée comme acquise – mais pour répondre à un autre danger lié à la mondialisation. Je trouve d’un cynisme absolu le fait de nous dire que notre industrie n’est plus capable d’affronter seule la concurrence mondiale, notamment celle de la Chine, alors que, depuis des années, nos dirigeants ont constamment agi pour l’affaiblir. J’ai encore dans l’oreille les propos de ceux qui, suivant le projet d’organisation mondiale tel que le concevait la Commission Trilatérale dans les années 70’, pensaient que le moment était venu de faire passer les pays développés vers l’ère “post-industrielle”.

Cette Commission Trilatérale, créée en 1973 par David Rockefeller et Zbignew Brezinzki, pensait qu’une nouvelle distribution des activités financières, commerciales et industrielles à la surface de la planète allait permettre d’assurer la paix mondiale grâce à une répartition harmonieuse de celles-ci.

En gros, les pays fortement industrialisés allaient évoluer vers les activités financières : les pays en voie de développement (aujourd’hui appelés BRICS) deviendraient l’atelier du monde et on les aiderait à y arriver. Quant aux autres, on se contenterait d’exploiter leurs richesses naturelles…

Et ce plan a parfaitement fonctionné. Outre le fait qu’il permettait à la Réserve Fédérale d’imprimer des dollars sans limite après le 15 août 1971 afin de permettre un accroissement phénoménal des échanges commerciaux – notamment avec la Chine – mais également de fournir suffisamment de devises pour les transactions pétrolières [2], il a permis un essor industriel sans précédent des pays qui sont devenus, grâce à de nombreux transferts de technologie, capables de produire à bas-coût tous les produits correspondant aux besoins mondiaux.

L’industrie française

Vouloir aujourd’hui défendre l’industrie française en vendant les quelques entreprises phares qui subsistent en prétextant la nécessité de s’opposer à ce qu’eux-mêmes ont créé, mérite quand même d’être souligné. Le propos d’Éric Zeymour citant Bossuet − « Dieu se rit de ceux qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes » − me semble particulièrement bien adapté…

« Il nous faut plus d’Europe ! »

Ainsi donc, notre cher Président enfourchant à son tour le cheval du mondialisme à bannière européenne, nous dit : « Il nous faut plus d’Europe ! » Et pour commencer, il nous propose une Europe à plusieurs vitesses. Tiens-donc ! Il feint de découvrir qu’une Europe à 27, c’est moins facile à mettre d’accord qu’une Europe à 17. S’il nous l’avait demandé, on lui aurait dit, mais passons… En fait, il veut faire une sorte « d’Europe dans l’Europe » où chaque pays pourrait choisir (un peu comme à Center-Parc ou au Club-Med) les activités qui lui convienne. Nous aurions ainsi un ministre des finances de la zone euro, une dose de députés transnationaux à Strasbourg (sur les sièges libérés par les anglais), une force militaire européenne, et quelques gadgets en plus. Ensuite, se pose le problème du financement de ces mesures, une fois adoptées. Pas de soucis ! Il nous ressort la taxe carbone et la taxe « Tobin ». Et ça, c’est plutôt marrant.

Commençons par la Taxe Tobin

Elle remonte à 1972, date à laquelle l’économiste prix Nobel anglais avait proposé de taxer les transactions internationales pour limiter l’effet de volatilité des devises due aux marchés financiers. Son inefficacité a été soulignée par la Cour des Comptes le 26 juin 2017 [3].

Ensuite, la taxe carbone

Dans un article récent, j’ai dit ce que je pensais de cette taxe [4] et dans quelles conditions elle avait été établie. En cherchant un peu plus, j’ai trouvé la confirmation de son origine, et cela me gêne quelque peu [5]. À l’ordinaire, je n’ai pas une confiance absolue sur la fiabilité des informations trouvées sur le Web, mais un détail a cependant attiré mon attention sur le contenu de ce site. Il s’agissait d’une déclaration de Simon Linett, VPE Rothschild à la City.

Apparemment, ce texte avait été écrit dans le cadre du projet du Traité de Copenhague. Il s’agit de mettre en place une institution internationale à laquelle « les nations doivent céder leur souveraineté ». On retrouve comme par hasard, dans ce projet de Traité signé à la Conférence de Copenhague de 2009, un mode de financement comportant une TTF (Taxe sur les Transactions Financières) et une taxe carbone.

Simon Linett écrit d’une façon ouvertement explicite que « Le “changement climatique” est simplement une étape sur le chemin de quelque chose de plus grande envergure qui pourrait bien se prolonger au-delà de cette question simple mais critique. »

Les choses sont claires : seul un gouvernement mondial pourrait traiter les problèmes planétaires. Et que ce soit Emmanuel Macron (lui-même passé par la maison Rothschild) qui le propose à nouveau dans un contexte totalement différent de celui du climat, indique qu’il y a probablement une source nouvelle de profit pour l’oligarchie financière mondialiste. Analysé de ce point de vue, le discours d’Emmanuel Macron est en parfaite cohérence avec ce que dit Simon Linett. Il est dirigé contre la souveraineté des Nations qui constitue encore l’obstacle majeur à l’établissement de ce pouvoir mondial.

Où est passé notre Ministre des Finances ?

Chose curieuse : avez-vous remarqué qu’il n’y a pas de Ministre des Finances dans le gouvernement français actuel ? Cette absence est en elle-même révélatrice de l’orientation que lui donnait le président Macron. S’il n’y a pas de ministre en charge des finances françaises, c’est que quelqu’un d’autre − hors du gouvernement − doit s’en charger… Il lui reste simplement à convaincre nos amis allemands de faire de même…

L’artifice de la souveraineté européenne n’est qu’une illusion verbale et un abus de langage. La souveraineté ne peut s’exercer qu’au travers du cadre d’une nation. Il n’y a ni nation européenne, ni peuple européen. Il n’existe aujourd’hui qu’une mosaïque de nations dont on peine à croire qu’elles aient des visions convergentes de leurs devenirs respectifs. Leurs dirigeants, de plus en plus coupés de leurs peuples, semblent avoir déjà accompli le saut mondialiste et s’accommodent visiblement de la perspective d’un gouvernement mondial au nom du sens de l’Histoire, alors que ceux qu’ils administrent commencent à discerner quel est l’enjeu véritable qui est resté soigneusement caché. Emmanuel Macron est lucide, et sait que la course de vitesse est d’ores et déjà engagée. Le projet qu’il défend doit nécessairement aboutir pour couper toute velléité de retour en arrière. L’Europe acquise, le reste du monde devrait suivre.

À moins que…

Jean Goychman
27/09/2017

[1]  https://www.youtube.com/watch?v=XtPrGP2OgHU
[2] ↑ En 1973, le cours du baril a été multiplié par 4, passant de 3 à 12 dollars.
[3]  http://www.lemonde.fr/economie-francaise/article/2017/06/26/la-cour-des-comptes-dresse-un-bilan-tres-critique-de-la-taxe-tobin_5151489_1656968.html
[4] ↑ http://www.minurne.org/?p=12100
[5] ↑ https://interetpourtous.com/2016/08/03/le-plan-rothschild-pour-un-gouvernement-mondial/




 

 

POURQUOI L’EURO TUE NOTRE ÉCONOMIE
(Jean Goychman)

Depuis la fin de la guerre, les échanges mondiaux se sont généralisés. Toutefois, cette mondialisation n’a été rendue possible que par l’occurrence de deux évènements distincts, en apparence indépendants l’un de l’autre.

L’ère du troc ayant pratiquement disparu depuis le moyen-âge, les échanges entre pays se sont réalisés par l’intermédiaire d’un agent, au début économiquement neutre, appelé la monnaie, dont la valeur intrinsèque s’exprimait couramment depuis le Moyen-Âge, en grammes d’or (Système du Gold exchange). Cette parité limitant la création monétaire (et donc les dépenses des États) ceux-ci cherchèrent à faire sauter ce verrou. Ainsi sont nées les monnaies dites « flottantes » dont la valeur résultait de « l’offre et de la demande ». Le franc-or ainsi que la livre-or ont disparu en 1914 afin de pouvoir assurer le financement de la guerre par l’émission de monnaie fiduciaire et les emprunts d’État. En 1944, le dollar américain a été choisi comme monnaie de réserve internationale en raison de sa parité-or, qui avait toujours été maintenue, garantissant ainsi sa stabilité dans le temps

Par ailleurs, l’aspect « mondial » de la guerre avait démontré qu’il existait les moyens technologiques de faire voyager d’énormes quantités de matériel d’un continent à l’autre.

La conjonction de ces deux phénomènes a permis l’avènement de la mondialisation.

En 1971, les besoins en financement des États-Unis étaient tels que la Réserve Fédérale dût suspendre la convertibilité-or du dollar, qui devint flottant à son tour. Cela posait un réel problème de commerce international en raison de l’instabilité de cette monnaie pouvant s’apprécier ou bien se déprécier en fonction des marchés. D’autant plus que les besoins en dollars pour les transactions pétrolières subissaient une croissance exponentielle en raison des décisions de l’OPEP qui avaient multipliées par quatre le prix du baril durant l’année 1973.

Augmentation de la dette des USA

Or, l’émission des dollars ne pouvait se faire qu’en contrepartie d’émission de bons du Trésor Américain, c’est-à-dire une augmentation de la dette américaine vis-à-vis de la FED.

John Connally

La double nature de monnaie américaine (domestique et internationale) a déséquilibré la balance du commerce extérieur américain, car le pays devait être outrageusement importateur afin d’exporter en contrepartie les dollars nécessaires aux échanges internationaux. Cela avait même fait dire à John Connally, secrétaire du Trésor américain, en s’adressant aux puissances étrangères : « le dollar est notre monnaie et votre problème ».

MAASTRICHT : naissance de l’euro et fantasme de l’État fédéral européen

Et l’euro, dans tout ça, me direz-vous ? – J’y arrive. Après l’échec du dollar AMGOT de 1944 [1], la tentation a toujours été forte d’établir une monnaie européenne avec une banque centrale indépendante sur le modèle de la FED ou de la BoE. Après le SME qui préfigurait cette monnaie, le projet « euro » pris corps avec le referendum de Maastricht en 1992. Conscients de la disparité économique des futurs pays utilisateurs, des critères dits « de convergence » devaient permettre d’assurer une transition en douceur avec les monnaies nationales. Issus de négociations souvent difficiles, les critères retenus laissaient cependant une porte largement ouverte aux impétrants quels qu’ils soient.

Le véritable objectif était d’établir un État fédéral, projet envers lequel les peuples se montraient plutôt réticents. Les promoteurs de la monnaie unique étaient persuadés qu’au bout de quelques années, les peuples accepteraient cet État fédéral et que les problèmes d’interface se trouveraient réglés. Cette politique du plan incliné, chère aux organisations fabiennes, fit long feu. Après les premières années, plutôt euphoriques, où les pays les plus faibles économiquement découvrirent les emprunts faciles à faible taux, leurs dettes publiques commencèrent à dépasser les seuils d’alerte. Comme les ratios des dettes publiques s’expriment par rapport au PIB, il leur fallait maintenir un taux de croissance record pour confiner leurs dettes. Cette croissance ne pouvait résulter que du développement du marché intérieur comme extérieur de ces pays.

La crise de 2008 et le volte-face de l’Allemagne

En 2008, la crise financière internationale a tué cette euphorie des premières années et a mis en évidence l’absence de solidarité des pays de la zone euro. Les allemands, radicalement opposés à la « mutualisation des dettes publiques » ont de facto porté un coup d’arrêt au fédéralisme. Les taux d’emprunt ont commencé à diverger fortement et les « critères de convergences », en particulier ceux des dettes publiques, n’ont plus été respectés.

C’est là où les difficultés sont survenues.

  • Un pays exportateur voit les devises rentrer à la place des biens exportés. Ces devises viennent renforcer son économie mais également, dans une situation normale, entraînent une réévaluation de sa monnaie. Cet effet régulateur se traduit par une baisse de compétitivité qui freine ses exportations.
  • A contrario, un pays importateur voit sa monnaie quitter son territoire, ce qui l’oblige à en émettre davantage, donc sa monnaie se déprécie. Cela entraîne une augmentation naturelle de sa compétitivité, donc un meilleur positionnement à l’export.

Or la zone euro est constituée de pays importateurs et exportateurs.

  • Pour ces derniers, tout va bien car le bilan « import/export » rapporté à l’ensemble de la zone diminue l’effet exportation et la monnaie qu’ils utilisent se renchérit moins que s’ils étaient les seuls à l’utiliser.
  • Pour les autres, ceux qui sont « importateurs nets », c’est le phénomène inverse qui se produit. En plus de leurs difficultés de production, ils doivent subir le renchérissement relatif de leur monnaie qu’ils ne peuvent plus dévaluer. Ils doivent donc emprunter pour couvrir leurs dépenses. Ils se trouvent alors pris dans la spirale de l’austérité, car ils ont de plus en plus de mal à emprunter pour combler un déficit croissant en raison des taux d’emprunts intenables. Ils doivent alors augmenter les impôts, diminuer les salaires et vendre les « bijoux de famille » [2].

Bien évidemment, cet aspect des choses a toujours été occulté par les eurofédéralistes (de plus en plus mondialistes) qui préféraient tuer dans l’œuf tout débat sur ce sujet, préférant répéter à satiété que « quitter l’euro serait une folie qui ruinerait les petits épargnants ».

Pourtant, ces divergences entre les États de la zone euro, entretenues par le manque d’effet régulateur, ne peuvent que s’amplifier dans le temps. Et plus elles s’amplifient, plus le coût d’un éventuel fédéralisme qui s’avèrerait nécessaire pour maintenir la zone euro menacée d’éclatement, devient élevé. D’autant que ceux qui pourraient payer devraient renoncer de facto à un énorme avantage, tout en s’appauvrissant lors des transferts nécessaires.

La solution fédérale ?

Peut-on raisonnablement espérer une solution fédérale ? – Dans l’absolu, tout est possible. Mais dans la réalité ? Cela fait 55 ans (presque deux générations) que le problème est posé. Ceux qui y auraient intérêt ne peuvent la financer et ceux qui pourraient la financer n’y ont aucun intérêt. C’est pour cela que la plupart des économistes n’y croient plus. On peut toujours se gargariser et « sauter sur sa chaise » comme le disait le général, la réalité est là. Alors, bien sûr, on peut feindre d’y croire, chaque jour gagné étant un résultat en soi. Mais après ?

La politique de Macron vis-à-vis de l’Allemagne

C’est aussi la raison pour laquelle Emmanuel Macron veut emmener à tout prix l’Allemagne dans la barque du fédéralisme, y compris en changeant les contours de la zone euro (autant que faire se pourra) afin de donner aux allemands les gages nécessaires. Le programme d’austérité destiné à réduire coûte que coûte nos dépenses publiques, qu’il veut nous imposer de façon à nous remettre dans les clous des traités européens, ne correspond qu’à cette démarche. Il espère ainsi amener Angela Merkel à sortir du scepticisme qu’elle manifeste à l’égard de l’Europe depuis des années. Ce scepticisme étant en grande partie justifié par ce qu’elle considère comme du laxisme budgétaire, Emmanuel Macron pense que seul « un passage en force » le crédibiliserait auprès d’elle. Rien n’est cependant garanti car l’Allemagne à tout intérêt à ce que ce différentiel se prolonge, comme en témoignent les courbes éditées par Eurostat.

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Robert Alexander Mundell

Au-delà des manœuvres politiciennes, il existe cependant une réalité. Chaque fois qu’une même monnaie était utilisée par plusieurs États au mépris des règles édictées par Robert Mundell [3] dans sa Théorie des zones monétaires optimales, aucune de ces monnaies n’a pu perdurer en tant que monnaie commune. Ce fut notamment le cas pour l’Irlande après la guerre de 14, qui utilisait la monnaie du Commonwealth, tout comme la Nouvelle Zélande.

Thomas Jefferson disait même que la cause majeure de la révolte des colons américains en 1775 était le « Currency Act » [4] de 1765, qui leur interdisait d’émettre leur propre monnaie et les forçaient à utiliser la monnaie anglaise.

Jean Goychman
23/09/2017

[1] AMGOT : American Military Government for Occupied Territories.
[2] http://www.capital.fr/economie-politique/croissance-chomage-dette-la-france-boulet-de-l-europe-1204084
[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Zone_mon%C3%A9taire_optimale
[4] http://www.dinosoria.com/independence-day.html


 

 

LA DICTATURE DES MARCHÉS FINANCIERS
(Jean Goychman)

Nous ne sommes plus en démocratie, mais nous préférons l’ignorer afin de croire que nous y sommes encore. Pourtant, les faits sont là et leur évidence devient aveuglante. Après une période de deux décennies où les signes avant-coureurs se sont multipliés, l’État Profond qui nous dirige dorénavant ne prend même plus la peine de « sauver les apparences » et sort de l’ombre dans laquelle il se tenait caché.

La journaliste américaine Diana Johnstone [1] a publié au Cercle Aristote en mars dernier un article intitulé : « En France, une autre campagne présidentielle effroyable : l’émergence de l’État Profond » qui décrivait la campagne présidentielle française comme s’inscrivant dans la continuité de celle des États-Unis. Elle souligne notamment l’étrange similitude du déroulement de ces deux campagnes successives et comment, malgré des différences essentielles au niveau des processus électoraux (suffrage indirect aux USA et suffrage universel à deux tours en France) les forces de l’État Profond ont réussi à « singer » le système américain en intercalant des élections « primaires ». Dans le système français, l’égalité des temps de parole donnés à chacun des candidats est pourtant censée diminuer l’influence des médias au service des marchés financiers.

[cliquez sur l’image ci-dessus − vidéo 05:02]

Mais ceux-ci ont très vite trouvé la parade grâce aux élections primaires dans lesquels les temps de parole ne sont plus réellement contingentés et qui ont permis une sorte d’autodestruction des candidats qui s’y sont prêtés. À gauche, Vals et Montebourg se sont fait éliminer de la course et ni Sarkozy ni Juppé n’ont survécu à celle de droite. La finale s’est donc déroulée entre un François Fillon carbonisé par les attaques successives, un Benoît Hamon inexistant, une Marine Le Pen sur laquelle allait se concentrer toute la force de frappe des médias mainstream placés en embuscade et prêts à tirer parti de tout, et un Emmanuel Macron sûr d’une victoire programmée depuis longtemps et annoncée par Jacques Attali (voir la vidéo ci-dessus).

Le seul enjeu pour les marchés financiers était d’empêcher à tout prix que le système monétaire européen soit remis en question. Dans son interview, Jacques Attali avoue très clairement qu’il a participé à l’élaboration du Traité de Maastricht et que c’est volontairement que les rédacteurs ont écarté toute clause de sortie de ce traité. Il fallait rendre les peuples de la zone euro captifs et empêcher toute volonté de retour en arrière. La lutte entre Marine Le Pen et ce système financier auquel la possibilité de créer une quantité illimitée de monnaie à partir de rien lui confère une puissance quasi-incommensurable était, hélas, perdue d’avance.

La Dette et les intérêts

Ce système ne tient que sur une seule chose : les dettes des États et les intérêts qu’elles génèrent.

Lorsque les banques centrales étaient encore au service des peuples, les États pouvaient se financer lorsque leurs dépenses excédaient leurs recettes, en demandant à celles-ci d’émettre de la monnaie. Cette émission était couverte par des Bons du Trésor qui étaient une sorte de reconnaissance de dette implicite que la Banque Centrale pouvait mettre dans ses comptes pour les équilibrer. Ces sommes ne donnaient lieu ni à remboursement ni à perception d’intérêts. Elles augmentaient simplement la masse monétaire en circulation.

Les marchés financiers (c’est à dire les grandes banques internationales) rêvaient depuis longtemps de substituer à ces Banques Centrales contrôlées par les peuples d’autres entités jouant le même rôle (le contrôle de la monnaie) mais à leur service. La Banque d’Angleterre, puis la Réserve Fédérale américaine et enfin la Banque Centrale Européenne furent ainsi crées au fil du temps. La première en 1694, puis la seconde en 1913 et la dernière en 1992. Cependant, la plupart des États européens avaient déjà renoncé à contrôler directement leur monnaie, préalable incontournable à l’établissement d’une Banque Centrale.

La Loi de 73

Pour la France, ce fut la loi du 3 janvier 1973 qui interdit « au Trésor Public de présenter ses effets à la Banque de France ». Ce qui, en clair, signifiait qu’il fallait emprunter les sommes nécessaires auprès des banques privées et ceci, naturellement, contre le paiement d’intérêts. C’est ainsi que les dettes publiques de notre pays ont commencé à croître d’une façon exponentielle, comme celles de tous les pays dans le même cas [2].

Il faut remarquer que les banques, lorsqu’elles prêtent de l’argent, ne le possèdent pas. Il est créé à partir de rien pour la circonstance, grâce au système dit « des réserves fractionnaires » qui autorise les banques à créer ainsi de la monnaie scripturale contre une reconnaissance de dette. Cet reconnaissance de dette fait partie des « actifs » de la banque et figurent sur son bilan. En gros, les banques vendent de la dette. Néanmoins, leurs en-cours de prêts ne doivent pas dépasser une certaine proportion de leurs « fonds propres ». (Toujours en gros, ce qui leur appartient réellement y compris les dépôts de leurs clients.) C’est ce qu’on appelle « l’effet de levier ». Lorsque cet effet de levier devient trop important, il est limité par la réglementation actuelle, dite « Bâle 3 » qui a fixé cet effet de levier (rapport des fonds propres / total des actifs) au moins égal à 3% et ceci à partir de 2018.

La plupart des banques peinent à se mettre en conformité et sont fragilisées par un effet de levier trop important qui pourrait, en cas de crise, les précipiter rapidement vers la faillite. Pour augmenter ce ratio, la Banque Centrale Européenne a décidé (comme beaucoup d’autres Banques Centrales) une politique monétaire très accommodante pour les banques en faisant marcher la planche à billets. Elle rachète donc les titres des dettes publiques détenues par les banques privées qui financent les États de la zone, ce qui rétablit donc l’équilibre comptable des banques, mais, compte-tenu du principe fondateur des Banques Centrales, rend les contribuables prêteurs en dernier ressort de ces dettes.

Pour alléger les charges budgétaires que constituent les intérêts liés à ces dettes, la BCE joue sur deux paramètres : la durée du prêt et les taux d’intérêts. On arrive ainsi à des durées de prêts qui atteignent 100 ans, ce qui est totalement démesuré [3]. Cela indique clairement que ces emprunts ne seront jamais remboursés et que la seule chose qui importe vraiment est le paiement des intérêts. Car, même si les taux actuels sont très bas, ils ont un effet de cumul avec les dettes plus anciennes. Quand bien même les capitaux empruntés seraient remboursés, cet argent, que les banques ont créé à partir de rien sera immédiatement détruit. Les marchés nous prêtent, de fait, une chose analogue à la fausse monnaie, mais reçoivent des intérêts qui, eux, sont payés en vraie monnaie.

Supposons qu’une banque ait un effet de levier de 5%. Elle peut donc prêter, en théorie, vingt fois ses fonds propres. Si le taux d’intérêt est de 2% l’an, la rentabilité de son capital sera de 40% et ces 40% seront prélevés sur l’économie réelle. Aujourd’hui, pratiquement plus aucune banque ne veut financer l’industrie. La raison est qu’un pays comme la Chine peut pratiquement produire à lui seul tout ce dont la planète entière à besoin. Or, c’est l’industrie qui emploie les gros bataillons de travailleurs.

Petit à petit, notre économie quitte le secteur industriel pour aller vers une société de services. Mais cette activité des services tombe elle-même dans ce qu’on appelle l’économie numérique (« Uberisation ») qui désocialise les gens, les mettant ainsi à la merci de ces employeurs qui n’ont aucun lien contractuel avec eux et dont la propre existence ne dépend que des marchés financiers.

Est-ce vraiment l’avenir dont nous rêvons pour nos enfants ?

Jean Goychman
14/09/2017

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Diana_Johnstone
[2] http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012/12/28/293-loi-de-1973-les-aveux-de-rocard-et-deux-nouvelles-pistes-pour-comprendre-l-effet-veritable-de-la-loi
[3] https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/030551008527-lautriche-lance-un-emprunt-a-100-ans-2113563.php



 

 

GUERRE DE LA MONNAIE : FAITES VOS JEUX, RIEN NE VA PLUS !
Simone Wapler


Si vous prenez un peu de recul, nous vivons une époque très amusante. Nous risquons de voir les arroseurs arrosés et les tricheurs pris à leur propre piège.

Les banquiers centraux ont désormais trois ennemis, le cash, l’or et les cybermonnaies. Trois ennemis, trois fronts : c’est beaucoup dans une époque qui s’annonce très difficile. Demandez à Alexandre, à Napoléon ou à Hitler…

Les autorités cherchent à manipuler l’économie, c’est-à-dire la façon dont nous échangeons, en manipulant le prix le plus important : celui de la monnaie, de l’argent. Les autorités, mais aussi les élites, le Deep State, la Parasitocratie…

La « monnaie mondiale » fut pendant très longtemps l’or ou l’argent. Mais cette monnaie mondiale était difficile à trafiquer. De l’or, on en a ou pas. On peut localement donner l’illusion de multiplier une monnaie en trichant sur la masse ou la pureté. Mais l’illusion se dissipe assez vite. Il est plus difficile de tricher avec la matière qu’avec un concept.

La monnaie fiduciaire repose comme son nom l’indique sur la confiance, c’est-à-dire le crédit ou la croyance.

Avec une monnaie fiduciaire, on peut tricher grâce au taux d’intérêt et multiplier la monnaie à son gré. Les « autorités », les banquiers centraux, décident actuellement du taux d’intérêt au lieu de laisser les gens l’établir naturellement.

Évidemment, pour qu’une telle monnaie s’impose, il faut le concours de la force publique, de l’État, l’imposer, lui conférer un « cours légal », punir le faux-monnayage de la peine maximale, etc.

Le problème des manipulations monétaires c’est qu’elles n’ajoutent aucune richesse. Elles la détournent. C’est ce qui explique que les ultra-riches continuent à s’enrichir tandis que la classe moyenne s’appauvrit. Les ultra-riches : les plus riches des 1% les plus riches.

Je n’ai rien contre les inégalités a priori. Toutes les inégalités ne sont pas injustes et il est normal qu’à talent égal, celui qui travaille plus s’en sorte mieux. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Par ailleurs, la classe des 0,01%, bouge peu. On y retrouve d’année en année les mêmes, et beaucoup de personnalités de la finance ou de dirigeants d’entreprises cotées.

Et les pauvres, me direz-vous peut-être, l’œil sourcilleux en reprochant mon manque de sens social ? Les pauvres sont difficiles à voler puisqu’ils sont pauvres − et dans les pays développés ils sont moins nombreux qu’on veut bien le dire. C’est pour cela que les prédateurs de la Parasitocratie préfèrent se concentrer sur la classe moyenne, quitte à abandonner quelques miettes aux pauvres en expliquant à tout le monde qu’ils pratiquent la « justice sociale ».

C’est l’effet Cantillon : plus proche vous êtes de la source de création monétaire, plus vous en profitez. Plus loin vous en êtes, plus elle vous nuit.

Mais revenons à notre « guerre de la monnaie ». Les inégalités devenant criantes, les manigances des banquiers centraux commencent à être moins bien vues et le doute commence à monter.

Lorsque la prochaine crise éclatera, les gens voudront se dégager des monnaies frelatées.

Le cash ? La Parasitocratie se démène pour le mettre hors la loi.

Ce faisant, elle fait le jeu des cryptomonnaies qui ne sont pas contrôlées par un gouvernement ou une banque centrale et conçues pour ne pas être inflationnistes.

Interdire les cryptomonnaies ? Le risque serait alors de pousser les particuliers vers l’or et (physiques) qui sont des monnaies mondiales, elles aussi décentralisées et pas inflationnistes.

Simone Wapler



 

 

LE POUVOIR DE L’OR
Jim Rickards (Consultant CIA)


Le cataclysme : Pourquoi ?Quand ?

Le simple constat d’un effondrement de marché – même vu sous l’angle de la théorie de la complexité – intéresse finalement peu les investisseurs qui se préoccupent moins du pourquoi quelque chose s’achève que du quand. L’avidité joue un certain rôle. Même si les investisseurs s’accordent sur le fait que les marchés financiers vont s’effondrer, ils restent sur le navire jusqu’à ce que cela se produise. En fait, voici ce que disent les investisseurs : « Je sais qu’il y a une bulle, mais les gains sont si attractifs que je ne peux résister. Contactez-moi la veille du krach : je vendrai tout et je m’orienterai vers les liquidités, j’achèterai de l’or et je conserverai mes gains. Voici mon numéro de téléphone. »

Le souci, face à cette attitude, c’est que personne ne connaît ni le jour ni l’heure. Cette lacune ne provient pas d’un manque d’analyse : elle est tout bonnement scientifique.

L’essence de la complexité, ce sont que des changements invisibles des conditions initiales produisent des résultats radicalement différents. Les processus de marché sont non-linéaires et pratiquement non-déterministes. Il peut y avoir un lien de cause à effet entre le catalyseur et l’effondrement. Mais il est trop modeste pour être observable, et le timing est difficile à prévoir. Prévoir un krach boursier, c’est comme prévoir un séisme. Si l’on est sûr que l’évènement va se produire et que l’on peut en estimer la magnitude, personne ne sait jamais quand, exactement, il va se produire.

Des expériences scientifiques réalisées en laboratoire, notamment avec des sacs de sable (semblables à la dynamique du flocon de neige et de l’avalanche), de même que des simulations sur ordinateur s’appuyant sur des automates cellulaires, révèlent que des évènements extrêmes ont une distribution de degrés. Mais même en réalisant un million d’expériences, on ne peut prédire quel grain, exactement, va provoquer l’effondrement du tas de sable.

C’est l’instabilité systémique, et non un catalyseur individuel, qui détruit votre argent. Les investisseurs inquiets ne doivent pas se concentrer sur les flocons mais plutôt guetter l’avalanche. Toutefois, il est assez plaisant de rechercher des flocons.

Le flocon le plus sensationnel, ce serait peut-être l’annonce qu’une livraison d’or, destinée à une banque de premier plan, ne peut être réalisée. Pour les marchés, ce serait un choc équivalent à celui des défauts sur les prêts subprime de 2007. Une frénésie d’achat sur l’or, une super flambée des cours de l’or et une onde de choc sur les autres marchés seraient autant de conséquences prévisibles.


Or matière première − Or monnaie

L’or est la classe d’actif la moins bien comprise au monde. La confusion est due au fait que l’or se négocie comme une matière première alors que ce n’est pas une matière première mais bien une monnaie. Les pays détenant des dizaines de milliers de tonnes d’or dans leurs chambres fortes ne font rien pour établir cette distinction. Les banques centrales savent bien que l’or est une monnaie. Mais elles ne veulent pas que vous le sachiez, simplement.

Pourtant, la présence de 35.000 tonnes d’or dans des chambres fortes gouvernementales, soit environ 15% de tout l’or extrait à ce jour, témoigne bien du rôle monétaire que joue l’or en dépit des dénégations officielles. Même le FMI, qui a officiellement démonétisé l’or en 1974, en détient 2.800 tonnes. La Banque des Règlements Internationaux, en Suisse, connue pour son rôle de banque centrale des banques centrales, a 108 tonnes sur propre compte. Les banques centrales et les ministères des Finances ne possèdent pas des réserves de cuivre, aluminium ou d’acier. Pourtant, ils possèdent de l’or. La seule raison expliquant que les banques centrales stockent de l’or est évidente : l’or est une monnaie.

Or monnaie & monnaie fiduciaire

Mais le fait que les banques centrales privilégient des types de monnaie fiduciaire tels que le dollar et l’euro les force à jouer cette comédie vis-à-vis de l’or. La raison est la suivante : les banques centrales ont le monopole de la monnaie fiduciaire. Il n ‘existe pas de monopole sur l’or. Pour l’instant…

L’une des conséquences de cette confusion sur la nature de l’or est la façon schizophrène selon laquelle l’or se négocie. Parfois, il se négocie en tant que matière première et réagit à l’inflation, à la déflation et aux changements intervenant sur les taux d’intérêt réels, tout comme n’importe quelle autre matière première. Les négociants du COMEX sont heureux de vendre des contrats à terme dits « front-month«  (contrats actuels), et d’acheter des contrats dits « back-month » * (contrats suivants) en réalisant un profit corrigé des coûts de stockage et de transport. C’est ce que l’on appelle le « contango » (opération de report). Les acquéreurs d’or institutionnels, tels que SAFE, un fonds souverain chinois secret, apprécient que les cours soient peu élevés car ils n’ont pas bouclé leur programme d’acquisition. Certains détenteurs d’or attendent en vain que les négociants de contrats à terme sur l’or notifient le COMEX qu’ils exigent une livraison d’or physique. Il n’y a pas assez d’or physique pour satisfaire cette demande. Les marchés à terme de l’or s’effondreraient rapidement si c’était le cas. Mais pourquoi les négociants exigeraient-ils une livraison ? Les banques et les courtiers gagnent beaucoup d’argent avec les pratiques actuelles. Il n’y a aucune raison, dans l’immédiat, que les petits intermédiaires ou les méga-institutions brisent une dynamique des cours de l’or dont ils tirent parti.


L’or : quelle valeur ?

Lorsque l’or s’envolera vers sa valeur monétaire intrinsèque de 10.000 $ l’once – par rapport à sa valeur actuelle de 1.250 $, qui est celle d’une matière première – ce ne sera pas dû à une révolte des intermédiaires, mais parce que le mécanisme de transmission entre l’or physique et le marché des dérivés de l’or cèdera. La divergence entre la valeur perçue de l’or-matière première et sa valeur monétaire réelle penchera du côté de la monnaie. Les signes en sont visibles.

L’un d’eux s’est manifesté en novembre 2014, lorsque les cours de l’or ont nettement divergé de l’Indice des matières premières de Thomson Reuters (Thomson Reuters Continuous Commodity Index). L’or est l’une des composantes de cet indice, qu’il a étroitement suivi pendant des années. Cela n’a rien d’étonnant : la composante d’un indice est censée suivre l’indice dont elle fait partie. Et puis en novembre 2014, l’indice a accéléré à la baisse, alors que l’or s’échappait à la hausse. Cette divergence a persisté tout au long de 2016. Le mois de novembre 2014 marque la période à partir de laquelle l’or perçu en tant que monnaie a commencé à prendre le pas sur l’or perçu en tant que matière première.

L’envers du décor

D’autres signes sont moins visibles, mais tout de même plus intrigants. Le 18 juillet 2014, j’ai dîné avec un ami dans un club privé sélect, à New-York. Cet ami est l’un des négociants d’or physique les plus expérimentés dans le monde. Il m’a dit quelque chose de stupéfiant, mais qui correspond à ce que j’ai entendu à Hong-Kong et à Zurich.

Ce n’est pas en restant assis devant des écrans, à regarder les cotations, que l’on apprend beaucoup de choses sur l’or. L’or est physique, pas éphémère. Dans le domaine de l’or, les experts sont les négociants, les sociétés minières, les affineurs et les opérateurs qui assurent la logistique et la sécurité des chambres fortes, qui gèrent les véhicules blindés et les avions affrétés pour transporter l’or partout dans le monde. J’ai pour habitude de rencontrer ces experts de l’or physique dès que j’en ai l’occasion.

Le restaurant du club était dépourvu de fenêtre, son éclairage tamisé. Ses murs, ornés des traditionnelles boiseries et imposantes moulures, étaient littéralement couverts de toiles, des nus pour la plupart, conférant au lieu une atmosphère de bohème. Ce club était l’endroit idéal pour évoquer l’or, cette monnaie « old-school« . C’est ce que nous avons fait en dégustant des huitres, du crabe en mue et un champagne millésimé.

Cet ami négociant avait été témoin d’un étrange incident, en 2009, impliquant HSBC, une banque dite « too big too fail«  et l’un des plus grands négociants d’or au monde. HSBC possède une chambre forte sur la 39ème West Street à Manhattan, près de la bibliothèque de New-York. L’extérieur de la chambre forte est quelconque, inaperçue aux yeux des milliers de personnes qui passent devant chaque jour. Les véhicules blindés venus livrer ou charger de l’or accèdent à ses trois quais de chargement par la 39ème rue. Un véhicule blindé à double-essieu stationne souvent à proximité d’un des quais pour acheminer l’or vers une chambre forte de la Brinks, beaucoup plus vaste, située à l’aéroport JFK, dans le Queens. L’or est expédié par avion de JFK partout dans le monde, vers des destinations telles que la Suisse et Shanghai.

Derrière les portes du quai de chargement, se trouve une salle de comptage. Les négociants effectuant de petites livraisons peuvent arriver à pied, avec des pièces ou des lingots qu’ils transportent dans des sacs de postier. Cette salle de comptage est entourée de vitres blindées. Ainsi, les négociants se tenant à un endroit de la salle peuvent observer l’activité qui se déroule autour d’eux. Mon ami se trouvait dans cette salle afin de déposer 100 onces en pièces. Il a remarqué qu’une livraison beaucoup plus importante, de barres de 400 onces, était en cours de déchargement sur le quai adjacent. Malicieusement, il a interpelé l’employé de la salle en lui lançant « Hé ! Je vous échangerais bien ces pièces contre ces barres d’or, là-bas ». L’employé a baissé les yeux et confié, à voix basse : « Vous n’avez pas intérêt à le faire, ces pièces-là ont plus de valeur », ce qui sous-entendait que les barres en question étaient « saupoudrées » ou partiellement contrefaites.

Peu de temps après cet incident, HSBC a brutalement annoncé qu’elle mettait fin à ses activités de stockage d’or, excepté pour ses clients les plus importants. Les comptes de taille modeste et intermédiaire ont été priés de partir et d’emporter leurs pièces avec eux. Beaucoup d’employés ont été licenciés, y compris celui qui avait signalé à mon ami cet or contrefait. La femme qui pilotait les opérations de dépôt depuis plus de vingt ans, Stephanie Schiffman, est morte dans son sommeil… bien avant l’heure.

Or contrefait

L’histoire ne s’arrête pas là. Peu de temps après, la Chine a identifié une livraison d’or contrefait : il s’agissait de fausses barres recouvertes d’or, provenant de HSBC. La banque agissait comme intermédiaire, dans cette transaction. L’origine des fausses barres n’a pas été divulguée par la Chine. La Chine a exigé une livraison de remplacement qu’HSBC s’est empressée d’effectuer. Toute cette affaire a été étouffée et vite oubliée. Depuis 2009, la Chine a énormément étendu ses activités minières et ses capacités d’affinage. Désormais, elle est moins dépendante de l’Occident, en termes d’approvisionnement. La Chine se protège également des contrefaçons provenant des banques en exigeant que les anciennes barres de 400 onces, achetées à des sources occidentales, soient affinées en Suisse et transformées en barres d’1 kg, d’un degré de pureté plus élevé. Il n’y a aucun intérêt à livrer des barres de contrefaçon à un affineur car la supercherie est immédiatement décelée lorsque l’or est fondu. Les fausses barres de 400 onces restent en Occident.

Les transactions d’or-papier sont adossées à un stock d’or physique qui s’amenuise. Les contrefaçons chinoises sont symptomatiques des tensions régnant sur l’or physique. Mon ami négociant m’a confié que l’approvisionnement était très tendu. Les commandes d’une dizaine de tonnes, voire plus, sont difficiles à satisfaire. La loi américaine exige que les ventes à terme se soldent par une livraison sous 28 jours. Sinon, ces ventes se voient requalifier en contrats à terme (« futures »), qui sont illégaux à moins d’être négociés sur les marchés à terme réglementés. Dans le contexte actuel, où le marché est tendu, cette loi est régulièrement ignorée dans la mesure où les négociants ont du mal à réaliser une livraison dans le délai imparti. Le gouvernement américain n’a manifesté aucun intérêt à faire appliquer la loi. Si l’on ajoute ces ventes à terme illégales au nombre de positions ouvertes déclarées sur les marchés à terme, on comprend mieux que cette pyramide inversée des dérivés de l’or repose sur de moins en moins d’or physique.


Réserve flottante & réserve totale

L’or physique qui constitue le socle de cette pyramide inversée représente la réserve flottante. Elle se distingue de la réserve totale. La réserve flottante est composée de l’or disponible pouvant être livré rapidement pour soutenir l’activité des négociants. La réserve totale, quant à elle, est constituée de tout l’or physique présent dans le monde. La majeure partie de l’or est stockée dans des chambres fortes privées ou bien portée sous forme de bijoux. Cet or ne peut être livré rapidement pour soutenir les échanges. Cette distinction est importante. Cette différence entre réserve flottante et réserve totale pèse directement sur la manière dont l’impossibilité de livrer de l’or physique pourrait dégénérer en frénésie d’achat généralisée.

Or en location

L’or stocké dans les banques centrales occidentales, au FMI et à la BRI, fait partie des réserves flottantes mises à disposition du marché pour la location (« leasing »). Une fois qu’un certificat est obtenu, via le leasing, par une banque habilitée à négocier l’or (« bullion bank« ), cet or est utilisé afin de réaliser des ventes à terme d’or non alloué. Le terme « non-alloué » est un euphémisme. Cela signifie que l’acheteur se positionne sur le cours de l’or, via un contrat-papier, et non sur de l’or physique. Une tonne d’or allemand, conservée en dépôt à la Réserve Fédérale de New-York et louée par l’intermédiaire de la BRI à Goldman Sachs à Londres, peut servir à adosser des ventes à terme équivalant à 10 10 tonnes d’or. Tous les acheteurs d’une fraction de ces 10 10 tonnes pensent détenir réellement de l’or. Mais il n’y a qu’une seule tonne d’or en contrepartie de ces 10 tonnes. Même cette tonne d’or physique peut être louée et retirée du marché par le loueur.

Lorsque de l’or provenant des banques centrales est vendu au gouvernement chinois et expédié à Shanghai, il est « enfoui », mis en stockage quasi-perpétuel, et n’est plus disponible à la location. La réserve totale demeure la même, mais la réserve flottante diminue. Il en est de même lorsque des pays tels que l’Allemagne et les Pays-Bas rapatrient leur or physique de la Réserve Fédérale de New-York vers les chambres fortes d’Amsterdam et de Francfort. Légalement, cet or pourrait être loué par l’Allemagne ou les Pays-Bas, mais le marché de la location n’est pas très développé dans ces deux pays. Le leasing se concentre à New-York et à Londres, où le droit commercial est clair et la jurisprudence rassure énormément les parties effectuant des transactions, s’agissant du caractère exécutoire des contrats. Donc, le rapatriement de l’or vers l’Europe diminue la réserve flottante.

Or substitué, or détourné

Elle diminue également à mesure que les investisseurs exigent que leur or soit transféré des chambres fortes de banques, telles qu’UBS ou Crédit Suisse, vers des chambres fortes privées exploitées par Loomis ou Brinks. L’or stocké dans la chambre forte d’une banque est mis à disposition des activités de leasing ou des multiples ventes d’or non alloué. Ce n’est pas le cas de l’or stocké dans des chambres fortes privées. Des responsables de chambres fortes privées m’ont personnellement confirmé ces transferts, opérés des chambres fortes bancaires vers des chambres fortes privées.

Il existe une autre faille, sur le marché de l’or : la substitution illégale de barres allouées. Certains acheteurs possèdent de l’or totalement alloué, ce qui signifie qu’ils détiennent un titre de propriété lié à des barres spécifiques, et non un simple contrat-papier. Les barres de 400 onces aux normes « good delivery«  sont estampillées pour faire apparaître les informations suivantes : le nom de l’affineur, de l’essayeur, le poids spécifique (qui peut être de +/- 400 onces), la date à laquelle la barre a été fondue, sa pureté (qui peut varier de 99,50% à 99,99%), et un numéro de série unique. Grâce à ces estampilles d’identification, chaque barre d’or est unique. Mais l’or est fongible. Cela a toujours fait partie de son charme. J’ai entendu d’innombrables histoires concernant des investisseurs qui avaient exigé livraison de leur or physique et reçu des barres portant d’autres dates, ou d’autres origines de fabrication que celles mentionnées sur leurs titres. Cela signifie que les barres d’origine ont été détournées, et d’autre barres livrées en remplacement. Les destinataires protestent rarement car cela reste de l’or. C’est vrai, sous réserve que les barres de substitution ne soient pas des contrefaçons. Tout cas de substitution prouve que l’or se raréfie.


Toutes ces tendances – le fait que les entrepôts du COMEX se vident, le rapatriement de l’or vers l’Europe, les acquisitions d’or de la Chine, le stockage de l’or dans des chambres fortes situées hors des banques, les substitutions illégales et l’or de contrefaçon – s’accélèrent. Par conséquent, la pyramide inversée des dérivés de l’or s’amplifie et repose sur un socle d’or physique réduit. Des pénuries, retards et fraudes sur les livraisons d’or apparaissent. Pour l’instant, les acteurs du marché font fi de ces dysfonctionnements, heureux d’obtenir de l’or, même s’ils sont confrontés à des retards.

Comme les initiés se rendent compte de cette pénurie d’or physique, une phase de transition apparaît. Ceux qui détiennent des certificats, mais non de l’or physique, commencent à en demander livraison. Cette tendance se remarque dans les récentes démarches entreprises par l’Allemagne et les Pays-Bas en vue de rapatrier leur or. Les demandes d’or physique apparaissent également sur les rapports de la Réserve Fédérale de New-York relatifs aux dépôts d’or. En 2014, l’or conservé en dépôt à la FED a chuté de 177,64 tonnes. Plus de la moitié de cette baisse s’est produite sur un court laps de temps de deux mois : en octobre et novembre 2014. Ce mouvement a été unilatéral. Les dépôts d’or n’ont augmenté sur aucun mois. Ces retraits d’or physique, précipités, se sont produits au moment où les cours de l’or ont divergé par rapport à l’indice des prix des matières premières. La coïncidence des retraits, ainsi que cette divergence des cours, concordent avec l’opinion selon laquelle l’or est une monnaie, et qu’il est rare.

Ces tendances ne sont connues que des spécialistes et des initiés. Le grand public et les responsables politiques américains ne sont pas sensibilisés à leurs conséquences. La pénurie d’or physique par rapport aux contrats, ainsi que la nervosité des parties contractantes concernant la bonne livraison, ont déclenché une frénésie de retraits, classique dans le secteur bancaire sauf qu’en elle concernait l’or.

Cette dynamique rappelle la situation du marché de l’or de 1968 à 1971, lorsque les Européens se sont mis à convertir leurs dollars en or puisé à Fort Knox, ce qui a conduit le président Nixon à fermer le guichet de l’or le 15 août 1971. Aujourd’hui, l’or n’a pas de cours fixe et ne provient pas de Fort Knox, mais de dépositaires privés tels que la Réserve Fédérale et les émetteurs d’ETF. Mais les dynamiques sont similaires.


Vers la rupture des livraisons

Le contexte est propice à l’annonce de ruptures de livraison. Lorsque cela se produira, les détenteurs d’or-papier voudront tous récupérer de l’or physique en même temps. Le cours flambera tandis que les intermédiaires se débattront pour acheter un or physique de plus en plus rare, et pouvoir tenir leurs promesses de livraison. Les institutions qui, jusque-là, ne s’intéressaient pas à l’or, voudront soudain de l’or pour leurs portefeuilles, ce qui boostera la hausse des cours. […] Le résultat final, ce sera la glace-neuf appliquée à l’or. Les marchés de l’or suspendront les transactions. Les contrats seront résiliés et réglés en dollars au dernier cours de clôture. Les contreparties seront perdantes sur une future appréciation des cours et l’accès à l’or physique. Ceux qui ne détiennent pas d’or ne pourront pas s’en procurer, quel que soit le cours.

Le système financier aura de la chance si la ruée sur l’or se cantonne à l’or et ne se propage pas aux autres marchés. Cela paraît peu probable. Les crises financières sont contagieuses. Même si une ruée sur l’or est rapidement circonscrite, cela ne signifie pas que les marchés financiers sont stables. Il existe d’autres flocons.

Jim Rickards
Consultant CIA
Rédacteur en chef de
Strategic Intelligence

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* Lorsqu’une subdivision est considérée comme ayant un marché liquide en ce qui concerne une tranche de maturité spécifique et que la subdivision correspondant à la tranche de maturité suivante est considérée comme n’ayant pas un marché liquide, le premier contrat suivant (back month) est considéré comme ayant un marché liquide deux semaines avant l’expiration du contrat actuel (front month). Source : http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:32017R0583&from=FR