LES PROPHÈTES, LES PRÊTRES ET LES ROIS
(L’Imprécateur)

Le Monde a publié un sondage du CEVIFOP (Sciences Po), portant sur les électeurs potentiels oubliés des sondages, les abstentionnistes et les indécis. Ces deux groupes représenteraient plus de la moitié de l’électorat ! 28% d’abstentionnistes et 28% d’indécis.

Le plus intéressant est peut-être qu’à la question « tiendrez-vous compte des sondages pour aller voter ? », 67% de l’ensemble des électeurs répondent NON.

La marge d’incertitude est donc énorme et aucun pronostic n’est possible à partir des sondages actuels

De toutes façons, on les sait truqués en faveur de celui qui les commande puisque les sondeurs sont des entreprises dont les propriétaires sont les mêmes que ceux qui détiennent 90% de la presse française. Comme toute entreprise, leur intérêt est de satisfaire le client, en l’occurrence : leur propriétaire.

De plus, les sondeurs français travaillant selon les méthodes traditionnelles (panels de 1.000 sondés environ) font dans ces derniers jours précédant le premier tour comme ils le font d’habitude : ils accroissent la marge d’incertitude en rapprochant les scores des candidats, ce qui leur permettra de claironner après le résultat − quand ils auront en mains les premières estimations des scores − qu’ils avaient donné le bon résultat à une marge près très faible. Aujourd’hui, les quatre favoris seraient, d’après eux, dans un mouchoir de poche à moins de 2,5% d’écart entre le meilleur, Marine Le Pen et le moins bon, Mélenchon, avec entre les deux Fillon et Macron.

L’histoire dira si les “sondeurs” qui travaillent à partir des flux d’avis donnés par les internautes (souvent plus de 100.000) et qui se sont très peu trompés jusqu’ici (que ce soit sur Trump, le Brexit ou les résultats des deux primaires PS et LR) auront été une fois encore meilleurs. Le canadien FILTERIS et le français GOV donnent tous les deux Le Pen et Fillon gagnants nettement au premier tour et FILTERIS donne Fillon gagnant au second tour. L’incertitude est sans doute moins grande qu’avec les sondages IFOP et autres, mais elle demeure.

Puisque les deux tiers des Français ont semble-t-il du mal à choisir leur futur président, un Saint-Cyrien (François Bert) a utilisé une méthode originale pour les aider dans leur choix par l’analyse du profil des candidats.

Il les classe dans trois catégories : les Prophètes (ou idéalistes), les Prêtres (ou vendeurs) et les Rois (ou chefs).

Le candidat a des idées qu’il présente aux électeurs. Un fois élu, il doit les mettre en action. Or il est difficile de savoir à l’avance s’il saura le faire. Un cas typique : François Hollande enflammant la foule du Bourget, puis fracturant notre société, cassant son économie et détruisant son influence internationale par son incapacité à décider et à faire les justes choix face à la réalité fluctuante de la société française et du monde.

Le rapport à l’action des Prophètes, des Prêtres et des Rois est différent et par conséquent leur légitimité à être de bons présidents
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LE PROPHÈTE

Le Prophète est un cérébral. Il a l’intelligence et la vision de l’évolution des choses.

Il la traduit en écrits ou discours dans lesquels il se fait reconnaître comme celui qui a raison. La difficulté commence quand il s’agit de les confronter à la réalité évolutive et bousculée du terrain car, comme on dit dans l’Armée, « le premier mort de la guerre c’est le plan ». De Gaulle en est un bon exemple : il n’a réussi à s’imposer aux Français qu’en deux circonstances où sa vision de la France a coïncidé avec la réalité de la situation politique : en 1944-45 et 1958.

LE PRÊTRE

Le Prêtre est un relationnel. Il a l’intelligence de l’interaction.

Il se nourrit de la quantité des échanges qu’il a avec les personnes car c’est un producteur de lien. C’est un bon candidat mais pas un chef. Dès qu’il est élu, son métier change : il ne s’agit plus d’interagir mais d’agir, il ne s’agit plus d’avoir sans cesse autour de soi des gens à convaincre ou à séduire mais une solitude à habiter dans le silence pour savoir décider. C’est là qu’il échoue : Chirac, Sarkozy, Hollande.

LE ROI

Le Roi est un chef naturel. Il a l’intelligence du contexte.

Il subordonne sa connaissance et sa vision à la mission qui lui a été donnée par un supérieur, ou, s’il est devenu le supérieur par l’élection, les Français. « Tout excès de contenu et toute logique affective sont sans cesse ramenés à ce en quoi ils s’inscrivent dans le contexte et la poursuite de la mission » dit François Bert.

C’est un introverti, dont l’activité principale est le discernement. Il trouve sa force au contact des événements et se montre vite enclin à laisser de côté toute idéologie pour se mettre à l’écoute de ce que le réel lui impose.

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Il y a eu deux “Rois” dans le passé récent : Pompidou et Mitterrand, notamment le Mitterrand virant dès juin 1982 du socialisme au libéralisme et à l’économie de marché. Plus loin dans le temps, les Rois qui ont marqué l’histoire de France sont peu nombreux : Clovis, Charlemagne, Saint-Louis, Charles V, Louis XI, Henri IV, Louis XIV, Napoléon, Clemenceau.

Hollande est un Louis XVI. L’un se laisse mener à l’échafaud, l’autre à l’abattoir politique. Parce que les deux n’aiment pas se battre, seulement être « le Roi en son palais ».

Qu’en est-il des candidats de 2017 ?

François Bert voit trois “Prophètes”, un “Prêtre” et un “Roi”.

Mélenchon, Hamon et Macron sont les 3 “Prophètes”…

  • Mélenchon est un admirateur de deux idéologues qui on mal fini : Robespierre et Chavez, ce qui augure mal de sa présidence s’il était élu.
  • Hamon est un pseudo intellectuel falot qui raterait sa présidence comme il a raté son ministère.
  • Macron, dont les postures télévangélistes sont explicites, est la caricature du “Prophète”.

Convaincante et séduisante, Marine Le Pen est une “Prêtresse” qui peine à constituer son équipe comme à garder le cap de son projet, qu’elle infléchit au gré du climat qui règne dans son entourage proche et dans ses rencontres avec les Français.

Avec toutefois un bémol, François Fillon serait un “Roi”.

Le Roi se positionne dans l’action, soit en impulsion, soit en réaction.

En impulsion, il génère sa vision et l’impose. C’est Napoléon. En réaction, il adapte sa vision en fonction du groupe qui l’a élu (en l’occurrence les Français, s’il est élu) et de son équipe proche.

Fillon a montré dans le passé qu’il est plus en réaction qu’en impulsion, assumant la totalité de l’action que lui imposait Sarkozy alors qu’il la voyait dériver. A-t-il appris de son expérience ? Il semble que oui car il montre maintenant une dureté qu’il n’avait pas avant. Il y a toujours le gant de velours, mais la main qui l’habite serait devenue une main de fer durcie par les épreuves qu’il vient de traverser et a su surmonter. Fillon sera le chef dont la France a besoin s’il montre qu’il va tirer sa légitimité de l’action et non pas du discours.

Les autres ne sont pas des chefs « car le transfert qui s’est fait depuis la Révolution sur le débat d’idées puis la logique émotionnelle des médias a propulsé sur le devant de la scène ceux qui en sont les meilleurs professionnels : les idéologues et les vendeurs » (François Bert), autrement dit les Prophètes et les Prêtres.

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Pour mémoire, puisque leurs chances d’être élus sont infinitésimales, regardons les “petits” candidats.

Les “Prophètes” : Arthaud, Asselineau et Cheminade.
Idéologiquement verrouillés, ils ont besoin de nous donner la preuve de leur savoir et cherchent à attirer notre attention sur leurs connaissances ou leurs idées.

Les “Prêtres” : Dupont-Aignan, Lassalle et Poutou.
Par l’outrance, le caractère décalé ou la volonté de prouver de manière appuyée preuve leur bonne foi, ils cherchent à susciter l’adhésion par l’affection.

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Macron aurait pu réussir s’il avait été authentique. Son problème est qu’il pue le candidat téléguidé et manipulé par le Système. Il en est à lire les discours qu’on lui a transmis sans les comprendre. Il a généré une énième manœuvre électorale dilatoire, consistant à aller piocher dans divers viviers de voix sur la base d’un gloubi-boulga de convictions. Il a au final rassemblé autour de lui tous les vieux dinosaures des partis existants, d’Alain Madelin de la droite libérale à Robert Hue du PC en passant par Bayrou, Aubry et Valls.

Emmanuel Macron est ce qu’on appelle en musique un “arrangeur”, ce professionnel de la réverbération qui plait tant aux médias : ni compositeur d’une vision nouvelle, ni chef d’orchestre capable de piloter avec autorité l’action collective actuelle et à venir.

L’Imprécateur

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