1963 – 2019 : du TRAITE de L’ELYSEE au TRAITE d’AIX-LA-CHAPELLE
(Jean Goychman)

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Le Traité de l’Elysée du 22 janvier 1963

Le 22 janvier 1963, Konrad Adenauer et Charles de Gaulle signaient à l’Élysée un Traité portant sur la coopération dans certains domaines de la France et de l’Allemagne. Ce texte court fut désigné par la presse comme le « traité de l’amitié franco-allemande »

Il délimitait son champ d’application à trois sujets :

  • Les relations internationales
  • La politique de défense
  • L’éducation et la jeunesse

Une volonté de garder la souveraineté des deux pays

Il s’agit avant tout de développer des actions et des programmes de coopération dans chacune des activités définies, et en aucun cas, comme ce fut souvent répandu dans les médias, d’une marche vers l’intégration, point de départ d’une démarche qui aurait conduit à l’intégration européenne globale.

A y regarder de près, ce traité est doublement orienté vers le futur puisqu’il s’agit essentiellement de discuter et de mettre en œuvre des projets qui doivent se discuter au niveau des gouvernements.

 

Le point sensible : la défense

Depuis février 1960, la France est devenue une puissance nucléaire. Elle est la 4éme nation à accéder à ce club très fermé, et sans aide d’aucune sorte de qui que ce soit. Elle a donc, de ce strict point de vue, un « avantage » (je ne sais si le terme est bien choisi) par rapport à l’Allemagne. Comme il ne peut être question que l’Allemagne se dote à son tour de la bombe atomique, le texte du paragraphe, rédigé d’une manière diplomatiquement sibylline, dit que l’Allemagne pourra être incluse dans le périmètre de ce que de Gaulle appelle « le sanctuaire » , espace à l’intérieur duquel tout acte hostile entraînera une riposte.

Jusqu’alors, la protection de l’Allemagne était assurée par l’OTAN. Remarquons que les relations avec cette dernière sont traitées dans le chapitre des affaires internationales, ce qui revient à la définir comme une puissance étrangère aux deux pays. C’était dire clairement que la défense européenne d’alors était entre les mains d’une puissance étrangère qui était l’Amérique.

 

Le veto américain et le choix de l’Allemagne

A l’annonce de la signature de ce traité franco-allemand, Kennedy pique une grosse colère. Il intime à l’ambassadeur d’Allemagne en poste à Washington de clarifier avec le ministre allemand Schröder la position de l’Allemagne qu’il met en demeure de choisir « entre l’unité atlantique et une coopération étroite avec la France ».  

Schröder, en accord avec le futur chancelier Erhard, met au point un stratagème en ajoutant au traité un préambule dit « loi interprétative » au moment de sa ratification par le parlement Allemand. 

Ce préambule retirait dès lors toute puissance au traité et l’attitude allemande fit dire à de Gaulle « qu’ils s’étaient mis à plat ventre devant les Américains ».

La crise Franco Américaine qui s’ensuivit fut à l’origine du départ de la France de l’OTAN en 1966 et de l’inflexion de la politique étrangère de de Gaulle, délibérément tournée vers la Russie et la Chine pour compenser le poids des Etats-Unis dans l’Europe.

 

AUJOURD’HUI…

Le traité d’Aix la Chapelle du 22 janvier 2019

Le 22 janvier 2019, Angela Merkel et Emmanuel Macron vont signer un autre traité à Aix la Chapelle.

Celui-ci n’a rien à voir avec celui de 1963. Il est, de ce qu’on en sait, beaucoup plus tourné vers une perspective d’intégration franco-allemande. En ce sens, il s’oppose dans son principe, au traité de l’Elysée, qui devait déboucher sur des projets issus d’une coopération entre Etats, Celle-ci devait logiquement mettre le projet européen  sur la voie de « l’Europe des nations » qui correspondait à la vision de de Gaulle. Mais Emmanuel Macron n’a pas cette vision. Il en est même à l’opposé.

Emmanuel Macron se dit « européiste progressiste » mais, il est, de fait, mondialiste. Sa vision de l’Europe découle de ce tropisme mondialiste. Il veut une intégration européenne parce qu’elle conduit à la disparition des nations qui la compose aujourd’hui.

Les coopérations entre nations conduisent vers une confédération alors que l’intégration de celles-ci conduit au fédéralisme. Or, le projet « global » suppose, pour aboutir, la disparition préalable des nations.
Ce projet n’a, aujourd’hui, pratiquement aucune chance d’aboutir, ce qui n’était pas le cas lorsque le Monde était divisé en seulement 2 blocs jusqu’en 1991.

 

Le projet mondialiste a fabriqué sa propre antidote

Le « Nouvel Ordre Mondial » a fait émerger des puissances nouvelles, comme les pays dits « émergents » qui sont progressivement devenus l’atelier du monde, en raison de leurs coûts salariaux excessivement bas, qui ont ruiné l’industrie occidentale.
Cela a entraîné une double conséquence.

D’abord, ces pays sont devenus des puissances économiques redoutables, ce qui leur a permis de devenir des puissances tout court. Ensuite, les peuples et les régimes de ces pays sont profondément « nationalistes », même si c’est un mot qu’on voudrait bannir de notre vocabulaire.

Ensuite, ceux qui voyaient leur industrie décliner en raison de la concurrence livrée par les premiers finirent par réagir. Le meilleur exemple est l’Amérique de Donald Trump. Ce dernier semble bien décidé à faire changer l’Amérique de paradigme en abandonnant le mondialisme libre-échangiste par intérêt financier au profit d’un retour plus conforme aux valeurs traditionnelles exprimées notamment dans la « doctrine de Monroe » de 1823.

C’est cette doctrine, qui est à la base de l’isolationnisme américain, qui a toujours été l’adversaire déclaré du mondialisme.

 

Cette vision peut condamner l’Europe

On comprend que ce projet fédéraliste soit indispensable pour établir le globalisme multilatéral cher à notre actuel président. Mais que se passera-t-il si le projet échoue ?

Alors que nous aurions pu faire une véritable Europe des Nations dont le périmètre se serait étendu de l’Atlantique à l’Oural, imaginée par le visionnaire qu’était de Gaulle, nous risquons de nous retrouver dans une vaste zone de libre échange ouverte à tous les vents, sans vision et sans projets, qui nous mettrait immanquablement à la merci des « grandes influences ».
Celles-ci n’auraient d’autre ambition que de faire disparaître la « vieille Europe »  au profit de leur civilisation plus jeune.

Ayant du mal à résister au processus migratoire qui, déjà, modifie nos cultures avant de modifier notre Histoire, ce phénomène ne pourrait que s’accélérer.

La signature de ce nouveau traité paraît se faire dans la précipitation, (probablement en raison de la date symbolique du 22 janvier, 56ème anniversaire du Traité de l’Elysée), entre une Chancelière Allemande réduite à l’état de zombie et un Président Français malmené par son opinion publique.

Cette urgence serait-elle due à l’inquiétude de ces dirigeants européens qui voudraient à tout prix peser sur le destin de peuples de moins en moins acquis à cette idée mondialiste ?

Jean Goychman
20/1/2019



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Pellerm
Pellerm
25 janvier 2019 20 h 03 min

Toujours dans le plus grand secret et la précipitation …ces deux là sont rejetés par leur peuple et ils n’ont plus rien à perdre ..Ils concrétisent donc au plus tôt , les ordres de leurs maîtres mondialistes , sans doute avec en arrière plan , l’idée d’être récupérés par eux après la débâcle …Envie de vomir …
Et nos braves gilets jaunes les attendaient à Aix la Chapelle , pour les conspuer au cri de Macron Démission ..Merkel Haus ad …Merci à eux !
Ils n’ont pu empêcher la forfaiture , mais ont sauvé un peu notre honneur !

lagrot
lagrot
24 janvier 2019 12 h 01 min

Une trahison de plus, élaborée dans le secret, méthode désormais familère à notre président….

Pierre Malak
Pierre Malak
23 janvier 2019 14 h 32 min

Après Marrakech déjà, ce macron (sans majuscule) s’avérait un félon coupable de Haute Trahison, alors maintenant…!

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