ERIC WOERTH, L’HONNEUR D’UN HOMME… (par Marc Le Stahler)

J’ai souvent eu l’occasion ici d’exprimer mes réserves (c’est un euphémisme) sur l’impartialité et même l’intégrité morale de la justice en France. Le dogme de l’indépendance des juges, le principe bien établi de leur irresponsabilité, la lenteur légendaire des procédures (inélucablement attribuée à un déficit d’effectifs et jamais à la gabegie ou à un défaut d’organisation), me font sérieusement douter de la qualité de cette fonction régalienne, pourtant essentielle, de l’Etat.
L’énergumène en poste place Vendôme, sa bienveillance quasi maladive vis à vis des déviants et sa haine dégoulinante de la « France coloniale » ne sont évidemment pas de nature à me rassurer…

J’éprouve vis à vis des médias le même type de réserves, à cette différence près que ce fut longtemps mon univers professionnel et que j’ai observé de l’intérieur la situation se dégrader. La recherche d’informations objectives et argumentées a progressivement laissé place à la diffusion de « scoops » plus ou moins vérifiés, mais toujours sensationnalistes pour faire vendre du papier ou monopoliser l’antenne. Yvan Audouard plaisantait en rappelant qu' »une information suivie d’un démenti, ça fait deux informations », les journaleux d’aujourd’hui ont allègrement mis cette règle en pratique, oubliant souvent en route le démenti, qui est effectivement moins vendeur. Et je ne m’étendrai pas sur le narcissisme prétentieux des plus médiatisés des journalistes bien-pensants du Système, qui considèrent souvent leurs interlocuteurs comme des faire-valoir pour mettre en relief à ce qu’il croient être leur propre talent.

Ces deux dérives – entre bien d’autres – des institutions modernes, quand elles se combinent, deviennent encore plus intolérables et peuvent parfois ruiner allègrement des vies dans l’indifférence générale.

Je n’ai jamais évoqué le calvaire judiciaire subi par un homme respectable – et ils ne sont pas légion dans la sphère politique -, j’ai nommé Eric Woerth. Aujourd’hui définitivement lavé de toutes les accusations qui avaient entâché son honneur, il me semble opportun de revenir sur les raisons profondes de cet acharnement médiatico-judiciaire qu’il a subi pendant cinq longues années.

Si on a essayé de « tuer Eric Woerth », tout le monde aura évidemment compris qu’on voulait, par ce biais, atteindre le président Nicolas Sarkozy. L’affaire Bettencourt était trop belle : en l’impliquant dans la curée financière d’une vieille dame un peu fatiguée, on associait ainsi une manoeuvre financière frauduleuse à un indécent manque de morale et de respect vis à vis d’une personne « en état de faiblesse ». Financement illégal d’un parti politique, corruption financière et morale, tout était réuni pour une belle chasse à courre. Et ils s’y sont tous mis, les rapaces, en faisant bien entendu précéder leurs perfidies d’un prudent « certes, dans l’attente du jugement, Eric Woerth reste innocent, mais quand même… ».
Ah les fumiers ! Je comprends que Woerth ait décidé de faire le tour des médias pour exiger des excuses. C’est bien le moins !

Mais, au delà de l’objectif Sarkozy, ce qu’on sait moins, c’est que Woerth était aussi devenu l’homme à abattre pour des raisons plus… techniques. C’est que le coquin avait pris à coeur les promesses de réformes, et qu’il les avaient même résolument engagées. Woerth notamment chargé de celle concernant les retraites et de l’assainissement des finances publiques…

La RGPP, vous vous rappelez ? Révision Générale des Politiques Publiques…
Pour la première fois depuis la mort de Pompidou en 1973, on allait enfin exercer un oeil critique sur le coût, le résultat et donc l’efficacité de chaque dépense publique ! Une révolution dans les hautes sphères de l’énarchie, qui pantouflait tranquillement en attendant, d’augmentations d’échelons en glissements d’indices, de percevoir une pension confortable après le traditionnel coup de booster la dernière année (puisque le montant de ladite pension est calculée sur les 6 derniers mois de traitement).

Moins de fonctionnaires, une analyse critique approfondie de chaque ligne de crédit de paiement ou d’autorisation de programme, un examen attentif des avantages et des coûts de chaque prestation de l’état, en un mot, une GESTION NORMALE ET SAINE des fonds publics, ne pouvait que déplaire à l’ordre établi et aux intérêts de l’oligarchie qui en bénéficie.

La RGPP, que Hollande s’est empressé de mettre à mort quelques mois après son élection, ce furent, en quelques années, quelques 10 milliards d’euros d’économies par an et la suppression de 100 000 postes de fonctionnaires. On peut contester la méthode, un peu arbitraire (suppression d’un poste sur deux), mais au moins, ça avait le mérite d’inverser la vapeur. Depuis, hélas, on est repartis à toute vapeur en sens inverse !

Ils s’y étaient tous collés, au Woerth bashing, enfin tous à gauche, y inclus la volatile centriste Corinne Lepage, dont le positionnement politique est à géométrie variable. Cette avocate intrigante, jugeant que l’affaire Bettencourt, visant le ministre et trésorier de l’UMP, ne suffirait peut-être pas, avait exploité contre le maire de Chantilly une sombre histoire de vente prétenduement illégale de parcelles de la forêt de Compiègne à une société hippique. Malgré un non-lieu rendu fin 2014 au bénéfice d’Eric Woerth, Lepage a prévenu : « en tant que militante de Transparency International et « marraine » d’Anticor », elle ne s’excusera pas de son acharnement ! Voilà qui est clair. Elle ira même (car la dame elle a fait ses humanités), jusqu’à citer Stendhal « qui s’excuse s’accuse ».
Dont acte.

« Du Pont d’Arcole à la Bérézina », c’est ainsi qu’Eric Woerth qualifie sa trajectoire depuis son entrée au gouvernement Fillon jusqu’à son assassinat médiatico-juridique. De Martine Aubry à Claude Bartolone, l’acharnement médiatico-politico-judiciaire fut inqualifiable, ignorant délibérément la protection du prévenu, qui bénéficie pourtant – ne cessent pourtant de le proclamer les bonnes âmes de la gôche – de la « présomption d’innocence ».

Ségolène Royal s’était même permis d’éructer, tel l’hospice se moquant de la charité, que Woerth était « l’image d’un pouvoir corrompu ». Comme le répète Eric Woerth, « ces gens-là ne cessent de faire profession d’humanisme et piétinent sans vergogne l’honneur des autres ».

Rappelons quand même qu’une bonne partie des accusations portées contre lui dans l’affaire Bettencourt étaient fondée sur les assertions de l’ex-comptable de Mme Bettencourt, mise aujourd’hui en examen pour faux-témoignage.

On doit évidemment se réjouir que cette affaire se termine ainsi. Mais pendant cinq ans, l’honneur d’un homme a été foulé aux pieds par les médias, la justice, les politiques.
La force de caractère d’Eric Woerth lui a permis d’affronter cette épreuve avec panache, mais rien ne dit qu’un jour prochain, quelque pontife élyséen se fendra à nouveau d’un discours humaniste et sentencieux, regrettant qu’on ait jeté « tel homme ou telle femme aux chiens ».

Attendons les excuses réclamées. Je pense qu’il va falloir beaucoup de patience.

Marc Le Stahler

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