DANGER : L’“ÉTAT PROFOND” S’INSTALLE EN FRANCE
Jean Goychman


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Le plus grave défaut de la démocratie est probablement qu’elle porte en elle-même le germe de sa destruction. La démocratie américaine était, à ses débuts, la plus achevée. Le peuple américain décidait de sa destinée et de ses valeurs. Élu sur la base d’un suffrage universel (ou presque car les noirs n’avaient pas le droit de vote) le Président détenait le pouvoir exécutif, mais le Congrès pouvait infléchir ses choix.

En théorie, cela fonctionnait assez bien jusqu’à l’apparition du pouvoir médiatique, issu de la technologie, sur lequel le peuple n’avait aucune prise. Ce pouvoir d’informer, qui aurait dû rester objectif a été progressivement « pollué » par la finance. La pluralité des moyens d’information, qui aurait pu tempérer ce phénomène, l’a plutôt aggravé car rien ne leur interdisait d’avoir le même propriétaire apparent ou caché.

L’État Profond américain remonte, aux dires de FD Roosevelt, à l’époque d’Andrew Jackson. Celui-ci s’était opposé avec succès à la création d’une banque centrale mais après sa mort « une composante financière s’est emparée du gouvernement » [1] et a permis d’installer soixante ans plus tard la Reserve Fédérale à l’issue d’une campagne de presse faisant croire au peuple américain que les banques étaient responsables des deux crises de 1907 et 1911. Cette campagne fut menée par les journaux dont ils avaient préalablement pris le contrôle [2] et arguant qu’il fallait établir un système de contrôle desdites banques. Ce qui fut fait en 1913 en créant la Réserve Fédérale, trompant ainsi le peuple américain sur la nature de celle-ci, qui était une banque privée controlée par un cartel de banques présentes dans les rouages du pouvoir américain. L’élection de Woodrow Wilson, candidat médiatiquement fabriqué pour aller à la Maison Blanche, montre clairement le pouvoir de cet État Profond.

Et ce pouvoir de l’ombre ne s’est pas arrêté en si bon chemin. Un des aspects de la démocratie est que les citoyens ont un droit de regard sur les décisions politiques et notamment sur le montant des impôts prélevés. Les comptes de la Nation doivent être publiés. Cela peut poser certains problèmes, notamment en période de guerre. Ce fut le cas du projet Manhattan (bombe atomique) durant la guerre et qui fut financé par le « complexe militaro-industriel » américain. Les choses se compliquèrent avec la guerre du Viet-Nam et il fallut trouver des sources occultes pour financer nombre d’opérations « secrètes »…

Cependant, ces dépenses secrètes ne pouvaient qu’être marginales et ne suffirent pas à alimenter le budget de la Défense américaine, dont le principal bénéficiaire était ce complexe militaro-industriel.

Pour justifier de tels budgets, il fallait que le peuple américain se sente menacé. Et c’est là où intervient le système politico-médiatique. Il faut générer un état de guerre perpétuel pour pérenniser ce système sans que les contribuables n’y trouvent à redire. Mais ce n’est pas le seul avantage de la démarche. Pour peu que le sol du territoire soit lui-même menacé, il devient plus facile de convaincre la population de sacrifier un peu de liberté pour garantir sa sécurité.

On voit ainsi comment, d’une manière feutrée et progressive pour ne pas dire insensible, le pouvoir légal a été transféré à celui de l’ombre, ceci avec l’accord tacite des citoyens américains. Toute la subtilité de l’opération réside dans le maintien de l’apparence du système traditionnel : il y a toujours des débats, des campagnes électorales et des élections. Les représentants du peuple continuent à siéger. Bref, officiellement, rien ne change.

Mais, dans ce domaine, les américains n’ont pas été les précurseurs. Les britaniques les ont précédé de quelques siècles, juste après la bataille de Bouvines en 1214 lorsque les barons anglais ont imposé leurs propres règles à Jean sans Terre [3].

Une certaine similitude apparait avec notre propre pays.

Analysons tout d’abord le processus dans ses différentes étapes. Nous partons d’un État ou le peuple a réussi à instaurer la démocratie. Redistributive par essence en raison de l’élection des représentants, le consentement à l’impôt en est le corolaire indispensable.

Supposons qu’un groupe, quel qu’il soit, veuille détourner ce système à son profit. La première action qu’il doit mener est la prise de contrôle de la finance, et notamment de la monnaie du pays.

C’est ce qui fut réalisé aux États-Unis avec la création de la FED.

Ensuite il faut s’approprier le système politique. Les élections sont le résultat de l’opinion exprimée par le plus grand nombre. Il faut donc convaincre cette majorité et c’est le rôle des médias dont la prise de contrôle se fera par la finance. Ils devront relayer l’opinion issue d’un certain nombre de « groupes de pression » (think-tanks ou lobbies) afin d’orienter, voire de fabriquer cette opinion. Il existe deux voies possibles : vanter les mérites de ce qui est proposé ou dénigrer ce que proposent les éventuels concurrents. C’est souvent les deux qui se pratiquent.

L’effet de répétition fera le reste… Notons à ce sujet que moins les gens seront formés à l’esprit critique, plus il deviendra facile, par instinct grégaire, de les convaincre.

Enfin, les candidats aux élections – quelles qu’elles soient – devront être sélectionnés à l’intérieur d’un cercle prédéterminé, non pas en fonction de l’intérêt du pays ou peuple qu’ils doivent diriger, mais uniquement en fonction de l’aptitude qu’ils auront montré à favoriser les intérêts du groupe qui les met en place. Ce fut le cas avec Woodrow Wilson, mais également Ronald Reagan, GH et GW Bush, Bill Clinton et Barak Obama. Pour ces derniers, le rôle joué par le CFR [4] est difficilement contestable. Il faut donc procéder à une sorte de « casting » pour trouver celui ou celle qui sera la plus habile à dire aux électeurs ce qu’ils ont envie d’entendre mais aussi et surtout à taire ce qu’ils ne veulent pas entendre…

Qu’en est-il chez nous? Une date retient l’attention : 1973. Le 03 janvier est promulguée la loi qui va nous conduire à la perte de contrôle de notre monnaie. Dorénavant, l’État devra se financer auprès des marchés pour ses déficits budgétaires. Très anodin en apparence, c’est pourtant ce qui nous conduira à notre endettement actuel. Arrive ensuite la loi relative aux chaînes télévisées dont la subvention deviendra proportionnelle à l’écoute. Dès 1981, c’est la libéralisation des ondes et de la radio.

En 1986 les premières privatisations apparaissent timidement sous la pression de la Commission Européenne et la mise en place de la 1ère cohabitation. Ce mouvement de libéralisation se poursuivra, mettant en place des chaînes de télévision opérant conjointement avec les chaînes publiques au nom des la « pluralité » de l’information.

La suite est connue. Toujours plus de libéralisme économique, des multinationales qui deviennent intouchables, une monnaie unique adoptée en 1992, un référendum en 2005 resté sans effet malgré un large refus de la population.

Le premier président mis en place par cet État Profond a probablement été Nicolas Sarkozy en 2007. Dans tous les cas, il est arrivé à l’Élysée grâce à lui. Une de ses premières actions fut de remettre la France sous le commandement intégré de l’OTAN. Ensuite le Traité de Lisbonne reprenant les termes du traité constitutionnel refusé, a été adopté par le Congrès (Assemblée Nationale + Sénat) après une modification opportune de la Constitution. En 2009, changement de ton dans les médias. Visiblement, Sarkozy a cessé de plaire et ne doit pas être réélu en 2012. Après l’éviction rocambolesque de DSK, c’est le tour de François Hollande qui est médiatisé en vue de son prochain lancement, coupant ainsi la voie de la réélection de Sarkozy.

Quant à l’élection d’Emmanuel Macron au mois de mai 2017, elle soulève de nombreuses questions. Invité à la Conférence annuelle du Bilderberg [5] en 2014, une « fusée médiatique » l’a placé sur orbite en un temps record, le transformant en quelques mois du statut de quasi-inconnu à celui de candidat incontournable.

Une autre similitude existe avec l’État Profond américain. Peter Scott Dale analyse le 11 septembre 2001 comme la date de la mise en application du programme COG (Continuity Of Government) [6].

D’après lui, c’est bien avant le 11 septembre que fut élaboré le Patriot Act, qui a été présenté au Congrès le 25 octobre 2001. Ce Patriot Act, dont la presse quasi unanime prévoyait la suspension après l’élection de Obama a, contre toute attente, été renforcé par ce dernier et inscrit dans la loi américaine.

N’est-il pas curieux de constater que, dans notre pays, l’état d’urgence mis en place au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, a été maintenu depuis et que sa suppression, prévue pour le mois de novembre sera précédée par l’adoption d’un texte de loi portant sur les mêmes dispositions ? [7].

On remarquera qu’au-delà des hommes, il existe une continuité totale dans leur politique, comme s’ils se contentaient de jouer le rôle écrit par ceux qui les ont mis en scène. Certains le jouent mieux que d’autres mais le résultat est le même.

La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si ces « États Profonds » possèdent ou non des liens entre eux qui les rattacheraient à un projet beaucoup plus vaste qui les verrait supplanter les démocraties les unes après les autres, afin de les remplacer par une sorte de « soft-totalitarisme » probablement beaucoup plus efficace s’il s’agit de veiller sur les intérêts d’une sorte d’oligarchie mondiale dont les prémisses se font sentir d’une manière de plus en plus précise ?

Car, n’en doutons point, tous ces accords de libre-échange à l’échelle des continents dont on nous vante les mérites sont une condition préalable à l’établissement d’un pouvoir économique et financier mondial.

Jean Goychman
15/07/2017

[1] L’État Profond Américain – Peter Dale Scott (éd. La Demi-Lune) ; p. 46
[2] http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/mariali/chaos/conspirateurs/conspirateur.html#6 Les Secrets de la Réserve Fédérale, Eustace Mullins (éd. Le Retour aux Sources) p. 59
[3] Caroll Quigley, Histoire Secrète de l’Oligarchie Anglo-Américaine (éd. Le Retour aux Sources) – avant-propos de Pierre Hillard, p. 7.
[4] Pierre de Villemarest, Le Mondialisme contre nos Libertés (éd. L’Icône Marie) CEI pp. 52 et 53.
[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Groupe_Bilderberg
[6] L’État Profond Américain – Peter Dale Scott (éd. La Demi-Lune) p. 78
[7] https://blogs.mediapart.fr/sophie-boussemart/blog/020617/ny-t-il-pas-durgence-supprimer-letat-durgence


À titre d’informations complémentaires très référencées, cliquez sur ce lien.



 

 

LA DICTATURE DES MARCHÉS FINANCIERS
(Jean Goychman)

Nous ne sommes plus en démocratie, mais nous préférons l’ignorer afin de croire que nous y sommes encore. Pourtant, les faits sont là et leur évidence devient aveuglante. Après une période de deux décennies où les signes avant-coureurs se sont multipliés, l’État Profond qui nous dirige dorénavant ne prend même plus la peine de « sauver les apparences » et sort de l’ombre dans laquelle il se tenait caché.

La journaliste américaine Diana Johnstone [1] a publié au Cercle Aristote en mars dernier un article intitulé : « En France, une autre campagne présidentielle effroyable : l’émergence de l’État Profond » qui décrivait la campagne présidentielle française comme s’inscrivant dans la continuité de celle des États-Unis. Elle souligne notamment l’étrange similitude du déroulement de ces deux campagnes successives et comment, malgré des différences essentielles au niveau des processus électoraux (suffrage indirect aux USA et suffrage universel à deux tours en France) les forces de l’État Profond ont réussi à « singer » le système américain en intercalant des élections « primaires ». Dans le système français, l’égalité des temps de parole donnés à chacun des candidats est pourtant censée diminuer l’influence des médias au service des marchés financiers.

[cliquez sur l’image ci-dessus − vidéo 05:02]

Mais ceux-ci ont très vite trouvé la parade grâce aux élections primaires dans lesquels les temps de parole ne sont plus réellement contingentés et qui ont permis une sorte d’autodestruction des candidats qui s’y sont prêtés. À gauche, Vals et Montebourg se sont fait éliminer de la course et ni Sarkozy ni Juppé n’ont survécu à celle de droite. La finale s’est donc déroulée entre un François Fillon carbonisé par les attaques successives, un Benoît Hamon inexistant, une Marine Le Pen sur laquelle allait se concentrer toute la force de frappe des médias mainstream placés en embuscade et prêts à tirer parti de tout, et un Emmanuel Macron sûr d’une victoire programmée depuis longtemps et annoncée par Jacques Attali (voir la vidéo ci-dessus).

Le seul enjeu pour les marchés financiers était d’empêcher à tout prix que le système monétaire européen soit remis en question. Dans son interview, Jacques Attali avoue très clairement qu’il a participé à l’élaboration du Traité de Maastricht et que c’est volontairement que les rédacteurs ont écarté toute clause de sortie de ce traité. Il fallait rendre les peuples de la zone euro captifs et empêcher toute volonté de retour en arrière. La lutte entre Marine Le Pen et ce système financier auquel la possibilité de créer une quantité illimitée de monnaie à partir de rien lui confère une puissance quasi-incommensurable était, hélas, perdue d’avance.

La Dette et les intérêts

Ce système ne tient que sur une seule chose : les dettes des États et les intérêts qu’elles génèrent.

Lorsque les banques centrales étaient encore au service des peuples, les États pouvaient se financer lorsque leurs dépenses excédaient leurs recettes, en demandant à celles-ci d’émettre de la monnaie. Cette émission était couverte par des Bons du Trésor qui étaient une sorte de reconnaissance de dette implicite que la Banque Centrale pouvait mettre dans ses comptes pour les équilibrer. Ces sommes ne donnaient lieu ni à remboursement ni à perception d’intérêts. Elles augmentaient simplement la masse monétaire en circulation.

Les marchés financiers (c’est à dire les grandes banques internationales) rêvaient depuis longtemps de substituer à ces Banques Centrales contrôlées par les peuples d’autres entités jouant le même rôle (le contrôle de la monnaie) mais à leur service. La Banque d’Angleterre, puis la Réserve Fédérale américaine et enfin la Banque Centrale Européenne furent ainsi crées au fil du temps. La première en 1694, puis la seconde en 1913 et la dernière en 1992. Cependant, la plupart des États européens avaient déjà renoncé à contrôler directement leur monnaie, préalable incontournable à l’établissement d’une Banque Centrale.

La Loi de 73

Pour la France, ce fut la loi du 3 janvier 1973 qui interdit « au Trésor Public de présenter ses effets à la Banque de France ». Ce qui, en clair, signifiait qu’il fallait emprunter les sommes nécessaires auprès des banques privées et ceci, naturellement, contre le paiement d’intérêts. C’est ainsi que les dettes publiques de notre pays ont commencé à croître d’une façon exponentielle, comme celles de tous les pays dans le même cas [2].

Il faut remarquer que les banques, lorsqu’elles prêtent de l’argent, ne le possèdent pas. Il est créé à partir de rien pour la circonstance, grâce au système dit « des réserves fractionnaires » qui autorise les banques à créer ainsi de la monnaie scripturale contre une reconnaissance de dette. Cet reconnaissance de dette fait partie des « actifs » de la banque et figurent sur son bilan. En gros, les banques vendent de la dette. Néanmoins, leurs en-cours de prêts ne doivent pas dépasser une certaine proportion de leurs « fonds propres ». (Toujours en gros, ce qui leur appartient réellement y compris les dépôts de leurs clients.) C’est ce qu’on appelle « l’effet de levier ». Lorsque cet effet de levier devient trop important, il est limité par la réglementation actuelle, dite « Bâle 3 » qui a fixé cet effet de levier (rapport des fonds propres / total des actifs) au moins égal à 3% et ceci à partir de 2018.

La plupart des banques peinent à se mettre en conformité et sont fragilisées par un effet de levier trop important qui pourrait, en cas de crise, les précipiter rapidement vers la faillite. Pour augmenter ce ratio, la Banque Centrale Européenne a décidé (comme beaucoup d’autres Banques Centrales) une politique monétaire très accommodante pour les banques en faisant marcher la planche à billets. Elle rachète donc les titres des dettes publiques détenues par les banques privées qui financent les États de la zone, ce qui rétablit donc l’équilibre comptable des banques, mais, compte-tenu du principe fondateur des Banques Centrales, rend les contribuables prêteurs en dernier ressort de ces dettes.

Pour alléger les charges budgétaires que constituent les intérêts liés à ces dettes, la BCE joue sur deux paramètres : la durée du prêt et les taux d’intérêts. On arrive ainsi à des durées de prêts qui atteignent 100 ans, ce qui est totalement démesuré [3]. Cela indique clairement que ces emprunts ne seront jamais remboursés et que la seule chose qui importe vraiment est le paiement des intérêts. Car, même si les taux actuels sont très bas, ils ont un effet de cumul avec les dettes plus anciennes. Quand bien même les capitaux empruntés seraient remboursés, cet argent, que les banques ont créé à partir de rien sera immédiatement détruit. Les marchés nous prêtent, de fait, une chose analogue à la fausse monnaie, mais reçoivent des intérêts qui, eux, sont payés en vraie monnaie.

Supposons qu’une banque ait un effet de levier de 5%. Elle peut donc prêter, en théorie, vingt fois ses fonds propres. Si le taux d’intérêt est de 2% l’an, la rentabilité de son capital sera de 40% et ces 40% seront prélevés sur l’économie réelle. Aujourd’hui, pratiquement plus aucune banque ne veut financer l’industrie. La raison est qu’un pays comme la Chine peut pratiquement produire à lui seul tout ce dont la planète entière à besoin. Or, c’est l’industrie qui emploie les gros bataillons de travailleurs.

Petit à petit, notre économie quitte le secteur industriel pour aller vers une société de services. Mais cette activité des services tombe elle-même dans ce qu’on appelle l’économie numérique (« Uberisation ») qui désocialise les gens, les mettant ainsi à la merci de ces employeurs qui n’ont aucun lien contractuel avec eux et dont la propre existence ne dépend que des marchés financiers.

Est-ce vraiment l’avenir dont nous rêvons pour nos enfants ?

Jean Goychman
14/09/2017

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Diana_Johnstone
[2] http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2012/12/28/293-loi-de-1973-les-aveux-de-rocard-et-deux-nouvelles-pistes-pour-comprendre-l-effet-veritable-de-la-loi
[3] https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/030551008527-lautriche-lance-un-emprunt-a-100-ans-2113563.php



 

 

L’ÉTAT PROFOND AMÉRICAIN – “THE DEEP STATE” (I)


1ère partie : L’ÉROSION DE LA DÉMOCRATIE

 

Fondé à la fin du XVIIIème siècle, à l’issue d’une guerre d’indépendance, l’État américain, regroupant un certain nombre d’États fédérés autour d’une même constitution, était une sorte de modèle démocratique dont le reste du monde pouvait s’inspirer. Alexis de Tocqueville – auteur le La Démocratie en Amérique – avait analysé les écrits des premiers présidents américains et conclu qu’une démocratie devait à la fois répondre à l’étymologie (gouvernement du peuple) et au caractère social (égalité des citoyens devant la loi). En découlait directement la séparation des pouvoirs et l’élection du Président, chef de l’exécutif, au suffrage universel.

L’ancien diplomate canadien Peter Dale Scott a consacré plusieurs ouvrages à l’évolution lente de la démocratie américaine vers une sorte de « pouvoir de l’ombre » qui finit par échapper à tout contrôle institutionnel, instaurant ainsi ce qui finit par s’apparenter à une sorte de dictature.

Le premier indice important se trouve dans une observation adressée par Franklin D. Roosevelt au “colonel” House :

« La vérité n’est, comme vous et moi le savons, qu’une composante financière qui s’est emparée du gouvernement depuis l’époque d’Andrew Jackson » [1]

Roosevelt faisait ainsi une allusion directe au rôle joué par les grandes banques américaines lors de la réunion secrète tenue à Jekyll Island (Géorgie) en décembre 1910 qui allait permettre la création de la Réserve Fédérale en 1913. [2]

Nous reviendrons dans un prochain article sur le rôle des puissances financières et le contrôle qu’elles exercent sur l’État fédéral américain. Les prémisses de cet « État Profond » sont enracinées dans leur brève histoire. Dès leur naissance, les États-Unis étaient traversés par deux pensées antagonistes : l’ouverture sur le monde et un instinct de domination répressive à l’encontre de leurs opposants, quelques soient leurs griefs. On peut dire que chaque grand évènement de l’histoire de cette nation (guerre d’indépendance, de sécession ou contre les Indiens) atteste de ce double caractère.

On entend souvent parler de la COG (Continuity Of Government) mais elle est mal définie. D’après les recherches que j’ai pu effectuer, ce concept remonte à 1949 avec l’explosion de la première bombe atomique soviétique. Pour la première fois, il apparaissait possible que la totalité du gouvernement puisse disparaître en cas d’attaque sur Washington. D’où ce programme destiné à assurer la continuité du commandement. Toutefois, nombre d’opérations durant la deuxième guerre mondiale étaient couvertes par un secret indispensable et ne pouvaient être exposées au grand jour. La COG s’inscrivait dans le même principe. Dénommé au début « projet jugement dernier » c’est sous Reagan que le terme COG fut consacré.

Le conflit entre le respect de la démocratie garantie par la constitution et la sécurité des citoyens apparaît comme latent. En cas de mise en œuvre de la COG, qui va exercer le pouvoir ? Cette situation correspond à celle d’une attaque avérée, mais les hommes qui vont exercer le pouvoir sont évidemment recrutés à l’avance, et ils ne sont pas élus. On voit poindre la difficulté car le lien entre le peuple et celui ou ceux à qui il a confié sa destinée est rompu.

Il n’échappera à personne que cette « continuité » dans la conduite des affaires de l’État exige une proximité évidente entre ceux qui exercent légalement le pouvoir – c’est-à-dire ceux qui ont reçu l’onction démocratique – et ceux qui pourraient être amenés à l’exercer si les circonstances l’exigeaient. Les mandats électifs sont toujours d’une durée limitée, mais ce n’est pas le cas de ceux qui pourraient être amenés à les remplacer. Il y a dans la société américaine comme dans beaucoup d’autres, une sorte de dualité de pouvoirs qui pourrait se résumer à : « convaincre ou contraindre » ; la philosophe Anna Arendt parlait de « la persuasion par arguments » ou de « contrainte par la force » Le Ku-Klux-Klan est (simple exemple) directement issu de la seconde.

Le clivage entre ces deux formes préexistantes de pouvoir devait naturellement se retrouver entre les légaux et ceux de l’ombre. Le premier signe a été la création de la CIA (Central Intelligence Agency) dès 1947 [3] destinée à supplanter l’OSS (Office of Strategic Services). Ce dernier, créé à l’entrée en guerre des États-Unis, reprenait le rôle jusqu’alors dévolu au FBI, censé être sous le contrôle de l’Administration américaine. Le passage au statut d’agence de la CIA la mettait délibérément hors d’atteinte de ce contrôle. Cependant, sa mission devait s’exercer à l’international, donc à l’extérieur des frontières américaines. Mais ce pouvoir de l’ombre avait pris d’autres formes. Eisenhower avait commencé une lutte très inégale contre lui [4] et le dénonçait très clairement dans son dernier discours de janvier 1961, juste avant l’arrivée de Kennedy, et dont voici un extrait :

« Nous devons veiller à empêcher le complexe militaro-industriel d’acquérir une influence injustifiée dans les structures gouvernementales qu’il l’ait ou non consciemment cherchée. Nous nous trouvons devant un risque réel qui se maintiendra à l’avenir : qu’une concentration désastreuse de pouvoir en des mains dangereuses aille en s’affermissant. Nous devons veiller à ne jamais laisser le poids de cette association de pouvoirs mettre en danger nos libertés ou nos procédures démocratiques. Nous ne devons jamais rien considérer comme acquis. »

Le divorce entre la CIA et la Maison Blanche est consommé avec l’affaire de « la Baie des Cochons » à Cuba lorsque Kennedy refusa d’intervenir. Trois ans plus tard, le 12 novembre 1963, dix jours avant sa mort, le même Kennedy reprenait l’avertissement à son compte en disant :

« La direction du Bureau du Président a été utilisée pour fomenter un complot pour anéantir la liberté des Américains, et avant que je ne quitte le Bureau, je dois informer les citoyens de ces conditions. »

Ceux qui leur ont succédé, Johnson et Nixon, sont restés dans l’optique pacifique du désarmement, initialisé en octobre 1962 après l’affaire des « fusées de Cuba ». Ils se sont opposés ainsi à ceux qu’on allait bientôt désigner comme les « Faucons » par opposition aux « Colombes ». La transition s’est faite durant les mandats de Ford puis de Carter, lorsque les représentants de ce pouvoir de l’ombre ont commencé à saper ce que Reagan qualifiera ensuite comme « l’Empire du Mal ». Durant cette période le JCS (Joint Chief of Staff) ou Comité des Chefs d’État-major des armées, était favorable à une confrontation directe avec l’URSS. À la fin du mandat de Carter, l’État Profond avait pris le pas. Carter, en bon démocrate, s’était opposé à la venue du Shah d’Iran sur le sol américain, mais Rockefeller et Brezinski, deux hommes puissants de l’État Profond, lui forcèrent la main, entraînant la prise d’otages de l’ambassade US de Téhéran.

Puis vint l’élection de Reagan, marquant la fin de deux décennies de combat larvé pour le pouvoir entre la Maison Blanche et l’État Profond. C’est ce dernier qui avait gagné. Le champ devint alors libre pour le « consensus de Washington » [5] qui conduisit à la déréglementation généralisée des services privés et la privatisation des services publiques, dans l’optique de la doctrine néo-libérale de Milton Friedman et de l’École de Chicago.

Pour schématiser, les Faucons de l’État Profond avaient réussi à prendre le contrôle de « l’État apparent » au niveau des opérations extérieures. Il s’en suivit une politique beaucoup plus offensive contre l’URSS et notamment le « piège de l’Afghanistan » en 1980. 1981 fut probablement l’année de transition vers un nouvel ennemi qui, plus tard, se substituerait à l’Union Soviétique : le terrorisme islamique.

Vingt ans plus tard, les attentats du 11 septembre 2001 permettront à l’État Profond de faire passer sans coup férir le « Patriot Act » (toujours en vigueur) marquant ainsi le basculement vers un État plus sécuritaire pour la 1ère fois dans l’Histoire des États-Unis, le plan COG fut mis en œuvre.

Avant même que le dernier avion ne se soit écrasé en Pennsylvanie [6] George W. Bush fut tenu à l’écart de la Maison Blanche et Paul Wolfowitz et d’autres dirigeants furent évacués vers une base militaire proche de Camp David. Dick Cheney – qui avait travaillé pendant plus de vingt ans avec Donald Rumsfeld dans l’État Profond – s’enferma dans un bunker souterrain de la Maison Blanche avec une centaine de collaborateurs en vue de former le « gouvernement de l’ombre ». On notera que Cheney et Rumsfeld s’étaient exprimés en 2000 en se plaignant de la longueur de la mise en œuvre du processus « en l’absence d’un évènement catastrophique et catalyseur comme un nouveau Pearl Harbour ».

Nous connaissons la suite. Au travers de la « guerre contre le terrorisme » les pays du Moyen-Orient comme l’Afghanistan, l’Irak, la Lybie et plus récemment la Syrie, ont été déstabilisés et les actions terroristes se sont étendues dans le monde. On ne voit pas comment, dans l’état actuel des choses, cette guerre pourrait prendre fin.

2nde partie : LA FINANCE FACE À LA DÉMOCRATIE
(cliquez sur le lien)

Jean Goychman
07/06/2017

[1] L’État Profond Américain – Peter Dale Scott (éd. La Demi-Lune) ; p. 46.
[2] Les Secrets de la Réserve Fédérale – Eustace Mullins (éd. Le Retour aux Sources).
[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Central_Intelligence_Agency
[4] http://www.2012un-nouveau-paradigme.com/article-le-pouvoir-de-la-lumiere-face-a-l-ombre-89352516.html
[5] L’État Profond Américain – Peter Dale Scott ; p. 185.
[6] L’État Profond Américain – Peter Dale Scott ; pp. 76 & 276.