NOUS SOMMES ENTRES EN DICTATURE
(Michel Onfray)

Fidèle à sa stratégie du mépris, Emmanuel Macron a réagi de façon assez viscérale et épidermique – c’est de son âge – à la critique qui lui est faite de présider à la sortie de la démocratie en France afin de mieux y instaurer une dictature.

Les journalistes ont songé aussi bien à Mélenchon qu’à Ségolène Royal, mais j’ai moi aussi abondé en ce sens dans Théorie de la dictature, l’an dernier, pour en faire la démonstration sur plus de deux cents pages… Je m’appuyais sur l’œuvre politique d’Orwell.

(Cet article est paru sur le site Planetes360 le 27 janvier 2020)

J’avais synthétisé mon propos dans cette quatrième de couverture de mon ouvrage :

« Il est admis que 1984 et La Ferme des animaux d’Orwell permettent de penser les dictatures du XX° siècle.
Je pose l’hypothèse qu’ils permettent également de concevoir les dictatures de toujours.

Comment instaurer aujourd’hui une dictature d’un type nouveau?

J’ai pour ce faire dégagé sept pistes :

  • détruire la liberté
  • appauvrir la langue
  • abolir la vérité
  • supprimer l’histoire
  • nier la nature
  • propager la haine
  • aspirer à l’Empire.

Chacun de ces temps est composé de moments particuliers.

  • Pour détruire la liberté, il faut : assurer une surveillance perpétuelle, ruiner la vie personnelle, supprimer la solitude, se réjouir des fêtes obligatoires, uniformiser l’opinion, dénoncer le crime par la pensée.
  • Pour appauvrir la langue, il faut : pratiquer une langue nouvelle, utiliser le double-langage, détruire des mots, oraliser la langue, parler une langue unique, supprimer les classiques.
  • Pour abolir la vérité, il faut : enseigner l’idéologie, instrumentaliser la presse, propager de fausses nouvelles, produire le réel.
  • Pour supprimer l’histoire, il faut : effacer le passé,  réécrire l’histoire, inventer la mémoire, détruire les livres, industrialiser la littérature.
  • Pour nier la nature, il faut : détruire la pulsion de vie, organiser la frustration sexuelle, hygiéniser la vie, procréer médicalement.
  • Pour propager la haine, il faut : se créer un ennemi, fomenter des guerres, psychiatriser la pensée critique, achever le dernier homme.
  • Pour aspirer à l’Empire, il faut : formater les enfants, administrer l’opposition, gouverner avec les élites, asservir grâce au progrès, dissimuler le pouvoir.

Qui dira que nous n’y sommes pas? »

Qu’Emmanuel Macron soit l’homme de ce projet européiste destructeur de libertés et de République, sinon de civilisation, ne fait aucun doute ; en dehors de ce livre, les chroniques que je tiens ici même depuis son élection témoignent au quotidien.

Mais il faudrait ajouter qu’il n’est pas le seul car il se contente de prendre sa place dans la liste des présidents de la République ayant contribué à cet état de fait depuis quatre décennies : à tout seigneur, tout honneur, puisque c’est à Mitterrand qu’en 1983 (virage dit de la rigueur, abandon du socialisme et conversion au libéralisme obligent…) on doit le triomphe sans partage du giscardisme, l’idéologie de cette abolition de la démocratie au profit du libéralisme d’Etat, la nouvelle dictature dont la formule semble oxymorique.

Car, de ce Mitterrand post-83 au Macron du jour, en passant par Chirac, Sarkozy et Hollande, qui ne conviendra qu’il s’agissait d’une même politique, celle de Maastricht, et que le prétendu choix qui nous est proposé aux présidentielles ne l’est que d’un homme ou d’un style, d’un ton ou d’un tempérament, d’un caractère ou d’une allure, mais surtout pas d’une politique ?

Tous  ces présidents ont en effet défendu un même monde, celui qui s’autoproclame progressiste et qui, au bout du compte, nomme progrès la vente des enfants et la location des utérus de femmes pauvres, et fasciste, sinon vichyste, pétainiste, d’extrême-droite ou compagnon de route de Marine Le Pen, quiconque s’émeut qu’on puisse appeler progrès une pareille régression.

Croit-on que Victor Hugo, le grand romancier des idées progressistes, aurait fait de Pierre Bergé un héros positif, lui qui estimait que louer son ventre pour porter les enfants des autres c’était exactement la même chose que louer ses bras dans une usine ou aux caisses d’un supermarché ?
Bergé était l’ami de Mitterrand, il a voté Chirac, soutenu Bertrand Delanoë et financé Ségolène Royal, avant de déclarer son soutien à Emmanuel Macron. Je ne sais s’il figure dans les huit tomes du journal de Gabriel Matzneff publiés par Philippe Sollers, mais c’est assez probable. Pierre Bergé fut un Javert mort dans son lit. Il est le héros de ces prétendus progressistes.

A ceux qui estiment que Macron incarne en effet une dictature d’un type nouveau, le jeune homme qui fut, dit-on, l’assistant de Paul Ricœur, n’imagine la dictature que derrière lui : elle serait en effet nazie ou bolchevique, sinon d’extrême-droite (la vraie…) dans l’Amérique du sud de la deuxième moitié du siècle dernier. En dehors de cela, elle n’existerait pas.

Cet homme qui a la passion du théâtre et ne fait que vivre sur les planches de la représentation du club de théâtre d’un collège ou d’un lycée, ignore la véritable scène qui est celle de l’Histoire ! Quand, entre les deux tours d’une élection présidentielle qu’il a gagnée le premier soir, on s’en souvient à La Rotonde, il fait de Marine Le Pen un danger égal au massacre d’Oradour-sur-Glane perpétué par la division Das Reich ou de la Shoah, quand il fait de la colonisation de l’Algérie, principalement opérée par la gauche républicaine de Jules Ferry, un crime contre l’humanité, quand il déclare que la culture française n’existe pas, quand il veut faire du colonialisme français en Algérie l’équivalent de la Shoah (où sont les chambres à gaz et les six millions de morts gazés?), il s’exprime comme un élève passant l’épreuve histoire du brevet des collèges… Mais, l’époque étant ce qu’elle est, avec pareilles sottises, il obtiendrait son diplôme.

Fulminant contre ceux quoi ont vu et bien vu que Macron installait un nouveau genre de dictature (la loi Avia en témoigne, voir ici mon texte sur ce sujet), il a dit à l’endroit de ceux qui l’accusent : « Mais allez en dictature! Une dictature, c’est un régime où une personne ou un clan décide des lois. Une dictature, c’est un régime où on ne change pas les dirigeants, jamais. Si la France c’est cela, essayez la dictature et vous verrez ! »

Il parait étrange qu’il n’ait pas compris qu’il donnait ainsi la définition même de cette dictature new look qui sévit en France !

Car : « un régime où une personne ou un clan décide des lois », nous y sommes ! Le clan, c’est bel et bien celui des maastrichtiens qui, depuis 1983, se partagent le pouvoir à coup d’idéologie, de propagande médiatique, de bourrage de crâne scolaire et universitaire, journalistique et publicitaire, cinématographique et germanopratin, de procès en sorcellerie des penseurs libres traînés devant les  tribunaux où on les insulte, de découpages électoraux iniques, de décision, récemment, de passer sous silence médiatique le probable échec de LREM lors des prochaines élections municipales dans les petites villes, et autres mauvais coup fomentés par l’Etat profond dont il est l’un des puissants acteurs et dont il a le cynisme de dire qu’il lui empêche de mener à bien soin train de réformes alors que ce dernier est voulu par ce même Etat profond !

De même, quand il affirme: « Une dictature, c’est un régime où on ne change pas les dirigeants, jamais », s’est-il avisé que, depuis mars 1983, c’est le même programme politique qui est appliqué en France ? Celui des Kouchner et des Mitterrand, des Chirac et des Minc, des BHL et des Sarkozy, des Ferry et des Hollande, des Attali et des Macron ? Certes, la figure du président change, mais qu’importe quand chacun dans ses différences défend les mêmes intérêts d’un même projet ? Mitterrand décide du traité de Maastricht en 1992, Chirac vote pour, le même Chirac décide d’un référendum sur le Traité constitutionnel européen en 2005, il le perd, Sarkozy devenu président, en accord avec Hollande qui le deviendra lui aussi, jette ce référendum à la poubelle, rameute le Congrès et font voter députés et sénateurs, les prétendus représentants du peuple qui auraient dû, eu égard à leur statut, refuser ce vote assimilable à un coup d’Etat contre le peuple, contre le peuple avec le traité de Lisbonne en 2008: qui dira qu’en France on peut changer de dirigeants quand le système électoral bipartisan ne permet de sélectionner pour exercer le pouvoir que  la classe politique des maastrichiens alors que les autres se content de faire de la figuration -et en acceptent l’augure en même temps que le salaire, il n’y a pas d’insoumission ou de rébellion en pareil cas …

Depuis des années, et d’autant plus depuis deux ans, la propagande médiatique digne d’un III° Reich ou d’un Moscou bolchevique, tape comme une brute. L’instrumentalisation de Le Pen par Mitterrand, dont l’affaire de Carpentras attribuée faussement au FN  (mais qui a ensuite fourni et détaillé cette information ?), lui a permis d’être élu, réélu, et de gouverner à droite en prétendant, avec des militants et des électeurs transformés en ânes et en moutons, que c’était à gauche -Mélenchon fut pendant presque un quart de siècle l’un des bergers zélés de tout ce troupeau. Cette propagande fait croire que Marine Le Pen est fasciste -encore un propos d’impétrant au brevet des collèges… Cependant, toutefois, malgré tout, nonobstant, il faut tout faire pour que cette susnommée fasciste soit présente au second tour des présidentielles avant de tout faire ensuite pour expliquer que, si on voulait éviter Oradour et Auschwitz, il fallait au second tour voter contre elle alors que tout à été fait pour qu’elle se trouve là. Le système fonctionne bien: il a permis aux maastrichtiens de se remplacer sans discontinuer au pouvoir depuis des décennies. Quels étaient les mots du garçon dans l’avion de retour de Jérusalem? « Une dictature, c’est un régime où on ne change pas les dirigeants, jamais. » Il a donc bien raison…

Qu’a-t-il encore dit de mémorable, ce jeune homme, dans sa péroraison? « Si la France c’est cela, essayez la dictature et vous verrez! » Justement, elle a essayé la France et elle essaie encore… Elle a fini par comprendre, la France, quelles étaient les ficelles mitterrandiennes, chiraquiennes, sarkozystes, hollandistes, macroniennes, de cette dictature d’un type nouveau -une démocratie illibérale s’il faut retourner comme un gant l’expression que les régressistes qui se disent progressistes utilisent pour disqualifier ceux qui leur résistent. Et c’est parce qu’elle essaie cette dictature depuis des années et qu’elle commence par en voir les mécanismes à nu, en plein jour, et par en comprendre la nature, qu’elle est dans la rue pour dire que ça suffit…

Et c’est aussi pour cela que Macron y répond, comme en dictature, par le mépris, l’intimidation, la propagande, la force, la répression, la judiciarisation, l’emprisonnement. Pour l’heure, il n’y a pas encore eu de morts, certes, j’entends d’ici les arguments et les éléments de langage que fournira une Sibeth Ndiaye qui vient de faire savoir que, si les gens sont dans la rue pour défendre ce qui reste de leur système de retraite, c’est parce qu’ils sont très crétins et qu’ils manquent de l’intelligence qui leur permettrait de comprendre que cette loi pondue par son Grand Timonier est proprement sublime, géniale, grandiose et magnifique. Or, la nomenklatura, dont la plupart des journalistes, qui chante les mérites du chef de façon éhontée, c’est aussi un marqueur de dictature.

Michel Onfray
28 janvier 2020

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contatti
contatti
17 février 2020 15 h 03 min

Quand un pays est dirigé par une poignée de corrompu qui dicte sa Loi du plus fort aux plus faibles. Quand un pays élit son président par 35% des suffrages exprimés. Quand un pays se prévaut à la face du monde d’être le chantre des Droits de l’Homme et du Citoyen Quand un pays inscrit aux frontons des monuments de la République «Liberté Égalité Fraternité». Quand un pays ne respecte pas le verdict d’un référendum populaire. Quand un pays muselle ses journalistes, empêche la liberté de la presse & les citoyens de s’exprimer librement sans craindre les représailles, les juges… Lire la suite »

finance
finance
4 février 2020 2 h 11 min

A tous les malheurs que la France endure actuellement j’ai une question qui me semble ardente : quand va-t-on pouvoir arrêter le flux migratoire qui maintenant est passé sous silence . Les traîtres continuent à faire entrer mais plus personne n’en parle . Il faut que quelque chose se passe rapidement pour arrêter la gangrène car plus ils seront nombreux , plus ils seront difficiles à combattre . Citoyens, nous n’avons plus le temps d’attendre !

James Watt
James Watt
31 janvier 2020 20 h 07 min

Merci pour votre article.

Pierre Malak
Pierre Malak
31 janvier 2020 12 h 22 min

Que l’on soit de gauche ou de droite, l’intelligence réunis ces antagonismes en une brillante réflexion qui conduit à la même conclusion.

C’est Michel ONFRAY qui en fait ici; l’excellente démonstration.

lafronde
lafronde
31 janvier 2020 11 h 51 min

Tyrannie me semble plus adapté que dictature. Nous sommes en tyrannie, car nos principes républicains et démocratiques ont été oubliés. Notre Etat cumule nombre de tares. Déficitaire, il achète des clientèles électorales, et la Presse. Interventionniste, il capte la moitié de la richesse du pays, fait dépendre de lui de trop nombreuses professions, et répand le chômage. Liberticide, il pourchasse les opinions politiques dissidentes. Présidentiel, il fait des élections législatives, un plébiscite. Fédéraliste, il récuse la Souveraineté du Peuple dans l’Etat, et celle de l’Etat sur son propre territoire. Universaliste, il déshérite le Peuple français de la maîtrise de son… Lire la suite »

Gloriamaris
Gloriamaris
30 janvier 2020 18 h 46 min

Excellent Michel ONFRAY, comme à l’accoutumée. @Helene P. suggère d’envoyer ce réquisitoire au principal intéressé mais je crains que l’ego surdimensionné du gamin ne l’empêche de comprendre. Il y a en outre des raisonnements qui le dépassent complètement. À le voir profiter des ses déplacements à l’étranger pour, chaque fois ,discréditer son propre pays et ses habitants aux yeux des autochtones hilares; on comprend que ce garçon n’a rien à faire à la place qu’il occupe. La France a été dirigée par des grands hommes, par des gugusses transparents tombés du train en pyjama, décédé d’une fellation ou déambulant nuitamment… Lire la suite »

Michel CLAEYSEN
Michel CLAEYSEN
2 février 2020 12 h 28 min
Répondre à  Gloriamaris

Tout à fait exact….nous sommes plus en démocratie mais dans une
société en dégénérescence qui est bien orchestrée par les dirigeants
Politiques qui ne peuvent proposer autre chose que ce que leur égot
surdimensionné d’enarque peut apporter…mais comme les moutons
de panurge nous sommes dans un troupeau en marche vers l’absurde
et comme dans le naufrage du titanic en musique dans un grand concert de bruit….

boticéa
boticéa
30 janvier 2020 18 h 00 min

La dictature, cet ennemi redoutable qui terrifie le bourgeois, l’ouvrier, le poete et qui fit de Rome la civilisation qui marqua l’histoire. Car c’était une dictature, militaire de surcroit. Plus tard un certain napoléon fit de la France une autre dictature, quelque peu militaire elle aussi avec la conscription et le droit du sol. Dictature un jour, débandade le lendemain. Le pouvoir sera nécessairement autoritaire tant les contradictions se mêlent aux lâchetés quotidiennes de ceux qui ont renoncé à croire en quelque chose de plus grand qu’eux rendent complexe une société qui ne se veut pas d’avenir, puisque rien n’existe… Lire la suite »

Hélène P.
Hélène P.
30 janvier 2020 15 h 43 min

Bravo ! Il ne reste plus qu’à adresser à Mr Macron, il grand MERCI ! Et oui, on oublie de remercier cet homme ! Grâce à à son zèle il a mis au grand jour la politique du capitalisme-mondialiste selon Marx (bien plus visiblement que ses prédécesseurs) et les français se réveillent enfin. Le scénario, révélé depuis 2003 par les premiers « conspirateurs » avec leur théorie du complot (théorie qui passe largement à la pratique) commence depuis à faire son chemin, vers une palpable réalité… Alors inutile de paniquer. Ni de se révolter de façon offusquée. Toutes ces années, on a… Lire la suite »

Pellerm
Pellerm
30 janvier 2020 13 h 26 min

Merci Monsieur Onfray pour cette si belle analyse de notre situation politique actuelle ..Tout est dit très clairement . Rien à ajouter , sinon que chacun d’entre nous devrait photocopier cet article et le distribuer dans le plus grand nombre possible de boites aux lettres …Ce que je vais m’empresser de faire dès aujourd’hui dans ma Bretagne profonde … Il y a aussi internet …et les amis des amis … Pour sortir de cette impasse , je ne vois qu’une seule solution = Sortir du piège maudit de cette Union Européenne ! Il faut voter en masse pour l’ UPR… Lire la suite »

Patrick VERRO
30 janvier 2020 4 h 43 min

Excellent texte, très bien structuré et qui pose les vraies questions, qui sera mithridatisé malheureusement par les médias bien pensants…

Marco
Marco
29 janvier 2020 12 h 17 min

Sacré Onfray, déroulé implacable et imparable! Qu’est ce qu’il se prend, le Micron…(et la Sibête au passage).
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