2047 : RETOUR VERS LE FUTUR – II – (Xavier Jésu)

Une micro-fiction qui, je l’espère, restera au stade de la fiction. 

 

 

 

10h00 : On vient me chercher pour me mener au tribunal

Georges, le gendarme transgenre vint donc me chercher, sa jupe parfaitement ajustée sur ses cuisses d’haltérophile de haut niveau. Il me raconta qu’il venait de gagner la compétition des lanceuses de marteaux du Béarn devant 4 genrées qui ne faisaient pas le poids (c’est le cas de le dire). Ces dernières avaient porté plainte contre « iel » mais le tribunal avait rejeté leur requête, rétorquant que, selon la loi du 17 brumaire 2042, il n’y avait plus de sports différenciés par le genre : donc plus de foot masculin ou féminin, plus de courses cyclistes masculine ou féminine, etc… Le tribunal les a condamnées à 1 ans de NUPES pour transphobie aggravée. Je précise au passage que le dictionnaire L(e)a Petit(e) Robert(e) prévoit de faire disparaitre les adjectifs « masculin » et « féminin » de son dictionnaire, considérant qu’ils n’ont plus lieu d’être, depuis qu’ils ont intégré le « iel » comme référence absolue.  J’entends dire depuis peu que des avocats spécialisés dans les affaires de « genres » avaient fait fortune, mais je crains que cette manne financière ne dure bien longtemps.

Pour en revenir à mon transfert au tribunal, je l’ai presqu’apprécié car qu’il m’a permis de sortir pour la première fois depuis trois mois de ma cellule. Oui, cela parait surprenant car je n’ai ni volé, encore moins tué, ni même créé le moindre accident de circulation. Non, rien de tout cela : j’ai juste dit quelque chose qui était devenu bien plus répréhensible que de tirer sur des gens avec une Kalachnikov ou d’égorger une vieille dame pour lui voler sa carte bancaire. Je suis, selon mes geôliers, le symbole de la honte de notre société devenue « moderne et progressiste » grâce à notre guide spirituel et la révolution qu’il avait entamée 25 ans auparavant, pour libérer le peuple travailleur de la gangrène capitaliste et réactionnaire de ce qu’on appelait, à l’époque « les boomers ».

10h13 : Je rentre dans un fourgon blindé électrique. Blindé, car un attroupement s’est formé à l’extérieur de ma prison pour manifester son hostilité à mes propos qui, m’a-t-on dit, étaient insupportables pour les révolutionnaires progressistes. Électrique, parce que le pétrole, le gaz et le nucléaire ont été interdits depuis 6 ans déjà, dans la cadre de la « transition énergétique » et seul le gouvernement et l’armée ont le droit de s’équiper en véhicules électriques car les ressources en Lithium sont presque épuisées et la fermeture des centrales nucléaires françaises ne nous permettent plus de recharger les batteries.  Du coup, depuis 6 ans, on importe à prix d’or, de l’électricité des pays voisins qui n’hésitent pas à faire fonctionner leurs centrales avec du pétrole importé du Vénézuela (Le Ducé Mélenchoni les a aidé dans les négociations). Le reste de la population se déplace exclusivement à vélo ou à pied . Certains partent à 2 heures du matin pour rejoindre leur lieu de travail situé à 35km. Et le soir, ils arrivent vers les 22h00 chez eux. En revanche ils sont fiers d’être écoresponsables et neutres en carbone.

10h19 : Je pénètre enfin dans le TDLP (Tribunal De La Pensée), menottes aux poignets. Le hall semble avoir été repeint de la même couleur que la veste Mao-Chaviste du Ducé Mélenchoni et que celle du Mur de Berlin (avant sa chute en 1989). Je demande à Georges pourquoi cette pièce est si lugubre et il me répond que cela a été fait pour recouvrir les fresques scandaleuses d’artistes du 19ème Siècle, époque où la bourgeoisie capitaliste opprimait la classe ouvrière tout en s’enrichissant sur son dos. Il m’explique aussi que toutes les sculptures et statues de bronze, qui trônaient honteusement dans ce hall, ont été retirées car elles faisaient souvent référence à des périodes incompatibles avec la révolution actuelle.

10h30 :  On nous ouvre la porte de la « Salle Robespierre » située au rez-de-chaussée, et j’y entre accompagné de mon « tour-operator » Georges. La salle n’est pas bien grande. Les juges ne sont pas encore là. Seuls les jurés ont été autorisés à entrer dans le quartier qui leur est réservé. Mon avocat et ami Éric est assis devant ma cage au vitrage blindé comme le fourgon.  

FIN DE LA DEUXIÈME PARTIE

Mais qui est donc Éric ? à lire dans la 3ème partie… mais il faut encore attendre un tout petit peu. 

Xavier Jésu

17 juillet 2022

 

 

 

 


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