REFORME DES RETRAITES :
LA BOITE DE PANDORE ?
(Jean Goychman)

Cette réforme des retraites à laquelle plus personne ne comprend rien est-elle vraiment nécessaire aujourd’hui ?
Hormis le fait que le seul événement d’actualité est une grève des transports en commun qui affecte surtout la région d’Ile de France et qui permet de faire à satiété des débats sur les plateaux des chaines de télévision d’information « en continu », on se demande comment tout ceci va se terminer.


UNE SEULE QUESTION QUI VAILLE

Admettons, par simple hypothèse, que la réforme prévue ne voit pas le jour. En quoi la vie des Français serait-elle modifiée dans l’immédiat ?
Une menace existentielle d’ampleur pèse-t-elle sur notre quotidien ?
On nous dit que la grève qui perdure depuis début décembre a déjà coûté plus d’un milliard à l’économie. C’est un montant global dont le détail n’est pas explicité. A vrai dire, on peut avoir l’impression que c’est surtout un élément de communication utilisé par ceux qui, plus ou moins à juste titre, ont l’intention de l’utiliser dans d’éventuelles négociations ultérieures.
A toutes ces questions il est difficile de trouver une réponse. Cependant, les faits sont là. Notre pays est secoué par une crise sociale qui peut se qualifier de majeure sans que l’enjeu principal puisse être clairement perçu.

LA RAISON APPARENTE

On nous dit que le système des retraites n’est pas équilibré. En langage des énarques, cela veut dire que le montant des pensions versées est supérieur à celui des cotisations perçues. Phénomène qui va d’ailleurs amplifier pour un certain nombre des raisons, telles que l’allongement de l’espérance de vie et la démographie déclinante qui risque de rendre moins nombreux les cotisants (vous remarquerez que personne n’évoque la problématique du chômage).

La diminution du montant global des pensions et l’augmentation de celui des cotisations se profilent donc à l’horizon. Pour la première, on sait faire et cela a déjà commencé sans le dire en augmentant les charges retenues sur les retraites. Pour la seconde, c’est politiquement plus risqué, donc il faut quelque peu « noyer le poisson ». C’est ainsi qu’on parlait (jusqu’à vendredi dernier) d’âge « pivot » plutôt que de départ retardé à la retraite…

Tout ceci n’est guère convaincant à un moment ou la dette publique de notre pays vient allègrement de dépasser les 100% du PIB. Cette dette résulte d’un déséquilibre budgétaire qui a commencé en 1974. Année après année, l’Etat a emprunté auprès des marchés financiers pour « boucler le budget ».
Mais alors, pourquoi monter en épingle le déficit des retraites uniquement ?

L’ORIGINE DE LA DETTE PUBLIQUE

A la fin des années 70, la croissance de notre pays dépassait, année après année, les 3% du PIB.
Puisque le PIB augmentait régulièrement, pourquoi ne pas utiliser cette croissance par anticipation ? En clair, on pouvait dépenser plus en raison de recettes supplémentaires qui allaient venir. On pouvait donc emprunter tout de suite la différence.

Le seul petit problème est qu’à partir de 1973, ces prêts, jusqu’alors consentis SANS intérêt par la Banque de France, se firent AVEC intérêt auprès des marchés financiers. Le déséquilibre budgétaire s’est trouvé accru en raison de la charge financière de la dette.

Il est à noter que, depuis cette période, aucune part du capital de cette dette n’a été remboursée.
La raison en est très simple : le remboursement du capital n’intéresse pas les financiers, car l’argent qu’ils nous prêtent est créé à partir de rien.
Vous lisez bien : cet argent n’existe pas !
Pour le créer à partir de rien, soit on imprime des billets, ce qui ne coûte que l’encre et le papier (monnaie fiduciaire), soit on crée une simple ligne d’écriture dans un compte numérique (monnaie scripturale).

Dans les deux cas, cette monnaie n’est qu’une valeur de confiance, établie par un cours dit « légal ». Cette monnaie ne peut-être créée qu ‘en contre-partie d’une dette, et le remboursement de ladite dette entraînera irrémédiablement la destruction de cette monnaie créée à partir de rien, afin de ne pas augmenter indéfiniment la masse monétaire en circulation qui perdrait ainsi toute valeur.

Mais ce qui intéresse les prêteurs, c’est uniquement de percevoir des intérêts. Or, ceux-ci, contrairement à l’argent prêté, ne sont pas créés à partir de rien, mais proviennent de richesses véritablement créées par le système économique, et c’est là toute la différence.
Ces valeurs-là, contrairement au capital s’il était remboursé, ne seront pas détruites mais engrangées par les banques et constituent tout le cœur du système.

REVENONS A LA REFORME…

Il serait parfaitement envisageable de continuer à financer les retraites par le déficit et l’emprunt.
Après tout, il s’agit de petites sommes, comparées à la dette globale.
Or, pour des raisons qui lui sont propres, le gouvernement d’Emmanuel Macron a choisi d’engager la bataille sur ce terrain.
Il y aurait bien d’autres façons de revenir à l’équilibre, notamment en augmentant les cotisations sociales des entreprises. Mais surgit immédiatement le problème de la compétitivité des entreprises.
Evidemment, personne n’envisage le bon vieux remède qui continue à fonctionner dans d’autres pays, et qui s’appelle « la dévaluation compétitive ».

Ne jamais émettre une idée aussi saugrenue car elle remettrait l’euro en question !
Et c’est là où nous découvrons que nous sommes coincés de partout dans cette affaire. Nous ne pouvons plus contrôler notre monnaie et nous ne pouvons plus emprunter sans intérêt (même si c’est temporairement le cas actuellement).
La dévaluation nous étant interdite par principe, il ne reste guère, pour tenter de sauver ce qui reste de notre industrie, que la diminution de nos salaires et/ou la baisse des cotisations sociales.
D’où l’imbroglio actuel.

Diminuer les salaires implique de diminuer les retraites, mais les prix à la consommations ne baissant pas, il s’en suivra une perte de pouvoir d’achat pour tout le monde.
Diminuer les charges des entreprises diminuera les cotisations et donc les retraites, sauf si on envisage une augmentation de la durée du travail qui viendrait en compensation.
Mais cela suppose qu’il y ait davantage d’emplois, afin de pouvoir utiliser les gens plus longuement tout en embauchant les plus jeunes.
Ce qui n’est pas gagné, loin de là car les économistes prévoient plutôt une raréfaction des emplois dans le futur…

La solution la plus appropriée, qui serait évidemment de reprendre le contrôle de notre monnaie, est totalement exclue car elle signifierait la fin de l’euro, ce dont nos élites euro-mondialistes ne veulent à aucun prix.

Alors, pourquoi avoir ouvert cette « boîte de Pandore » ?

POURQUOI ?

Une tentative d’explication peut se trouver dans le contexte politique général.

Le positionnement politique d’Emmanuel Macron, s’il est clairement défini sur le plan européen, où toutes ses actions convergent vers davantage d’intégration entre les pays de l’UE, et en particulier ceux de la zone euro, à commencer par l’Allemagne, devient beaucoup moins évident concernant la politique intérieure.

Le parti qu’il a fondé n’a guère d’ancrage dans les territoires et n’a pratiquement pas d’élus dans les collectivités locales. Pour élargir sa base, LREM doit donc trouver des élus locaux.
N’étant « ni de droite, ni de gauche », il se heurte à un clivage peut-être démodé au plan national, mais qui demeure d’une certaine actualité dans nos communes.
Emmanuel Macron a probablement fait le calcul qu’il avait plus à gagner dans l’électorat traditionnel de droite que dans celui de gauche.

Peut-être convaincu que les gens de droite le rejoindraient sur la rigueur budgétaire, rigueur qu’il juge par ailleurs indispensable pour amener l’Allemagne à de meilleures dispositions, il a choisi ce terrain.

Celui-ci risque de se trouver singulièrement mouvant et peut même déboucher sur la réouverture d’un certain nombre de débats que l’on pouvait penser définitivement clos.

Jean Goychman
10 janvier 2020

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vamonos
vamonos
26 janvier 2020 17 h 26 min

Un moyen simple de rétablir l’équilibre entre les prélèvements et les versements serait de supprimer les régimes spéciaux, tous les régimes spéciau.

anonyme
anonyme
23 janvier 2020 12 h 10 min

en plus ils vont augmenter l’electricité,l’essence,déjà qu’on nous a obligé au nouveau controle technique et que les seniors retraités ont perdu les aides à leur santé pour des mutuelles qu’ils disaient remboursser des frais dentaires en 2018 reportés à 2019 et maintenant reportés à 2021 …ça sera toujours ainsi avec ce menteur au pouvoir.

jjgg
jjgg
13 janvier 2020 1 h 41 min

Nos politiques depuis des décennies ne sont que des inventeurs d’impôts et de taxes, ou de solutions tout aussi foireuses les unes que les autres. Dans le cas de la france, la seule variable d’ajustement est le cout horaire du
salaire ( à la baisse bien sur) car avec l’euro nous ne pouvons pas faire de dévaluation compétitive. Compte tenu
que le cout de la vie augmente et que les salaires sont aussi gelés que le cul d’un ours sur la banquise, nous ne
sommes pas loin d’une révolution. Qui sème la misère récolte ce qu’il mérite.

Serge GRASS
12 janvier 2020 15 h 06 min

Parmi les sources de financement compétitif, il y a la TVA sociale qui, en prélevant des charges sociales sur les produits importés, aurait une double action : Augmenter les recettes sociales et diminuer la concurrence des produits issus des pays exploités par les marchands mondialistes

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