DES BINOMES AU… BI-GNOME (par Raymond d’Alenvaire)

« SI LES FAITS DISENT AUTRE CHOSE, IL FAUT LES MODIFIER »
Georges Orwell – 1984

L’attention aux médias de toute engeance – à l’exception des samidzats, proscrits par définition – pourrait nous faire croire que le Front national a raté son coup.

Le grand argument, c’est qu’il aurait fait moins bien que prévu. La logorrhée officielle a fixé de quorum du Front national à 30 % des voix, aussi faudrait-il interpréter le score de 25,19 % des suffrages exprimés obtenu par le Front national comme un quasi naufrage pour le parti piloté par Marine Le Pen.

Dimanche soir, Manuel Valls, les yeux rivés sur ses propres performances – la piquette des socialos dans l’Essonne – semblait hagard, mais pas au point que la haine cédât la place à l’amertume. Le ton du commentaire était aussi martial que les propos et seuls ses traits chiffonnés pouvaient trahir sa trahison, ou plus exactement la manière dont sa pensée était trahie – véritablement trahie – par des propos de victoire alors qu’un rouleau compresseur venait de lui passer dessus…

Déjouant tous les pronostics, le Front national arrivait en tête dans 43 départements, réalisant là un score écrasant là où les spécialistes en tous genre ne lui attribuaient même pas le quart.

Cependant l’écrasante – l’écrasée devrait-on plutôt dire – majorité des commentateurs persiste à braire que le Front national n’a pas atteint ses objectifs. Manuel Valls aimerait même convaincre le populo que le premier tour de ces élections départementales a été, pour lui – pour lui, pour le Président de la République, pour leur politique et pour le parti dont ils sont à la fois les purs produits et les sponsors – un triomphe personnel.

Monsieur Sarkozy n’est pas en reste et Monsieur Juppé non plus. L’un revendiquant le pilotage de la machine et l’autre pérorant que la victoire de leur formation politique à ces élections confirme l’excellence du choix qu’il préconisait de voler en formation avec le centre et notamment avec l’insignifiant M. Bayrou électeur officiel de M. Hollande en 2012, fournisseur officiel du parti socialiste, quoi !

Et tous de se féliciter de ce sursaut républicain, de cette grande victoire de la démocratie et de cette quasi déconfiture du Front national, qui en plus de ne rien représenter, de ne pas aimer la France, et d’avoir trompé ses électeurs en leur racontant qu’ils seraient les grands vainqueurs de ces élections alors qu’ils réalisent à peine 25,19 % des suffrages exprimés, ce qui constitue une véritable escroquerie morale.

Et tous sont ont chanté « On a gagné », à commencer par Manuel Valls, autoproclamé Mr Propre des écuries d’Augias, qu’il prétendait nettoyer en y ajoutant son propre crottin et en détournant les mots de leur sens, y compris dans le difficile exercice de faire passer pour victoire ce qui, pour les socialistes, ressemble tant à Waterloo, à moins qu’il ne s’agisse de Trafalgar.

Et nous en sommes là : les chiffres du ministère de l’Intérieur et la consécration de l’UMP au rang de premier parti des départementales, titre décerné par l’UMP elle-même, par ses compères socialistes et par les pensionnés de la presse couchée – ben quoi ? il y a bien la magistrature assise – nous laissent songeur. Non qu’ils soient mensongers, au contraire. Ils n’en sont que trop explicites, quand le ministère de l’Intérieur nous apprend que le “binôme Union pour un Mouvement Populaire” a rassemblé le 22 mars 6,51 % des suffrages exprimés.

Parole d’Évangile, sans doute, car il apparaît que les premiers ont bien l’air d’être les derniers. Enfin ! pas tout à fait, puisque le “Binôme Union du centre” plafonne à 0,29 % et que  le “binôme du Parti de gauche” ferme la marche avec 0,06 % sur la même échelle de référence.  Certes, le ”Binôme Union de la Droite” réalise 20,94 % sur le même registre, mais ce constat n’invite-t-il pas à quelque dissection, à moins que l’UMP ait déjà mis en place son nouvel étiquetage et qu’il en ait déjà estampillé la majorité de ses candidats ?

Quelles que soient les évolutions récentes du droit de la famille, il ne faut pas confondre famille et alliés : l’union de la Droite, c’est tout sauf l’UMP. C’est précisément l’union de ceux qui ne se reconnaissent pas dans l’UMP tout en considérant qu’il est de leur intérêt d’entretenir de bonnes relations avec l’UMP. Ce n’est pas tout à fait pareil. Et dire que ce sont les mêmes qui font grief à Monsieur Poutine d’avoir “annexé” la Crimée !

Ainsi, la conclusion à laquelle nous arrivons petit à petit, à propos des commentaires rassurants de tous les républicano-citoyens – ainsi qu’ils se définissent eux-mêmes –, c’est qu’il arrive qu’une montre arrêtée donne l’heure juste. C’est le cas, lorsque tous les anges de la télé-réalité se félicitent publiquement du sursaut républicain du 22 mars, et de cette grande victoire de la démocratie. Le succès du Front national n’est rien d’autre. In fine, est-ce que, devant la France entière à qui il a annoncé que tout allait très bien, Manuel Valls n’a pas officiellement appelé Marine Le Pen : « Madame la marquise » ?

Nous serions tentés de dire que oui, même si d’autres ont le droit de penser que non. La seule certitude qui se dégage aujourd’hui, c’est que Marine Le Pen et le Front national représentent une force certaine, et que le Parti socialiste et l’UMP ont l’air de deux gnomes à côté. Le spectacle peut désormais s’appeler Marine et le bi-gnome. Un bi-gnome qui est déjà dans la place et qui non seulement n’a pas la moindre envie de dégager les lieux, mais compte bien utiliser toutes les fortifications en place pour se soustraire à la volonté populaire.

Vous allez voir qu’aux prochaines élections, le bi-gnome va pronostiquer la victoire du Front national avec 87 % des suffrages exprimés pour faire le constat de sa déconfiture lorsque le Front national n’aura progressé que de 30 ou 40 %, les distançant tous.

Que disaient déjà les indisciplinés de 68 : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté » ?

Ils étaient tout à fait dans l’esprit des pères fondateurs de la République originelle qui, eux, disaient : « Il est interdit d’interdire. » Si ! si ! Ces deux citations sont interchangeables : les soixante-huitards qui nous gouvernent se veulent et se disent les seuls héritiers légitimes de toute l’histoire de France. Le seul modèle qu’ils en ont retenu, c’est du reste… la Terreur. Alors quand ils vous parlent de République, c’est 1792 et 1968 qu’ils revendiquent et rien d’autre.
La France, ils s’en foutent complètement.

Raymond d’Alenvaire

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