REMANIEMENT MINISTÉRIEL – DISCOURS DE MACRON : TOUT ET SON CONTRAIRE
(Jean Goychman)


Dans une allocution de douze minutes (j’allais ajouter « douche comprise »), aux allures d’auberge espagnole, notre président s’est adressé à nous d’une manière qui se voulait simple et dramatique à la fois. Sur la forme, le décor était plutôt austère, une fenêtre fermée telle qu’on en trouve dans les « palais aux lambris dorés », l’inévitable couple des drapeaux français et européens (message subliminal), le tout avec un éclairage qui faisait se demander si quelqu’un n’avait pas oublié d’allumer la lampe.

Sur l’image, notre président apparaissait tendu, pour ne pas dire inquiet, comme si ces dix-sept mois de pouvoir l’avaient fait vieillir prématurément. On était loin de la « grandeur jupitérienne » sur fond de pyramide du soir de son élection…

 

Une vidéo réalisée à l’avance

Comme ce message était enregistré, il paraît évident que cette mise en scène avait été calibrée avec un soin vigilant. Comme on ne sait pas combien de prises ont été effectuées avant que celle-ci soit retenue, tout ce qui peut apparaître comme spontané, comme les feuilles du discours raturées par exemple, n’est là que pour renforcer l’image du « président humble », sorte de dualité symétrique du « jupitérien » dominant du haut de l’Olympe. Je ne suis pas sûr que ce message soit passé tel qu’auraient voulu qu’il soit perçu par les experts en communication qui ont investi l’Élysée.

 

« Je n’ai pas été compris »

Venons-en au discours proprement dit. Les mots-clés comme « patrie » et « nation » apparaissent dès la première minute. Après un rappel compassionnel auquel il lui était probablement difficile de se soustraire, il enchaîne sur le remaniement. “Much ado about nothing” [1] est probablement venue à l’esprit de beaucoup. Comme cela pouvait apparaître le sujet majeur, on s’attendait à un développement, une sorte d’explication du « pourquoi » et du « comment »… Eh bien, non ! Nous n’avons eu qu’une seule allusion, rapide, à l’intérieur d’une phrase beaucoup plus générale : celle « du sens profond de l’action que j’entends poursuivre pour notre pays, alors que nous venons de recomposer le gouvernement. Ces derniers mois ont, en effet, pu rendre moins perceptible ce sens ».

On se dit alors qu’il va enfin nous dire où il veut aller, quelle est la direction et la logique de son action, et comment elle va apporter une réponse aux préoccupations des français. On aurait pu croire qu’il allait nous parler de l’emploi, du pouvoir d’achat, de la sécurité dans nos villes et nos banlieues, bref, des problèmes que nous rencontrons chaque jour. Au lieu de cela, nous avons le coup du « mea culpa » et du « je n’ai pas été compris » En général, les gens qui sont incompris le sont parce que leurs propos ne sont pas clairs ou parce que le sujet abordé est trop complexe. Emmanuel Macron, lui, pense que l’incompréhension des gens vient « de sa détermination ou de son parler-vrai qui ont pu choquer certains ». Et il ajoute ensuite que « nous avons vu réapparaître des mœurs anciennes et le poison de la division, de l’instabilité ». Mais de quoi parle-t-il ? Comme explication de texte, on peut faire mieux. Car si le président se plaint de ne pas être compris, à lire ou à écouter ses textes, on peut éventuellement en trouver la raison…

 

On change tout mais on ne change rien

Puis, il nous dit que « sa seule boussole, c’est la confiance qui lui a été donnée par son élection » et qui repose sur un engagement qui consiste « à faire de notre pays une puissance éducative, économique, sociale et environnementale qui retrouvera toute sa place en Europe et dans le monde ». Là, on croirait entendre de Gaulle. Sauf que de Gaulle ne faisait pas dans la phrase « fourre-tout ». Et surtout, il agissait et les résultats des actions qu’il entreprenait étaient visibles par tous. C’était des collèges (en moyenne, un par jour), des autoroutes, des aéroports ou des projets industriels, sans parler de la dissuasion nucléaire. Emmanuel Macron pense en technocrate pur. Pour lui, agir, c’est avant tout légiférer et l’essentiel était acquis lors des élections législatives qui lui en donnaient les moyens. Et tout le problème se situe là. Sa vision de l’action consiste à organiser, réformer et réglementer. Hélas, cela ne suffit pas. Il y a une totale déconnexion entre sa vision de la société française et les aspirations du peuple qui la constitue.

 

Retour à la Nation !

Après son speech sur l’action gouvernementale et législative, il semble découvrir que seule la Nation est capable de pérenniser les résultats escomptés, qu’il évoque sans les détailler. Ainsi donc, cette idée de Nation (qu’il a constamment décrié) deviendrait maintenant incontournable à ses yeux. Oubliée, la lèpre nationaliste, finie, l’idée de l’ancien monde, la France doit reprendre sa place dans le concert des Nations ! La ficelle semble un peu grosse, surtout à quelques mois d’une campagne pour les élections européennes dont on peut penser que le thème principal sera celui du choix crucial entre « Europe Fédérale » ou bien « Europe des Nations et des Patries ».

Jusqu’à présent, tout, dans les propos et les actes d’Emmanuel Macron, indique qu’il est fédéraliste, même s’il évite soigneusement de prononcer ce mot. Et aujourd’hui, brutalement, juste après avoir affirmé qu’il ne changerait pas de cap, il deviendrait partisan d’une Europe des Nations ?

Qui pourrait croire à tel changement de paradigme ?

 

« Reprenons la maîtrise de notre destin »

Et Emmanuel Macron poursuit dans cette idée en disant « un objectif simple : que nous reprenions la maîtrise de notre destin ».

Alors là, j’en suis resté, comme on dit, baba. Car un peuple qui détermine par lui-même et par lui seul son destin, cela s’appelle un peuple souverain. Dans un discours de douze minutes, remettre en selle l’idée de la France en tant que Nation souveraine, voilà qui peut surprendre ! Car les attributs de la souveraineté ont disparu les uns après les autres, décennie après décennie, traité après traité, d’une façon régulière depuis 1970.

Parmi les plus importants, il y a celui de « frapper sa propre monnaie et d’en fixer le taux du crédit » ou bien d’avoir des frontières à l’intérieur desquelles s’exerce précisément cette souveraineté… nationale. J’avoue que j’ai du mal à y croire. Ou alors, est-ce parce que la situation de l’Union Européenne est à ce point désespérée qu’Emmanuel Macron n’a plus d’autre choix ?

Il revient quelques instants plus tard sur un autre aspect de cette souveraineté, lié au contrôle de l’immigration en nous disant qu’il ne faut « pas se soumettre au grand désordre contemporain des migrations ». C’est presque trop beau pour être vrai !

Ce qui fait que cela ne l’est probablement pas.

 

Faire croire à l’adversaire qu’on est d’accord avec lui

À n’en pas douter, Emmanuel Macron a lu Machiavel et sait parfaitement faire avancer les gens sur leurs propres ressorts. Il sait également – et il le dit – que l’Europe est en train de basculer. Il entretient donc une savante ambiguïté qui n’a d’autre but que d’attirer un certain nombre d’électeurs qui pourraient être tentés d’aller vers un vote qu’il qualifie « d’extrême », vers une voie qui semblerait de loin identique, ayant des objectifs communs, mais qui changera de destination en cours de route. Mais, comme le dit le proverbe populaire (voire populiste) « chat échaudé craint l’eau froide ».

 

Jean Goychman
17/10/2018

 

[1] Traduction : « Beaucoup de Bruit pour Rien ». Célèbre comédie de William Shakespeare publiée en 1600.


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Claude Germain V
Claude Germain V
25 octobre 2018 19 h 02 min

Laissons de coté microminusmacronus quelques minutes et parlons des ordures belges de Bruxelles qui subitement préfèrent acheter un avion américain que français. Il est vrai qu’avec les milliards des cons qui payent il vaut mieux acheter un avion qui n’a strictement rien de plus que le Rafale mais ?? oh !!! comble de la jouissance sodomite l’entretien du F35 est d’un coût X fois plus important que le Rafale , pour preuve sur le Rafale, les deux M88 sont remplaçables en seulement 1h45 …qui dit mieux ???? etc…….etc………… L’europe-poubelle-dépotoir de Bruxelles ???? une sacrée prostituée qui se vend toujours aux… Lire la suite »

MESTRES
MESTRES
20 octobre 2018 19 h 34 min

Pour moi, Macron est un psychopathe : pour le psychopathe, tout tourne autour de lui. Il se perçoit comme le nombril du monde. Il ne voit que lui-même. Il ne prend en compte que ses émotions, ses besoins, son point de vue, en faisant totalement abstraction de ceux des autres

BobbyFR94
BobbyFR94
19 octobre 2018 14 h 38 min

Je n’ai pas pris la peine d’écouter cette ORDURE !!! J’ai lu les 250 premières pages du livre  » La France interdite  » de Laurent OBERTONE… EDIFIANT de preuves de la TRAHISON de ceux qui étaient censés nous préserver !!! Auparavant, j’ai lu  » GESTION de la BARBARIE  » du collectif d’auteurs – si l’on peut appeler ça des auteurs – paru en 2004, traduit en anglais en 2006, et en français en 2007 !! EDIFIANT !!! Pour en revenir à DUFION 1er, j’espère que les RACAILLES qui le protègent sont ceux qui l’exécuteront, sinon, nombreux sont les patriotes qui… Lire la suite »

Albatros
Albatros
18 octobre 2018 12 h 49 min

Constat: Je n’oublierai jamais ‘ les déclarations de macron: 1/ Pendant la campagne « pensez printemps les amis, pensez printemps !!!  » et:  » pas besoin de programme, il faut avoir une vision !!!  » et 2/ en Présidence: « Mon pays a commis en Algérie des crimes contre l’humanité!! » et  » la lèpre que représente les patriotes » dits populistes (de population )… Ensuite dans son allocution il me semblait voir pétain avec derrière lui le drapeau français et le drapeau à croix nazie !(soumission ! ) Et pour finir (j’aime bien les homos, des gens bien créatifs et sympas ), mais… Lire la suite »

Albatros
Albatros
18 octobre 2018 12 h 51 min
Répondre à  Albatros

des yeux 🙂

Dissident
Dissident
18 octobre 2018 14 h 51 min
Répondre à  Albatros

Exact !
J’ai lu pas loin d’ici qu’on ne peut plus être homophobe mais qu’on est pas forcément obligé d’être homophile …

Victoire de Tourtour
21 octobre 2018 21 h 57 min
Répondre à  Albatros

Non pas Pétain , 84 ans en 1940, mais Laval, qui disait de Pétain qu’il n’était là que pour servir de « garniture de cheminée ». D’ailleurs, Pétain avait flanqué Laval à la porte mais les Allemands l’avaient fait rentrer par la fenêtre.

lepatriote1111
lepatriote1111
17 octobre 2018 23 h 57 min

Il panique le macro-thon , cela se voit dans ses yeux , son revirement concernant l’état nation souverain , et autres , son langage c’est de l’ enfumage à la puissance 1000 , le micro-talonnette prend peur , les échéances européennes approchant à grand pas , et la faveur des  » populistes  » montant un peu plus chaque jour que Dieu fait , lui mette le trouillomètre à zéro . Pourrions-nous espérer que ces jours sont comptés comme grand bouffon immigrationniste ,pantin des mondialistes , j’ose l’espérer et j’y crois , ce nain de jardin et sa fée Carabosse, ces… Lire la suite »

Dorylée
Dorylée
18 octobre 2018 9 h 10 min
Répondre à  lepatriote1111

Je partage vos vues. Mais, quand les conséquences de toutes ces incompétences seront effectives, Micron aura fini de se gaver et sera hors de portée de nos enfants qui se débattront dans le chaos. Soyez certain que nous « boirons Macron jusqu’à la lie » voire même jusqu’à l’hallali, comme Hollandouille. Cela me rappelle cette femme, ardente promotrice des éoliennes qui est devenue une farouche « anti » depuis qu’elle en a une en bas de son jardin. En attendant le mal est fait, les éoliennes sont là, elles se multiplient, nous payons grassement pour elles bien qu’elles ne servent à rien sinon à… Lire la suite »

flèchebleue
flèchebleue
17 octobre 2018 22 h 45 min

Il manquait une petite musique de fond : celle que jouait l’orchestre du Titanic pendant le naufrage, belle atmosphère de lumières faiblissantes qui ne vont pas tarder à s’éteindre. Pour le reste on peut résumer ce triste discours à : Alerte on coule !!! tous aux pompes !!!
J’ai aussi trouvé « belle » la manière que notre « président » a de battre sa coulpe sur la poitrine des autres …
Tu peux crever mon gars, je ne viendrai pas pomper.

necas
17 octobre 2018 23 h 21 min
Répondre à  flèchebleue

Macron est un gignol qui obéit aux « obédiences  » , dont il dépend , comme Mélange Cons ! Les Loges ….. En parlant de ce Mélange Cons : Ce type , friqué à mort , voir son Bel appart à Paris de 800 000 €/ de valeur , excusez du peu , pour un mec qui se dit « comprendre  » les pauvres , donc , ce type qui a joué le Roi révolutionnaire Intouchable : Aurait il agi de la même sorte , avec autant de culot , dans le pays où il est né , le Maroc ???? J’aurais… Lire la suite »

J-J Tatie
J-J Tatie
18 octobre 2018 15 h 31 min
Répondre à  necas

@necas Ouais, et alors, c’est donc ça que vous voulez pour la France ? Madame Le Pen n’a fait aucun scandale lors de pareilles circonstances… Rendez-vous compte de ce qui aurait pu se produire si elle avait eu les cou.lles de réagir comme Méluche… Mais non. Faut allez vivre au Maroc si la taule vous y semble si sympathique !!!

marco
marco
17 octobre 2018 20 h 33 min

D abord ,voir sa (chais pas comment dire )son masque ,son reflet du satan m est insuportable .On ne discute pas avec le satan ,on ne goute pas a un poison ,a des moeurs immondes ,on s en tient le plus possible eloigne ,Le sort de ce truc satanique ne m importe pas .Je ne peux le regarder ,ni ses complices ,alors de la a l ecouter !! Un baratineur ,un escroc ca compte zero .Bravo a vous de vous torturer a saisir son vice ,,meme de qui en ressort je n ai pu lire que le premier paragraphe ,,c… Lire la suite »

Zglb
Zglb
17 octobre 2018 20 h 07 min

Il est aux abois dirait-on, et, comme une poule qui aurait trouvé un couteau, il ne sait plus quoi faire alors il fait du cinéma. Mais genre novelas à deux balles larmoyantes. Curieuse impression de débâcle, de Bérézina, de fin de règne. Ce pauvre gars mourrait de peur que ça ne m’étonnerait pas. Parfaitement nul son discours, incroyablement déprimant, oppressant même, pathétique aussi. Allez, vae victis M. Ducon, mauvais vent l’énarque et marche à l’ombre, t’es vraiment pas à ta place, petit loser.

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