L’EUROPE DANS UN TROU NOIR
(Jean Goychman)

Pour la première fois, les astronomes ont réussi à photographier un objet du cosmos nommé « trou noir ».

La théorie de la relativité, publiée en 1905 par Albert Einstein, mettait en évidence l’existence supposée de régions de l’Univers dans lesquelles le temps pouvait prendre différentes valeurs, en fonction de la vitesse à laquelle se déplaçaient ces régions les unes par rapport aux autres. Pour simplifier, la vitesse à laquelle se propage la lumière est constante dans le milieu intersidéral, mais la distance que les particules de lumière peuvent parcourir n’est pas la même si les référentiels dans lesquels on la mesure ont des vitesses différentes. D’où l’idée que, dans certaines régions de l’Univers, le temps pouvait s’arrêter.

Les propriétés du trou noir

Si on considère que la gravité est une force physique propre à ce qu’on appelle la masse de la matière (par opposition au vide qui se caractérise par une absence de matière) plus la masse d’un corps est importante et plus la force d’attraction exercée par ce corps sur les autres masses environnantes sera grande. Lorsque cette attraction devient prépondérante, les masses les plus faibles sont attirées vers le centre de la masse dominante et convergent vers elles avant de se fondre en elles. C’est pour cette raison qu’un trou noir est dit « absorbant » Il existe, en fonction de la masse de ce trou noir, une zone de l’univers dans laquelle tout corps présent sera attiré. Certains seront captés et d’autres verront simplement, en fonction de leur vitesse de déplacement, leur trajectoire s’infléchir.
Cette limite au-delà de laquelle ils ne peuvent plus échapper au trou noir est appelé « l’horizon des événements » de ce trou noir.

Par déduction, la vitesse de la lumière étant la vitesse la plus élevée de l’Univers, même les grains de lumière, appelés photons, d’une masse infime seront captés et la lumière ne pourra plus être réémise vers l’extérieur. (Je ne vais pas entrer dans le débat sur la masse du photon, qui était supposé nulle mais qu’on peut assimiler à son énergie dans la fameuse relation d’Einstein E = mc²)

Nous retiendrons simplement que rien ne peut ressortir vers l’extérieur, d’où le nom de « trou noir ».

Quel est le rapport avec l’Union Européenne ?

A priori, aucun. Cependant, à y regarder d’un peu plus près, certaines similitudes apparaissent.
L’Europe a été façonnée par une sorte d’attraction qui agglutinait progressivement les Etats vers un pôle constitué au départ d’un « noyau dur » dans lequel on trouvait l’Allemagne, l’Italie, la France et le groupe du Benelux (Belgique, Pays-Bas et Luxembourg), auquel se sont adjoints progressivement les pays de la périphérie, à l’exception de la Suisse. Aujourd’hui, ce sont 28 États qui constituent cette union.

La difficulté de s’en aller

blankL’aventure du Brexit avec ses multiples rebondissements montre que, malgré le fait qu’il existe une procédure qui prévoit le départ des États qui le souhaiteraient, cette sortie n’est toujours pas effective presque trois ans après que le peuple anglais ait exprimé sa volonté de quitter l’UE. Cet effet « trou noir » est-il inhérent au mode de fonctionnement de l’Europe ou bien est-il volontairement entretenu par des manœuvres politiciennes qui auraient pour but de faire revoter le peuple anglais ?

Les tenants du « toujours plus d’Europe » diront naturellement que ce n’est pas le cas. A vrai dire, l’attitude des parlementaires britanniques est assez difficile à comprendre. Tout semble se jouer autour de la frontière qui devrait être rétablie entre l’Irlande du Sud, État indépendant, et l’Irlande du Nord, rattaché à la Couronne britannique. Cette situation, qui perdure depuis 1922, a été occultée par la mise en œuvre de la liberté de circulation entre les deux États. Le Brexit a réveillé le conflit qui sommeillait en Irlande du Nord entre les Unionistes (partisans de l’union avec l’Angleterre et les Nationalistes, qui veulent le rattachement à l’Irlande du Sud, le tout sur fond de guerre de religion dont les origines remontent au XIXème siècle.

De Gaulle s’était toujours opposé à l’entrée du Royaume Uni dans le marché commun, et ce n’était pas sans raisons…
Il disait que l’Angleterre ne pourrait entrer dans le marché commun que si elle était « toute nue et toute seule » Cela dit, hasard ou pas, le fait que le Royaume-Uni ait depuis rejoint l’Europe sans y être vraiment rend cette sortie compliquée en raison de ce flou. Certains veulent y voir une hésitation, voire un regret de la part du peuple britannique, mais cela n’est qu’une supputation. Il semble qu’il existe dans ce pays comme dans beaucoup d’autres une élite mondialiste qui tente de s’opposer à un peuple resté souverainiste. La leçon à tirer est que la sortie de l’Union Européenne ne semble pas être une chose aisée. Tous ceux qui aujourd’hui pensent qu’une évolution interne de l’Europe qui différencierait les États en fonction de leur degré de développement économique afin de faire une sorte de « groupe dominant » devraient nous expliquer comment ils vont faire pour exclure les autres…

Que sort-il de l’Europe ?

Le propre du trou noir est que sa masse est tellement importante que rien ne peut échapper à son attraction.
Qu’en est-il de l’Union Européenne ?

Petit à petit, les réglementations nationales ont cédé le pas à la réglementation dite « européenne ». Cette réglementation a été mise en place afin de faciliter la doctrine libérale voire ultra-libérale de l’Europe. Elle est donc essentiellement consacrée à tout ce qui peut diminuer le pouvoir des Etats et les différencier les uns des autres.

Un simple exemple : le problème migratoire. Depuis plusieurs décennies, un flux migratoire important entre les pays africains ou du moyen-orient à destination de l’Union Européenne vient grossir la population européenne et on constate que ces arrivées ne sont pas équilibrées par des départs, exactement comme un trou noir aspire sans retour ce qui se trouve dans son horizon d’événement. Bien sûr, il y a quelques départs dus à l’optimisation fiscale ou le retour à la « terre promise » mais ceux-ci sont marginaux. Les migrations entre peuples des pays européens existent naturellement depuis très longtemps, mais elles sont considérées comme « internes » et n’ont pas le même poids économique

Quant aux développement des technologies nouvelles, il ne sort plus grand’chose de l’Europe. Nous avons « raté le coche » du numérique, nous nous sommes lancés dans la transition énergétique (sans assurer nos arrières) en commençant par diminuer nos capacités à produire de l’énergie avant de pouvoir en exploiter d’autres, tout en augmentant leurs coûts par des taxes destinées à sauver la planète.
Nous voulons généraliser les voitures électriques tout en diminuant la production d’électricité d’origine nucléaire et nous laissons à la Chine le soin de produire les batteries. Si la balance du commerce de l’Union Européenne est encore positive, cette tendance risque fort de s’inverser avec le retour des protections douanières envisagés dans certains pays comme les Etats-Unis.

Le temps européen semble également ralentir

Lorsqu’on examine la durée nécessaire pour mettre en œuvre certains projets européens, comme le concurrent du GPS appelé Galiléo, ou bien le projet de navette spatiale aujourd’hui abandonné, voire l’avion de transport militaire A400M, se pose la question de la lenteur d’aboutissement de ces projets (quand ils arrivent à leur terme).

Autant une coopération industrielle entre plusieurs États semble pouvoir se concrétiser rapidement, autant un label européen semble un facteur de ralentissement. Il faut dire que si, en plus, comme ce fut le cas pour la fusion Alstom-Siemens, la réglementation sur la concurrence « libre et non faussée » s’applique, c’est l’ensemble du projet qui capote.

Peut-on encore y échapper ?

Le propre du trou noir est justement que rien ne peut en sortir.

Espérons, pour une fois, que le bon sens va l’emporter et qu’il va être possible de réorienter cette Europe, en abandonnant cette vision supranationale qui lui a été imposée dans l’immédiat après-guerre.

Les temps ont changé, la vision « mondialiste » s’estompe avec le temps et se profile aujourd’hui un autre système dans lequel le commerce sera régi par des accords bilatéraux d’État à État.

Il est grand temps de revenir aux réalités. De Gaulle, avec beaucoup de bon sens, disait « les seules réalités internationales, ce sont les nations… ».

Si l’Union Européenne persistait dans cette funeste direction, les nations qui la composent iront vers une mort certaine, mais, telle une étoile moribonde, elle finira à son tour par imploser.

Jean Goychman
14/4/2019

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claude Roland
claude Roland
16 avril 2019 11 h 42 min

Je me demande toujours pourquoi personne n’évoque ou ne discute le principe de la Confédération, voire une modernisation de ce principe mais qui reste basé sur une souveraineté plus importante de chaque nation en son sein par rapport à une fédération ?

claude Roland
claude Roland
16 avril 2019 17 h 13 min
Répondre à  Marc Le Stahler

Je vais le faire dès que j’ai un moment, promis.

Gérard Mény
Gérard Mény
17 avril 2019 13 h 42 min
Répondre à  claude Roland

L’EU de Jean Monnet n’est rien autre que celle de Walter Hallstein concoctée depuis 1938 entre Adolf Hitler et Benito Mussolini pour détruire les dangereuses Nations européennes. Aux ambitions du duo Hallstein-Monnet et de la CIA, Robert Schuman est venu ajouter sa pastille de Vichy débarrassée de tout antisémitisme.

Boutté
Boutté
19 avril 2019 17 h 54 min
Répondre à  claude Roland

Seule solution acceptable car viable.

Pellerm
Pellerm
15 avril 2019 15 h 27 min

Il me semble qu’il y a plusieurs difficultés pour le Royaume Uni . D’une part , le fait que Thérésa May n’était pas la mieux placée pour négocier le départ ..puisqu’elle était contre ! D’autre part , l’Europe multiplie les difficultés tellement elle a peur de la contagion .. Les Anglais avaient un sens aigu de l’Honneur …espérons qu’ils refusent un nouveau vote d’une seule voix ! Aux vues de ce que nous impose cette dictature Européenne , il serait urgent de se mettre sur les rangs et d’en sortir …Il s’agit là de notre survie ..Allez Peuple de France… Lire la suite »

Albatros
Albatros
15 avril 2019 11 h 33 min

Parlons de la Suisse: Petit pays, mais….costaud ! Meilleur pouvoir d’achat de l’Europe, industrieux, exportateur, courageux aussi bien dans la défense intelligente de son sol, mais aussi de ses mœurs en refusant ce que nos abrutis de compatriotes gauchistes acclament je veux dire les minarets et autres islamofolies !! Ajoutons à cela une sérénité politique où les responsables pensent Suisse et suisses…. Et bien force est de constater que ce pays exemplaire n’a jamais voulu de l’Europe !!!! Alors doit on prendre exemple sur la Suisse modèle ou sur une Roumanie ou Grèce parasites ??? Et quand on voit l’Europe… Lire la suite »

Boutté
Boutté
19 avril 2019 17 h 52 min
Répondre à  Albatros

J’ai dit à mes gendres et fils, il y a 30 ans environ : « L’Europe sera une réussite le jour où la Suisse demandera à y entrer » . Je mourrai certainement sans l’avoir constaté .

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