HELSINKI : NOUVEAU YALTA ?
(Jean Goychman)

Entre D. Trump et V. Putin, un bouquet de petites fleurs bleues : des myosotis.
Un symbole (très) fort…

Les Présidents Donald Trump et Vladimir Poutine se sont rencontrés le 16 juillet à Helsinki. Le choix du lieu ne relève pas du pur hasard. C’est là que Gerald Ford avait rencontré Leonid Brejnev en juillet 1975 pour parler du désarmement nucléaire. Bill Clinton y avait entériné en 1990 la fin de l’Union Soviétique avec Mikael Gorbatchev et était retourné à Helsinki en 1997 pour discuter avec Boris Eltsine de l’extension de l’OTAN aux anciens satellites de l’URSS.

C’est donc sur ce terrain consacré que le président américain et le président russe ont échangés leurs avis sur les grands et les petits sujets. À voir leur visage durant la traditionnelle conférence de presse, ils donnaient l’aspect de deux larrons s’étant plutôt bien entendus sur le dos de leur future victime : l’Union Européenne.

 

Un moment historique

Même si le sujet n’a pas été clairement évoqué devant la presse, on se doute bien qu’il était au centre de leur conversation. Je veux dire « la vraie », pas celle sur laquelle ils vont communiquer. Nous avons probablement vécu un moment historique, et peut-être à plusieurs titres. Pendant que les foules de la planète se passionnaient pour la coupe du monde de football, d’autres profitaient de cette zone d’ombre médiatique pour avancer leurs pions sur le vaste jeu d’échec planétaire.

Hasard ou volonté délibérée dans le choix des dates ? – Mystère.

Donald Trump commence sa tournée européenne par un sommet de l’OTAN.

Depuis son investiture, le président américain demande une plus forte contribution des pays européens signataires. Langage assez nouveau, timidement esquissé par son prédécesseur Barack Obama, mais qui résonne maintenant comme un ultimatum : « ce sera 4% de votre PIB ou je m’en vais… »

Il n’y a guère eu que notre hyper-optimiste président Macron pour trouver que l’OTAN sortait renforcée de cette confrontation.

D’autant plus que celle-ci a rapidement tournée au duel Merkel-Trump, ce dernier l’accusant d’être « sous le joug de la Russie ». Voici le premier changement historique, car depuis la fin de la guerre, les États-Unis, ou du moins le Deep State américain, avaient considéré l’Allemagne comme leur meilleur atout européen, allant jusqu’à dicter le vote de défiance du Bundestag de juin 1963 sur la ratification du traité du 23 janvier signé à l’Élysée. Personne n’ignorait « le tropisme atlantique de l’Allemagne » qui en faisait l’un des plus sûrs alliés des USA, pratiquement au même niveau que l’Angleterre, et ceci d’autant plus que la rencontre avec Vladimir Poutine allait se tenir quatre jours après.

 

Un « chantage » appuyé

Autre aspect historique et non des moindres : deux jours plus tard, en Angleterre.

Donald Trump se livre au chantage avec Theresa May à propos du soft-BREXIT. « S’ils font un tel accord, nous traiterions avec l’Union Européenne au lieu de traiter avec le Royaume-Uni ». Bigre ! Il ne mâche pas ses mots, le Donald ! En deux jours, il tance vertement Merkel et May, coup-sur-coup. Il voudrait compliquer le jeu européen qu’il ne s’y prendrait pas autrement… Il sait qu’avec de telles paroles, la discorde déjà palpable entre les européens ne peut que s’amplifier. Et il sait également que, derrière le libre-échange généralisé QUI sont l’alpha et l’oméga de la construction européenne « version fédérale ». Il y a tout le poids du mondialisme qui pèse sur le « multilatéralisme », alors que lui-même est un partisan résolu du bilatéralisme, c’est à dire des accords bilatéraux conclus entre deux nations.

 

La rencontre d’Helsinki

Compte-tenu des journées précédentes, les sujets abordés entre Donald Trump et Vladimir Poutine ont, de toute évidence, fait partie de leurs échanges.

On peut, sans craindre de se tromper, dire que l’Europe en a même été au cœur des débats. Le monde est en train de changer et il change vite. Les acteurs d’hier, nourris par le dogme néo-libéral du libre-échange planétaire, quasiment certains de pouvoir – jusque dans un passé récent – faire aboutir leur projet mondialiste, ne sont-ils pas en train de céder progressivement la scène à des nouveaux venus ?

La rencontre d’Helsinki est très probablement le tournant qui va marquer le retour des nations au centre du jeu géopolitique. Il y a encore quelques années, voire quelques mois, on ne parlait que de traités multilatéraux, avec des tribunaux arbitraux financés par des sociétés multinationales capables de s’affranchir des réglementations nationales. La supranationalité semblait l’emporter partout sur le droit des peuples et les mouvements migratoires étaient considérés comme des conséquences logiques et souhaitables dans un monde sans frontières voué à la libre-circulation.

La rencontre d’Helsinki remet les nations au centre du jeu. Et c’est là que se pose le problème de l’Union Européenne, qui n’est pas une nation. Adaptée peut-être à la vision mondialiste, elle devient anachronique dans un système basé sur la souveraineté des peuples et des nations.

 

Un éclatement déjà programmé ?

C’est la question qui vient immédiatement à l’esprit lorsqu’on prend un peu de recul (« un peu de hauteur » aurait dit de Gaulle) par rapport aux événements tels qu’ils sont présentés par les médias. Leur convergence et leur cohérence peut échapper à ceux qui ne les relient pas entre eux. Or, il devient évident que l’Europe est déjà divisée, ne serait-ce que par les problèmes migratoires. Mais il y a aussi cette incapacité à parler d’une seule voix. Le leadership allemand ne se manifeste plus et récemment la chancelière Merkel a passé un accord commercial avec la Chine portant sur 30 milliards d’euros sans que ses partenaires européens manifestent la moindre réaction. Et les exemples de « reprises d’indépendance » se font de plus en plus nombreux, sans même évoquer le BREXIT.

Pour ne pas avoir voulu prendre le seul chemin raisonnable, à savoir une « Europe des Nations et des Patries » tout le projet européen risque de capoter lamentablement, et la rencontre d’Helsinki risque d’être celle qui a réglé le sort de l’Europe, comme l’avait fait la conférence de Yalta en février 1945.

 

Jean Goychman
19/07/2018


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