CRASH AU MALI : LE MOBILE ? (par Maurice D.)

Vraiment je ne m’y attendais pas ! Un vieil ami touareg que je n’avais pas revu depuis plus de trente ans m’a contacté pour me présenter ses vœux. Abonné depuis peu à Skype, il en profite, me dit-il, pour renouer des liens avec tous ceux qu’il a connus quand il conduisait des camions dans le désert et se sont retrouvés un temps dans la Rahla (Amicale des Sahariens).

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J’aurais dû me douter que son coup de Skype (comme on dit un coup de téléphone) n’était pas totalement désintéressé, mais c’est une autre histoire. Lui ayant donné le renseignement riche de profit pour lui qu’il espérait, j’ai pu demander en échange « un tuyau » sur la disparition du vol d’Air Algérie en juillet dernier. Il faut savoir que dans le Sahara, « Tout se sait« , que « Tout le monde connaît tout » et aussi que « tout s’achète et tout se vend« . Quand vous avez compris cela, vous pouvez discuter avec Arabes, Touaregs, Berbères, qui vous voulez, on vous respectera tant que vous serez crédible. Je lui ai donné, il devait, pour rester un homme d’honneur, me donner en retour quelque chose de poids équivalent, c’est la loi non écrite du désert.

Ce à quoi je ne m’attendais pas, c’est sa théorie sur la cause du crash du vol Air Algérie en juillet dernier. Cela reste pour le moment une théorie parce que je lui ai demandé s’il pouvait trouver et fournir une preuve de ce qu’il avance après lui avoir affirmé que je ne doutais pas de sa parole, mais « tu connais les toubabs, il faut des preuves » !
Il m’a répondu après une courte hésitation que non, puis que peut-être que oui, mais que je devais connaître le coût de ce genre de renseignement ! En effet, et il ne parlait pas seulement d’une grosse enveloppe bourrée de devises facilement convertibles, mais probablement aussi de fournitures d’armes, etc. et du coût humain en termes de risques.

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Lapidation d’un « traître »

Sa « théorie » part du constat que le Nord Mali est redevenu comme avant l’opération Serval qui s’est terminée par le triomphe apparent du grand chef de guerre François Hollande. Ensuite, l’armée malienne, les troupes africaines de la MISMA devenue MINUSMA après son intégration par les Nations-Unies devaient gérer le Nord reconquis pr les Français sur les « narcotrafiquants », les djihadistes d’Aqmi et les mouvements touarègues pour l’indépendance et l’islamisation de la région.

Cela s’est très mal passé. Maliens et Africains se limitant finalement à préserver leurs casernes, ne restent plus que trois villes encore sous autorité malienne : Tombouctou, Bourem et Gao. Le Mali exerce une autorité virtuelle sur le Nord, Touaregs et Djihadistes se chamaillent pour le contrôle réel du pays, la France regarde et n’intervient qu’au coup par coup pour détruire, par exemple, un convoi d’armes en provenance de Libye, le tout dans un grand silence médiatique.

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Les Français sont toujours présents, à Tombouctou et Gao notamment, mais considèrent que le différend entre Maliens et Touaregs est une affaire interne au Mali et qu’ils n’ont pas à s’en mêler. Les troupes françaises présentes ont pour instruction de ne pas prendre de risques et restent le plus souvent dans leurs casernes elles aussi.

Leur tranquillité et le statu quo auraient une compensation dont le gouvernement français ne se vanterait pas pour éviter des frictions sévères avec le Mali : le versement de ce que l’on peut appeler des « subventions » aux mouvements touarègues dissidents en échange de non-agression des troupes françaises en attendant qu’une solution de compromis soit trouvée par ou avec l’Algérie.

C’était l’objet de la conférence qui se tenait à Alger fin juillet et qui s’est clôturée le 24 juillet, jour du crash.

L’Algérie étant au courant de ces versements prélèverait sa part. Dans le contexte local, c’est « normal ». Ayant l’expérience de ces négociations lors de la conclusion de marchés avec des Libyens et des Saoudiens, je peux confirmer que c’est la règle : pas d’affaires sans versement de « compensations » à tous ceux qui touchent de près ou de loin à leur conclusion. C’est d’ailleurs ainsi que le gouvernement français peut affirmer ne jamais payer pour la libération des otages : ce sont les intermédiaires, comme le président du Niger par exemple, qui encaissent les sommes convenues et procèdent au partage selon des règles difficilement compréhensibles pour un européen non averti.

Donc, le gouvernement français aurait financé les Touaregs. Allah seul sait comment, les djihadistes arabes – Aqmi entre autres – l’auraient appris et demandé leur part.
Combien ? « Beaucoup !« . Trop en tout cas pour la France, qui aurait dit qu’elle donnait pour voir la paix une somme sur laquelle elle ne reviendrait pas et que les demandeurs devaient se débrouiller entre eux pour modifier les règles du partage si nécessaire.

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Zone d’influence d’AQMI le Nord-Mali y est inclus

Il aurait donc été convenu que tout ce joli monde se retrouverait à Alger pour en discuter, l’Algérie servant en quelque sorte d’arbitre.
Départ de Ouagadougou par le vol AH 5017 pour Alger le 24 juillet.

Ces passagers un peu spéciaux ont-ils suivi la procédure normale d’embarquement ? Probablement non, ce qui expliquerait les incohérences constatées sur le nombre et l’identité d’une partie des passagers.

Un diplomate attend que tout le monde soit embarqué et monte à bord à son tour avec une valise contenant l’argent de la somme à partager. Il faut rassurer les Touaregs, la France paiera, l’argent est bien là.
Il le remet à trois officiers français du renseignement (c’est le nombre donné par les Algériens) qui vont l’emmener à Alger et attendre la décision finale avant de procéder au partage.
Le diplomate redescend de l’avion qui est en attente sur la piste, ce qui explique l’allègement du poids de l’avion de 85 kilos constaté quelques minutes avant le décollage par le pilote.

L’avion décolle, puis disparaît 40 minutes plus tard. Y a-t-il eu une bagarre à bord ?
On ne sait pas, la radio est opportunément tombée en panne et la boite noire qui enregistre les conversations aussi.

Le Mirage 2000D dont une partie des débris se trouve sur le site désigné comme celui du DC9 en y laissant la trace en V caractéristique d’un réacteur enflammant une trainée de jet-fuel a-t-il participé à une tentative d’intervention pour faire rebrousser chemin au DC9 ?
L’a-t-il heurté détériorant une partie de l’empennage arrière ?
Ou s’agit-il d’un crash précédent ?
Pas de réponse certaine pour le moment.

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Je demande à « mon » Touareg s’il sait où est l’avion, s’il est légèrement au Sud de Bourem (sommet de la boucle du Niger) comme je le pense ou encore plus au Nord vers la frontière Mali-Algérie comme l’ont dit les Algériens, par exemple dans les environs d’Aguelhoc comme l’a dit le président du Mali Ibrahim Boubakar Keita.
« Tout le monde sait où il est« .
Bon, mais où ?
« Il est bien caché« .
Mais il ne faut pas qu’on le sache ?
« Oui, il ne faut pas parce que personne n’y a intérêt« .
C’est là que si l’on veut savoir, c’est possible, mais ça va coûter très cher.
La zone entre Kidal et Aguelhoc est d’accès difficile et de surcroît très mal fréquentée.

Je réussis à poser une dernière question à mon interlocuteur qui me fait comprendre qu’il a donné ce qu’il pouvait donner gratuitement.
L’argent qui était dans l’avion, a-t-il brûlé dans le crash ?
« Je ne sais pas, peut-être qu’il n’est pas perdu pour tout le monde« .
Je n’en saurai pas plus.

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Dans les romans et les films policiers, le mobile du crime est toujours le même : amour, jalousie, pouvoir, vengeance ou argent. Ici on serait dans une affaire d’argent.

Si c’est le cas, ce serait évidemment très compromettant pour la France et son président qui, en quelque sorte, achèterait le silence sur son échec malien et la disparition du DC9 avec ses passagers. Mais rien n’est prouvé et c’est là que le bât blesse. Donc, en attendant « Toute ressemblance avec des évènements ou des personnes réelles serait purement fortuite ».

L’intérêt du récit du Touareg, est d’expliquer le cafouillage sur le nombre et l’identité des passagers, le mystérieux débarquement de l’un d’eux quelques minutes avant le décollage, la nécessité absolue de dissimuler les conversations à bord de l’avion et de ne pas retrouver les corps pour que l’identité des passagers ne puisse être dévoilée par l’enquête. Si tout le monde est mort, à quoi bon remuer la boue qui salirait le président en pleine campagne de reconquête de popularité ?

« Il faut arrêter le dénigrement » a-t-il dit.

Maurice D.

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