TRAGI-COMEDIE A L’ASSEMBLEE…
(Jean Goychman)

Nous venons de vivre une scène digne du théâtre de boulevard dans le prestigieux décor de l’hémicycle de l’Assemblée Nationale. Ce n’est certes pas la première, mais ce qui lui donne une saveur particulière, c’est que ceux censés tenir le rôle du « cocu de service » viennent de comprendre avant que ne tombe le rideau du dernier acte.


Tragi-comédie : le drame se noue

Le premier acte débute le 26 janvier dernier sur l’examen d’un amendement d’un texte de loi proposé par le groupe « AGIR » visant à porter la durée du congé octroyé en cas de décès d’un enfant de cinq jours à douze jours. Compte-tenu du contexte social et du fait qu’il était pleinement justifié, cet amendement aurait dû passer « comme une lettre à la poste » mais fut cependant rejeté. Certes, le rejet fût de faible ampleur (38 pour contre 40 contre) mais le résultat était là.

Quelles étaient les raisons du rejet ?
Après tout, le groupe Agir ne compte guère parmi les opposants les plus farouches à la politique du gouvernement et on aurait pu s’attendre à une certaine bienveillance de ce dernier, représenté pour cette occasion par Muriel Pénicaud. Apparemment, celle-ci ne s’est pas exprimée sur ce sujet avant le vote, ce qui a pu plonger les députés de la majorité dans une certaine perplexité.
C’est quand même plus facile pour eux lorsqu’on leur dit ce qu’ils doivent voter…

Vous connaissez les actes suivants. Les télés qui tournent en boucle, la une des journaux, les réseaux sociaux qui s’enflamment, puis le rétropédalage et l’intervention d’Emmanuel Macron.

Une fracture qui aura des conséquences

Avant le vote, seuls deux orateurs s’étaient exprimés : Sereine Mauborgne (voir ci-contre) et Guy Bricout, et leurs messages s’opposaient. Coté Guy Bricout, il était plutôt favorable à cet amendement et coté Sereine Mauborgne, c’était le contraire. Bref, c’était un peu confus. Alors, de là, vient la grande question qui fait l’objet d’une intense réflexion quasi métaphysique. Ce vote était-il dû au simple hasard ou bien à un déterminisme machiavélique qui aurait déclenché toute la séquence ?

Toujours est-il que les réactions furent immédiates et on assista à un véritable tollé, certes justifié mais qui ne pouvait qu’avoir des répercussions médiatiques énormes, chose que, de toute évidence, l’adoption de cet amendement dans le calme feutré de l’hémicycle n’aurait pas entraîné. Une telle différences de votes dans la majorité, amplifiée par la levée de boucliers de l’opposition quasi-unanime, garantissait un écho retentissant dans les médias.

Etait-ce le but recherché ?

Personne n’aura la naïveté de croire que tout ceci n’est dû qu’au hasard d’un concours de circonstances hautement improbable même si cela ne peut d’emblée être écarté. Le mode de fonctionnement de ce qu’il est convenu d’appeler « la Macronie » ne plaide guère pour cette version.

Il me revient en mémoire cette phrase prononcée par le président Roosevelt, qui était fin connaisseur des mœurs politiques :

« En politique, rien n’arrive par hasard. Chaque fois qu’un événement survient, on peut être certain qu’il avait été prévu pour se dérouler ainsi. »

Emmanuel Macron aime « les coups de théatre » même si ceux-ci présentent à terme des risques qui peuvent s’avérer coûteux en matière d’opinion publique. Dans ce cas particulier, il est intervenu à son avantage, manifestant une grande sollicitude envers ceux qui sont frappés par le malheur du décès d’un enfant. Existe-t-il quelque chose de moins supportable que la perte d’un enfant ? Quel argument peut-il se voir opposer ? Et pourtant ce fut le cas, aussi dérangeant que cela puisse paraître. Et cela semble avoir fonctionné. Sans ce qui est probablement un pur artifice, Emmanuel Macron n’aurait pas pu intervenir, car se féliciter de l’adoption d’un tel amendement n’aurait eu que peu de portée médiatique.

Par contre, parler en tant que recours pour rectifier ce qui est présenté à l’opinion publique comme une énorme erreur donne à cette intervention un éclairage très particulier. Il se pose comme le  rempart de la rigueur économique qui ne saurait que quantifier économiquement un tel drame familial, au détriment de douleur des parents. Chapeau l’artiste, si c’est le cas, c’est bien vu !

Remous dans la majorité

Evidemment, certains députés LREM ont probablement compris assez rapidement le rôle qu’on leur avait fait jouer. D’où des réactions assez vives d’Aurore Bergé dont « leur seule connerie «a été d’être loyal »  et qui est loin d’être la seule à penser qu’on les avait poussé dans une sorte de traquenard et que leur loyauté envers le gouvernement leur a dicté ce vote.

Edouard Philippe, Chef du Gouvernement est intervenu également et à minima pour tenter de calmer la colère de certains députés LREM en affirmant sans beaucoup de conviction qu’une erreur avait peut-être été commise, s’efforçant toutefois de protéger la ministre du travail Muriel Pénicaud.

D’où cette phrase définitive : « Tous ceux qui iront chercher la responsabilité ailleurs, sur Muriel, en interne ou en externe, je leur dis merde ! »

Qu’en termes élégants ces choses-là sont dites…

Le coup de com’ était peut-être d’un intérêt immédiat mais quel sera le coût total ?

Jean Goychman
6 février 2020

 

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