L’EUROPE DU LIBRE-ECHANGE TUE LES NATIONS
(Jean Goychman)

Petit à petit, le brouillard et la pénombre qui, depuis des décennies, entouraient la mise en place d’un nouvel objet politique appelé, suivant les cas et les humeurs « Union Européenne » ou, pour faire plus simple, « l’Europe », sont en train de se dissiper.

Beaucoup d’entre nous croient que cette Europe est née du désastre de la seconde Guerre Mondiale et de l’absolue nécessité de préserver la paix dans le monde. A cette époque, tout le monde ne pouvait qu’être d’accord avec cette idée, et malheur à ceux qui auraient osé la critiquer.

Mais c’était une image d’Épinal, du « story telling » comme on dit aujourd’hui dans la sphère très élitiste de la communication.

Laisserons-nous l’Europe du libre-échange tuer les peuples et les nations ?

 


Le libre-échange devait terrasser le protectionnisme

Depuis plusieurs siècles, les Anglais avaient adopté la religion du libre-échange, qu’ils paraient de toutes les qualités. Par une sorte de glissement phonique et linguistique, ce dogme allait recouvrir jusqu’à l’ensevelir le concept philosophique du libéralisme, du moins tel qu’il était enseigné par l’Ecole de Salamanque. Ce conflit qui oppose les tenants du protectionnisme à ceux du libre-échange a traversé l’Europe depuis plus de 150 ans.

Eric Zemmour, dans son livre « Destin français » l’a remis dans son cadre historique :

« La querelle est économique, mais aussi politique. C’est une vision de notre pays et du monde. Le libre-échange n’est pas seulement un ensemble de règles commerciales et économiques, mais une conception philosophique de l’homme et de la société. L’homme du libre-échange est l’individu souverain, rationnel et universel des Lumières, plus consommateur que citoyen et plus citoyen du monde que patriote ; il repousse les frontières comme des objets du diable et se méfie des Etats et des masses ».

Eric Zemmour met en lumière un aspect fondamental de cette vision : le libre-échange profite à l’élite au détriment des classes populaires. Et c’est exactement ce que nous constatons aujourd’hui.

Les élites de l’après-guerre ont cru pouvoir embobiner les peuples souverains

Mettant à profit le traumatisme de la guerre pour avancer leurs pions sous un faux-nez de circonstance, les élites financières, utilisant la complaisance, voire l’intérêt des médias de masse, ont décliné tout un catalogue de raisons pour justifier la construction européenne auprès des populations en se gardant bien de dire qu’elle se faisait telle que ces élites l’envisageaient. On ne parlait que de ses bienfaits en occultant tout ce qu’elle impliquait, à commencer par la disparition des nations et de leur souveraineté.

Fort justement, Eric Zemmour fait remarquer que le Traité de Rome instituant le « Marché Commun » de 1957 recouvre l’exact périmètre de la France napoléonienne. Ce traité, d’aspect libre-échangiste, est en réalité très protectionniste puisqu’il repousse simplement les barrières douanières au-delà des frontières de la France de 1815.

De Gaulle, fin connaisseur de l’histoire de notre pays, l’avait parfaitement compris et voyait dans l’Europe des Six, comme on disait à l’époque, le moyen de « permettre à la France de retrouver le rang qu’elle avait perdu depuis 1815 »

Harold Macmillan, Premier Ministre britannique, assimilait même le traité de Rome à un « blocus continental » qui allait ramener la guerre. C’est la mise en œuvre du Marché Commun, beaucoup plus protectionniste que son nom ne le suggérait, qui a permis l’essor économique de notre pays et surtout de son agriculture.

Cette première bataille s’étant soldée par une défaite des élites, celles-ci allaient repartir à l’attaque à peine de Gaulle disparu de la scène politique.

Acte deux : les libre-échangistes contre-attaquent

Pour contrecarrer le funeste (à leurs yeux) Traité de Rome, les tenants du libre-échange se remirent en campagne. L’Angleterre, qui avait organisé avec d’autres pays du Nord de l’Europe, une zone appelée AELE (Association Européenne de Libre Echange) entendait bien rentrer dans l’Europe avec les autres pays signataires de cette alliance.  De Gaulle, pas dupe, s’y était toujours opposé mais en 1971, sous la pression des Allemands (et peut-être d’autres influences),  Georges Pompidou finit par céder.

Cette première victoire du libre-échange ouvrait en réalité un boulevard pour faire basculer toute l’Europe en moins de trois décennies. L’OTAN, sous couvert de la guerre froide, dont nous savons aujourd’hui combien le danger soviétique était surestimé par ce qu’il est convenu d’appeler « l’Etat profond américain », a servi d’antichambre à de nombreux pays pour lesquels l’adhésion au Traité de l’Atlantique Nord valait sauf-conduit pour intégrer l’Union Européenne.

Ceci n’avait plus rien à voir avec la construction européenne, même si le nom était gardé comme élément de langage. En réalité, il s’agissait de généraliser à toute la planète l’extension de cette zone européenne qui avait vu disparaître toutes ses frontières internes et s’était, de plus, ouverte à tous les vents de la mondialisation.

On comprend alors pourquoi il était essentiel de ne jamais définir le périmètre définitif de l’Europe.

Les peuples choisiront toujours le protectionnisme

Cela peut paraître une évidence. Le libre-échange sans contrainte permet de faire fabriquer au coût le plus faible les objets et les denrées qui procureront à leurs revendeurs les marges bénéficiaires les plus fortes, tout en restant compétitifs par rapport aux productions locales.

L’Europe, sous la tutelle anglo-américaine, a imposé ce choix. C’est quasiment inscrit dans le marbre des traités. Contrairement à une idée régulièrement énoncée, le libre-échange a toujours entraîné une baisse de la croissance des États qui le pratique. On l’a oublié, mais c’est en 1860 que Napoléon III signa le  traité de libre-échange avec l’Angleterre  En 1873, l’Europe connut un marasme économique sans précédent.

Eric Zemmour cite à ce sujet Paul Bairoch, historien et économiste :
« La politique libérale de l’Europe ne dura que vingt ans, (1860-1880) et coïncida – en fait, provoqua – la période économique la plus négative du XIXème siècle ».
Et il y a d’autres exemples qui montrent que, à chaque fois, ce sont les retours aux protectionnisme qui ont permis de faire redémarrer la machine économique.

L’exemple de Trump

Les économistes, dont fort peu vantent les louanges de Donald Trump, ont cependant des difficultés  à cacher la réalité. Les plus honnêtes reconnaissent que le chômage n’a jamais été aussi bas aux USA depuis 50 ans et que la croissance est repartie en forte hausse. Cela va naturellement à contresens du dogme néolibéral du libre échange et cet exemple ne plaide guère en sa faveur.

Malgré certaines tentatives qui, à ce jour, n’ont pu prospérer, il existe des alternatives. La Charte de la Havane, signé par environ 140 états en 1948, mais jamais appliquée, aurait certainement été très utile. Elle imposait à chaque État d’avoir une balance commerciale à l’équilibre. Aucun d’entre-eux ne pouvait exporter plus qu’il n’importait et réciproquement.

Aujourd’hui, beaucoup de peuples sont en train de réaliser qu’on les a orienté dans une mauvaise direction et qu’il est temps d’en changer. La situation en Europe est très délicate car il est peu probable que nos élites renoncent d’elles-mêmes à ce qui a fait leur fortune au détriment de celles des autres classes sociales. La montée des « populismes » n’a pas d’autre cause.

Espérons simplement que la minorité qui nous dirige réalisera qu’il n’y a guère d’autre choix que de se soumettre à la volonté populaire avant que celle-ci ne renverse tout sur son passage, mais peut-être sera-t-il alors trop tard ?

Jean Goychman   
4 mai 2019

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lafronde
lafronde
6 mai 2019 16 h 09 min

L’Histoire des Pays-bas et du Royaume-Uni, de leur prospérité dès le XVIIe et XVIII siècles, fondée sur la libre entreprise, le libéralisme et le libre échange, contredit la thèse protectionniste de l’article. L’UE actuelle et le régime au pouvoir en France, s’ils sont libre-échangistes, ne sont pas libéraux, ne protègent pas les libertés économiques des entreprises et encore moins des ménages ! L’UE de l’ouest croule sous les droits-créances sociaux offerts aux migrants-envahisseurs-colonisateurs-islamisateurs aux dépens des populations autochtones asservies et tyrannisées ! Le coût sécuritaire, social, éducatif, médical de cette colonisation s’élève à la moitié des budgets publics ! Avec… Lire la suite »

jean goychman
jean goychman
7 mai 2019 9 h 47 min
Répondre à  lafronde

Il n’empêche que lorsque vous importez des produits moins chers, toutes choses égales par ailleurs, ils se vendent au détriment de la production nationale. Si vous voulez produire à votre tour ces produits dans votre pays, il faudra pouvoir les vendre au même prix. Si vous ne pouvez pas dévaluer votre monnaie (ce qui peut jouer un rôle identique à la protection douanière) il ne vous reste plus qu’à baisser les salaires, et c’est ce qui c’est produit en France depuis une trentaine d’années. Bien sûr que les coûts sociaux que vous énumérez rentrent en ligne de compte dans les… Lire la suite »

Pellerm
Pellerm
6 mai 2019 15 h 44 min

Et nous retombons donc dans le sujet du jour …Europe à n’importe quel prix , même celui de notre disparition programmée ..ou Fréxit ..?? Dans la pensée , l’Europe semblait tellement confortable ..difficile de se débarrasser d’un rêve d’enfant ..!! Et pourtant , n’est-elle pas la cause principale de tous nos déboires ? Perte de souveraineté nationale , immigration imposée , perte du pouvoir d’achat , ventes de nos industries , chômage , insécurité , lois liberticides ..etc etc .. Ne serait-il pas grand temps de penser à une sortie de cette Europe cauchemardesque ? Ces élections européennes arrivent à… Lire la suite »

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