BYE BYE UK ! LA NOUVELLE EUROPE
(Marc Le Stahler)

« Chaque fois qu’elle devra choisir entre l’Europe et le Grand Large, la Grande Bretagne choisira le Grand Large ».
(Churchill, à de Gaulle).

« La Grande Bretagne, je la veux toute nue »
(Charles de Gaulle)

 

 

 

EXIT BREXIT !

Après 48 ans d’un mariage compliqué, la Grande Bretagne a donc divorcé de l’Union Européenne ce 31 décembre de l’An de Grâce 2020. C’est la fin du Brexit, ce feuilleton qui a tant fait couler d’encre depuis plusieurs années servant, selon les cas, de modèle ou de chiffon rouge selon qu’on soit attaché au principe de la souveraineté nationale (l’Europe confédérale gaullienne) ou qu’on soit au contraire fédéraliste supranational (les mondialistes)

UN PEU D’HISTOIRE…

Dès 1950, à l’instigation de Robert Schuman et Jean Monnet, est évoqué le principe d’une mise en commun de certaines ressources stratégiques. La République Fédérale d’Allemagne, l’Italie et les 3 Etats du Bénélux (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg) y étant favorables, la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier) entre en vigueur en 1952 et devient opérationnelle un an plus tard. La Grande Bretagne, pourtant alors premier producteur européen de ces 2 ressources ne souhaite pas participer à ce « Marché Commun » ou, pour être plus précis, demande (déjà) des clauses particulières, considérées (déjà) par les « Six » comme une entrave au projet supranational du duo Schuman / Monnet.

Plus ambitieux encore, en 1954, le projet de « Communauté Européenne de Défense » (CED) échoue, plombé par le refus de la France, aux prises avec les combinaisons impossibles de la IVème République et surtout les résistances du RPF du général de Gaulle. Le projet consistait en fait à créer dans la foulée de la CECA, un embryon d’armée européenne incluant l’Allemagne Fédérale. Il était même envisagé d’intégrer cette armée européenne à l’OTAN et de la placer bien entendu sous commandement américain…

En mars 1957, c’est le fameux « Traité de Rome ». Les « Six » de la CECA, créent la CEE (Communauté Economique Européenne) et l’Euratom. Il s’agit alors – toujours sans le Royaume Uni -, d’aller plus loin dans la coopération et l’intégration économique, commerciale et scientifique entre les 6 Etats membres. Avec toujours, les mêmes arrière-pensées fédérales…

En 1960, le Royaume Uni, en écho à ces traités économiques continentaux dont il s’était exclu, crée, avec 6 pays européens, l’AELE (Association Européenne de Libre Echange). Un Traité de Rome sans les sous-entendus supranationaux. Le concept est parfaitement contenu dans le sigle : ce ne sera qu’une « association » pour le « libre échange » réunissant le Royaume-Uni, la Norvège, la Suède, l’Autriche, le Danemark, le Portugal et la Suisse.

Il convient, à ce stade, de rendre gorge au dogme souvent évoqué prétendant que le « Marché Commun aurait préservé la paix en Europe ». Ineptie totale. Les belligérants – vainqueurs comme vaincus – étaient, en 1945, proprement ruinés et n’avaient aucune intention de remettre le couvert. L’Allemagne était coupée en deux, un « rideau de fer » nord-sud étant tombé pour longtemps, fermant hermétiquement les frontières entre l’Est et l’Ouest avec beaucoup plus d’efficacité que l’Union Européenne protège les siennes aujourd’hui.

Le Plan Marshall (investissements massifs des USA en Europe) fut, dans ces années d’après-guerre, tout aussi important pour le redressement économique de l’Europe que les accords commerciaux intra-européens. Notons enfin, en passant, que l’échec de la CED n’a pas non plus provoqué un conflit intra-européen.

L’AELE n’ayant pas donné les résultats escomptés, les Anglais demandèrent alors leur intégration à l' »Europe des Six », comme on disait alors. Refus de de Gaulle à 2 reprises, en 1963 et 1967, en grande partie motivés par la question du Commonwealth, que le Royaume Uni souhaitait apporter dans la corbeille de mariage.
Ce n’est qu’après la démission du fondateur de la V° République en 1969 que son successeur, Georges Pompidou, engagera un premier « élargissement », ouvrant la porte à la Grande Bretagne, l’Irlande et le Danemark en 1973.

Pour la suite, et jusqu’à la période récente, on s’accordera à dire que les velléités centrifuges qui se sont exprimées progressivement au sein du peuple britannique furent de trois ordres : la perte partielle, mais de plus en plus nette, de souveraineté au profit de Bruxelles et ses technocrates non élus, le surcoût financier (tout le monde se souvient du « give my money back » de Margaret Thatcher) et surtout le problème migratoire.

Un référendum est organisé fin juin 2016. Le parti Travailliste veut le maintien dans l’Union Européenne ; en face, le parti Conservateur est divisé, le Premier Ministre David Cameron prônant le maintien dans l’Union tandis qu’une fraction importante se prononce pour le Brexit sous la houlette de l’ancien maire de Londres Boris Johnson et l’appui de l’UKIP de Nigel Farage qui mène, quant à lui, une campagne particulièrement active pour la sortie de l’Union.  

Le peuple britannique se prononce à près de 52 % pour la sortie de l’Union Européenne. A noter que l’Ecosse et l’Irlande du Nord se prononcent « contre » le Brexit, ce qui ne facilitera pas la suite…

3 – ET MAINTENANT ?

Après de longues tractations, le Royaume Uni de Grande Bretagne et d’Irlande du Nord est donc officiellement sorti de l’Union Européenne le 31 décembre 2020, libéré de la bureaucratie européenne et des diktats de Bruxelles. On en a vu aussi ces derniers jours les conséquences pratiques sur les contrôles douaniers entre Douvres et Calais…

Quels sont les atouts du Royaume Uni ?

– Il est loin d’être isolé. Le Commonwealth représente 54 pays, (Afrique du Sud, Australie, Canada, Cameroun, Inde, Pakistan, Nouvelle Zélande, Nigéria) dont 16 reconnaissent la reine d’Angleterre comme chef d’Etat.
– Il a gardé sa propre monnaie nationale.
– La « City » restera sans doute une place financière importante, peut-être concurrencée par Paris ou Francfort, mais rien n’est moins certain.
– Très proche des USA, il bénéficie et continuera de bénéficier de toutes les sources d’information économiques, politiques, stratégiques, lui permettant d’anticiper les grandes évolution mondiales.
– La réforme de l’Etat a eu lieu. Sous Thatcher, parfois durement, mais les résultats sont là : le taux des dépenses publiques (42 % du PIB) est de 15 points inférieur à celui de la France (57 %).
– Le social n’est pas en reste, le salaire minimum dépasse maintenant celui de la France. Quand au taux de chômage (4 % de la populations active), il est inférieur de moitié à celui de la France. Pour être clair, le Royaume Uni est en situation de plein emploi.

Ceux qui crient victoire en brocardant l’Angleterre feraient bien d’observer les futures et prévisibles tentatives centrifuges de certains pays d’Europe centrale (le groupe de Visegrad), déjà particulièrement réticents aux décisions autocrates de Bruxelles, notamment sur l’immigration. Leur exemple pourrait bien faire tache d’huile et séduire d’autres pays de l’Union…

Quant au Royaume Uni, conformément à l’annonce de Churchill à de Gaulle 80 ans plus tôt, il va se tourner sans surprise vers le grand large, rejoignant l’un des 3 empires qui marqueront le XXI° siècle, face aux 2 autres empires qui sont en train de se partager le monde (la Chine et la Russie).

La « vieille Europe » risque rapidement d’être le dindon de cette farce géostratégique. 

Marc Le Stahler
3 janvier 2021

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Candide
Candide
3 janvier 2021 20 h 04 min

« Ceux qui crient victoire en brocardant l’Angleterre feraient bien d’observer les futures et prévisibles tentatives centrifuges de certains pays d’Europe centrale (le groupe de Visegrad), déjà particulièrement réticents aux décisions autocrates de Bruxelles, notamment sur l’immigration. Leur exemple pourrait bien faire tache d’huile et séduire d’autres pays de l’Union… »

les meilleurs voeux que j’ai pu, en tant que lectrice, recevoir depuis ce début d’année.
Merci pour cet espoir

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