MACRON, HOMME-LIGE DU NOUVEL ORDRE MONDIAL
(Jean Goychman)

Je m’étais posé la question, durant la campagne électorale, de savoir au bout de combien de temps, en cas d’élection, Emmanuel Macron nous parlerait du « Nouvel Ordre Mondial ».

Il aura fallu trois mois pour que, le 29 août 2017, devant un parterre d’ambassadeurs, les mots magiques soient prononcés. Environ deux minutes après le début de son speech, il nous faisait part de sa conviction que « le monde entier avait les yeux rivés sur la France » et que la transformation de l’Europe, engagée grâce à celle de notre pays, allait permettre l’établissement de ce fameux « Nouvel Ordre Mondial ».

Bigre ! Nous voici désignés pour sauver le monde, rien que ça ! Et cela grâce à lui ! Y’a pas à dire : le nouvel ordre mondial, ça en impose… Certes, il n’est pas le premier à en parler. Il y a longtemps que les complotistes et autres conspirationnistes le dénoncent. George Bush Sr. en avait parlé. Sarkozy aussi. En tentant de lire entre les lignes, que peut bien être ce « Nouvel Ordre Mondial » ?

Le « N.O.M. », qu’est-ce que c’est ?

Un bref retour en arrière nous montre que la chose vraiment importante est de savoir QUI DIRIGE LE MONDE. Sans remonter à l’Empire romain ni au partage du monde entre l’Espagne et le Portugal, la fin du XIXème siècle à marqué l’apogée de la puissance britannique.

Toutefois, celle-ci s’est un peu cassé les dents sur la Chine et sa civilisation multimillénaire. La « guerre de l’opium » était bien tentée contre elle, mais n’a pas eu le succès escompté. Cela dit, l’Empire britannique, qui prit le nom de Commonwealth, a encore de beaux restes, mais la fin de la seconde guerre mondiale a sans conteste possible placé à la tête de l’ordre mondial les États-Unis d’Amérique. Leur puissance tient essentiellement sur deux choses :

  • leur monnaie qui est la fois domestique et internationale (« qu’il ne tient qu’à eux d’émettre » disait de Gaulle) bien avant que le dollar soit déconnecté de l’or (ce qui implique qu’ils avaient déjà pris les devants sans le dire) et
  • la puissance militaire américaine.

Que veut Emmanuel Macron ?

Emmanuel Macron veut-il contester aux États-Unis leur leadership sur le monde ? − C’est peu probable. Reste alors la seconde hypothèse : il souhaite faire de l’Europe une sorte d’appartement témoin de la mondialisation. Il lui faut agir vite car les vents contraires sont en train de se lever. Il faut appeler, comme le dit le dicton populaire, « un chat − un chat ». Un ordre, quel qu’il soit, suppose une entité supérieure qui le dirige. Cette entité ne peut qu’être, sous une forme ou une autre, qu’un Gouvernement mondial qui, par définition, sera unique. En l’état, ce gouvernement ne peut coexister avec les démocraties sur lesquelles sont basés nos États-nations. L’établissement de ce nouvel ordre exige leur disparition afin de les remplacer par ce que le Comité Orwell (1) appelle « le soft-totalitarisme des multinationales ».

Ses détours de langage

Emmanuel Macron est passé maître dans l’art de faire avancer les gens sur leurs propres ressorts. Je ne sais pas si on enseigne cette discipline à l’ENA, mais lui, en tout cas, a compris l’intérêt de la démarche. Il parle d’une « Europe des peuples ». Dans l’esprit commun, le peuple implique la démocratie, système par lequel on va lui redonner le pouvoir. Il parle aussi de « souveraineté », autre mot symbolique qui induit la notion de maître chez soi. Le problème, c’est qu’il transpose ces notions au niveau de l’Europe. Je note par ailleurs qu’il parle de « l’Europe » et non, comme l’exigerait la rigueur sémantique, de « l’Union Européenne ».

C’est très habile car il présente les choses comme si l’Europe était déjà intégrée et que les nations qui la constituaient au départ s’étaient déjà fondues dans le creuset supranational dans lequel on veut les précipiter (jusqu’alors sans succès) depuis plus de soixante ans. Macron raisonne en supposant le problème résolu comme on dit en mathématiques, afin de démontrer que les conséquences de sa résolution sont déjà là et qu’on ne peut pas faire marche-arrière. On retrouve ainsi la façon de procéder propre aux sociétés fabiennes que j’évoquais dans l’article précédent.

Reste donc à imaginer ce que pourrait être la manifestation de la souveraineté européenne dans ce Nouvel Ordre Mondial.

Marie-France Garaud avait, lors d’une émission télévisée en 2012 (2), rappelé ce qu’étaient les « attributs essentiels de la souveraineté » d’un État :

  • Battre monnaie
  • Faire les lois
  • Rendre la justice
  • Décider de la paix ou de la guerre

L’Union-Européenne ne peut exercer aucun de ces droits fondamentaux.

  • Le contrôle de la monnaie (du moins pour la zone euro) est confié à la BCE,
  • le parlement européen n’a pas le pouvoir de légiférer,
  • la compétence de la Cour de justice est limitée à l’interprétation des traités européens, et l’Union-Européenne n’existe pas en tant qu’entité politique,
  • d’autant plus qu’elle s’est toujours abritée derrière le paravent de l’OTAN pour sa défense malgré tous les efforts que de Gaulle avait pu déployer…

Réalité du futur ou utopie d’aujourd’hui ?

Parler de souveraineté de l’Europe tient donc, dans les circonstances actuelles, plus de la grivèlerie intellectuelle que d’une approche raisonnée. Car les mots ont un sens et on ne peut distordre leur signification sans risques. N’oublions pas que la seule consultation populaire qui a eu lieu sur ce sujet est celle du référendum de 2005 et que les partisans de la création d’un État fédéral européen se sont vus durement ramenés à la réalité. Vouloir traduire aujourd’hui comme un accord tacite, voire un chèque en blanc, le passage sous silence de ce référendum en raison d’un charcutage de notre constitution est probablement téméraire.

Mais ce projet est surtout devenu anachronique. Ce qu’il est convenu d’appeler la mondialisation a, au fil du temps, modifié le rapport des forces économiques. Il faut compter maintenant avec ceux que l’on a fait émerger. Vladimir Poutine parle du « génie qui est sorti de la bouteille » et ces pays vont compter de plus en plus au plan géopolitique, à commencer par la Chine. Il est même patent que la vision d’un monde monopolaire telle qu’elle transparaît dans l’Ordre Mondial évoqué par Emmanuel Macron va s’estomper au profit d’un monde multipolaire dans lequel les nations (seules réalités internationales aux dires de de Gaulle) reprendront toutes leur place.

Alors, le « Nouvel Ordre Mondial » a peu de chances de voir le jour sous la forme que les « euromondialistes » se plaisent à évoquer aujourd’hui. De toutes façons, les peuples et les peuples seuls ont le pouvoir d’en décider.

Jean Goychman
30/08/2017

(1) Le Comité Orwell (comité des journalistes souverainistes créé autour de Natacha Polony) a notamment publié le livre Bienvenue dans le pire des mondes (Plon éd.).
(2) https://www.youtube.com/watch?v=y3dBhtQPnys



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