L’ÉTAT PROFOND AMÉRICAIN – “THE DEEP STATE” (III)
(Jean Goychmann)

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1ère partie : L’ÉROSION DE LA DÉMOCRATIE
2ème partie : LA FINANCE FACE À LA DÉMOCRATIE

(cliquez sur les liens)


3ème partie : le dollar ou l’arnaque du siècle dernier

 

Il y a trois jours, Donald Trump a désigné Jay Powell au poste de président de la Réserve Fédérale, qui succédera à Janet Yellen début février 2018. Cela pourrait conduire à penser que le Président des États-Unis va diriger la Banque centrale américaine et ceci « au nom du peuple américain ». C’est, en tous cas, ce que voulaient faire croire ses fondateurs.

Peut-être est-ce le moment de refaire un peu d’histoire ?


Dans mes précédents articles sur l’État Profond américain, j’avais séparé le pouvoir financier des autres formes de pouvoir. Le moment est venu d’examiner comment celui-ci, après une longue période d’escarmouches remontant pratiquement à la création des États-Unis d’Amérique à la fin de la guerre d’indépendance en 1776, a réussi à s’emparer, à l’insu du peuple américain, des leviers de la création monétaire.

Deux références indispensables

Un certain nombre d’ouvrages ont été écrits sur ce sujet. Je n’en citerai toutefois que deux, qui me semblent représenter une synthèse relativement complète des évènements notables qui se sont déroulés jusqu’au 23 décembre 1913, date de l’adoption par le Congrès du « Federal Reserve Act », loi fondatrice du système des réserves fédérales [1].

“L’esprit de la Constitution américaine” et ses torpilleurs

Lors de l’écriture de la Constitution américaine en 1787, les « pères fondateurs », conscients qu’un des attributs essentiels de la souveraineté d’un peuple était de pouvoir fixer le cours de la monnaie et d’en fixer le taux du crédit, avaient inclus dans l’article premier ce droit afin de le rendre inaliénable.

George Washington pensait que la révolte des colons face à l’Angleterre était due à l’obligation qui leur avait été faite d’utiliser l’argent de la Banque d’Angleterre à la place de la monnaie locale (“local scripts”) qu’ils avaient pris l’habitude d’utiliser.

Mais un groupe de banquiers d’origine anglo-saxonne, ne l’entendirent point de cette oreille et s’ingénièrent à contourner la Constitution américaine à leur profit. Cependant, les premiers présidents restèrent vigilants et réussirent à les en empêcher. Ce fut le cas de Thomas Jefferson, qui pensait que le plus grave danger qui menaçait la nation naissante serait un monopole des banques. Ses successeurs James Madison et Andrew Jackson partageaient cet avis.

Cependant, Alexander Hamilton avait un point de vue différent et proposa en 1790 une charte dans laquelle une banque privée appelée “Banque des États-Unis” se vit confier pour vingt ans le monopole de l’émission monétaire. Cette banque ne payait aucun impôt et, en outre, le gouvernement américain était responsable – en dernier recours – de ses dettes. Les réactions des citoyens à cette charte furent acerbes et Madison déclara que « le droit d’établir des filiales bancaires ne devrait jamais être confié à un groupe d’individus sous le soleil ».

En 1811, au terme de la charte, le problème refit surface et James Madison, au grand dam des banquiers, s’opposa catégoriquement à son renouvellement en soulevant l’inconstitutionnalité de celle-ci. [2] Cela ne découragea nullement ces derniers qui poursuivirent leur projet d’une manière différente. Profitant de la guerre de 1812 et des besoins en financement qu’elle entraînait, les banquiers contraignirent Madison à signer une nouvelle charte avec la Banque des États-Unis en 1816. À peine élu en 1932, Andrew Jackson fit usage de son droit de veto pour anéantir cette seconde charte afin qu’elle ne soit pas prorogée. Son message était prophétique [3] « Nos fondateurs étaient bien trop conscients de l’influence corruptrice d’un très riche monopole sur le gouvernement visant à légaliser un monstre corrupteur de ce type par une quelconque garantie que la Constitution exprimerait ou laisserait entendre ».

Après les présidents « jeffersonistes », les banquiers représentant l’Establishment élitiste prirent progressivement l’ascendant sur les politiques. Le président Martin Van Buren essaya de résister et échoua. Mais Abraham Lincoln s’opposa victorieusement (malgré son secrétaire au Trésor) et décida d’appliquer la Constitution. Pour les banquiers internationaux il était décisif de ne pas laisser Lincoln imprimer ses propres billets car ils craignaient la contagion avec les pays européens qui leur avaient laissé le contrôle de leur monnaie. Lincoln gagna la partie et fit imprimer les “greenback dollars” en 1863, ce qui lui permit de financer la Guerre de sécession. Cela ne lui porta pas chance : il fut assassiné en 1865. [4]

1ère torpille au but : le croiseur “Maine”

Probablement échaudées par cet épisode et sa fin tragique, les présidents après Abraham Lincoln n’essayèrent même pas de contrer le cartel des banquiers et ceux-ci continuèrent pas-à-pas à faire avancer leur projet qui allait conduire en 1913 à la création de la Réserve Fédérale. Sans retracer en détail toute l’histoire entre 1863 et 1913, nous ne mentionnerons que les points importants. Entre 1870 et 1900, l’industrie américaine était aux mains de financiers (new-yorkais pour beaucoup) qui s’étaient organisés en véritables trusts. Ils avaient ainsi acquit une puissance financière considérable et pouvaient pratiquement contrôler Wall Street. En février 1898 se produisit un évènement important : le croiseur américain Maine explosa et coula dans la rade de La Havane, fournissant ainsi un motif pour entrer en guerre contre l’Espagne pour prendre le contrôle de l’île de Cuba. Seul hic : il apparût quelques années plus tard que l’annonce du naufrage survint avant même que celui-ci eut lieu…

2nde torpille au but : la crise de 1929

Entre temps, nos cartels avaient compris l’importance grandissante des médias dans le processus de fabrication de l’opinion publique. En 1906, ils achetèrent plusieurs quotidiens à grand tirage pour les utiliser comme relais d’opinion. Survint alors très opportunément en 1907 une grave crise financière à Wall Street. [5] Les journaux d’opinion publièrent des articles qui allaient tous dans le même sens : les petites banques incontrôlées étaient responsables de la crise et il fallait d’urgence installer une Banque centrale pour les mettre au pas. En réalité, les petites banques étaient étrangères à cette crise dont le cartel était à l’origine. La chute de Wall Street déclencha un mouvement de panique dans le public qui se précipita pour vider les comptes en banques. La JP Morgan – que nous allons retrouver dans les prochaines lignes – aurait pu intervenir beaucoup plus tôt mais elle ne l’a pas fait… à dessein.

Jekyll Island, l’île des pirates

C’est en 1910 que le processus final s’est engagé. Un petit groupe de banquiers internationaux se réunit sur l’île Jekyll, au large de la Géorgie [6] au mois de novembre dans un secret quasi absolu. Les membres du groupe se retrouvèrent dans le wagon privé du sénateur Aldrich, qui était le président de la Commission Monétaire. Ils voyagèrent de nuit et arrivèrent sur l’ile en toute discrétion, officiellement pour une chasse au canard (sic) (note éd.). Il y restèrent une dizaine de jours pour rédiger le futur “Federal Reserve Act”, architecturé par Paul Warburg. Il ne restait qu’à le faire ratifier par le Congrès.

L’accouchement au forceps de la Réserve Fédérale

Un premier obstacle se posait : l’opinion publique américaine était restée « jeffersoniste » et opposée à toute idée de Banque centrale, malgré les campagnes de presse.

Seconde difficulté, le Président William Howard Taft n’était pas favorable non plus à la création d’une Banque centrale qui aurait contrôlé la monnaie américaine. Républicain très populaire, il avait toutes les chances d’être réélu en 1912. Du reste, lors de son premier passage devant le Congrès, le texte rédigé sous le nom d’Aldrich, mais qui était en réalité l’œuvre de Vanderlip et Strong [7], fut littéralement descendu en flammes par les congressistes qui y avaient vu sans se tromper une intervention directe de Wall Street.

Il fallait donc trouver un candidat favorable à ce projet et empêcher la réélection de Taft.

Celle-ci fut évitée grâce à la candidature-surprise de Theodore Roosevelt (à ne pas confondre avec Franklin − note éd.), dont la famille régnait sur la Banque de New-York depuis des générations et qui avait lui-même été président des États-Unis avant Taft. Cette candidature allait diviser les voix des Républicains. L’élimination de Taft étant assurée, il fallait fabriquer le candidat du cartel bancaire. Ce fut Woodrow Wilson, professeur et président de Princeton, qui fut retenu. Grâce à l’action efficace de Mansell House [8] et notamment une campagne de presse très bien orchestrée, car il était totalement inconnu. Il fut élu à la Maison Blanche en 1912. Ce qui n’est pas sans rappeler une certaine histoire française… très contemporaine (note éd.)

La partie n’était pas encore gagnée car de nombreux sénateurs ne voulaient pas entendre parler de ce projet. Le sénateur Towsend déclarait notamment : « Ce projet de loi n’est issu d’aucune tribune politique. Il n’est pas de lieu ou de moment où le Peuple se serait exprimé à ce propos ». Et Towsend, loin de là, n’était pas le seul à se dresser contre ce projet. Un sénateur du Nebraska, nommé Hitchcock, s’écria, après la première lecture : « Un document sacré, en tant qu’issu de la Chambre, auquel il nous a été interdit d’ajouter la moindre virgule ou point sur un i” ».

Les banquiers décidèrent alors d’adopter la stratégie des petits-pas en faisant adopter des lois connexes que les Représentants adoptèrent sans les lire. Ce fut le cas de la loi Owen-Glass le 18 septembre 1913 qui passa sans discussion à la Chambre des Représentants et au Sénat. Glass et Owen étaient tous les deux des banquiers… Le sénateur Bristow eu beau dénoncer ce conflit d’intérêt évident, il ne fut pas entendu et le projet fut voté dans la précipitation sans aucun débat ce jour-là.

Enfin, au terme de la semaine tumultueuse du 16 au 23 décembre 1913, malgré des interventions virulentes mais totalement fondées contre ce projet et les méfaits qu’il risquait d’entraîner (notamment ceux liés à l’inflation) les banquiers s’abritèrent derrière le fait que la monnaie restait liée à l’or et à l’argent, alors qu’ils avaient déjà en filigrane l’intention de supprimer ce lien dès qu’ils le pourraient [9]. Le Federal Reserve Act fut adopté le 23 décembre 1913 à 11:00pm (23:00) après un certain nombres d’irrégularités de procédure, notamment sur des points de divergence fondamentales, tous éludés les uns après les autres, tels que la quantité d’or qui devait être maintenue en réserve par rapport à la monnaie émise, entre autres…

Permettez-moi ici de citer in extenso ce qu’écrit Anthony Sutton sur la nature réelle de ce texte :

« Le vote du Congrès de décembre 1913 concernant le “Federal Reserve Act” compte sans doute comme l’une des perversions anticonstitutionnelles du pouvoir politique les plus scandaleuses de toute l’histoire de l’Amérique. Il est assurément difficile d’imaginer une loi ayant eu autant d’effets et ayant illégalement transféré plus de pouvoir de monopoles à une clique de comploteurs. »

Cette appréciation très sévère trouve pourtant sa justification a posteriori par la situation actuelle. En un siècle, la monnaie américaine est passée d’une monnaie “valeur” (contrepartie en or ou argent) à une monnaie “légale”, purement fiduciaire qui n’est que du papier imprimé.

Le discours de Richard Nixon le 15 août 1971 marque le terme du processus engagé en 1913, en supprimant totalement la convertibilité-or du dollar. De Gaulle avait parfaitement vu et compris quel était le but poursuivi par les « banquiers anglo-saxons » comme il les appelait. C’est pour cette raison qu’il a réclamé à différentes reprises le retour à l’étalon-or pour remplacer les dollars américains « qu’il ne tient qu’à eux d’émettre ».

Le processus d’émission de la monnaie américaine établi par la loi de 1913, consiste à imprimer des billets à concurrence des valeurs marquées sur les Bons du Trésor, contre un intérêt annuel dont le paiement est garanti par l’impôt fédéral, faisant ainsi des contribuables américains les payeurs en dernier ressort.

Bretton Woods − le coup de grâce

Les accords de Bretton Woods de juillet 1944 ayant consacré le dollar comme monnaie de réserve internationale ayant, de fait, donné une seconde nature au dollar tout en conservant un unique système d’émission, ont permis d’étendre pratiquement au monde entier cette « monnaie-dette » qui peut être créée à partir de rien (ex nihilo) et générer des dettes quasi-infinies. En effet, dans un tel système, les États-Unis ne peuvent être qu’importateurs, puisque c’est la monnaie qui sert à acheter les biens importés qui va permettre de financer le commerce international. En d’autres termes, cela revient à faire financer la dette américaine par le reste du monde.

Et l’euro ?

Enfin, il faut se rappeler que l’euro, monnaie unique européenne, est bâtie de la même façon : une banque centrale (BCE), appartenant à d’autres banques et émettant de la monnaie ex nihilo pour racheter des dettes d’État, voire des dettes d’entreprises, et ceci sans limite apparente. Il apparait un peu plus évident chaque jour que ces dettes ne seront jamais remboursées mais que seuls comptent les intérêts versés qui augmentent jour après jour la fortune des établissements financiers.

Ceci explique en grande partie pourquoi les 1% les plus riches continuent de s’enrichir alors que les classes moyennes (celles qui paient l’impôt) se paupérisent de plus en plus.

Vers le rétablissement du droit des Peuples à disposer d’eux-mêmes ?

Voir le 1er § de ce texte, en rouge… (note éd.)

 

Jean Goychman
05/11/2017

 

[1] La base de la documentation de cet article vient des deux ouvrages suivants :
→ Les Secrets de la Réserve Fédérale (Eustace Mullins) éd. Le Retour aux Sources – préface de Michel Drac.
→ Le Complot de la Réserve Fédérale (Anthony Sutton) éd. Nouvelle Terre.
[2] Le Complot de la Réserve Fédérale, p. 28.
[3] Le Complot de la Réserve Fédérale, p. 35.
[4] http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2011/04/07/2459192_les-dollars-green-back-ou-la-derniere-fois-ou-les-usa-furent-libre-financierement.html
[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Panique_bancaire_am%C3%A9ricaine_de_1907
[6] Les Secrets de la Réserve Fédérale, ch. 1er, “Jekyll Island”.
[7] Fred Vanderlip et Benjamin Strong faisaient partie du groupe de l’île Jekyll. Vanderlip était le président de la National City Bank of New-York et Strong était un lieutenant de JP Morgan (Les Secrets de la Réserve Fédérale, p. 32).
[8] Mansell House, plus connu sous le nom de “Colonel House” était le conseiller privé et le mentor de Woodrow Wilson. Voir : http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/mariali/chaos/house.html
[9] De fait, l’alignement du dollar sur l’or était une sorte d’excipient destiné uniquement à faire « passer la pilule » mais supprimé dès que possible pour libérer la création monétaire.



 

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3 réflexions au sujet de « L’ÉTAT PROFOND AMÉRICAIN – “THE DEEP STATE” (III)
(Jean Goychmann)
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  1. Ce qui est encore plus intéressant est de comprendre l’idée de fond de toute cette stratégie occulte qui remonte elle aussi au 17ème siècle. Et cette idée de fond n’est pas cachée puisqu’elle est résumée en 10 points gravés dans le granit des Pierres de Géorgie (les lire entre les lignes). Vous voulez cacher une chose, mettez-la en évidence, personne ne la verra. Le but est le gouvernement mondial unique contrôlé par les banquiers (10 familles). Lire :
    Le culte qui a détourné le monde, de Henry Makow.
    Des pions sur l’échiquier, de l’amiral W.G. Carr.
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