DECRYPTAGE DU DISCOURS D’UN ZOMBIE
(L’Imprécateur)

Lundi soir, tous les medias télévisés ont relayé l’allocution de Macron, animés de la même volonté : « Il faut sauver le soldat Macron » comme l’a dit L’Obs. Car les médias en sont parfaitement conscients, si le système Macron s’effondre, ils disparaîtront avec lui faute d’avoir su trouver le moyen de garder leurs lecteurs, leurs auditeurs et leurs téléspectateurs en leur proposant des produits médiatiques capables de leur faire accepter le juste prix de leurs prestations. Deux exceptions (il y en a peut-être d’autres mais il faudrait tous les lire pour les connaître), Valeurs Actuelles à droite, l’un des rares hebdos bien gérés dont le lectorat augmente constamment, et Marianne à gauche qui a récemment recruté Natacha Polony pour adapter sa ligne éditoriale à l’évolution politique de la société française.

Un peu de pommade adoucissante, mais rien sur l’essentiel

Lundi soir, le discours que nous avons suivi pendant 13 minutes n’est même pas celui qu’annonçaient les commentateurs politiques les jours précédents : Macron va créer un choc politique salvateur sans rien céder sur le fond, disaient-ils. On attendait de Gaulle en 1968, ce fut un zombie qui annonça la distribution de quelques miettes dont le prix sera pour l’essentiel payé par les entreprises et l’Armée. L’État, lui, n’aura rien à débourser. Qui va payer les primes, 13ème mois ou autres ? Qui paye les heures supplémentaires ? Qui verse le SMIC aux salariés ? Les entreprises.

En défiscalisant ces petits cadeaux, en reculant la hausse précédemment annoncée de la CSG sur les petites retraites, l’État ne dépense pas, il se prive de prélèvements confiscatoires sur des produits dont il n’est pas à la source : salaires, heures supplémentaires, primes et restitution par l’État aux retraités de l’argent que ceux-ci lui ont versé pendant quarante ans ou plus pour assurer leur fin de vie.

L’État va rattraper sur l’Armée la dépense qui va lui incomber

L’État étant lui aussi un gros employeur, va évidemment devoir débourser un peu pour répondre à l’attente de ses petits fonctionnaires mal payés, mais il a déjà trouvé une recette de substitution dont l’annonce par défaut, « Je n’exclue rien…« , faite par Florence Parly, ministre des Armées, sur Europe 1, est passée largement inaperçue lundi dans le brouhaha médiatique ambiant : l’Armée toujours docile et silencieuse risque de voir son budget amputé, ses priorités reportées sine die, le renouvellement de son matériel archaïque annulé.

Sur la forme, le discours de Macron, en réalité une courte allocution, fut celle d’un zombie : immobile, le teint pâle, le regard fixé sur le prompteur derrière la caméra, les mains doigts écartés à plat sur son bureau vide. Ces mains à plat et qui bougent à peine montrent qu’il a suivi les conseils d’un spécialiste de la gestuelle. Elles signifient en théorie « je vous comprends et je vous écoute ». Mais ça ne marche qu’au début de l’entretien. Ensuite, pour être crédible, il faut les ouvrir, les écarter en montrant les paumes et en avançant une peu les avant-bras, signe que l’on va donner quelque chose pour de vrai, pas se limiter à des promesses, et ce geste-là il ne l’a pas fait. Au contraire, les rares fois où il soulève un peu ses mains avec les pouces écartés, c’est pour en tourner les paumes vers son ventre, comme le joueur gagnant qui ramène à lui l’argent éparpillé sur la table. Traduire : Français, pauvres idiots, vous n’aurez rien de moi. Après quoi, il nous jure qu’il nous aime.

À trente secondes de la fin, les mains toujours à plat, les rares fois où il les a soulevées un peu, c’est pour tourner ses paumes vers lui, pas vers son auditeur, signe qu’il ne cédera rien.

Bougeant à peine, presque inanimé, rien de vivant, ni les yeux ni les gestes, ni le ton, un condamné à mort exprimant ses dernières volontés d’un ton triste et monocorde. Un exercice de sophrologue voulant endormir l’auditeur dans une ambiance feutrée par une litanie de vagues promesses sirupeuses sur le bonheur futur qu’il promet toujours pour un avenir glorieux dont il n’a pour le moment rien construit. Rien à voir avec ses discours électoraux mobilisateurs et pleins d’enthousiasme. Et puis, il y a les « je veux » inlassablement répétés, jamais un « nous », pas une seule allusion à ses ministres. Il continuera en solitaire son exercice du pouvoir.

Rien de crédible sur le fond

Sur le fond de son allocution, rien d’important : rien sur la législation des véhicules et la fiscalité des carburants qui fut le déclencheur de la révolte populaire, alors qu’on attendait au moins une confirmation sur le moratoire d’un an sur la hausse des carburants, le report des contrôles techniques ruineux et la suppression des 80 km/h dont il avait lui-même dit que c’était « une connerie ».

Rien sur les migrations, un vague mea culpa sur « quarante années de malaise » dont il se dédouane, une allusion à « la laïcité bousculée », rien sur le train de vie pharaonique de l’État, rien sur une réforme pourtant indispensable du statut de la fonction publique cause de dépenses excessives en constante progression, rien sur l’archaïque statut syndical qui met le luxueux train de vie des syndicats et l’entretien de leurs dizaines de châteaux (mais aussi les Comités d’entreprises de la RATP, des PTT, SNCF, EDF, etc… ) à la charge des contribuables.

<= A gauche, l’un des 5 châteaux du C.E. d’EDF

Même Lutte Ouvrière en a un ! Rien sur un programme de baisse des dépenses publiques dont la gestion est totalement à reprendre à partir de zéro, rien sur un changement radical de politique. Bref, un grand « rien » vaguement coloré de quelques mesurettes d’apparence généreuse que, leurs premières réactions en témoignent, les gilets jaunes trouvent insuffisantes. Rien, il n’a rien lâché de son délire écologiste sur les véhicules ou la taxe carbone, juste un tout petit coup de pouce sur le travail. Ce n’est pas ce que voulaient les 80 % de Français qui soutiennent les gilets jaunes et juste quelques miettes à ces derniers.

La révolte renaîtra en janvier ou février

Donc ? Après une possible trêve de Noël-Nouvel An, les revendications reviendront, Macron a raté son exercice de pacification, la colère populaire ressortira en janvier ou en février et il peut déjà considérer les élections européennes comme perdues pour La REM.

Et Castaner ressortira ses blindés pour une raison que tout le monde semble ignorer mais qui explique la chasse aux masques de protection contre les gaz, même les plus simples en carton blanc, qui a sévi lors des fouilles de personnes et de véhicules dimanche dernier : les VBRG, en tout cas certains, étaient équipés de systèmes de projection de gaz incapacitants à durée limitée qui auraient été utilisés en cas de dérapage grave. Il est vrai que c’eût été un moindre mal, ça évitait d’avoir à ouvrir le feu sur la foule.

Par contre, dans la presse internationale des photos des Champs Élysées ou de la rue de Rivoli jonchés de corps endormis autour de blindés auraient signifié la fin du tourisme à Paris et la fin d’Anne Hidalgo. Cela dit, ce dernier point eut été plutôt une bonne chose !

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Entre autres points faibles, les VBRG s’enflamment facilement

Cela dit, Castaner et, heureusement pour lui, les manifestants aussi, semble ignorer que les VBRG sont des véhicules anciens qui ont des points faibles et qu’il est assez facile de les capturer (sans y mettre le feu comme sur la photo !). Ce qui pourrait être particulièrement dangereux quand le palais présidentiel et le ministère de l’Intérieur sont à proximité !

Emmanuel Macron a tort de persévérer dans l’erreur

Emmanuel Macron aurait mieux à faire que de persévérer dans l’erreur: s’atteler au redressement rapide du pays, du niveau de vie et de l’emploi. Au besoin en copiant les méthodes de ses ennemis.

Quand Trump a pris le contrôle de son pays, Obama lui laissait en héritage un taux de croissance à 1,6 %, un taux de chômage moyen à 9,4 % mais 12 % chez les afro-américains, un budget déficitaire de 1,4 milliards $.
Deux ans après une baisse massive des impôts, le taux de croissance est à 4,1 %, le taux moyen de chômage à 3,9 % et à 5,9 % chez les afro-américains, et le déficit du budget ramené à 0,664 milliard de $.
Après quoi, Hillary Clinton s’étonne que les « déplorables », même les Noirs, soutiennent Donald Trump à plus de 50 % !

Viktor Orban en Hongrie réalise à peu près le même score, si bien que les Hongrois revotent pour lui à 56 % à chaque élection : taux de croissance 4,1 %, chômage 3,7 % (12 % du temps de son prédécesseur), déficit budgétaire ramené de 2,4 à 1,8 %.
Cela aussi, après une forte baisse de la pression fiscale.

Comme le dit Ruben Correa (dit Rafael Correa), président du Pérou qui été réélu haut la main après avoir redressé son pays et qui est, bien que socialiste, un excellent économiste, l’erreur des pays en perte de vitesse comme le Venezuela (catastrophique) ou la France (encore récupérable) est de suivre des modèles économiques dépassés, keynésiens, comme ceux que préconise le FMI dont, dit-il, « il ne faut jamais écouter les recommandations« .

La gestion de la France : une honte pour l’ENA

En France, la politique économique de Macron, c’est la honte : taux de croissance 1,6 %, chômage oscillant entre 7 et 8 %, déficit budgétaire 3 %, dette 100 % du PIB, taux d’imposition le plus élevé d’Europe. On nous serine que, en compensation, nous avons la meilleure éducation et la meilleure santé du Monde, mais c’est faux ! Dans les classements internationaux nous sommes 5ème  en Europe pour la santé et l’éducation. L’École Centrale se maintient dans le peloton de tête, mais Normale Sup dégringole, Sciences Po est 220ème et l’ENA n’apparaît même plus dans certains classements.
Une ENA dont le directeur lui-même disait en 2017 que les élèves sont « en dessous de la moyenne… moutonniers… manquent d’initiative et d’imagination… se copient les uns les autres en copiant les cours… »

Les gilets jaunes ont raison de poser la question « Mais qu’est-ce qu’ils font avec notre pognon ? »

L’Imprécateur
11 décembre 2018

 


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Zob
Zob
13 décembre 2018 11 h 01 min

Ah, excellent article ! Peut-être le meilleur que j’ai pu lire de « l’Imprécateur »

ishub
ishub
14 décembre 2018 19 h 45 min
Répondre à  Zob

un parmi les meilleurs ! 🙂

necas
16 décembre 2018 3 h 27 min
Répondre à  Zob

Macron est sur la pente raide ! De toutes façons , plus rien , ni personne ne peut plus le supporter ! Mis à part , encore , quelques journalistes inféodés, pour des raisons financières ( subventions, niches fiscales …) , bien que , certains commencent à virer la cutie , par peur de se faire jeter , quand va venir le grand nettoyage intello . Il peut s’évertuer , rien n’y fera ! Les gens Exigent le RIC : référendum d’initiative citoyenne. Et ça , Macron en a la trouille , la grosse trouille !!! Pourquoi ? Ben ,… Lire la suite »

necas
21 décembre 2018 10 h 24 min
Répondre à  Zob

Encore combien de voitures brûlées, ces 24 dec, et 31 déc ? Combien de Crs affectés dans les banlieues , ces deux fameuses nuits de terreur ? Car il ne vont pas être beaucoup à vouloir se prendre la tête avec les racailles ?! Eux aussi , les Crs , aspirent à passer les nuits de Noel et Réveillon, en famille ! Donc , le dispositif sera minoré , car bcp de Crs vont même se faire porter pâles !! À bout , qu’ils sont , de par les Gilets Jaunes ! Donc , au niveau éffectifs dans les cités… Lire la suite »

Claude Roland
Claude Roland
13 décembre 2018 9 h 42 min

Je m’étonne d’une chose : jamais les Gilets Jaunes n’ont adopté le crédo de REDUCTION des taxes de 10 à 20% ! Macron a peut-être gelé certaines taxes, mais seulement gelées. Aucune réduction drastique à l’horizon, aucun recul de la fiscalité. Cette usine à gaz poursuivra sa croissance tôt ou tard et lors du dégel de ces taxes, elles reprendront de plus belle. Beaucoup de Français sont non imposables, mais TOUT LE MONDE, pauvres et riches payent des taxes ! Et les taxes sont discrètes tandis que l’impôt est impopulaire. Donc comme les politiciens ne cessent de parler de réduction… Lire la suite »

François Jacquel
François Jacquel
13 décembre 2018 9 h 36 min

À propos de la faiblesse des VBRG, due essentiellement à leur grand âge (minimum 40 ans), j’ai proposé sur un autre forum le déploiement du 501ème RCC au grand complet (52 Leclerc et 400 blindés divers, essentiellement des VAB et VBL), en configuration guerre, pour fermer les accès des racailles du 9-3 au sud du périphérique, et la mise en stand-by du 2ème REP sur la base de Bricy ou de Villacoublay, prêt à intervenir sur les points les plus sensibles dans des opérations du genre Kolwezi (protection des populations et élimination physique des terroristes).

necas
16 décembre 2018 3 h 35 min
Répondre à  François Jacquel

Et les 24 dec et 31 dec : Dans les cités , à l’intérieur des cités :
Quel est votre plan ? Vous y rentrerez , la tête la 1ere , dans ces cités , pour y empêcher les émeutes ? Allez , courage !……..

jdes74
jdes74
13 décembre 2018 8 h 11 min

merci pour cet article Je voudrais indiquer qu’un bilan comporte 2 colonnes : les recettes et les dépenses Et chaque contribuable sait parfaitement gérer ses dépenses en fonction de ses RECETTES! l’état lui fait l’inverse : il adapte les recettes à ses dépenses. FACILE NON? Je voudrais bien pouvoir en faire autant !!! il serait souhaitable que le chef de l’état prenne connaissance du rapport annuel de la cour des comptes. cet organisme fait un travail remarquable et cela mérite d’être signalé mais il prêche dans le désert. c’est une mine de solutions pour la RÉDUCTION DE LA DÉPENSE PUBLIQUE… Lire la suite »

jdes74
jdes74
14 décembre 2018 9 h 23 min
Répondre à  Marc Le Stahler

vous avez évidemment RAISON! j’ai utilisé le terme « bilan » pour simplifier
mais il s’agit bien en fait d’un compte de resultat !!!

Raoul Dheste
Raoul Dheste
13 décembre 2018 1 h 40 min

Puisqu’il est question de l’ÉNA, il serait peut-être important de préciser ce qu’est justement cette filière d’excellence présumée, car l’ÉNA n’estrien d’autre qu’une machine à transformer des psychopathes en sociopathes. Comment ? En détruisant scientifiquement toute trace d’affect chez des sujets déjà assez peu pourvus en la matière, puisqu’ils n’ont d’autre projet que de s’extraire du lot commun. L’ÉNA leur garantit « de instructo » puis « de facto » l’extraction à laquelle ils aspirent. On a vu le résultat : non seulement les têtes dures sont légions chez énarques – chez les meilleurs d’entre eux, en tous cas – mais quatre Présidents de… Lire la suite »

Dobermann
Dobermann
13 décembre 2018 1 h 23 min

Moi, pendant 13mn j’ai vu un morveux dans une posture morpho-psychologique (bras-mains-et facies), qui en dit très long sur son degré de charisme mais surtout sur ses capacités de super menteur, on l’a vu à poil ! Le quinquénat est mort, le canard est sans tête.

L'Imprécateur
Administrateur
12 décembre 2018 23 h 09 min

Chers lecteurs excusez-moi, il parait que le taux de chômage en France est actuellement à 9,2 %. C’est encore pire ! Et il parait que le monde entier nous envie notre modèle social, quelle rigolade.

Fran
Fran
13 décembre 2018 1 h 16 min
Répondre à  L'Imprécateur

« Le monde entier nous envie notre modèle social », je crois que c’est de l’ironie !!!
Merci pour ce bel article.

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