POURQUOI FONT-ILS MIEUX AILLEURS ?
(L’Imprécateur)

Dans son numéro du 27 novembre, le Figaro Magazine pose une question intéressante : « pourquoi font-ils bien mieux ailleurs » ?

La question est posée au vu des résultats piteux de la gestion de la pandémie Covid par le gouvernement et l’administration française (1).  Si on élargit le champ de l’investigation, elle se pose aussi pour l’éducation nationale, l’industrie et l’énergie. Et actuellement, en prime, nous assistons à l’effondrement du commerce, de l’artisanat, de la culture, des arts, de l’aviation et du tourisme…  

Pourquoi ?

 

POURQUOI FONT-ILS BIEN MIEUX AILLEURS ?

La réponse du Figaro est à la fois juste mais incomplète. Si les pays du Nord et de l’Est de l’Europe ont fait mieux, ce serait dû au comportement de leurs populations, « l’attitude de la population, son sens des responsabilités et du respect des recommandations… ».

C’est sans doute vrai, mais çà ne répond pas à la question : pourquoi le peuple français s’effondre-t-il, pourquoi est-il devenu apathique et moutonnier ?
Le passage au socialisme en 1981 ?
Oui, mais pas seulement…

Ce peuple a été de 1945 à 1975 l’un des plus dynamiques d’Europe et même du Monde. Après Les Trente Glorieuses, avec un taux de croissance annuel de 6 %, une fiscalité légère et une administration efficace, pourquoi sommes nous passés en moins d’un demi siècle de la seconde place à la septième dans le classement mondial des économies ?

Pourquoi ses services de la santé et de l’éducation suivent-ils avec quelques années de retard la même pente vers la nullité ?

Pourquoi le pays qui fut celui de la joie de vivre, de l’humour, de la liberté, qui accueillait et assimilait avec plaisir polonais, hongrois, bulgares, italiens, espagnols, portugais, algériens venus chercher du travail, se rapproche-t-il à grande vitesse, depuis trois ans, des pires états totalitaires, comme l’ex-URSS, la Chine communiste que le président Macron semble prendre comme modèle, et bientôt même peut-être, la Corée du Nord ?

Pourquoi la « Fille ainée de l’Église » ne réagit-elle pas à la destruction et au vandalisme de ses églises et des cimetières chrétiens quand la moindre pichenette sur un musulman ou une porte de mosquée donne lieu à un scandale national ? Et ce alors qu’il est de plus en plus évident que l’islam – avant d’être une religion – est un système politique totalitaire géré par les Frères musulmans, qui travaille à son accession à la gouvernance mondiale ?

Et finalement, pourquoi le peuple français a-t-il perdu la foi, la confiance en son avenir, pourquoi doute-t-il de ses élites qu’il ne voit plus que comme des arrivistes incompétents cherchant à s’enrichir le plus vite possible de l’argent des impôts et accumulant les privilèges ?

blankSciences-Po, manifs sur le thème « fils de bourges, consanguins » (L’Obs)

LES PLUS CRITIQUES SUR NOS ÉLITES SONT LES MAGHRÉBINS !

Nous jugeons durement nos élites, mais certains à l’étranger les jugent plus durement encore et, sans surprise, ce sont ceux de l’ex-France du Sud… le Maghreb !

Le tunisien Amor Abbassi leur reproche de ne pas répondre aux questions et aux besoins du peuple français, « Le malheur est dans le silence des élites« . Écoutez le silence de Macron sur la dégradation de la qualité de vie en France, la disparition de nos libertés et l’immigration, vous comprendrez que Amor Abbassi a raison.

Le marocain Mohamed Fillali en voit la cause dans la dégradation de l’Éducation nationale : « L’ignorance fausse la démocratie, car elle permet aux masses inconscientes de générer des élites incompétentes« . Vrai aussi, s’ils avaient un minimum de connaissances générales, la majorité des Français ne voterait pas pour EELV et LREM.

Pour l’algérien kabyle Boualem Triki, il n’y a plus d’élites en France, or « Un peuple sans élites est un peuple orphelin« .

Jean Yanne attribuait la chute intellectuelle des élites au fait observé que « Les élites sont encore plus manipulables que les masses« . Il doit là aussi y avoir du vrai quand on voit l’addiction de nos élites à la mondialisation après leur passage chez les « young leaders » de Le Siècle, France China Foundation, Bilderberg ou le Forum de Davos qui semblent leur avoir infligé un lavage de cerveau.

IL Y A UN MANQUE DE FORMATION DE BASE DES ÉLITES

Tout cela n’aurait-il pas pour cause l’insuffisance de leur formation de base ?

Le PISA (2) évalue les compétences de 600 000 élèves de 15 ans sur trois domaines : compréhension de l’écrit, culture mathématique et culture scientifique. La qualité de cette enquête est reconnue et ses résultats sont, tous les trois ans depuis sa création en 2000, scrutés de près par les ministères de l’Education.
La France a été classée en 2019 26ème sur 70 pays ! Il n’y a pas de quoi être fiers.

Cela dit, PISA donne plus de poids à la culture scientifique qu’aux humanités, l’histoire, les langues anciennes et modernes, la philosophie, etc.  et l’on pourrait croire que les Français, faibles en maths et en sciences, mais forts en  histoire, sont pénalisés. Non, car en France, il y a aussi de toute évidence une dévalorisation des « humanités » au profit des maths, des sciences et de l’informatique…

Bref, cela reflète le déclin de la tradition française de «l’honnête homme» au sens du XVIIe siècle, esprit ouvert et équilibré, où «Mieux vaut tête bien faite que tête bien pleine » (Michel de Montaigne).

Le baccalauréat n’est plus une épreuve de sélection avant l’entrée en grande école ou en faculté, c’est devenu une formalité. Or c’est de là que les élèves font le choix de leur avenir avec l’aide du logiciel Parcours Sup. Ceux qui visent la fonction publique, le journalisme ou la diplomatie choisissent Sciences Po.

L’accès à la candidature au Bachelor de Sciences Po est soumis à des critères d’éligibilité. Mais l’an dernier, constatant la baisse du niveau des candidats, la direction envisageait la suppression du concours pour le remplacer par « un entretien de motivation et de personnalité et une ouverture plus large à la diversité ethnique » ! Le bon sens a fini par prévaloir, ce qui n’est pas certain pour l’ENA qui envisageait la même voie.

L’ENA NE SAIT PLUS FORMER LES « GRANDS COMMIS de l’ÉTAT », COMME L’AVAIT VOULU DE GAULLE

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En 2017, en prenant son poste de Directeur de l’ENA, Patrick Girard constata que « les candidats sont en-dessous de la moyenne« (3).
Il faut savoir que l’ENA est moins une école où l’on apprendrait quelque chose qu’un centre de management des administrations, comme le montre l’axe central de ses programmes. La formation au management et aux approches de l’innovation publique, est le fil rouge de la formation initiale des futurs cadres supérieurs de l’administration.

Elle se décline notamment autour des thèmes suivants :

  • Animation d’équipes,
  • Gestion des ressources humaines et du dialogue social,
  • Conduite de projet, notamment en matière de systèmes d’informations,
  • Gestion de crise,
  • Négociation,
  • Communication.

Cela est à l’origine des nombreuses critiques que formulent ses anciens élèves eux-mêmes (4). Elles tournent toutes autour de « on n’y apprend rien« . On a oublié l’objectif que ses fondateurs, Charles de Gaulle, Maurice Thorez et Michel Debré avaient fixé à l’ENA : former les meilleurs seconds, ces fameux « grands commis » ainsi que les nommait de Gaulle, au service des hommes politiques.
Pour devenir compétent dans d’autres domaines que cadre administratif, l’énarque doit impérativement avoir réussi d’autres études.

Dans les classements internationaux, il faut distinguer ceux qui donnent une appréciation globale, comme Shangaï, de ceux qui jugent sur d’autres critères, comme GS qui classe par discipline.

Au classement Shangaï, Sciences Po est 242ème sur 500. L’ENA n’est pas classée ! On trouve plusieurs universités françaises dans les cinquante premiers, mais aucune dans les dix premiers, et plusieurs grandes écoles dans les cent premiers.
Dans le classement GS 2020 on trouve Sciences Po 2ème pour les études internationales (mais 50ème pour le droit).

LE PERSONNEL POLITIQUE EST PRESQU’EXCLUSIVEMENT ISSU DE SCIENCES-PO – ENA

Si l’on choisissait les ministres en fonction de leurs compétences (au moins théoriques), on aurait un Sciences po (2ème au GS2020) aux affaires étrangères, un INSEAD (2ème) à l’économie et finances, un Agro-Paris (4ème) à l’agriculture, un HEC (19ème) au commerce, etc. Or, tout le personnel politique est Sciences-Po-ENA, des chefs de service en puissance, mais en rien des dirigeants.

« De fait, ce «haut niveau» est très majoritairement composé d’honorables élus dont la culture technique et/ou scientifique s’est brutalement arrêtée en classe de seconde avec des notions sommaires, théoriques, rapidement oubliées, si même elles ont été apprises » (Greg Elis, ex-CEA).

Il y a un manque criant de formation technique de nos élus comme de nos ministres et autres dirigeants contraints de se faire assister, mais qui les place dans la position détestable de demandeurs face à des experts, ou soi-disant experts comme le sont la plupart des conseillers scientifiques qu’ils choisissent trop souvent parmi les copains politiques.
À cela s’ajoute la tentation électoraliste de satisfaire à une mode de culpabilisation de l’Homme envers la nature, portée par l’écologie-politique et des médias dont les rédacteurs ont généralement la même formation Sc. Po –
journalisme.

Emmanuel Macron a demandé à Patrick Thiriez un rapport sur les réformes à apporter à l’ENA pour éviter de la supprimer.

ILS SONT DÉPOURVUS D’ESPRIT D’INDÉPENDANCE ET D’INTELLIGENCE CRITIQUE

Téléchargez le rapport de Frédéric Thiriez sur la haute fonction publique (lagazettedescommunes.com)

Ce rapport  va dans le sens de l’élimination du peu qui reste d’indépendance des élèves et d’esprit critique. Il vise, tacitement, à renforcer le choix discrétionnaire du pouvoir politique sur la sélection des futurs responsables de l’appareil d’État. Il ne peut ainsi qu’aggraver les phénomènes de clanisme et de népotisme, au prétexte (justifié) de les combattre.

Pour favoriser la diversité, la logique qui est à l’œuvre en fait depuis plusieurs décennies, est celle du conformisme et de la servilité.

Ce qui fait dire au journaliste, écrivain et chroniqueur indépendant Jean Dion, « Nous plaçons régulièrement la classe politique sous le plancher de la cave dans notre estime collective, et au bout du compte, nous allons tout de même courir la réélire. »

Nous verrons en 2022 ce que feront les Français. Choisiront ils de poursuivre sur la voie du déclin et de la décrépitude de la France en réélisant LREM et EELV, ou, pour une fois, un changement radical pour un candidat de droite, vraiment de droite, qui choisira des gens compétents, donc issus d’autres viviers que Sc. Po et l’ENA, pour le seconder, et aussi leur interdira l’accès aux fonctions politiques tant qu’ils n’auront pas démissionné  de la fonction publique ?

L’Imprécateur
20 décembre 2020


1 : 17 décembre 2020, France : 60 220 morts de Covid, chômage 10,5 %, dette 120 % du PIB, 67 millions d’habitants.
Russie, 148 millions d’habitants, 50 000 morts de Covid, Chômage 4 %, dette 37 % du PIB

2 : PISA, Program for International Student Assessment

3 : Le constat de Patrick Girard : les candidats répondent à toute question par ce qu’ils ont appris ans les livres, leurs copies se ressemblent par l’absence d’imagination, d’esprit critique et de vision.  Ceux qui ont la meilleure mémoire ont les meilleures notes.

4 : Entre autres anciens élèves critiquant l’ENA, Philippe de Villiers et Macron lui-même qui en 2017 voulait la supprimer avant de changer d’avis en demandant un rapport…

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Claude Roland
Claude Roland
21 décembre 2020 14 h 48 min

Excellente question très judicieuse. Mais le peuple décide d’élire des gens tout aussi médiocre que lui. Les veaux, c’était dans les années 50-60, les moutons dans les années 80-90, mais maintenant dans les années 2015-2020 ce sont les poulets de batterie ! Pas plus de jugeotte qu’un poulet et tout aussi pétochard. La maladie chronique des Français est la lâcheté. Que voulez-vous faire avec ça ?!!!
Tous ne sont pas atteints, bien sûr, mais seule une minorité a gardé sa lucidité et son courage.

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