LE 6 FÉVRIER 1934 : UNE OCCASION MANQUÉE ! ( Éric de Verdelhan)

« Notre idéal de liberté et de défense de la civilisation chrétienne repousse également le joug hitlérien et la tyrannie moscovite »

(Colonel François de La Rocque, dans un discours de 1937).

 

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Jusqu’où ira la mobilisation paysanne ? Certains sont déjà repartis dans leur ferme, d’autres disent vouloir durcir le mouvement. Du côté du gouvernement (et de l’UE), on tergiverse, on parle beaucoup mais, pour l’instant, on ne lâche pas grand-chose. J’espère que tout ça ne finira pas en eau de boudin ; que nos agriculteurs, nos éleveurs, nos paysans, nos pêcheurs, ne seront pas, une fois de plus, roulés dans la farine par le pouvoir –  à Paris ou à Bruxelles –  ou lâchés, abandonnés, par des leaders syndicaux trahissant leur base en échange de postes juteux. C’est hélas assez courant !

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J’ai en mémoire cette grande gueule d’Édouard Martin, délégué CFDT de l’usine ArcelorMittal de Florange. En 2009, il ferraillait contre la fermeture de l’aciérie de Gandrange. Puis, l’avenir des deux hauts-fourneaux du site de Florange en Moselle, où plus de 2000 salariés produisaient de l’acier brut, devenait un enjeu politique après la visite de François Hollande qui était candidat à l’élection présidentielle. Deux mois avant le 1er tour, le 24 février 2012, François Hollande déclarait : «Quand une grande firme ne veut plus d’une unité de production et ne veut pas non plus la céder nous en ferions obligation pour que les repreneurs viennent et puissent donner une activité supplémentaire».

Bien entendu Hollande a trahi sa parole. Edouard Martin a gesticulé sur les plateaux-télé et puis, à la surprise générale – ou à la stupeur des cocus ? – le 17 décembre 2013, le même Édouard Martin était  tête de liste du Parti Socialiste (dans le Grand Est) aux élections européennes de 2014.

Le 25 mai 2014, il était élu. Je ne sais pas si ce type ose encore se regarder dans une glace ?

Certes, il n’était pas le premier à trahir son camp, pas le dernier non plus !

Pourquoi je vous raconte tout ça aujourd’hui ? Parce que je crains que la révolte des paysans ne soit encore une belle occasion manquée. Or nous sommes le 6 février, date anniversaire des émeutes du 6 février 1934 qui furent un fiasco, un bide, voulu par l’un des leaders du mouvement.

Cette manifestation, dans son organisation, puis dans son échec, fut l’œuvre des « Croix de feu » du colonel de La Rocque. L’échec volontaire d’un homme hissé enIllustration. politique par le poids de ses deux millions d’adhérents, le parti le plus nombreux qu’ait jamais compté notre pays!

La Rocque était l’archétype de l’homme de droite ; il rêvait d’un putsch… dans la légalité. Si les putschs montés par des gens de gauche aboutissent c’est parce que la gauche n’a aucun scrupule, aucun état d’âme et qu’elle n’hésite pas à faire couler le sang. Elle veut ses martyrs. La droite a des principes, une morale mais, hélas, elle a trop souvent des pudeurs de rosière. Dommage !

Pourtant, aujourd’hui, j’ai envie de rendre hommage à La Rocque, cet officier supérieur trop méconnu et injustement critiqué. C’était un patriote courageux et intransigeant comme il en existait encore à l’époque. De nos jours, quand je vois la servilité reptilienne de la majorité des présidents d’associations patriotiques et/ou militaires devant le pouvoir en place, je me dis que la race des gens courageux est agonisante, moribonde, voire carrément morte. Ces messieurs sont (presque) tous officiers généraux (1). On a un peu l’impression que notre armée se prend pour l’hôtellerie de luxe : elle se persuade qu’elle monte en gamme en multipliant le nombre d’étoiles.

Il y a des exceptions mais elles ne m’en voudront pas si je dis qu’elles confirment la règle.

Mais venons-en au colonel François de La Rocque. Il est  le troisième fils du général Raymond de La Rocque (1841-1926), polytechnicien, artilleur de marine(2). Le frère aîné de François, Raymond (1875-1915), chef de bataillon, a été tué pendant la Grande Guerre. François de La Rocque, Saint-Cyrien, se marie en 1912 avec Édith Allotte de La Füye, fille de général, avec laquelle il a quatre fils et deux filles. Deux de ses fils, aviateurs, sont morts pour la France, le troisième, chasseur alpin, a été blessé au combat en juin 1940. L’aîné est décédé à l’âge de 14 ans des suites d’une maladie. Il perd également une fille à l’âge de 20 ans en 1934. Sa  dernière fille était religieuse.

Sorti de Saint-Cyr en 1905, il sert sous Lyautey dans l’Atlas marocain avant d’aller combattre en France durant la Grande Guerre. Capitaine, grièvement blessé au combat, il est déclaré « inapte à faire campagne ». A sa demande, il est cependant affecté au 135ème RI et participe à la bataille de la Somme. En 1918, à 33 ans, il est le plus jeune chef de bataillon de l’Armée française.

Il est décoré de la Croix de Guerre avec neuf citations et Officier de la Légion d’Honneur.

De 1919 à 1925, il sert à l’état-major du maréchal Foch. Cette  période le verra en Pologne, où il occupera divers postes. En 1925, à sa demande, il est envoyé au Maroc durant la dernière phase de la guerre du Rif. Il contribue à la reddition d’Abdelkrim.

Il quitte l’armée en 1928 avec neuf citations et le grade de lieutenant-colonel. Puis il prend la tête de l’association des « Croix de feu » qui regroupe les seuls anciens combattants décorés au combat. A cette époque, les ligues d’extrême-droite regardent d’un bon œil le fascisme italien. Mais La Rocque ne saurait être fasciste, il est catholique convaincu.

L’antisémitisme ne le gène pas mais il n’est en rien virulent sur le sujet. Il est, en revanche, totalement, viscéralement, antiparlementaire et anticommuniste.

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La crise économique de 1929, puis les scandales financiers du début des années 30, gonflent les effectifs des « Croix de feu », qui s’adjoignent les « Fils de Croix de feu », puis les « Volontaires Nationaux », trop jeunes pour avoir combattu (et dont  le plus célèbre sera l’aviateur Jean Mermoz).

Le 6 février 1934, dans l’émeute provoquée par le pseudo-suicide de l’escroc Stavisky, les colonnes du colonel de La Rocque, disciplinées, prennent à revers  la chambre des députés que la grosse masse des manifestants attaque par la Concorde. Elles bousculent les barrages et ont le Palais Bourbon à portée de la main quand un ordre de La Rocque, en personne,  les détourne et les envoie déambuler, inoffensives, du côté des Invalides,  tandis que les salves des Gardes Mobiles  continuent de coucher sur le pavé parisien des centaines de manifestants. Le colonel de La Rocque pensait que la prise d’un édifice public ne signifiait pas la prise du pouvoir. Il avait parfaitement raison mais on peut se demander, avec le recul, pourquoi avoir appuyé les émeutes ?

Il réussit, ce jour-là, à s’attirer la haine de l’extrême-droite, pour n’en avoir pas fait assez, et celle de l’extrême-gauche pour cette tentative avortée de coup d’État. Cette conjonction apaisante, qui plaît tant aux bourgeois et aux partisans de l’ordre, lui vaut 10 000 adhésions par jour.

Les « Croix de feu » dissoutes, il crée aussitôt le « Parti Social Français » et adopte une devise qui fera son chemin: « Travail, Famille, Patrie » appuyée sur un programme simple, voire simpliste et quelques formules qui font mouche: « Ni blanc, ni rouge mais bleu-blanc-rouge. ».

Le mouvement a un épouvantail: le Bolchevique, le « Moscoutaire », le Rouge.

Le brave colonel est à son affaire dans les grands rassemblements: défilés martiaux, grands meetings, immenses « grand messes »; il faut, avant tout, intimider les Rouges.

Le chef-d’œuvre de ce Kriegspiel eut lieu au printemps 1935: les adhérents, convoqués aux portes de Paris, y trouvent des centaines de cars et de voitures dont chaque conducteur ouvre au dernier moment une enveloppe contenant des instructions précises et un itinéraire. 

« Par des chemins différents, sans embouteillage, guidées par des agents de liaison aux carrefours, les colonnes s’égrènent vers l’ouest. Peu avant la nuit apparaît la flèche de Chartres. C’est presque la route de Peguy … » …

dira un témoin.  Belle démonstration de force, totalement inutile !

Il n’empêche que 25 000 hommes ont été transportés sans heurt à 100 kilomètres de Paris.

Le colonel va les haranguer, dans une prairie, perché sur une charrette. Une fois de plus, ses militants les plus virulents se retireront avec le sentiment d’avoir été menés au bord du Rubicon  pour …y pêcher à la ligne. C’est l’époque où un chansonnier ironisait en disant: « l’immobilisme est en marche et, désormais, rien ne l’arrêtera ». La droite nationale, qui n’a pas oublié le demi-tour gauche des « Croix de feu » le 6 février 1934, ne les appellent plus que les « froides queues ». Dans la presse d’Action Française, le colonel de La Rocque devient « Ronronnel de La Coque »

François de La Rocque était un Boulanger mâtiné de Pierre Poujade: il drainait les déçus, les râleurs et les mécontents. Il ne savait pas ce qu’il voulait mais il l’a dit avec sonorité. Il n’est pas sans rappeler certains présidents d’associations actuels qui prétendent  fédérer les patriotes et défendre la civilisation française tout en restant…apolitiques : comme si une telle équation était possible !

Mais qui se souvient encore, dans ce pays sans mémoire, que le colonel de La Rocque fut aussi un authentique résistant et qu’il est mort des suites de sa longue captivité ?

Pourtant, dès le 16 juin 1940, donc avant le discours du maréchal Pétain du 17 juin, François de La Rocque signait un éditorial intitulé «Résistance», dans le quotidien du PSF :

« Après avoir adressé aux Parisiens nos exhortations de courage et de fermeté, nous voulons maintenant crier à tous les Français le mot d’ordre de résistance. Le gouvernement a été désigné, soutenu à cause de son programme essentiel : tenir, ne jamais faiblir. Ce gouvernement ne saurait capituler sans se renier… Il ne saurait mettre bas les armes par une simple décision. Sa décision ne saurait sortir de la ligne choisie, convenue, adoptée, sans que le pays soit d’abord, consulté, prévenu. Ou bien ce serait une escroquerie morale dont aucun Français n’a le droit d’accuser un autre Français, ce dernier fût-il son pire adversaire politique. Tous les citoyens doivent donc être prêts à la résistance totale, et jusqu’au bout. La famille PSF au seul service de la nation entière doit donner l’exemple… Une seule consigne, quoi qu’il arrive : résistance []

Le colonel de La Rocque est arrêté par la Gestapo le 9 mars 1943, ainsi que 152 dirigeants du PSF. Il est interné successivement, durant les six premiers mois, dans les cellules de la prison de Moulins, de Fresnes puis du Cherche-Midi. Il est transféré le 31 août 1943 et déporté au camp de concentration de Flossenbürg ; puis, en raison de son état de santé, en Autriche au château d’Itter, où il a la surprise de retrouver Édouard Daladier, Paul Reynaud, Jean Borotra, Léon Jouhaux.

 « La Rocque est en piètre état. La détention fut pour lui particulièrement rude d’autant qu’il souffrait des suites d’une blessure reçue lors de la Grande Guerre. C’est dans un état de cachexie, avec un œdème des deux jambes, qu’il arrive le 10 janvier 1944 à Itter, où il est examiné et soigné par un médecin de Dachau » … 

dira Paul Reynaud. Après une opération chirurgicale, La Rocque entre en contact avec des parachutistes américains. C’est la 103ème  Division américaine qui le libère, ainsi que les personnalités détenues à Itter, le 7 mai 1945. Il revient en France le 9 mai et se voit placé… en internement administratif jusqu’au 31 décembre 1945 afin de l’éloigner des affaires politiques, et notamment des négociations du Conseil National de la Résistance. La Commission de vérification des internements administratifs réclame sa libération, mais le gouvernement ne tient pas compte de cet avis. À sa sortie d’internement, il est assigné à résidence et décède quelques mois plus tard, le 28 avril 1946, des suites de ses longs mois de détention.

Le colonel François de La Rocque, héros de la Grande Guerre, du Rif et de la Résistance, sera décoré à titre posthume, en… 1961, de la «Médaille de la Déportation et de l’Internement pour faits de Résistance» et se voit attribuer la carte de déporté-résistant, qui lui avait été refusée de son vivant. Et De Gaulle rend enfin hommage, en tant que chef de l’État, « à la mémoire du colonel de La Rocque, à qui l’ennemi fit subir une cruelle déportation pour faits de Résistance et dont, je le sais, les épreuves et le sacrifice furent offerts au service de la France. » Puis le gouvernement de Michel Debré présenta « les excuses du gouvernement pour une injustice dont il mesure la profondeur.»

Le colonel François de La Rocque est enterré à Saint-Clément (Cantal) avec trois de ses fils : Jean-François et Jacques, les deux aviateurs morts pour la France, et, à leurs côtés depuis novembre 2001, Gilles, chasseur alpin, blessé de guerre.

Pourquoi l’histoire officielle ne raconte-t-elle pas aux enfants, qu’il y eut, dans notre pays, des familles capables de donner plusieurs de leurs fils à la mère-patrie ? Pourquoi leur faire croire que le patriotisme est dépassé, que le nationalisme est une tare ? Pourquoi leur apprendre la honte de notre histoire et la repentance ? Le colonel de La Rocque était sans doute un idéaliste et un naïf, mais c’était d’abord, c’était surtout, un grand Français. L’un des rares hommages qui lui a été rendu l’a été, tardivement, par François Mitterrand qui déclarait à Pierre Péan(3):

 « J’ai trouvé que ce personnage était injustement traité. Ses propos tranchaient avec la réputation qui lui était faite. Il n’était ni fasciste, ni antisémite… Il m’avait séduit… »

Il me parait un peu ridicule de commémorer le 6 février 1934, qui fut un putsch avorté, une belle  occasion manquée. En revanche, ce jour-là, on peut avoir une pensée, mieux une prière, pour le colonel de La Rocque, un héros maltraité par l’histoire d’un pays qui n’aime plus ses héros.

 

Éric de Verdelhan

21 janvier 2024

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1) Nous avons 450 généraux en activité et …5000 en « 2ème section ». C’est l’armée mexicaine avec les effectifs de généraux de l’ex Armée Rouge.

2) Directeur de l’artillerie au ministère de la Marine, démissionnaire en 1899, puis président du Comité Justice-Égalité (groupement catholique et nationaliste).

3) « Une jeunesse française » de Pierre Péan ; Fayard ; 1994.

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Un commentaire

  1. Sur le 6 février 1934, il vient de sortir un ouvrage très complet d’Olivier Dard et Jean Philippet, intitulé “Février 34. L’affrontement”. Les auteurs ont fait un très gros travail qui met en évidence toute la complexité de cet événement, ils montrent notamment que même des adhérents de l’ARAC (Association Républicaine des Anciens combattants), mouvement communistes y ont participé ce que la gauche s’est employée à faire oublier. L’ouvrage a eu droit à une recension perfide dans Le Monde qui commente ainsi : “Une intéressante étude de cette sanglante journée peine toutefois à convaincre, ses auteurs se révélant de parti pris”.