LE RETOUR DES ÉTATS-NATIONS
(Jean Goychman)

Nous vivons une période historique, même si beaucoup d’entre-nous n’en ont pas la conscience. Le monde de l’après seconde guerre mondiale est en profond bouleversement. Les institutions humaines, dont le fonctionnement répond souvent au besoin de remédier aux cataclysmes qui n’ont pas été évités, ont toujours eu du mal à se pérenniser plus de trois générations.

Il en fut ainsi de l’Union Soviétique, qui devait assurer à l’humanité le bonheur et la prospérité, et avant elle toutes ces tentatives de vouloir enfermer les peuples dans un carcan étroit et contre-nature.

 

En tant que doctrine, la « mondialisation » a vécu

La deuxième guerre mondiale, avec les presque 100 millions de victimes (officiellement recensées) qu’elle a entraînées, a imposé à un monde, groggy par tant de drames humains, la nécessité de tout tenter pour éviter qu’un tel événement ne se reproduise.

La réponse qui s’est imposée fut celle de la « mondialisation ».

Les nations étant désignées comme cause unique des guerres militaires, elles devaient disparaître. Pour arriver à cela, la première étape était naturellement d’éradiquer le nationalisme. Pour ce faire, les spectres du « national-socialisme » et ses dérivés « fascistes » ont été brandis comme le seul résultat mécanique de toute velléité à caractère national. Le concept même de « nation », qui, rappelons-le, n’était ni de droite ni ne gauche, mais correspondait à un besoin populaire – « La Nation, seul patrimoine de ceux qui n’ont rien » – ne devait même plus être évoquée sous quelque forme que ce soit. Or, l’un des premiers attributs d’une nation étant la matérialisation de ses frontières, c’était par là qu’il fallait commencer. La mondialisation évoquait justement cette image de « monde sans frontière » que le libre-échange généralisé est venu renforcer.

Au début, tout le monde trouvait cela très bien. D’autant que la période qui s’ouvrait alors était faste. L’industrie tournait à plein régime et manquait de bras. La guerre avait développé tous les moyens de transport et le monde était devenu plus petit. Une ère nouvelle s’ouvrait, porteuse de promesses.

Malheureusement, comme c’est souvent le cas, le produit, une fois livré, n’est pas à la hauteur de la publicité. Les premières déconvenues apparurent au début des années 70’. Au fil du temps, de plus en plus de gens découvrirent que la mondialisation était peut-être heureuse, mais… pas pour eux.

Puisque les peuples votent mal, on ne les consulte plus

Aujourd’hui, 70 ans après, le fossé n’a fait que se creuser entre une élite mondialiste « sûre d’elle-même et dominatrice » comme aurait dit de Gaulle dans un autre contexte, et les peuples qui se sentent tenus à l’écart du festin. Ils réalisent progressivement qu’ils vont perdre ce que leurs pères avaient, à force de travail et quelquefois de privations, réussi à leur donner. Et ces pertes ne seront même pas compensées par une amélioration de la vie des plus pauvres, où qu’ils soient dans le monde. Jamais notre planète n’a accumulé tant de richesses détenues par si peu.

Puis, ce fut le temps des délocalisations. Les pays dits « émergents » sont devenus l’atelier du monde. Ils se sont mis à produire à moindre coût ce qui, avant, étaient fait dans nos pays industrialisés. Les emplois industriels se raréfiant, le chômage augmentait. Alors, on nous a dit qu’il fallait rentrer dans l’ère « post-industrielle » mais qu’il y aurait des tas de nouveaux métiers, beaucoup plus rémunérateurs… Non seulement nous n’avons jamais vu les emplois promis, mais, grâce à l’ouverture de nos frontières, les travailleurs « détachés » arrivèrent en masse, réduisant encore le nombre d’emplois jadis occupés par des « locaux ».

Les rares fois où les peuples ont été consultés, le résultat fut net et sans appel, surtout dans le cadre de l’Union Européenne. Négligeant cet avertissement pressant, nos mondialistes ont simplement rejeté les scrutins… et continué sur leur lancée.

 

Pas d’alternative au libre-échange ni à la liberté de circulation

Ayant, par le biais du libre-échange généralisé, réussi à faire disparaître les frontières économiques dans un premier temps en supprimant les droits de douane qui permettaient jusqu’alors de maintenir une sorte d’avantage à fabriquer les produits là où ils étaient commercialisés, nos champions du dogme rebaptisé en science par Milton Friedman et son « école de Chicago » n’allaient certes pas s’en tenir-là.

Après les marchandises, vint le tour des capitaux, puis des hommes, d’aller là où bon leur semblait. Et « le bon », c’était justement là où les perspectives matérielles semblaient les meilleures. On assista alors à ce paradoxe de populations désirant émigrer vers des endroits, certes attrayants par le passé, mais déjà en proie à la récession industrielle sans que personne ne semble prendre la mesure de cette incohérence. Bien au contraire, ces mouvements furent encouragés au nom de « l’humanisme ». Officiellement, il s’agissait de faire appel aux bons sentiments de générosité et de partage. Après tout, ces gens-là sont nos frères et nous devons les traiter comme tels. La grande Internationale Socialiste y a vu un moyen de reprendre des « parts du marché électoral », elle qui s’était peut-être un peu trop compromise dans une sorte de flirt avancé avec les tenants du grand capital prônant le libéralisme économique. Mais plus sournoisement, il s’agissait également de tenter de « diluer » les peuples en les mélangeant avec des populations de cultures différentes, espérant probablement ainsi obtenir un « peuple neuf » sans mémoire et sans attaches, menant ainsi vers la « citoyenneté mondiale ».

 

Trop, c’est trop

Et là, les réactions se firent sentir, souvent assez violemment, provenant de populations considérées comme dociles et permissives. Car même si le « droit d’asile » est une valeur sûre auprès de populations majoritairement d’origine judéo-chrétienne, il possède néanmoins ses limites.

Au début, les réfugiés de guerre furent plutôt bien accueillis, et nombreux étaient ceux qui éprouvaient une certaine compassion pour eux, notamment en Allemagne. Mais, comme disait le sapeur Camember [1], « passées les bornes, y’a plus d’limites ! »

Et les bornes furent passées en septembre 2015 par Angela Merkel, déclarant que l’Allemagne allait accueillir le nombre symbolique d’un million de réfugiés en 2016…

Dès lors, les mouvements anti-migrants s’amplifièrent car il devenait évident que ces gens n’avaient plus grand-chose à voir avec les réfugiés de guerre, même s’il en subsistait encore, et qu’ils venaient essentiellement chercher de meilleures conditions de vie que celles qu’ils connaissaient dans leurs pays d’origine, essentiellement situés en Afrique subsaharienne.

 

L’Amérique s’y met aussi

blankL’élection de Donald Trump en novembre 2016 a mis en évidence l’aspect mondial de ces transferts de population. D’autant plus que le nouveau Président avait fait savoir très clairement, en prenant comme slogan « America First », qu’il entendait revenir à une sorte de « Doctrine Monroe » qui avait conduit à l’isolationnisme américain, totalement incompatible avec tout projet de globalisation mondialiste. En remettant ainsi les nations au centre de l’échiquier, Donald Trump ne pouvait que réduire à néant les espoirs d’une « Europe intégrée ». D’autant que les signes avant-coureurs s’étaient déjà manifestés. Dans différentes régions du monde, en Asie comme en Amérique du Sud, sans parler de la Russie de Poutine, ces tendances au retour des États-nation s’affirmaient. Enfin, il paraissait difficilement concevable que la Chine accepte le principe d’une telle globalisation politique.

 

Le BREXIT, signe de cette nouvelle donne

blankEn juin 2016, le peuple anglais se prononça majoritairement pour une sortie de l’Union Européenne. Le Royaume Uni n’avait jamais été totalement dans l’Europe. De Gaulle, qui connaissait bien la vision anglaise du monde, s’était opposé à leur adhésion. Les britanniques avaient toujours été très sourcilleux de leur souveraineté et l’avait manifesté en gardant leur monnaie. Déjà touchée par une forte migration provenant de leurs anciennes colonies, la perspective d’une nouvelle vague migratoire encouragée par les dirigeants européens a fait basculer l’opinion. Après avoir essayé de nier cette réalité à laquelle ils s’étaient opposés par tous les moyens, les technocrates européens ont finalement changé leur fusil d’épaule et préféré l’option dure, afin de décourager ceux qui pourraient emboîter le pas des Anglais.

Cela n’a guère empêché d’autres peuples européens, tant de l’Est que du Sud, de manifester leur défiance grandissante envers cette Europe devenue une sorte de « canard sans tête »

Aujourd’hui, les dirigeants européens semblent désarçonnés par le changement qui s’opère au niveau mondial, changement qu’ils n’avaient nullement anticipé, persuadés qu’ils étaient de voir s’accomplir le projet mondialiste auquel ils ont voué leur existence politique. Ayant aveuglément acquiescé à toutes les injonctions d’une oligarchie financière internationale imposant une conception « multilatérale » faisant disparaître les nations, ils se retrouvent aujourd’hui totalement démunis.

 

« Le nationalisme, c’est la guerre… »

C’est à peu près leur seul argument pour tenter de s’opposer à ce profond bouleversement. Brandir le spectre du retour de la guerre. Vieil artifice passablement éculé, il masque pourtant une réalité profondément ancrée dans la mémoire collective des peuples. Aucune nation ne s’est jamais bâtie sur un projet de guerre, militaire ou civile. C’est toujours un réflexe de défense et de sauvegarde qui a conduit les peuples à construire des nations. Même s’il est exact que dans certains cas, les nations ont été conduites par des dirigeants belliqueux, c’est toujours en réponse à une oppression subie par un peuple, réelle ou inventée, que les guerres se sont déclenchées. Car il existe aussi une forme de nationalisme, de loin la plus répandue et dont on ne parle jamais, qui est le nationalisme de défense.

Lorsqu’un peuple ou une collectivité de fait, quelle qu’elle soit, se sent menacée, elle cherchera à se doter des moyens qui lui permettront d’y résister. Le monde d’aujourd’hui fait peser de lourdes menaces, aussi le retour des États-nations paraît comme une conséquence logique de cette conjoncture.

L’illusion d’un monde pacifié dans lequel chacun pourrait circuler librement en commerçant avec tout le monde s’est dissipée, faisant place à la réalité. Il se trouve que, comme le disait de Gaulle :

« Les seules réalités internationales, ce sont les nations » [2].

 

Jean Goychman
23/09/2018

 

[1] Personnage de Georges Courteline dans son roman « Les Gaîtés de l’Escadron ».

[2] « C’était de Gaulle » Alain Peyrrefitte Tome 1, page 120


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lafronde
lafronde
23 septembre 2018 16 h 15 min

Faut-il jeter le Commerce et la mobilité des talents avec l’eau du bain mondialiste ? N’y a-t-il pas plusieurs mondialismes ? Le mondialisme met les États en concurrence. Il est des pays émergents qui le vivent très bien ! Mais les États ouest-européens sont les pires États démocratiques de la planète ! Ils se sont aliénés à une « construction européenne » qui est en fait un « Socialisme de Redistribution planétaire à domicile » fondé sur une confusion de la notion de droits de l’Homme, et une abdication de la Souveraineté nationale et celle du Peuple dans chaque Nation. Ainsi les européens ne… Lire la suite »

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