LES MÉDIAS ET L’INFORMATION DIRIGÉE
(Jean Goychman)

La saturation de nos récepteurs sensoriels

Pour aveugler les radars allemands durant la seconde guerre mondiales; les bombardiers alliés larguaient des nuées de bandelettes d’aluminium, appelées « windows ». Les écrans des radars ne montraient plus qu’une sorte de « neige » et les échos des avions devenaient invisibles le temps de la chute de ces paillettes. Aujourd’hui, on aveugle nos esprits par un procédé, somme toute, assez similaire.

Le brouillage-radar de l’actualité

Lorsque se produit un évènement, seule la résonance que lui donneront les médias permettra de le classer comme important ou pas. Prenons un simple exemple dans l’actualité. Je mets en parallèle deux évènements qui se sont produits simultanément ou presque:

Le décès du chanteur Johnny Hallyday et le non-respect par l’Allemagne d’un accord signé en 2002 sur la mise en commun de forces militaires. Ces deux évènements se sont produits pratiquement le même jour. Je ne sais pas quel est celui qui vous semble le plus important plus vous, mais si on en juge par le temps que les médias – et particulièrement les chaînes TV d’informations en boucle – il n’y a pas photo.

Les obsèques de Johnny Hallyday, évènement marquant de la décennie

La nouvelle est tombée très tôt le jeudi 7 décembre (anniversaire de l’attaque de Pearl-Harbour et de l’entrée des États-Unis dans la deuxième guerre mondiale). Tous les médias se sont consacrés exclusivement à la mort du chanteur. Plus rien d’autre n’a existé pendant 24 ou 48 heures. Si vous vouliez avoir d’autres nouvelles par la télévision, il fallait regarder les chaînes étrangères. Le lendemain, quelques phrases et quelques images étaient diffusées sur la déclaration, pourtant de retentissement mondial, faite par Donald Trump au sujet du déménagement vers Jérusalem de l’ambassade américaine en Israël. Et ceci s’est poursuivi jusqu’au lundi 11 décembre, après que nous ayons eu droit in-extenso à la cérémonie des obsèques, puis de l’envol du cercueil depuis Le Bourget, l’arrivée à Saint-Martin suivie de celle à Saint-Barthélémy. Si on classait l’importance des évènements par temps d’émission, on le trouverait certainement dans le groupe de ceux qui ont marqué la décennie.

La trahison allemande passe pour un détail sans importance

En 2002, aux termes d’accords appelés « Accords de Schwerin », l’Allemagne avait signé avec la France un accord portant sur la PESD (Politique Européenne de Sécurité et de Défense) [1]. Ces accords se plaçaient dans la lignée du fameux Traité de l’Élysée de 1963 dit « de l’amitié franco-allemande ». Eh bien ! Nos « amis » allemands ont décidé de s’en affranchir en passant directement un marché de 400 millions d’euros avec OBH Systems, entreprise allemande construisant des satellites.

Ce marché porte sur l’achat de 2 satellites d’observation militaires à haut pouvoir de résolution.

Pourtant, d’après le journal La Tribune [2], « « Ce système a permis à chaque pays de se spécialiser et d’éviter de dupliquer les moyens, la France fournissant les images optiques, l’Allemagne et l’Italie les images radars » avait précisé en juillet 2015 l’ancien ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian ».

Les Allemands auraient-ils agi de la même manière avec de Gaulle ?

On peut sans trop s’avancer affirmer que NON. En avez-vous seulement entendu parler ? A part cet article de La Tribune, je n’ai, pour ma part, rien entendu la dessus dans les médias « mainstream », c’est-à-dire ceux ou on vous abreuve d’images en boucle entre deux séances interminables de clips publicitaires.

Certes, je n’ai pas veillé nuits et jours, mais j’ai regardé les journaux de 13:00 et 20:00. A croire que cela n’intéresse personne. Au moment même ou Emmanuel Macron se targue de construire l’Europe avec les Allemands – et notamment par la création d’une force militaire commune – ces derniers nous laissent tomber comme une vieille chaussette et personne ne dit mot. Chaque fois que la France décide de faire quelque chose par elle-même, les inconditionnels du fédéralisme euro-mondialiste crient à l’isolement et au repli sur soi. On trouve, somme toute, naturel que d’autres le fassent. Lorsque les parlementaires allemands ont vidé de sa substance le Traité de 1963, de Gaulle a réagi sans éclat mais avec fermeté en allant chercher une alliance de revers avec l’URSS. Cela a rendu les Allemands « plus souples » notamment sur la politique agricole.

En 2017, aucune réaction. Rien ! Nada ! Circulez !

L’audimat est-il la seule justification ?

Cette tendance lourde de focaliser l’actualité sur un seul évènement est-elle uniquement dictée par les résultats d’écoute mesurés par l’audimat ? – Difficile de le croire. Sans tomber dans le fantasme de la conspiration universelle, on peut constater que ne pas trouver dans toute une journée d’informations diffusées en continu un seul créneau de quelques minutes pour parler d’une chose dont les conséquences futures peuvent se révéler considérables pose néanmoins le problème de l’objectivité de certains médias. Le décès de Johnny Hallyday est certes une triste nouvelle, surtout pour sa famille, ses proches et ses amis ou ses fans. Mais c’est malheureusement le sort commun à tout être vivant quel qu’il soit.

Du reste, l’académicien Jean d’Ormesson, qui nous a quittés la veille du départ de Johnny Hallyday, n’a pas eu droit au même « traitement de faveur ».

Allumer le « contre-feu » ?

Ne s’agit-il pas, de fait, lorsque l’actualité politique ne se révèle guère clémente envers les puissants qui nous dirigent, de passer, telle une sorte de « pertes-et-profits » du silence afin de ne pas porter atteinte à leur crédit ? Je ne dis pas qu’eux-mêmes en soient à l’origine, mais je ne pense pas non plus qu’ils aient fait le forcing pour commenter certaines choses devant les caméras. Johnny Hallyday, qui voulait avec beaucoup de talent, « allumer le feu » n’a-t-il pas un peu servi de contre-feu ?

Jean Goychman
11/12/2017

[1] http://www.dokumente-documents.info/uploads/tx_ewsdokumente/DOC_2002_3.pdf

[2] https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/observation-spatiale-quand-l-allemagne-se-joue-de-la-france-760854.html#comment1847003



 

 

LIBYE : ESCLAVAGE DE TOUS LES JOURS
(Jean Goychman)

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Il y a quelques jours, un reportage de CNN montrait des images insupportables de migrants d’Afrique sub-saharienne vendus comme esclaves [1]. Ces images ont rapidement fait le tour du monde, soulevant une légitime indignation. Il vint rapidement à l’esprit des gens qui regardait cette vidéo que ce sont les grandes migrations que nous connaissons actuellement qui sont à l’origine de ces procédés répugnants.

Emmanuel Macron s’empare du dossier

Lors de son intervention à Ouagadougou, notre président annonce qu’il va prendre ce problème « à bras le corps » et propose l’intervention en Lybie d’une force multilatérale pour protéger ces populations rendues captives aux mains de passeurs qui n’hésitent pas à tirer profit de ces pauvres êtres directement à leur merci et en toute impunité. On ne peut qu’applaudir une telle décision.

Cependant, certaines informations font défaut. Notamment : à qui ces marchands d’esclaves vendent-ils ces hommes ? Et, une fois vendus, comment font-ils pour les faire voyager ?

Poussent-ils l’ignominie jusqu’à présenter une facture d’achat en bonne et due forme pour passer les frontières ? Ou bien restent-ils sur place ? Toutes ces questions sont sans réponse. Si l’envoi de cette force d’intervention parait louable, elle ne résoud cependant pas tout et ne répond pas à la question « Que faire des migrants une fois libérés ? » – Les renvoyer dans leur pays d’origine ou bien les escorter vers l’Europe ? De son coté, qu’en pense la Lybie et ceux qui la dirigent ?

Phénomène connu depuis longtemps sur lequel les yeux et les consciences se sont fermés ?

Lorsque le sujet était abordé jusqu’à une date récente, tout le monde regardait ailleurs. Mais la question était rarement posée.

Les organisations dites « humanitaires » sont souvent… sélectives dans leurs analyses. Poutant, les choses étaient parfaitement connues. Voici un bref extrait du livre écrit en 1993 par Pierre Clostermann [2] lors d’un séjour à Mombasa :

Hélas, ce genre de trafic à continuer à exister malgré l’abolition officielle de l’esclavage, contenu dans la Déclaration universelle des Droits de L’Homme de 1948. Pourtant, tous les ans se tient sous l’égide de l’ONU une « journée internationale pour l’abolition de l’esclavage »… Le titre laisse donc penser que l’esclavage existe toujours et qu’on a choisi de ne plus en parler. Pourquoi ?

Il y a comme une « gêne » vis-à-vis de… certains pays” vous ne trouvez pas ?

Peut-être que certaines raisons (diplomatiques ou commerciales) conduisent à passer sous silence le fait que certains pays tolèreraient encore ces pratiques infâmes. Or, quasiment tous les pays ont ratifiés la déclaration de 1948. Certains, comme le Koweït, l’ont officiellement aboli dès 1949. Les Émirats et l’Arabie Saoudite l’ont suivi entre 1950 et 1970. Mais peut-être que « certains pays » (parmi ceux qui l’ont ratifié) n’en respectent pas les termes. Comme personne ne veut en parler, aucune sanction n’est prise. Il parait cependant évident que pour que ce commerce (le mot est-il approprié ?) fonctionne, il faut (comme on dit dans les milieux économiques) « qu’il y ait un marché » donc de la demande.

S’inspirer de la loi sur la prostitution ?

La loi française en matière de prostitution n’interdit pas formellement cette activité mais pénalise les clients. Pourquoi ne pas s’en inspirer et dire officiellement que tout État qui participerait ou tolèrerait un tel trafic d’êtres humains sera sanctionné et mis au ban de la collectivité internationale ?

À moins que ce brusque coup de projecteur donné par la chaîne CNN soit inspiré par d’autres considérations, comme par exemple montrer la détresse humaine des migrants pour qu’ils soient plus facilement acceptés et, psychologiquement, accueillis en Europe avec plus de facilité, ce qui est loin d’être impossible…

Les mauvaises relations entre CNN et Trump ne sont pas un scoop. Mais il est curieux d’apprendre aujourd’hui que le président Trump a décidé que les États-Unis allaient quitter le « Pacte Mondial sur les Migrants et Réfugiés » [3]. Voir l’article de Boulevard Voltaire.

Il ne peut évidemment s’agir que d’une simple coïncidence de dates…

 

Jean Goychman
05/12/21017

[1] https://www.youtube.com/watch?v=2S2qtGisT34&feature=youtu.be
[2] « Mémoires au Bout d’un Fil » p. 226 – Pierre Clostermann (éd. Arthaud).
[3] http://www.europe1.fr/international/onu-retrait-des-usa-dun-pacte-mondial-sur-les-migrants-et-refugies-3509681



 

 

DE GAULLE : CARREFOUR ENTRE L’EST ET L’OUEST
(Jean Goychman)

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De Gaulle fut l’un des rares chefs d’État à avoir rencontré les trois dirigeants de l’URSS que furent Staline, Khrouchtchev et Brejnev. C’est ce que disait Hélène Carrère d’Encausse dans l’émission « Spécial Russie » diffusée récemment sur la chaîne Histoire dans le cadre du magazine L’Histoire en Marche. Durant cette émission qui coïncidait avec la parution de son ouvrage De Gaulle et la Russie, elle donne un éclairage très intéressant sur ce que de Gaulle pensait des rapports entre la France et la Russie.

Une amitié ancestrale

Contrairement à nos hommes politiques d’aujourd’hui qui ne vivent que dans l’actualité (j’allais écrire « leur actualité ») de Gaulle embrassait dans sa vision plusieurs siècles d’histoire. On réalise alors combien les liens du passé entre la France et la Russie sont encore présents.

Anne de Kiev

Cela remonte au XIème siècle lorsque Anne de Kiev devint Reine de France en épousant le petit-fils d’Hugues Capet qui régna sous le nom d’Henri Ier. De leur union provient ainsi un sang russe dans la dynastie capétienne.

Les relations diplomatiques entre les deux pays datent de 1717, voici tout juste trois siècles. Catherine II manifestait beaucoup d’intérêt pour la culture française, en particulier pour les œuvres de Voltaire et de Diderot. La langue française était écrite et parlée par l’aristocratie russe.

Catherine II dite La Grande Catherine

Cependant, la Tsarine Catherine II manifesta son désaccord profond avec la Révolution française, ce qui entraîna la rupture des relations diplomatiques ainsi que la dénonciation du Traité de commerce de 1787.

Pour autant, les liens avec l’aristocratie française ne furent nullement rompus. La Russie accueillit un certain nombre d’émigrés venant de ses rangs, tout comme l’inverse se produisit en 1917 lors de la révolution bolchevique.

Les guerres napoléoniennes

« Ouverture Solennelle 1812 » (Tchaïkovski) – que vous pouvez écouter en cliquant sur l’image (15:46)

1812 fut l’année de la guerre avec la France de Napoléon, mais les combats, souvent violents sur le sol russe et ailleurs en Europe, donnèrent l’avantage aux russes. L’Empereur capitula en 1814, évènement marquant le début de la fin du règne de Napoléon. Cette guerre eut pourtant peu d’influence sur les échanges culturels entre les deux pays.

Le second conflit qui opposa la France à la Russie fut la Campagne de Crimée de 1854, durant le Second Empire de Napoléon III. Il naquit d’un différent diplomatique entre l’Empire russe d’une part et une coalition formée par l’Empire ottoman, la France, le Royaume Uni et le Royaume de Sardaigne d’autre part. Le problème venait du développement des moyens de transport qui avaient considérablement augmenté le nombre des pèlerins vers les Lieux Saints de Palestine. Les Catholiques ne réussirent pas à s’entendre avec les Orthodoxes sur le nombre des ecclésiastiques, ce qui n’était qu’un prétexte [1]. Alliées aux Anglais, les troupes de Napoléon III remportèrent la victoire à la bataille de l’Alma (rivière sur la route de Sébastopol, ville russe où les Anglais voulaient établir une base navale pour leur flotte de guerre).

Le retour de la diplomatie et la deuxième Guerre mondiale

Alexandre II

Dès 1855, le Tsar Alexandre II chercha à rétablir les relations diplomatiques avec la France, ce qui fut fait en 1857. En 1878, la Russie participa à l’Exposition universelle de Paris. Ensuite, il y eut toute une série d’échanges culturels entre les universités des deux pays et les relations furent stables jusqu’en 1917. C’était l’ère de la Triple Entente qui liait la Russie, l’Angleterre et la France. À la révolution russe, la société française se scinda en deux, une partie s’opposant et l’autre soutenant ladite révolution. Il faut dire que, au début de la guerre, la France était devenue à la fois le premier créancier et le principal partenaire économique de la Russie [2].

En 1924, la France reconnut officiellement l’Union Soviétique, mais les rapports restèrent assez froids. En 1943, le gouvernement de Moscou reconnut le Comité Français de Libération Nationale trouvant son origine dans la France Libre, qui devint la France Combattante en 1942, avant de s’appeler CFLN en 1943. En 1944, le CFLN devint le Gouvernement provisoire. En fait, les relations entre de Gaulle et Staline avaient commencé dès 1941. Cette reconnaissance était extrêmement importante pour de Gaulle, car il avait conscience du « poids politique » du Parti Communiste en France.

De Gaulle, dès 1940, alors que le pays sombrait, avait perçu que l’Allemagne allait perdre la guerre alors que les américains étaient beaucoup plus dubitatifs. En vérité, ce n’est qu’après que l’Armée Rouge eu vaincu la Wehrmacht à Stalingrad en 1943 que Roosevelt, malgré l’insistance de Churchill qui lui réclamait à cors et à cris depuis 1942, lança les opérations du débarquement en Normandie. Ce débarquement avait pour objectif principal d’empêcher que les troupes de Staline aillent trop loin vers l’ouest de l’Europe… De Gaulle avait été soigneusement écarté des préparatifs et n’a été informé qu’au dernier moment. Il y avait donc un certain climat de « suspicion » entre Roosevelt et lui. La reconnaissance de de Gaulle par Staline arrivait ainsi à point nommé.

La préparation de l’après-guerre

De Gaulle s’intéressait plus aux hommes qu’aux idéologies. Son but était de redonner à la France la place qu’elle occupait depuis plus de trois siècles dans le concert des Nations. Il connaissait les sentiments de Roosevelt à son égard et il méfiait des intentions de Churchill vis-à-vis de l’Empire français du Moyen-orient, notamment en Syrie. Un appui du côté de l’URSS pouvait rééquilibrer les choses, même si Staline s’était montré assezpeu réceptif sur la question du maintien des frontières de l’Empire français. Le voyage à Moscou, passant par l’Égypte, l’Iran et Stalingrad, a été déterminant. Parti de Paris le 24 novembre 1944, de Gaulle ne quittera Moscou que le 10 décembre. Les discussions qu’il eut avec Staline ont permis de conclure une sorte d’accord tacite qui confortait de Gaulle en tant que Chef du gouvernement français, évidemment appuyé par les communistes.

L’objectif de de Gaulle était double : d’une part, faire en sorte que le gouvernement dont il était à la tête soit reconnu par l’URSS, et d’autre part que la France soit dans le camp des vainqueurs. Enfin, subsidiairement, de Gaulle voulait évoquer également la frontière franco-allemande et notamment sur la rive gauche du Rhin. De son côté, Staline avait besoin de de Gaulle pour l’appuyer face aux anglais et aux américains pour la frontière polonaise [3]. Un accord fut trouvé sur les deux premiers points mais Staline resta très évasif sur le dernier.

L’éclipse du pouvoir et la reprise en main

De Gaulle quitte le pouvoir le 20 janvier 1946, après avoir constaté que la nouvelle assemblée issue des élections du 21 octobre 1945 ayant ainsi fait du Parti Communiste le premier parti de France, ne lui permettait pas de conduire les affaires du pays comme il l’aurait souhaité, bien qu’étant reconduit à la présidence du Conseil. Persuadé que la France ferait de nouveau et rapidement appel à lui, il se retira à Colombey-les-Deux-Églises. Ce ne fut cependant qu’en 1958 que le Président René Coty fit appel à lui. Même si l’on sait, par différents témoignages [4] qu’il suivait de près ce qui se passait tant sur le plan national qu’international, il ne fit pratiquement aucune déclaration publique.

À son retour aux affaires en mai 1958, il lui fallut en priorité mettre fin à la guerre d’Algérie. Après l’indépendance en 1962, il se tourna vers l’Europe pour tenter d’infléchir un processus d’intégration européenne dont l’élément fédérateur était essentiellement américain. Il proposa donc au Chancelier Adenauer de signer un Traité de coopération entre la France et l’Allemagne mais pouvant être étendu aux pays européens qui le souhaiteraient. La France, devenue une puissance nucléaire proposait à l’Allemagne sa protection en cas d’attaque et l’Allemagne s’engageait, en contre-partie, à développer des grands programmes industriels avec la France. Le Traité fut signé le 23 janvier 1963, mais le Bundestag devait le ratifier avant son entrée en vigueur. Les américains ne voulaient pas entendre parler de ce Traité et firent en sorte que le Bundestag ne le ratifie qu’après l’avoir vidé de son contenu, ce qui le rendait inutile.

La France au-delà de l’Europe

De Gaulle ne dit rien mais agit sans tarder. Conscient que ses véritables adversaires européens se trouvaient en réalité aux États-Unis, il affirma haut et fort l’indépendance de la France par une suite continue d’actions et de déclarations qui contribuèrent grandement à rehausser le prestige international de la France avec laquelle il allait falloir désormais compter. Il s’engage résolument dans un rapprochement avec les pays considérés comme des adversaires des États-Unis. Il faut souligner que de Gaulle n’avait jamais voulu couper les ponts avec l’Union Soviétique et avait reçu, dès mars 1960, Nikita Khrouchtchev. Lors de son retour aux affaires de 1958, les dirigeants soviétiques voyaient en lui un allié potentiel. Il avait notamment énoncé le fameux triptyque « Détente, Entente, Coopération » qui allait marquer ses relations avec les pays de l’Est. Son rapprochement avec Adenauer les avait quelque peu troublés. Peu de temps après, de Gaulle écrit au président Eisenhower pour lui proposer la mise place d’un directoire tripartite de l’OTAN entre les États-Unis, l’Angleterre et la France. Cela n’était pas du goût d’Adenauer, à qui de Gaulle n’avait rien dit. On retrouve ici une des caractéristiques de la politique de de Gaulle de toujours garder un équilibre pour ne pas apparaître comme inféodé à quiconque. Le voyage de Khrouchtchev fut très important car c’est la première fois qu’un chef d’État de l’URSS venait en France, et tout porte à croire que de Gaulle avait soigneusement choisi la date car la France était devenue une puissance nucléaire un mois avant.

Néanmoins, la route de Moscou passera par Pékin.

Mao tsé-Toung et de Gaulle prennent tous deux une position critique envers Moscou, en refusant l’accord proposé par Khrouchtchev sur la proposition d’un pacte de non-agression entre l’OTAN et les pays du Pacte de Varsovie. Jugeant la situation propice, de Gaulle fit officiellement reconnaître par le gouvernement français la République Populaire de Chine le 27 janvier 1964 [5].

Parallèlement, un traité commercial est conclu entre la France et l’Union Soviétique en octobre 1964, et en mai 1965 fut signé le fameux Accord de coopération sur l’énergie nucléaire. Les américains y virent, bien sûr, une provocation supplémentaire…

Le tournant capital du voyage à Moscou de 1966

Afin de bien montrer que la France n’entendait pas déléguer aux seuls États-Unis le monopole des relations avec l’URSS, de Gaulle se rend à Moscou où il séjournera du 20 juin au 1er juillet 1966. Cette visite fut le complément logique de la décision de février 1966 de retirer toutes les forces françaises du commandement intégré de l’OTAN, complétée par une évacuation de toutes les bases étrangères situées sur le sol français. Une telle attitude ne pouvait que plaire aux autorités soviétiques qui lui réservèrent un accueil chaleureux. Il rencontre pratiquement tous les dirigeants soviétiques et effectue un périple qui le mènera de Moscou à Saint-Pétersbourg puis en Sibérie, et se terminera par Leningrad, Kiev et Volgograd, acclamé partout par une foule dense.

Le 30 juin, veille de son retour, il prononcera son fameux discours sur « l’amitié de la France éternelle envers la Russie éternelle ». Dans ce discours, vibrant hommage à l’âme des peuples qui savent faire la différence entre l’Histoire et les péripéties dues au caractère des hommes, il rappelle les siècles d’une long passé d’amitié entre nos deux peuples. Il termine avec beaucoup de lyrisme en disant que ce passé doit préfigurer l’avenir et que nos deux pays doivent continuer leur route commune. Il conclut que le moment de la détente et de la coopération en Europe était venu. Il suggèra – sans toutefois le dire précisément – qu’il conviendrait d’installer une sorte de téléphone rouge entre Moscou et Paris, identique à celui qui existe ente Moscou et Washington.

L’Europe de l’Atlantique à l’Oural

On ne peut que constater la vision à long terme qu’avait de Gaulle depuis son discours de novembre 1959 dans lequel il affirmait :

« Oui, c’est l’Europe, depuis l’Atlantique jusqu’à l’Oural, c’est l’Europe, c’est toute l’Europe, qui décidera du destin du monde ! »

La puissance de cette phrase qui bouscule l’ordre bipartite établi au lendemain de la guerre, décrit en peu de mots ce que devait être l’Europe du futur et quel rôle elle devait jouer dans le monde. Elle sous-tendait toute la politique étrangère du général de Gaulle qui n’aura de cesse, pour y aboutir, de se doter des moyens nécessaires. La force de dissuasion, le redressement économique de la France, son rayonnement culturel en sont les témoignages.

Personnage hors du commun dans notre histoire, il a su, par sa seule volonté, marquer une étape cruciale pour sortir notre pays de l’irrémédiable déclin auquel il était voué.

Le retour à l’étalon-or et l’ordre financier mondial

De Gaulle avait su déjouer le piège des dollars AMGOT [6] en prenant de vitesse les USA qui comptaient bien introduire une monnaie d’occupation dans les « territoires libérés » (ce qui aurait fait d’eux des « territoires occupés »).

Il avait une conscience parfaite de la bataille financière qui allait se jouer autour du dollar qui allait devenir la monnaie des échanges internationaux tout en gardant un statut de monnaie domestique américaine. Il avait compris très rapidement que la convertibilité du dollar en or était un leurre qui disparaîtrait rapidement. Dès que les dettes françaises furent remboursées, il demanda l’application de cette convertibilité en échangeant les dollars qui s’accumulaient à la Banque de France contre de l’or physique. On estime qu’environ 900 tonnes ont ainsi été rapatriées entre 1962 et 1967. Il savait parfaitement que la Réserve Fédérale US ne pourrait pas continuer longtemps à faire semblant et dénonça cet abus dans une conférence de presse en 1965, accusant les États-Unis de s’enrichir sur le dos des autres nations en imprimant du papier. [7]

À la fois visionnaire et pragmatique

Tous ceux qui aujourd’hui se réclament d’une sorte de « filiation politique » avec de Gaulle devraient surtout prendre la mesure de leurs différences.

On peut l’aimer ou le détester. Mais il ne saurait susciter l’indifférence de ceux qui l’ont acclamé ou subi. Il est regrettable qu’il n’ait pu achever ses Mémoires d’Espoir qui auraient certainement été une source d’inspiration pour les générations futures.

Laissons-lui une ultime parole :

« Pour faire de grandes choses, il faut de grands hommes. Et ils ne le sont que parce qu’ils ont choisi de l’être. »

 

Jean Goychman
29/11/2017

 

[1] http://www.histoire-pour-tous.fr/guerres/4321-la-guerre-de-crimee-1853-1856.html
[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Emprunt_russe
[3] https://tempsreel.nouvelobs.com/histoire/20170125.OBS4342/l-histoire-meconnue-de-la-pologne-pendant-la-seconde-guerre-mondiale.html
[4] Voir En écoutant de Gaulle” de Claude Guy (éd. Grasset). J’ai personnellement reçu le témoignage de Pierre Clostermann, député UDSR, qui avait rendu plusieurs visites privées au Général entre 1946 et 1958.
[5] http://histoire-a-sac-a-dos.com/1964-france-reconnait-republique-populaire-chine/
[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Billet_drapeau
[7] https://www.youtube.com/watch?v=8IiAq4iz4uE

 

ANGELA MERKEL CHERCHE UNE ALLIANCE CONTRE-NATURE
(Jean Goychman)

Après deux mois de réunions, tergiversations, de manœuvres en tous genres, Angela Merkel n’a pas réussi à trouver un terrain d’entente pour former un gouvernement. Après un constat d’échec dû à une incompatibilité totale entre les écolos et les libéraux du FDP, elle déclara que de nouvelles élections seraient envisageables [1].

Une parole imprudente

À peine ces mots prononcés, elle commença à faire ses comptes en matière de répartition des votes. Dans cette approche, nos politiciens sont bien meilleurs que lorsqu’ils doivent apporter des solutions au quotidien sur les problèmes de société. Et bien vite elle s’est rendue compte qu’elle devait faire « arrière-toute » comme disent les marins. La conclusion était qu’une nouvelle consultation ne pouvait que bénéficier aux « populistes ». Car, comme disait François Mitterrand, fin connaisseur de l’âme humaine, « les vieux pêchés ont de longues ombres » et le dernier gouvernement de coalition formé entre le CDU de Merkel et le SPD de Schulz est loin d’avoir suscité l’enthousiasme populaire…

Un échec électoral cuisant

De ce point de vue, les dernières élections ont été une véritable « Bérézina » pour Angela Merkel, dont le parti perdait un quart de ses électeurs – du jamais vu depuis la création de la République Fédérale. Quant au SPD, il faut remonter à 1933 pour trouver un score aussi faible. Chacun des deux pensait que ces mauvais résultats étaient imputables à l’autre, rendant ainsi hautement improbable une nouvelle coalition qui les auraient réunis. Manque de pot, elle s’est mise dans une sorte de « corner ». Soit elle prend le risque de connaître une défaite encore plus cuisante en cas de nouvelles élections, soit elle va chercher une entente avec Schulz qui lui éviterait cette infamie. De son côté, l’intéressé sait que Merkel est dans un état de grande faiblesse et qu’elle ne peut rien lui refuser, y compris un projet de gouvernement très « ancré à gauche » du moins vu par les Allemands, mais en tout cas nettement divergent par rapport à la ligne traditionnelle du CDU.

Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse

Après tout, Angela Merkel peut se dire que l’essentiel est de sauver les apparences et d’habiller tout ça du respect « des valeurs de la République » en disant que c’est la seule façon de couper la route au populisme. Ce sont les gens comme elle qui accentuent jusqu’au point de rupture les tensions entre les gouvernants et les gouvernés. Qu’est-ce que cette attitude qui consiste, après avoir ramassé une claque électorale, à chercher à s’allier avec quelqu’un dont les idées sont opposées aux siennes, uniquement parce qu’on pense que les gens ne vont pas « bien » voter si on les reconvoque ? Et après, on nous parle de « démocratie », d’Europe (pour le bien de laquelle on serait conduit à agir ainsi) !

Le précédent français des Régionales

Ce n’est pas la première fois qu’on réunit des adversaires pour barrer la route au populisme, qui n’est (on veut nous le faire oublier) que l’expression du choix d’un peuple encore réputé – mais pour combien de temps ? – souverain. Souvenez-vous en 2015, lors des élections régionales, les socialistes (ou prétendus tels) préférant se faire « hara-kiri » plutôt que de laisser le Front National remporter certaines régions… Où est la « démocratie » dans cette attitude ? L’alpha et l’oméga d’une politique peuvent-ils être réduits à empêcher par tous moyens la montée inexorable de la volonté populaire ?

Les masques tombent

Une nouvelle réalité commence à apparaître. Le soi-disant combat droite/gauche n’est, dans les faits, qu’un combat factice de gens appartenant à la même idéologie euro-mondialiste. Ce ne sont que des postures destinées à masquer les objectifs réels et tromper les peuples. La seule cause pour laquelle « ces gens-là » agissent est celle d’un pseudo-libéralisme paré de toutes les vertus, alors que cette doctrine vise essentiellement à faire disparaître les États-nation. Les peuples sont en train de s’en apercevoir, mais… auront-ils le temps de réagir avant qu’il ne soit trop tard ?

Il est permis de l’espérer car certains signes témoignent de ce réveil.

Le BREXIT, puis l’avènement de Donald Trump aux États-Unis, les élections en Autriche, aux Pays-Bas, dans les pays de l’Europe de l’Est, sont autant de faits qui le démontrent. L’attitude de la Chine (qui commence à contester la suprématie du dollar et du système des banques centrales indépendantes) va dans le même sens. Les fameux traités de libre-échange, donnant un pouvoir exorbitant aux entreprises multinationales n’ont plus « le vent en poupe ».

Incontestablement, le monde est en train de changer et les peuples entendent bien conserver – voire reconquérir – leur souveraineté.

 

Jean Goychman
01/12/2017

[1] http://reinformation.tv/allemagne-merkel-schulz-grande-coalition-vote-populaire-mille-77610-2/