LA TYRANNIE MONETAIRE
(Jean Goychman)

Les maîtres de la monnaie ont tué la démocratie

Comment une mystification débutée il y a plus d’un siècle a réussi à donner un pouvoir planétaire à une élite financière qui entend dominer le monde.

 Il est une phrase attribuée à Nathan Rothschild que chacun d’entre nous devrait méditer :

« Donnez-moi le contrôle de la monnaie d’une nation, et je me moque de qui fait les lois. La minorité qui comprend le système sera soit si intéressée par ses profits, ou si dépendante de ses faveurs, qu’il n’y aura jamais d’opposition de la part des membres de cette classe sociale » (1)


La démocratie est un système politique qui rassemble sur lui un consensus universel. « Pire des régimes à l’exclusion de tous les autres », comme l’avait décrit Winston Churchill, personne ne se ferait aujourd’hui le chantre des régimes totalitaires.

Une définition simple en apparence

La démocratie, en tant qu’organisation politique, confère le pouvoir au peuple. Rien ni personne ne peut-être au dessus de lui et sa souveraineté est intangible. Pour faire fonctionner un tel système, il faut cependant le doter de règles et d’institutions généralement désignées sous le nom d’Etat. C’est de cet ensemble indissociable que naît la nation.  Cela n’a rien d’automatique et nombre de peuples n’ont jamais pu créer d’État et encore moins de nation.

De la même façon, l’absence de peuple condamne toute velléité de nation.

Les attributs de la souveraineté

Marie France Garaud, lors d’un débat télévisé il y quelques années, avait énuméré les attributs de la souveraineté, considérés comme d’inaliénables pouvoirs de la nation.

Parmi ceux-ci figure le « droit de battre monnaie ». Or, ce droit de battre monnaie, c’est à dire aujourd’hui d’imprimer les billets de banque et d’en décider du cours légal, à été retiré au peuple français notamment par le traité de Maastricht, mais aussi par celui de Lisbonne. On a beau nous raconter des histoires au sujet d’une souveraineté partagée, voire européenne, ceci n’a aucun sens.

La souveraineté, on l’a ou on l’a pas. La souveraineté européenne n’est qu’un élément de langage employé par nos gouvernants pour tromper notre peuple. L’Union Européenne n’est pas une nation et il n’y a pas d’Etat européen. La raison principale et incontournable est l’absence d’un peuple européen. Pas de peuple, donc pas de souveraineté populaire. Et puis, tout à fait entre-nous, la création d’un État européen, fût-il fédéral, est plus que jamais impossible à cause de la disparité des lois sociales, fiscales et au-delà de nos cultures et identités respectives. Marie France Garaud, déjà citée, a exprimé lors d’un autre débat télévisé d’une manière très claire pourquoi les allemands avaient demandé à la France de François Mitterrand d’aller à marche forcée vers la monnaie unique dont il avait besoin pour réunifier les deux Allemagnes.

Qui décide en matière de monnaie ?

Le regretté Bernard Maris disait que la monnaie était une institution, ou mieux un bien public au service du peuple. Administrateur de l’Agence France-Trésor, il savait de quoi il parlait.

Alors, pourquoi et au nom de qui a-t-on retiré au peuple français le contrôle de sa monnaie ?

L’histoire est longue, mais mérite cependant d’être rappelée. Depuis de nombreux siècles, les hommes avaient inventé un agent intermédiaire au troc, qui était un échange pur entre deux personnes échangeant quelque chose qu’elles possédaient. Pour des raisons pratiques, la nécessité d’un agent intermédiaire s’est imposée pour faciliter les échanges. Cet agent intermédiaire, qui devait avoir une valeur universelle s’est appelé la monnaie. Différentes formes de monnaies furent utilisées au fil du temps mais la plus aboutie fut l’or, pour un tas le raisons. L’argent remplit un peu le même rôle mais, étant de valeur plus faible, fut souvent complémentaire.

Les ancêtres des banquiers, orfèvres pour la plupart, vivaient du commerce de l’or. Plutôt que d’aller chercher la quantité d’or nécessaire à leurs achats, les clients ont demandé aux orfèvres d’établir des « certificats de possession » qu’ils remettaient aux vendeurs. Certains orfèvres comprirent vite qu’avec ce système de certificats et en constatant que jamais plus de 10% de leur or physique quittait leurs coffres, ils pouvaient émettre un peu plus de certificats qu’ils n’avaient réellement d’or en réserve.

Cela revenait, de fait, à créer de l’or à partir de rien. Ce système perdure et s’appelle le « système des réserves fractionnaires » et constitue la base du système bancaire. Le problème qui se posait était de savoir jusqu’où on pouvait aller car le risque était que tous les gens possédant des certificats émis par le même orfèvre viennent ensemble récupérer leur or. Pour pallier cette éventualité, les orfèvres décidèrent d’un « plafond à ne pas dépasser » en matière d’émission de ces certificats non couverts par de l’or physique ainsi que d’un principe de solidarité au cas ou un des leurs serait mis en difficulté en lui avançant l’or de couverture nécessaire.

De la monnaie or à la monnaie fiduciaire

Même en émettant des certificats non couverts, l’émission de monnaie gagée sur l’or restait très limitée car il fallait alors augmenter la réserve d’or de la banque émettrice. De Gaulle l’explique dans sa conférence de 1965

Or, les banquiers comprirent rapidement qu’il fallait à terme libérer la création  monétaire pour augmenter leurs bénéfices. Les banques de dépôt, ainsi nommées car elles recevaient en dépôt l’argent de leurs clients, gagnaient l’essentiel de leurs revenus en prêtant contre intérêt l’argent de ces dépôts à d’autres clients qui en avaient besoin. Bien sûr, l’obligation de la banque était de rendre immédiatement l’argent d’un déposant qui le réclamait. Ceci était la hantise des banquiers qui voulaient s’affranchir de cette règle et jalousaient les banques « d’investissement » qui, elles, pouvaient spéculer à la bourse et faire ainsi d’énormes bénéfices sans avoir à restituer l’argent en cas de mauvais placement.

D’où l’idée des banquiers de pouvoir émettre par eux-mêmes l’argent par le biais d’une banque centrale dont ils détiendraient le capital. Jusqu’à la guerre de 14/18, toutes les monnaies européennes étaient gagées sur l’or. Pour engager les actions de guerre, les belligérants devaient emprunter des sommes colossales et mirent un terme à la convertibilité-or. En France, ce fut la semaine précédent le début des hostilités. Le cours de leur monnaie devint « légal » (fixé par la loi) et celle-ci devint « fiduciaire (2)», uniquement basée sur la confiance que les gens avaient en elle. Chaque pays pouvait ainsi en créer sans limites, du moins tant que cette confiance demeurait. Mais cet argent ne pouvait être créé qu’en échange d’une dette, qui permettait d’équilibrer les comptes. Le mécanisme était le suivant : les États émettaient des bons du Trésor public, et leur banque centrale (privée) leur remettait la somme en billets dont elle commandait l’impression, et naturellement contre un intérêt fixé à l’avance.  Lorsque l’Etat en question remboursait le prêt, les billets étaient détruits pour ne pas augmenter la masse monétaire et la banque centrale gardait les intérêts. Comme cet argent ne lui avait rien coûté, hormis le papier et l’encre, tout était pour le mieux.

L’après-guerre et la monnaie internationale

A la fin de la seconde guerre mondiale, les États-Unis étaient devenus la puissance dominante. Le cartel des banquiers (3) qui avait créé la Réserve Fédérale voulait exploiter la situation afin de pouvoir contrôler la monnaie à l’échelle planétaire. L’argument opposé à une monnaie « apatride », (c’est à dire qu’aucun État ou nation ne contrôlerait), durant la Conférence Bretton Woods en juillet 1944 fut la parité-or du dollar qui lui donnait une valeur stable. Son cours avait été fixé en 1934 et n’avait pas bougé. Le hic était que le dollar était également la monnaie domestique des américains. Le problème qui allait se poser à terme était qu’il faudrait imprimer une quantité énorme de dollars pour satisfaire les besoins du commerce international et que la quantité d’or possédée par la FED ne le permettrait pas. Cette situation paradoxale venait de ce que les banquiers américains (Anglo-saxons comme les appelait de Gaulle) ne voulait en aucun cas que les pays vaincus – y compris la France -, ne reprennent le contrôle de leur monnaie. Les banquiers avaient donc fait en sorte de détenir pratiquement tout leur or en invoquant la sécurité inégalée qu’ils pouvaient proposer dans leurs installations. Personne ne savait quelle était la quantité exacte d’or détenue par la FED, mais certains pays, ayant apuré leur dettes envers les américains, (c’était le cas de la France) et qui voyaient les dollars en billets s’accumuler dans leur banque centrale, commencèrent à échanger de l’or contre ces billets. De Gaulle fit ainsi rapatrier entre 1962 et 1966 environ 900 tonnes d’or (4)

Une telle hémorragie obligea la FED à limiter son emploi de la « planche à billets » mais la guerre du Viet-Nam exigeait des financements importants. Un artifice fut trouvé avec les DTS (Droits de Tirage Spéciaux) (5) à partir de 1969 mais ce n’était qu’une mesure provisoire. En 1971, Nixon annonça que la Réserve Fédérale suspendait momentanément la convertibilité-or.

On peut penser que les banquiers avaient atteint leur objectif, car plus rien ne s’opposait à créer massivement de la monnaie. Le dollar est ainsi devenue une monnaie flottante qui s’ajustait, comme toute marchandise, au prix de l’offre et de la demande.

Les pétrodollars et la mondialisation

C’est en 1973 qu’Henry Kissinger, Secrétaire d’État, conclut un accord secret avec l’Arabie saoudite pour multiplier par trois le prix du baril de pétrole (6). Ce fut le dernier acte qui permit de finaliser l’emprise des banquiers sur le contrôle de la monnaie mondiale. Toutes les monnaies s’ajustèrent par rapport au dollar et obligèrent les pays commerçant en dollars à ne les faire revenir sur le territoire américain en aucun cas, ce qui permettait de ne pas augmenter la masse de leur monnaie « domestique ».

C’était donc les pays étrangers qui payaient les dettes américaines et la FED qui encaissait les intérêts.

Aujourd’hui, beaucoup de pays ont perdu le contrôle de leur monnaie et nombre d’entre-eux se voient obligés de passer sous les fourches caudines du FMI et de la Banque Mondiale, toutes deux créées suite aux accords de Bretton Woods et qui sont, avec la FED, les trois créatures du système monétaire mondial. Il faut noter que, d’une façon générale, les nations qui ont gardé ou repris le contrôle de leur monnaie s’en sortent beaucoup mieux que celles qui ont accepté d’en être dépossédées.

La prémonition de Nathan Rothschild

L’entité qui contrôle la monnaie d’un État ou d’un groupe d’États n’est plus soumise aux lois de ce groupe. La grande différence réside essentiellement dans ce que les États qui ont gardé le contrôle de leur monnaie empruntent sans intérêt alors que ceux qui font appel aux « marchés financiers », c’est à dire les banques, versent des intérêts qui, à terme, deviennent confiscatoires.

Cela justifie pleinement la seconde phrase de la citation du début :

«  La minorité qui comprend le système si intéressée par ses profits ou si dépendante de ses faveurs, qu’il n’y aura jamais d’opposition de la part des membres de cette classe sociale »

La perte de la souveraineté monétaire d’une nation n’est pas compatible avec le maintien de celle du peuple qui est à la base de la démocratie. Cette souveraineté n’est pas « à la carte » et doit s’exercer dans la plénitude de ses effets. Lorsque le peuple ne plus faire entendre sa voix, il semble qu’il se trouve dans une situation dans laquelle la démocratie s’est vue supplantée par un pouvoir totalitaire qui, seul, peut contrôler la monnaie et le crédit.

Le résultat est qu’aujourd’hui la minorité de 1% possède à elle seule 99% des richesses mondiales.

Jean Goychman
17/01/2019

1 / Histoire des banques centrales  Samuel M Goodson (éditions Omnia Veritas page 64)

2 / Du latin « fiducia » qui signifie « confiance »

3 / Voir le livre d’Eustace Mullins « Les secrets de la Réserve Fédérale » Editions « le retour aux sources »

4 / http://www.24hgold.com/francais/contributor.aspx?article=709086766G10020&contributor=De+Gaulle+et+l%27or

5 /https://fr.wikipedia.org/wiki/Droits_de_tirage_sp%C3%A9ciaux

6 / https://www.investigaction.net/fr/Des-petrodollars-aux-petrowars-les/


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Claude Roland
Claude Roland
21 janvier 2019 10 h 15 min

Marie-France Garaud, quelle femme brillante ! Elle fait plus qu’honneur aux femmes ! Quelle intelligence d’analyse/synthèse et quelle mémoire ! Tous ces guignols autour sont minables par comparaison. A propos de monnaie, sachons bien que les Etats veulent voir disparaître la monnaie pièces et billets pour n’instaurer qu’une monnaie électronique afin de supprimer tous échanges numéraires qui seraient « au black » et supprimer les trafics. Et en même temps tenir les populations à la gorge. Je doute seulement sur un point : comment feront-ils pour les valises de billets discrètes que les politicards se passent entre eux et les firmes ou… Lire la suite »

jean goychman
jean goychman
26 janvier 2019 11 h 25 min
Répondre à  Claude Roland

On peut même penser que les banques ne veulent plus avoir le moindre contact physique avec leurs clients. Il sera donc impossible de récupérer physiquement l’argent en dépôt et nous n’aurons plus de recours possible. Il serait peut-être temps de s’intéresser à cet aspect des choses?

necas
20 janvier 2019 13 h 01 min

Ce gouvernement tordu , s’accrochant aux rennes du pouvoir , tels , des morpions au trou du fion d’un zouave , la seule solution de virer ces incapables , fourbes et cyniques , est une semaine de Grève Générale , avec 5 , à 6 millions de personnes , montant à Paris ! Et , là , même Macron , Castapoker ou Lemaire , seront obligés , de prendre la matraque et coiffer le casque de Crs , car , justement , le nombre de manifestants, justifiant la force du mouvement, il manquera sérieusement de Crs , pour contenir toute… Lire la suite »

Dorylée
Dorylée
19 janvier 2019 12 h 07 min

Très bon article ! Les vidéos de Mme Marie-France GARAUD sont très  » éclairantes  » . Il se trouve personne pour la contredire. Il est évident pour tout un chacun que, aussi longtemps que l’on n’a pas remboursé le dernier centime de l’emprunt de la maison, si l’emprunteur fait défaut, la banque préteuse vend la maison aux enchères jusqu’au montant restant à rembourser. Il est évident qu’on ne peut pas vendre un État ; mais le soumettre, si. Merkel, la banque mondiale et le FMI le savent bien, eux… Et Sarkonul, Hollandouille et Macrocon aussi.

BobbyFR94
BobbyFR94
19 janvier 2019 3 h 18 min

Très bon article, Jean :-))) Il est un livre que chaque Française & Français DEVRAIT lire, pour comprendre ce qui s’est passé, celui de Pierre-Yves ROUGEYRON :  » Enquête sur la loi du 03 janvier 1973  » – livre paru en 2013, je viens de le finir, H A L L U C I N A N T !!! Il n’y a pas d’autre mot !!!! vous apprendrez que c’est le giscard d’estaing, l’ORDURE, qui, profitant de la maladie de Georges POMPIDOU, a pu faire passer cette loi, et d’autres, permettant de rediriger les profit générés par les grands emprunts… Lire la suite »

Claude Roland
Claude Roland
21 janvier 2019 9 h 26 min
Répondre à  BobbyFR94

En effet, chaque GJ devrait lire ce livre, mais combien de gens lisent encore ? Et ceux qui lisent lisent-ils autre chose que des romans de gare à la con ou autre livre inutile ??? La culture, chez les Français, est une vue de l’esprit, une illusion auto rassurante qui ne veut plus rien dire. Par contre, le taux de connerie augmente sans cesse, la TV aidant, et il est bien la cause de la situation actuelle.

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