PETITE HISTOIRE DU SYSTÈME BANCAIRE
(Jean Goychman)

À l’heure où l’Union Européenne envisage sérieusement d’autoriser les banques à « geler » les comptes des déposants, un rappel des origines du système bancaire peut être à la fois utile et intéressant.


Les orfèvres

Commençons par les ancêtres des banquiers : les orfèvres. Ils faisaient commerce de l’or. Depuis des temps quasi-immémoriaux, probablement antérieurs à notre ère de plusieurs siècles, la monnaie la plus utilisée était la pièce d’or. Le choix de ce métal précieux relevait de plusieurs avantages [1] et nombre de pays y recourrirent, jusqu’à un passé relativement récent.

Les orfèvres deviennent banquiers

Il possédait toutefois un inconvénient : celui d’être totalement anonyme. Si vous perdiez, quelque soit la raison, une pièce d’or, sa valeur était transférée au nouveau possédant, qui pouvait l’utiliser comme bon lui semblait. En fait de meubles, possession vaut titre. Afin de sécuriser leurs pièces de monnaie en or ou en argent, les propriétaires prirent l’habitude de mettre en dépôt celles-ci chez leur orfèvre. En contrepartie, celui-ci établissait un « certificat de dépôt » qui attestait de la présence dans ses coffres du nombre et de la valeur des pièces correspondantes. Lors d’un achat ou du règlement d’une dette, les gens prirent l’habitude de donner un certificat que le vendeur ou le créancier allait convertir en pièces d’or chez l’orfèvre émetteur. Au fil du temps, l’habitude fut même d’échanger directement ces certificats, que les orfèvres avaient pris l’habitude d’établir « au porteur ».

Les premiers billets de banque et la réserve fractionnaire

On peut considérer que les premiers « billets de banque » naquirent ainsi. Jusque là, rien d’anormal. Cependant, les orfèvres considérèrent vite que ce service rendu devait être rémunérateur et se firent payer pour l’accomplir. De là, ils réalisèrent que les chances que tous ces porteurs viennent réclamer leur or en même temps était très improbable. Ils émirent alors plus de certificat qu’ils n’avaient d’or entreposé, en prenant toutefois la précaution de se garantir entre eux de l’occurrence d’un tel évènement. Il était convenu que, le cas échéant, si un orfèvre ne disposait plus d’assez d’or, ses collègues regroupés au sein d’une même Guilde lui en fourniraient. Ce système est connu sous le nom de « système des réserves fractionnaires » [2].

Une escroquerie nommée “effet de levier”

Ce système repose très clairement sur une tromperie. La pratique des billets de banque s’étant généralisée au fil du temps, celui des « réserves fractionnaires » s’est considérablement perfectionné au point de devenir aujourd’hui le moyen de gains vertigineux pour les banques. La notion de « couverture bancaire » qui représente la part réelle de l’argent dont le banquier dispose réellement ne représente plus en fait qu’une faible part de l’argent qu’il prête à ses clients. Ce rapport entre les deux s’appelle « l’effet de levier ». On remarque que, plus cet effet est grand, plus la banque gagne de l’argent, car elle touche des intérêts sur de l’argent qui ne lui coûte rien puisqu’elle le crée elle-même.

Les banquiers ne sont plus des orfèvres !

Si les orfèvres avaient su rester raisonnables avec les « faux-certificats » (environ 10%), les banquiers ne s’embarrassèrent pas des mêmes scrupules. Au contraire, ils perfectionnèrent ce système à leur profit en s’arrageant pour que les dépôts de leurs clients soient considérés comme des fonds propres leur appartenant permettant ainsi, au travers de l’effet de levier, de créer encore davantage d’argent ex nihilo [3]. Mais ils ne s’arrêtèrent pas en si bon chemin. Afin de maîtriser d’un bout à l’autre l’ensemble du système de création monétaire, ils s’arrangèrent pour prendre le contrôle des banques centrales, qui, jusqu’alors, était dévolu aux gouvernements.

La Grande Escroquerie

En dépossédant les nations de cet attribut essentiel de leur souveraineté, ils ont, en transférant ce pouvoir de « battre monnaie » à des intérêts privés, condamné celles-ci (les nations) à se trouver prise dans l’engrenage infernal de la dette exponentielle. Comme les banques centrales ne pouvaient plus financer les dépenses excédentaires de leurs états respectifs, ceux-ci durent emprunter contre intérêt les sommes nécessaires au paiement de leurs engagements. (Rappelons simplement qu’auparavant ces mêmes états empruntaient sans intèrêt en échange de « Bons du Trésor ».) C’est ce qu’on appelait la « monétisation directe de la dette » [4]. Mais les banquiers, qu’ils soient nationaux ou internationaux, ont vu l’immense source de bénéfices que pouvait représenter la prise de contrôle de la monnaie, pour autant qu’elle ne soit plus adossée à une contre-valeur, comme l’or par exemple. Ce processus de création d’une monnaie purement fiduciaire [5] a commencé en France dès le début de la guerre de 14 par l’abandon du franc-or. Depuis, les banquiers ont réussi à faire totalement disparaître (sauf peut-être pour leur propre usage) toute corrélation entre l’or et les monnaies.

Plus rien ne limite aujourd’hui la création monétaire, d’autant plus que celle-ci ne coûte rien (sinon le papier et l’encre). Les intérêts, par contre, sont un véritable impôt payé par les contribuables pour les emprunts publics et par les emprunteurs pour les prêts privés. Afin que la quantité de monnaie en circulation n’augmente démesurément, les banques, y compris les banques centrales, détruisent, une fois l’emprunt remboursé, la monnaie ou les lignes comptables. Et le tour est joué !

La Dette…

Il fut un temps où l’on était habile à trancher dans le vif des faux-monnayeurs…

Elles vous ont prêté de l’argent qui n’existait pas et qui ne leur à rien coûté ou presque et s’enrichissent des intérêts produits.

La seule différence avec les faux-monnayeurs c’est qu’elles disposent légalement de ce droit.

Permettez-moi seulement, en guise de conclusion, de citer ce passage d’une lettre adressée à Son Excellence Mgr William Godfrey, Délégué Apostolique en Grande Bretagne, aux Archevêques anglicans de Canterbury, de York et du Pays de Galles, et aux autres dignitaires ecclésiastiques de Grande Bretagne.

« Votre Grâce,

  1. Les soussignés, tous de sang et d’ascendance Britannique, ayant étudié les causes fondamentales de la présente agitation du monde, se sont trouvés dans l’obligation de conclure qu’un premier pas essentiel vers le retour au bonheur humain et à la fraternité, avec la sécurité économique et la liberté de vie et de conscience qui permette à l’éthique chrétienne de refleurir, exige que chaque Communauté nationale récupère sa prérogative sur l’émission monétaire, y compris sur ses substituts modernes de crédit.
  2. Cette prérogative a été usurpée par ceux que l’on désigne sous le terme générique des « banquiers », aussi bien les banquiers nationaux qu’internationaux, qui ont poussé à la perfection une technique leur permettant de créer eux-mêmes la monnaie qu’ils prêtent en accordant des lignes de crédit dans leurs livres, et de la détruire par le retrait de ces dernières à leur entière discrétion, ceci en accord avec des conceptions entièrement fausses et périmées qu’ils ne défendent même pas face à l’examen d’une critique impartiale, scientifique et informée. C’est ainsi qu’une forme de dette monétaire nationale a été inventée, dans laquelle le prêteur ne fournit rien du tout, et qu’il est physiquement impossible pour la communauté nationale de jamais payer, toute tentative de le faire produisant une sorte de coup de froid économique comme après la guerre de 1914-18.
  3. Cette situation a conduit à la montée graduelle d’une forme de Pouvoir national, international et supra-national dominant, par sa monopolisation du Crédit dans la Nation et de toutes les activités humaines créatrices essentielles.
    C’est ainsi que, dans ce pays comme ailleurs, il est devenu impossible d’obtenir la publication dans la Presse ou de porter à la connaissance du public par la Radio de la vérité concernant l’esclavage économique qui tient les peuples du monde entier sous son joug.
  4. Dans le système financier mondial actuel, la monnaie, à l’exception d’une fraction désormais négligeable, est créée par l’émission par les banquiers du prêt à intérêt, banquiers qui en fait ne prêtent rien eux-mêmes, mais en réalité taxent la Nation d’un impôt forcé en nature en accordant à l’emprunteur le pouvoir d’acquérir sur le marché une quantité correspondante de valeurs, qui n’appartiennent pas à ces banquiers ni à ceux qui leur empruntent, mais à la Communauté. Le processus de l’émission de nouvelle monnaie — qu’il s’agisse de monnaie papier ou de toute forme de crédit — appartient à la Nation où cette monnaie est le moyen légal d’échange ou accepté comme tel, et n’appartient pas à l’émetteur. Voilà où réside la faille fondamentale du système monétaire existant”

Signé : Norman A. Thompson [6].

Ces lignes, écrites en 1943, ne sont-elles pas d’une criante actualité ?

Enfin, laissons la parole à Henry Ford :

« Il est une chance que les gens de la nation ne comprennent pas notre système bancaire et monétaire. Parce que si tel était le cas, je crois qu’il y aurait une révolution avant demain matin»

Jean Goychman
08/08/2017

[1] http://www.24-carats.fr/or-et-monnaie.html#note1
[2] http://www.24hgold.com/francais/actualite-or-argent-du-rognage-des-pieces-a-la-monnaie-fiduciaire-ou-comment-les-orfevres-sont-devenus-banquiers.aspx?article=2082685746G10020&redirect=false&contributor=Mish.
[3] http://www.touteconomie.org/index.php?arc=dc001m
[4] https://www.contrepoints.org/2012/01/11/64291-en-quoi-consiste-la-monetisation-de-la-dette-publique
[5] La monnaie fiduciaire est une monnaie dont la valeur nominale est supérieure à la valeur intrinsèque : la confiance (“fiducia” en latin) que lui accorde l’utilisateur comme valeur d’échange, moyen de paiement, repose sur un principe de garantie défendu par une institution de type « banque centrale ».
[6] Manipulations Monétaires Et Ordre Social – R.P. Denis Fahey, éd. Saint-Rémi.


 

VERS UN “BANK RUN” À LA RENTRÉE ?

L’Europe planche actuellement sur l’idée d’une législation destinée à empêcher un « Bank Run » au cas où une banque se trouverait dans de telles difficultés financières qu’elle perdrait la confiance de ses clients.


Seul petit problème… La quasi-totalité du système bancaire est au bord de l’effondrement.

Toutes les banques sont exposées à des degrés divers à des emprunts toxiques dont une bonne partie est composée de créances totalement irrécouvrables. Depuis le déclenchement de la crise financière en 2007, et l’investissement massif par les États membres de l’UE dans le sauvetage des banques (avec votre argent), ce sont des centaines de milliards qui ont été investis… en pure perte. Nous voilà dix ans plus tard et rien n’a changé sous le soleil. En fait, la situation a même empiré, et des banques systémiques comme la Deutsche Bank sont au bord de la banqueroute.

Pendant ce temps, dans presque tous les médias on vous serine que « tout va très bien, Madame la Marquise… ». Et si je dis presque tous, c’est parce que c’est Reuters qui a soulevé ce drôle de lièvre, dans un article du 28 juillet intitulé EU explores account freezes to prevent runs at failing banks (“L’Union Européenne envisage un gel des comptes pour prévenir la ruée dans des banques en difficulté”).

Faillite de la « Banco Popular »

Début juin Santander rachetait pour un euro symbolique la 3ème banque privée du pays (100 milliards sous forme de prêts), la Banco Popular, après ce qu’il faut bien appeler un « bank run » (jusqu’à deux milliards en une seule journée). Ne vous laissez pas endormir par les titres comme celui-ci : Santander sauve Banco Popular de la faillite (Figaro). La banque est bel et bien terminée, finie, lessivée. Après vous pouvez appeler ça comme vous voulez. Les actionnaires sont en slip ; une partie des créanciers, qui avait troqué des taux d’intérêt plus élevés (plus de 8%) contre la possibilité de ne pas être remboursés en cas de problèmes, a tout perdu.

Pour avoir un avis plus objectif sur ce qui s’est réellement passé, je ne puis que vous conseiller la lecture de journaux situés en dehors de l’Union Européenne, comme par exemple cet article du New York Times. Vous noterez au passage qu’on parle bien de « collapse » (effondrement) et non d’une sorte de merveilleuse concentration de deux fleurons européens.

Ne pas confondre “gel des comptes bancaires” et “fonds de garantie”

Le mécanisme dont je parle ici ne doit en aucune manière être confondu avec le mécanisme existant déjà garantissant les dépôts bancaires jusqu’à 100.000 € (et vous garantissant aussi par voie de conséquence que vous ne verrez plus rien de ce qui excède ce montant).

Il s’agit d’un projet, en discussion depuis le début de l’année, visant à instaurer un mécanisme de blocage des comptes courants dès le premier euro pour une période de 5 jours ouvrables extensible à 20 jours, soit en gros, presque un mois. Et comment ferez-vous pour vivre pendant cette période ? Eh bien, vous irez demander gentiment l’aumône à la banque qui vous donnera généreusement quelques euros par jour de vos propres fonds. Pas belle la vie ? Ce sera un peu des vacances, comme à Chypre, sans même avoir à vous fendre d’un billet d’avion.

Et comme Olivier Delamarche l’avait noté, si l’on applique ce gel des avoirs pour une durée de 20 jours ouvrables et que rien ne change par ailleurs, cela ne fera que repousser la ruée sur les guichets de 20 jours. Et pour y retrouver quoi ? Le risque n’est pas à négliger d’un « haircut » généralisé comme cela avait été le cas à Chypre, et nous n’aurions que nos yeux pour pleurer.

Ce qui se profile est un véritable hold-up bancaire au niveau européen. Eh oui ! Si l’on doit croire ce qu’on nous raconte dans les médias, alors pas besoin de ce genre de loi scélérate, n’est-ce pas ? Et si pareille loi est une nécessité, alors c’est que le système bancaire est bel et bien au bord de l’implosion et qu’on nous prend pour des jambons.

Votre argent ? – N’y pensez plus !

Si vous croyez encore un peu naïvement que vos avoirs bancaires vous appartiennent, laissez-moi vous détromper. Dès qu’il est versé sur votre compte, votre argent est converti créance au passif de la banque. Vous n’êtes plus vraiment “propriétaire” de cet argent mais cela vous ouvre un droit de créance sur un montant équivalent, éventuellement augmenté des intérêts au moment où vous choisirez de la recouvrer. C’est à distinguer, par exemple, du dépôt d’un même montant en espèces dans un coffre de la même banque. Dans ce cas, vous restez propriétaire du contenu qui n’est pas repris au passif de la banque.

Et il est important de comprendre la distinction subtile qu’il y a entre « avoir une somme d’argent » et « avoir une créance ». Dans le premier cas vous n’avez rien à perdre, dans le second vous êtes tributaire de la bonne santé financière de la banque. Ah oui, j’oubliais ! Il y a la fameuse garantie sur les dépôts bancaires… On est sauvés ! Oui. Sauf si c’est l’ensemble du système bancaire qui s’écroule. Parce qu’en pareil cas, le fonds de garantie serait parfaitement insuffisant pour indemniser tout le monde.

Que peut-on faire pour se prémunir ?

Eh bien, tout d’abord arrêter de mettre tous ses œufs dans le même panier (percé). Diversifiez vos investissements, investissez dans l’immobilier (maisons, appartements, terrains) si vous en avez les moyens. Ne laissez sur votre compte que ce qui doit impérativement y être pour honorer vos domiciliations bancaires plus une petite marge pour les dépenses courantes. Investissez une partie de vos avoirs sous forme de créance dans une devise non européenne, comme la livre sterling, par exemple. Privilégiez les banques qui ne sont pas massivement exposées aux emprunts toxiques, et si possible qui ont clairement séparé la partie banque d’affaires de la partie banque privée.

Mais ça ne peut pas arriver !

J’aurais dit ça aussi il y a 20 ans. Mais aujourd’hui, je n’ai plus aucune certitude, surtout à la lumière de ce qui s’était passé à Chypre, et plus encore de cette législation qu’on nous concocte. Les belles promesses n’engagent que les idiots qui y croient, et lorsque vous prêtez de l’argent (donc quand vous le mettez à la banque) il existe forcément un risque que vous ne revoyiez plus vos liards. Mais cela, on ne vous le dit pas, et au contraire on vous berce avec des belles garanties qui sont d’autres belles promesses qui n’engagent que les idiots qui y croient…

Eh oui, l’Europe c’est cela : plus libérale que les États-Unis d’Amérique quand il s’agit de privatiser les bénéfices, plus communiste que l’Union Soviétique quand il s’agit de faire éponger par l’ensemble des contribuables les dettes des banques qu’il aurait fallu laisser tomber en faillite.

Vous n’aviez quand même pas cru qu’on parlait d’argent « virtuel » quand on parlait de milliers de milliards d’euros qui s’étaient volatilisés en quelques semaines en 2007 ?

Ph. Huysmans
07/08/2017

© Le Vilain Petit Canard

Références :

Conseils MINURNE :

  1. ACHETEZ DE L’OR OU DE L’ARGENT PHYSIQUE (lingots, barres, pièces). DÈS QUE VOUS POURREZ.
  2. Pour vos dépenses quotidiennes, retirez des LIQUIDITÉES de votre banque. N’ATTENDEZ PAS LE “BANK RUN”.

Voir : Petite Histoire du Système Bancaire