GENDARMERIE : APRÈS « LA BLANCHE » ET « LA ROUGE »… « LA VERTE » ?
(L’Imprécateur)

Le colonel commandant les forces de gendarmerie des Alpes maritimes a envoyé le 15 juin un message de bonne fête de l’Aïd-el-fitr, accompagné d’un retentissant « AÏD MOUBARAK » (en majuscules dans le texte) en guise de conclusion. Il ne l’a heureusement pas (pour lui) accompagné du traditionnel « TaqqabbAllahou minna wa minkoum » (تقبل الله منا ومنكم − puisse Allah accepter mes actes ainsi que les vôtres) qui eut marqué son allégeance à l’islam [1].

Ce message adressé aux pratiquants d’une religion spécifique en a surpris plus d’un, et pas seulement à la gendarmerie des Alpes-Maritimes…

 

Déontologie

Le Gouvernement français a créé un code de déontologie commun à la Police et à la Gendarmerie, toutes deux soumises au ministère de l’Intérieur depuis 2009. Le code commun, intégré au code de la sécurité intérieure, est institué par le décret no 2013-1113 du 4 décembre 2013 qui abroge le code de 1986.

Il est dit, entre autres, dans ce Code :

« Policiers et gendarmes doivent être impartiaux. Ils doivent faire preuve de respect envers toute personne.
« Leurs actes et leurs propos ne doivent pas constituer une discrimination réprimée par l’article 225-1 du Code Pénal. Aucune discrimination ne doit donc être faite en raison : du sexe, de l’âge, etc.
« […] Dans l’exercice de ses fonctions, l’agent doit d’ailleurs s’abstenir d’exprimer ou de manifester ses convictions religieuses, politiques ou philosophiques. »

En envoyant ce message de « excellente fête » à ses subordonnés, le colonel ne manifeste pas obligatoirement ses convictions religieuses personnelles, même si le « excellente fête » plutôt que le traditionnel « bonne fête » puisse être considéré comme un enthousiasme un peu excessif. Mais dans ce cas, on attend avec impatience qu’il rende publics ses messages à l’occasion de fêtes religieuses chrétiennes, juives ou bouddhistes : « Merveilleux Yom kippour », « Pétulantes Pâques »… Sinon, quid de sa neutralité si ses subordonnés musulmans sont les seuls à avoir ce privilège ?

Le colonel pourrait dans ce cas, éventuellement, être suspecté de discrimination religieuse et tomber sous le coup de l’article 225-1 du Code Pénal, et peut-être de l’art. L4121 du Code de la Défense :

« Les militaires de la gendarmerie ne peuvent exprimer leurs opinions religieuses qu’en dehors du service et avec la réserve exigée par l’état militaire […] qu’ils soient ou non en service, lorsqu’ils s’expriment à travers les réseaux de communication électroniques sociaux. » (art.29 du code de déontologie)

C’est à ses supérieurs d’en juger.

Il est curieux, par ailleurs, que les frères laïcards de la loge La Libre Pensée, si prompts à bondir sur toute manifestation religieuse dans le domaine public, n’aient pas réagi en stigmatisant ce souhait de « excellent Aïd-el-fitr ». Peut-être considèrent-ils ce geste comme une reconnaissance de « fête coutumière traditionnelle » comme ils l’ont fait en admettant cette explication foireuse, parce que fausse, donnée par Anne Hidalgo pour justifier les réceptions des autorités religieuses musulmanes à la Mairie de Paris à l’occasion de la fin du ramadan, l’un des cinq « piliers » de l’islam ?

L’Union Nationale des Personnels et Retraités de la Gendarmerie, UNPRG, a réagi a minima avec la prudence qui s’impose, en réclamant la création d’un poste de « référent déontologique ». Cela peut paraître léger, mais ça a au moins le mérite d’attirer l’attention des autorités concernées sur le zèle islamique quelque peu intempestif du colonel gendarme.

Voici ce communiqué :

OBLIGATION DE NEUTRALITÉ

Dans un message adressé le 15 juin à l’ensemble des unités et conclu par « à tous, Aïd Moubarak », le Commandant de Groupement de Gendarmerie départementale des Alpes-Maritimes a souhaité à l’occasion de la fin du ramadan, une « excellente fête de l’Aïd el Firt » à ses subordonnés et leurs familles de confession musulmane.
Pour l’UNPRG qui trouve ce message surprenant, ce Colonel a oublié qu’il est tenu au devoir de réserve mais surtout à une obligation de neutralité laïque, afin de respecter l’égalité des opinions religieuses et philosophiques de l’ensemble des personnels placés sous son autorité.
Devant de telles initiatives singulières, la direction générale de la gendarmerie devrait entamer une réflexion sur la création d’un poste de référent déontologue.

Henri Martinez
Président national de l’UNPRG

Et n’oubliez pas, chers lecteurs que, si le ministre de l’Intérieur soutient la démarche du colonel, nous pourrions avoir bientôt sur tous les documents administratifs le logo suivant :

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L’Imprécateur
22/06/2018

 

[1] Il y a une petite faute grammaticale dans ma traduction. Que les arabophones m’en excusent, mais je ne pouvais pas mettre « mes actes » au pluriel avec un « nos actes ». C’eût été impliquer toute la hiérarchie de la gendarmerie. Rien ne prouve a priori que le colonel n’ait pas agit seul.


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