ÇA « GAZE » POUR LES EUROPÉENS ! (Éric de Verdelhan)

« Nous allons provoquer l’effondrement de l’économie russe »

Bruno Le Maire

 

 

Depuis le 24 février 2022, date du début de l’offensive russe contre l’Ukraine, je m’inquiète du risque de voir ce conflit dégénérer en guerre totale, avec l’utilisation possible de l’arme atomique.

Alors que Macron répète à l’envi que nous ne sommes pas en guerre contre la Russie, il ne se passe pas une journée sans qu’on nous annonce de nouvelles sanctions destinées, parait-il, à punir Poutine alors même qu’elles pénalisent d’abord et surtout l’Europe (et la France).

Mais ces sanctions font les choux gras de « l’oncle Sam » ou, si vous préférez, de l’oncle Joe Biden (et accessoirement, de la Chine). Au tout début du conflit, j’écrivais ceci :

« La Russie est autosuffisante dans de nombreux domaines, il y a donc fort à parier qu’elle souffrira moins que les pays tributaires – voire totalement dépendants – de son pétrole, de son gaz, de ses métaux rares ou de son blé… ».
Nous y sommes, enfin presque.

On nous annonce régulièrement que l’Ukraine du vibrionnant Zelensky va forcément gagner la guerre. Personnellement, je n’en sais rien. Nous avons volontairement coupé tous les canaux d’information en provenance de la Russie, il est donc difficile de se faire une opinion. Mais j’observe que, pour l’instant, la Russie a engagé en gros un dixième de ses forces armées. Vladimir Poutine n’a pas encore mis le paquet ; il peut encore le faire. Qui sait réellement quelles sont ses intentions ?

Pour ma part, je n’en sais strictement rien. Ce que je pressens, en revanche, c’est une volonté des USA de souffler sur la braise, au risque de nous entrainer vers une 3ème Guerre Mondiale.

Nous, Européens, leur servirions alors de chair-à-canon.

Vous me direz que ce ne sont là que suppositions. C’est vrai mais, en revanche, malgré les rodomontades imbéciles de Bruno Le Maire, c’est au plan économique que nous allons souffrir. 

A la suite des déclarations de Vladimir Poutine, à la fin juin, qui indiquait que les membres des « BRICS » envisageaient de créer une nouvelle « monnaie de réserve internationale », la Russie est en train de jeter les bases d’un cartel mondial du gaz avec l’Iran.

Rappelons que le sigle « BRICS » désigne le rapprochement de quatre grands pays: le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine, auxquels il faut ajouter l’Afrique du Sud depuis 2011.

Depuis, le groupe des « BRICS » a pris la forme d’une conférence diplomatique à part entière, donnant lieu à un sommet par an, qui se déroule à tour de rôle dans chacun des cinq États. Le but de ces sommets est d’affirmer la place majeure de ces pays sur la scène internationale, et de mettre en scène leur poids économique et politique, en particulier au regard d’autres États comme les États-Unis ou l’Union européenne. Ces pays ont une impressionnante force de frappe économique !

Le journaliste financier Simon Watkins affirme que:

« l’alliance vise à contrôler autant que possible les deux éléments clés de la matrice d’approvisionnement mondiale ».

La Russie a également l’intention de créer une bourse de métaux précieux, le « Moscow World Standard » (MWS).

La semaine dernière, les économistes russes notaient que la baisse du produit intérieur brut (PIB) du pays serait beaucoup moins importante que ce qui avait été estimé précédemment.

Vladimir Poutine a souligné que les « États-Unis ont besoin de conflits pour conserver leur hégémonie », ce en quoi on ne saurait lui donner tout à fait tort.

En plein conflit, le Dollar est fort mais le Rouble russe est l’une des monnaies fiduciaires les plus performantes au monde. Les sanctions contre la Russie ne semblent pas affecter le pays, mais elles affectent fortement l’Europe donc… la France.

Selon Kenneth Rapoza:

« les marchés et la sécurité énergétique de l’Europe (ont été) perturbés par les sanctions contre la Russie… Ces sanctions ont déclenché une flambée massive des prix des produits de base qui a fait le plus de mal à l’économie européenne. »

L’Europe souffre de la pire inflation depuis des années et le pétrole russe finit toujours par remplir les stations-service européennes, mais à un prix prohibitif.

« Et en même temps » comme dirait Macron, la Russie et l’Iran jettent les bases d’un cartel mondial du gaz. Je vous laisse imaginer ce que ça peut donner !

Fin juin, Vladimir Poutine, que notre presse continue à considérer comme un malade mental, a expliqué qu’une nouvelle monnaie de réserve internationale (basée sur un panier de devises) était à l’étude par les membres des « BRICS ». A la suite de cette déclaration, deux semaines plus tard, la société russe « Gazprom » et la « National Iranian Oil Company » (NIOC) ont annoncé qu’elles étaient en train de créer un cartel mondial du gaz. Elles ont déjà signé un protocole d’accord.

Depuis, Poutine s’est rendu à Téhéran pour discuter avec les dirigeants turcs et iraniens.

Simon Watkins pense que cet accord démontre que la Russie et l’Iran jettent les bases d’un cartel mondial du gaz. Mais il ajoute que le Qatar, qui détient la plus grande entreprise de gaz naturel liquéfié au monde, pourrait également rejoindre le partenariat.

« Avec une fondation dans l’actuel Forum des pays exportateurs du Golfe (GECF), cette « OPEP du gaz » permettrait de coordonner une proportion extraordinaire des réserves mondiales de gaz et de contrôler les prix du gaz dans les années à venir… Occupant respectivement les positions numéro un et numéro deux dans le tableau des plus grandes réserves mondiales de gaz – la Russie avec un peu moins de 48 trillions de mètres cubes (tcm) et l’Iran avec près de 34 tcm – les deux pays sont dans une position idéale pour y parvenir », a-t-il déclaré (1). Je vous laisse juge !

Mais il n’est pas dans les intentions de Poutine de se limiter au gaz.

Les « BRICS » envisagent une nouvelle monnaie internationale et après le récent partenariat entre « Gazprom » et « NIOC », ils suivent les efforts de la Russie pour déplacer l’or.

La Russie a la ferme intention de créer sa propre bourse de métaux précieux, semblable à la « London Bullion Market Association » (LBMA) (2). Par ailleurs, le premier producteur d’or russe, « Polyus », a émis des obligations en yuan chinois (et l’entreprise l’a fait deux fois en un mois).

L’agence Reuters note que depuis le début du conflit, le 24 février, « la demande de yuan a augmenté. ». Et tout ceci n’est que la face visible de l’iceberg !

Je sais par avance que quelques naïfs (ou abrutis ?) vont me rétorquer qu’Emmanuel Macron est allé en Algérie pour, entre autres, garantir notre fourniture en gaz saharien.

Non ! En fait on prend encore les Français pour des imbéciles. Depuis des années, nos voisins – l’Espagne et l’Italie – sont approvisionnés en gaz algérien, par gazoducs

Nous, depuis le bradage honteux de l’Algérie française, nous payons notre gaz algérien plus cher que les autres pays, et il nous arrive par bateau, en quantité restreinte.

Rappelons que le gaz et le pétrole algériens a été découvert par la France et RIEN, sinon la générosité gaullienne, ne nous obligeait à brader le Sahara en même temps que l’Algérie.

A une époque où tout le mode (ou presque) se réclame du gaullisme, je ne manque pas une occasion de rappeler ce que nous devons à la politique de celui qui se faisait « une certaine idée de la France et de sa grandeur » et qui l’a réduite à…un hexagone.  

Depuis février dernier, j’écris que, dans le conflit entre la Russie et l’Ukraine, il est indéniable que c’est Poutine l’agresseur, mais je n’oublie pas que les nazillons de la « Brigade Azov » massacrent des pro-russes dans la Donbass depuis 2014.

Et je reste intimement convaincu que nous n’aurions pas dû nous mêler de cette guerre car elle ne nous concerne pas : l’Ukraine n’est pas membre de l’OTAN et ne fait pas partie de l’UE. Joe Biden, Emmanuel Macron, Ursula von der Leyen etc… ont choisi leur camp. Pour ma part, j’ai choisi le mien, en mon âme et conscience. 

Ce n’est pas celui de la Russie, c’est celui de la France (et de sa survie).

Il nous faudra, tôt ou tard, arrêter nos vociférations de faux durs, faire enfin de la realpolitik et reprendre des relations normales avec la Russie, car c’est NOTRE intérêt !

Si d’ici là, bien sûr, nous ne nous trouvons pas impliqué dans la 3ème Guerre Mondiale.

Éric de Verdelhan

1/9/2022

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1)- Déclarations de Simon Watkins le 23 août 2022, à divers médias anglo-américains.

2)- Selon « Capital.com »

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Allobroge
Allobroge
2 septembre 2022 15 h 25 min

BIDEN c’est pas lui dont le fils accoquiné avec les ukrainiens faisait l’objet d’une enquête qui a fort déplu au locataire de la maison blanche quand il envisageait d’y être ? TRUMP si décrié ne réclamait il pas plus de clarté quant à ses accointances avec les ukrainiens déjà !Par ailleurs si les pays émergents fuient les USA ces derniers ne tarderont plus à implosés comme jadis l’URSS !

Mic
Mic
2 septembre 2022 8 h 20 min

Excellent article, ça va gazer cet hiver pour les européens et principalement pour la France, il faut faire des efforts, l’ère de l’abondance est révolue ! Sous l’égide de Macron, les français n’ont pas été avares de sacrifices! Pour quels résultats ?

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