DANGER : L’“ÉTAT PROFOND” S’INSTALLE EN FRANCE
Jean Goychman


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Le plus grave défaut de la démocratie est probablement qu’elle porte en elle-même le germe de sa destruction. La démocratie américaine était, à ses débuts, la plus achevée. Le peuple américain décidait de sa destinée et de ses valeurs. Élu sur la base d’un suffrage universel (ou presque car les noirs n’avaient pas le droit de vote) le Président détenait le pouvoir exécutif, mais le Congrès pouvait infléchir ses choix.

En théorie, cela fonctionnait assez bien jusqu’à l’apparition du pouvoir médiatique, issu de la technologie, sur lequel le peuple n’avait aucune prise. Ce pouvoir d’informer, qui aurait dû rester objectif a été progressivement « pollué » par la finance. La pluralité des moyens d’information, qui aurait pu tempérer ce phénomène, l’a plutôt aggravé car rien ne leur interdisait d’avoir le même propriétaire apparent ou caché.

L’État Profond américain remonte, aux dires de FD Roosevelt, à l’époque d’Andrew Jackson. Celui-ci s’était opposé avec succès à la création d’une banque centrale mais après sa mort « une composante financière s’est emparée du gouvernement » [1] et a permis d’installer soixante ans plus tard la Reserve Fédérale à l’issue d’une campagne de presse faisant croire au peuple américain que les banques étaient responsables des deux crises de 1907 et 1911. Cette campagne fut menée par les journaux dont ils avaient préalablement pris le contrôle [2] et arguant qu’il fallait établir un système de contrôle desdites banques. Ce qui fut fait en 1913 en créant la Réserve Fédérale, trompant ainsi le peuple américain sur la nature de celle-ci, qui était une banque privée controlée par un cartel de banques présentes dans les rouages du pouvoir américain. L’élection de Woodrow Wilson, candidat médiatiquement fabriqué pour aller à la Maison Blanche, montre clairement le pouvoir de cet État Profond.

Et ce pouvoir de l’ombre ne s’est pas arrêté en si bon chemin. Un des aspects de la démocratie est que les citoyens ont un droit de regard sur les décisions politiques et notamment sur le montant des impôts prélevés. Les comptes de la Nation doivent être publiés. Cela peut poser certains problèmes, notamment en période de guerre. Ce fut le cas du projet Manhattan (bombe atomique) durant la guerre et qui fut financé par le « complexe militaro-industriel » américain. Les choses se compliquèrent avec la guerre du Viet-Nam et il fallut trouver des sources occultes pour financer nombre d’opérations « secrètes »…

Cependant, ces dépenses secrètes ne pouvaient qu’être marginales et ne suffirent pas à alimenter le budget de la Défense américaine, dont le principal bénéficiaire était ce complexe militaro-industriel.

Pour justifier de tels budgets, il fallait que le peuple américain se sente menacé. Et c’est là où intervient le système politico-médiatique. Il faut générer un état de guerre perpétuel pour pérenniser ce système sans que les contribuables n’y trouvent à redire. Mais ce n’est pas le seul avantage de la démarche. Pour peu que le sol du territoire soit lui-même menacé, il devient plus facile de convaincre la population de sacrifier un peu de liberté pour garantir sa sécurité.

On voit ainsi comment, d’une manière feutrée et progressive pour ne pas dire insensible, le pouvoir légal a été transféré à celui de l’ombre, ceci avec l’accord tacite des citoyens américains. Toute la subtilité de l’opération réside dans le maintien de l’apparence du système traditionnel : il y a toujours des débats, des campagnes électorales et des élections. Les représentants du peuple continuent à siéger. Bref, officiellement, rien ne change.

Mais, dans ce domaine, les américains n’ont pas été les précurseurs. Les britaniques les ont précédé de quelques siècles, juste après la bataille de Bouvines en 1214 lorsque les barons anglais ont imposé leurs propres règles à Jean sans Terre [3].

Une certaine similitude apparait avec notre propre pays.

Analysons tout d’abord le processus dans ses différentes étapes. Nous partons d’un État ou le peuple a réussi à instaurer la démocratie. Redistributive par essence en raison de l’élection des représentants, le consentement à l’impôt en est le corolaire indispensable.

Supposons qu’un groupe, quel qu’il soit, veuille détourner ce système à son profit. La première action qu’il doit mener est la prise de contrôle de la finance, et notamment de la monnaie du pays.

C’est ce qui fut réalisé aux États-Unis avec la création de la FED.

Ensuite il faut s’approprier le système politique. Les élections sont le résultat de l’opinion exprimée par le plus grand nombre. Il faut donc convaincre cette majorité et c’est le rôle des médias dont la prise de contrôle se fera par la finance. Ils devront relayer l’opinion issue d’un certain nombre de « groupes de pression » (think-tanks ou lobbies) afin d’orienter, voire de fabriquer cette opinion. Il existe deux voies possibles : vanter les mérites de ce qui est proposé ou dénigrer ce que proposent les éventuels concurrents. C’est souvent les deux qui se pratiquent.

L’effet de répétition fera le reste… Notons à ce sujet que moins les gens seront formés à l’esprit critique, plus il deviendra facile, par instinct grégaire, de les convaincre.

Enfin, les candidats aux élections – quelles qu’elles soient – devront être sélectionnés à l’intérieur d’un cercle prédéterminé, non pas en fonction de l’intérêt du pays ou peuple qu’ils doivent diriger, mais uniquement en fonction de l’aptitude qu’ils auront montré à favoriser les intérêts du groupe qui les met en place. Ce fut le cas avec Woodrow Wilson, mais également Ronald Reagan, GH et GW Bush, Bill Clinton et Barak Obama. Pour ces derniers, le rôle joué par le CFR [4] est difficilement contestable. Il faut donc procéder à une sorte de « casting » pour trouver celui ou celle qui sera la plus habile à dire aux électeurs ce qu’ils ont envie d’entendre mais aussi et surtout à taire ce qu’ils ne veulent pas entendre…

Qu’en est-il chez nous? Une date retient l’attention : 1973. Le 03 janvier est promulguée la loi qui va nous conduire à la perte de contrôle de notre monnaie. Dorénavant, l’État devra se financer auprès des marchés pour ses déficits budgétaires. Très anodin en apparence, c’est pourtant ce qui nous conduira à notre endettement actuel. Arrive ensuite la loi relative aux chaînes télévisées dont la subvention deviendra proportionnelle à l’écoute. Dès 1981, c’est la libéralisation des ondes et de la radio.

En 1986 les premières privatisations apparaissent timidement sous la pression de la Commission Européenne et la mise en place de la 1ère cohabitation. Ce mouvement de libéralisation se poursuivra, mettant en place des chaînes de télévision opérant conjointement avec les chaînes publiques au nom des la « pluralité » de l’information.

La suite est connue. Toujours plus de libéralisme économique, des multinationales qui deviennent intouchables, une monnaie unique adoptée en 1992, un référendum en 2005 resté sans effet malgré un large refus de la population.

Le premier président mis en place par cet État Profond a probablement été Nicolas Sarkozy en 2007. Dans tous les cas, il est arrivé à l’Élysée grâce à lui. Une de ses premières actions fut de remettre la France sous le commandement intégré de l’OTAN. Ensuite le Traité de Lisbonne reprenant les termes du traité constitutionnel refusé, a été adopté par le Congrès (Assemblée Nationale + Sénat) après une modification opportune de la Constitution. En 2009, changement de ton dans les médias. Visiblement, Sarkozy a cessé de plaire et ne doit pas être réélu en 2012. Après l’éviction rocambolesque de DSK, c’est le tour de François Hollande qui est médiatisé en vue de son prochain lancement, coupant ainsi la voie de la réélection de Sarkozy.

Quant à l’élection d’Emmanuel Macron au mois de mai 2017, elle soulève de nombreuses questions. Invité à la Conférence annuelle du Bilderberg [5] en 2014, une « fusée médiatique » l’a placé sur orbite en un temps record, le transformant en quelques mois du statut de quasi-inconnu à celui de candidat incontournable.

Une autre similitude existe avec l’État Profond américain. Peter Scott Dale analyse le 11 septembre 2001 comme la date de la mise en application du programme COG (Continuity Of Government) [6].

D’après lui, c’est bien avant le 11 septembre que fut élaboré le Patriot Act, qui a été présenté au Congrès le 25 octobre 2001. Ce Patriot Act, dont la presse quasi unanime prévoyait la suspension après l’élection de Obama a, contre toute attente, été renforcé par ce dernier et inscrit dans la loi américaine.

N’est-il pas curieux de constater que, dans notre pays, l’état d’urgence mis en place au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, a été maintenu depuis et que sa suppression, prévue pour le mois de novembre sera précédée par l’adoption d’un texte de loi portant sur les mêmes dispositions ? [7].

On remarquera qu’au-delà des hommes, il existe une continuité totale dans leur politique, comme s’ils se contentaient de jouer le rôle écrit par ceux qui les ont mis en scène. Certains le jouent mieux que d’autres mais le résultat est le même.

La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si ces « États Profonds » possèdent ou non des liens entre eux qui les rattacheraient à un projet beaucoup plus vaste qui les verrait supplanter les démocraties les unes après les autres, afin de les remplacer par une sorte de « soft-totalitarisme » probablement beaucoup plus efficace s’il s’agit de veiller sur les intérêts d’une sorte d’oligarchie mondiale dont les prémisses se font sentir d’une manière de plus en plus précise ?

Car, n’en doutons point, tous ces accords de libre-échange à l’échelle des continents dont on nous vante les mérites sont une condition préalable à l’établissement d’un pouvoir économique et financier mondial.

Jean Goychman
15/07/2017

[1] L’État Profond Américain – Peter Dale Scott (éd. La Demi-Lune) ; p. 46
[2] http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/mariali/chaos/conspirateurs/conspirateur.html#6 Les Secrets de la Réserve Fédérale, Eustace Mullins (éd. Le Retour aux Sources) p. 59
[3] Caroll Quigley, Histoire Secrète de l’Oligarchie Anglo-Américaine (éd. Le Retour aux Sources) – avant-propos de Pierre Hillard, p. 7.
[4] Pierre de Villemarest, Le Mondialisme contre nos Libertés (éd. L’Icône Marie) CEI pp. 52 et 53.
[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Groupe_Bilderberg
[6] L’État Profond Américain – Peter Dale Scott (éd. La Demi-Lune) p. 78
[7] https://blogs.mediapart.fr/sophie-boussemart/blog/020617/ny-t-il-pas-durgence-supprimer-letat-durgence


À titre d’informations complémentaires très référencées, cliquez sur ce lien.


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