MORT D’UN POURRI (Eric de Verdelhan)

« Paix à son âme. Mais il ne mérite aucun hommage car il n’a absolument rien fait pour le pays… Il fut incapable de réformer le pays en dépit de son long règne à la tête de l’Algérie… »
(Déclaration d’un commerçant algérien à l’AFP à la mort d’Abdelaziz Bouteflika).

 

 

 

La coutume voudrait qu’on ne tire pas sur une ambulance, encore moins sur un corbillard ; pourtant la mort, le 17 septembre, d’Abdelaziz Bouteflika ( عبد العزيز بوتفليقة ) me fait penser à un film de Georges Lautner : « Mort d’un pourri », avec Alain Delon et Maurice Ronet (1977).

C’est un grand ennemi de la France qui nous quitte. Clin d’œil de l’histoire : il est mort le 17 septembre 2021, à Zéralda, la garnison du glorieux 1er REP(1), fer-de-lance du putsch des généraux d’avril 1961. Un homme qui détestait la France, qui l’accusait de tous les crimes, mais qui venait régulièrement se faire soigner au Val-de-Grâce aux frais du contribuable français.

Ce nabot haineux ne manquait pas une occasion d’accuser l’ancien colonisateur honni de tous les maux dont souffrait son pays, mais lui, qu’a-t-il fait pour son pays ? RIEN, pas même pendant la guerre d’Algérie.

Puisque l’occasion m’en est donnée, corrigeons l’histoire officielle :

Durant la guerre, l’Armée de Libération Nationale (ALN), bras armé du FLN, ordonne à tous les lycéens et étudiants algériens de rejoindre ses rangs. A 19 ans, Abdelaziz Bouteflika intègre l’« Armée des frontières » installée au Maroc. Là, sans avoir à se battre, il suit l’instruction de l’école des cadres de l’ALN de Dar El Kebdani (entre Oujda et Nador), puis il devient « contrôleur » pour la Wilaya 5 : sa tâche consiste à « plaider la cause de l’ALN » auprès des populations rurales algériennes, pour les rallier au FLN. Il occupe cette fonction durant dix mois, en 1957 et 1958.

Ensuite, il est nommé secrétaire administratif par Houari Boumediene, dont il suit l’ascension jusqu’à l’état-major général. Il évolue au sein du « clan d’Oujda », sous la protection de Boumediene.  

La guerre menée par Bouteflika se résume à quelques chiffres que j’ai détaillés dans un de mes livres (2). Du côté du FLN, officiellement, les pertes seraient de 155 000 hommes : 141 000 tués au combat contre la France, 2 000 tués par les armées tunisienne ou marocaine, 15 à 20 000 victimes de purges internes. Mais durant toute sa vie, Bouteflika réclamera à la France un tribut de « plus d’un million de morts » ! Ce chiffre et ridicule ! D’ailleurs comment pourrait-on croire Bouteflika ?

Ferhat Abbas révélait, dans « autopsie d’une guerre », ce propos du psychiatre gauchiste Frantz Fanon : « Un colonel leur réglera, un jour leur compte (aux dirigeants du FLN). C’est Boumediene. Pour lui, le goût du pouvoir et du commandement relève de la pathologie… ».

Il faut savoir, en effet, que deux mois après la signature des accords d’Evian, le Conseil de la Révolution, réuni à Tripoli du 28 mai au 7 juin, vit s’affronter les négociateurs d’Evian et l’état-major de Boumediene, qui n’avait pas voulu prendre part aux pourparlers avec la France afin de pouvoir contester les modalités du cessez-le-feu. Excédés par les remontrances de ce militaire qui ne s’était pas battu, Ben Khedda et sept autres membres du GPRA quittèrent Tripoli pour Tunis. Boumediene en profita pour faire adopter un « procès-verbal de carence » condamnant le GPRA.

Le 30 juin, veille du référendum, le GPRA dégradait Boumediene et ses deux adjoints. Ce dernier répliqua aussitôt : le 22 juillet, il formait avec Ben Bella un « bureau politique » du FLN et décidait de marcher sur Alger avec son « Armée des frontières » devenue, pour la circonstance, Armée Nationale Populaire. Cette marche coûtera plusieurs milliers de morts. Sur le passage des troupes de Boumediene, la population scandait : « Sept  ans, ça suffit ! ».
Le lieutenant Khaled Nezzar  écrira plus tard qu’il n’avait jamais vu « autant d’acharnement dans les combats, pas même durant la guerre de libération ». La conclusion de cette dérive catastrophique pour tout un peuple, on peut la trouver dans le titre des mémoires de Mohamed Bessaoud: « Heureux les martyrs qui n’ont rien vu ».

Dans cette « Armée des frontières » sanguinaire, qui, ne s’étant pas battue durant la guerre d’Algérie, trouvait là l’occasion d’assouvir sa soif de vengeance, il y avait un certain « commandant Si Addelkader » qui deviendra, plus tard… le président Bouteflika.

Ces faits, que je relate brièvement, sont détaillés dans plusieurs livres dont celui – excellent- de Jacques Demougin : « Les mensonges de la guerre d’Algérie » (3).

En 2005, Pierre Messmer, aux premières loges à l’époque, accusait Bouteflika d’avoir planifié les massacres de 120 000 Harkis en 1962.  N’ayant aucun élément pour confirmer ou infirmer cette allégation, je lui  laisse la responsabilité de ses propos, mais ils sont crédibles.

En septembre 1962, Abdelaziz Bouteflika devient, à 25 ans, ministre de la Jeunesse et du Tourisme dans le gouvernement d’Ahmed Ben Bella. Il est nommé membre du Comité central et du bureau politique du FLN.
Le 28 mai 1965, Ben Bella le limoge. Dès le 19 juin, il participe au coup d’état qui renverse Ben Bella au profit de Houari Boumediene.

Le 27 décembre 1968, ce personnage – qui déclare détester la France – conclut avec elle, au nom de la République algérienne, l’ « accord relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ».
Cet accord est la pierre angulaire de la désastreuse politique d’immigration algérienne dont nous subissons les conséquences tous les jours.

Avec l’arrivée au pouvoir de Chadli Bendjedid, Bouteflika est peu à peu écarté de la scène politique, qu’il quitte en 1981. Puis Il est traduit devant le conseil de discipline du FLN, qui l’exclut du Comité central.
Ensuite il est poursuivi par la Cour des comptes algérienne : il aurait détourné, sur les trésoreries des différentes chancelleries à l’étranger, l’équivalent de 10 millions d’euros (argent placé dans deux banques suisses). Il choisit de s’exiler pendant six ans en Suisse. Consultant international, il y fait des affaires et continue de s’enrichir.

Mais il est rare que les associations de malfaiteurs ne se reforment pas : de retour en Algérie en 1987, Bouteflika redevient membre du comité central du FLN, puis il repart en Suisse.

En décembre 1998, il fait part de sa décision de se présenter à l’élection présidentielle anticipée de 1999.
Il est élu président de la République avec 73,8 % des voix à l’issue d’un scrutin au cours duquel tous ses adversaires se retirent pour dénoncer les conditions d’organisation du vote.

Le 25 juin 1998, le chanteur populaire berbère Matoub Lounès est assassiné sur une route de Kabylie. Cet événement provoque des émeutes dans toute la région.

A peine élu, Bouteflika affiche sa volonté de parvenir à la paix et fait voter la loi dite de la « concorde civile ».
Mais ce n’est pas un tendre. Il le prouve, en 2001-2002, en réprimant  dans le sang les émeutes kabyles.

Son premier mandat s’achève en 2004. De nouvelles élections sont organisées au mois d’avril. Le principal concurrent du président sortant est son ancien premier ministre Ali Benflis. Bouteflika est finalement réélu par 85 % des votants, lors d’élections truquées. Son programme, pour son second mandat, prévoit un plan quinquennal pour la relance de l’économie.

En 2004, c’est la Chine qui s’intéresse à l’Algérie. Elle remporte des contrats de construction (China State Construction)  ainsi que la reconstruction d’une raffinerie à Skikda

Bouteflika fait adopter, le 29 septembre 2005, la « Charte pour la paix et la réconciliation nationale ». Charte sévèrement critiquée par les ONG, dont la Ligue des Droits de l’Homme qui déclare : « Cette proposition d’assurer l’impunité des auteurs de crimes qui viendraient confesser leur culpabilité est insoutenable ».

Le vote de la loi du 23 février 2005 sur la colonisation, par le gouvernement Raffarin, attise la colère en Algérie. Bouteflika refuse de signer le traité d’amitié en préparation avec la France (mais ne refuse pas de se faire soigner au Val-de-Grâce aux frais du contribuable français).

La Russie profite aussi de la visite du président Poutine à Alger, en mars 2006, pour rafler un important contrat d’armement, faisant de l’Algérie son premier client en 2007.

En 2009, la France crache, encore et toujours, au bassinet en acceptant d’indemniser les victimes algériennes (estimées à 30 000 personnes) lors des essais nucléaires français en Algérie.

Notre collaboration avec l’Algérie est toujours à sens unique : nous accordons des visas, nous donnons de l’argent, nous achetons – au prix fort – du gaz et du pétrole. Nous continuons à payer des retraites à des travailleurs algériens qui affichent un nombre impressionnant de centenaires car l’état algérien « oublie » de nous signaler les décès.

Les Franco-algériens (qui se déclarent généralement plus Algériens que Français), refusent la notion même de laïcité et revendiquent la Charia (et parfois le DJihad). Ils continuent à considérer nos Harkis comme des traitres : nous laissons dire et nous laissons faire…

Driencourt, ambassadeur de France en Algérie, signalait que 410.522 visas avaient été délivrés en 2016. Pour 2017, à fin août, les 417.000 demandes ont été dépassées. Il estimait que si cette tendance se poursuivait, ce serait un total de 626.000 visas accordés à la fin de 2018 (4).

Bouteflika a été président de la République algérienne pendant 20 ans, jusqu’en 2019 : un long calvaire pour le peuple algérien ! Sauf pour ceux, nombreux, qui sont venus bénéficier des aides sociales diverses et variées généreusement offertes par ce pays colonisateur qu’ils détestent.

Lors de la mort de Houari Boumediene, un ami « pieds-noirs » me posait une devinette :

« Sais-tu combien de poignées a le cercueil du président défunt ? ».
J’ai répondu bêtement « quatre ».
Il m’a rétorqué : « Non, deux : les poubelles ont rarement quatre poignées ».
Bouteflika a rejoint le paradis d’Allah et… les poubelles de l’histoire.

Ne m’en veuillez pas de ne pas le pleurer !

Éric de Verdelhan

18 septembre 2021 

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1)- 1er Régiment Etranger de Parachutistes.
2)- « Hommage à NOTRE Algérie française » ; Dualpha ; 2019.
3)- « Les mensonges de la guerre d’Algérie » de Jacques Demougin; Cide; 2005.
4)- À ce total il faut ajouter les «visas de circulation» qui permettent d’effectuer plusieurs séjours en France sans se présenter au consulat.  

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Joséphine
Joséphine
1 octobre 2021 4 h 57 min

La momie algérienne n’est plus. Elle crame en enfer. AMEN

Patrick Verro
Patrick Verro
21 septembre 2021 19 h 09 min

NE JAMAIS OUBLIE que le Dimanche 16 avril 2006, le président algérien Abdelaziz Bouteflika avait dénoncé, à Constantine (est algérien) un « génocide de l’identité » algérienne par la France durant la colonisation de l’Algérie de 1830 à 1962….

faguet
faguet
21 septembre 2021 14 h 55 min

après mort d’un pourri, j’irai pisser sur vos tombes ? Macron a fait encore une belle connerie en demandant pardon aux harkis ,au nom de la France, la France n’est pas responsable , de nombreux français ont été courageux pour enfreindre les ordres de La grande Zohra Ce sont les LR héritiers gaullistes qui ont a demander pardon Tout ça est du théâtre , la preuve le gaulliste jean louis Debré magistrat , député, ministre ,Président de l’Assemblée nationale, président du Conseil constitutionnel , fait aujourd’hui le guignol (après avoir longtemps répété dans les coulisses de l’état ) sur les… Lire la suite »

Franck DUGAST
26 septembre 2021 16 h 21 min
Répondre à  faguet

Bizarre qu’une telle réponse ai eu lieu !
En effet les gaullistes sont responsables de cet état de faits.
Demander pardon, afin de s’octroyer ces voix supplémentaires relève d’une incommensurable bassesse.
Le gnome nous a habitué à ce genre de chose.
Et ce n’est pas la plèbe Qui donnera son opinion.

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