DUNKERQUE : OPÉRATION « DYNAMO »
(Éric de Verdelhan)

« On ne gagne pas les guerres avec des évacuations ! »
(Winston Churchill 23 mai 1940)

« Les Anglais se battront jusqu’au dernier Français ! »
(Message allemand de propagande au début de l’ « Opération Dynamo »)

 



Macron, qui ne connaît RIEN à l’Histoire de France, a vu, dans la bataille de Montcornet « une défaite qui est un appel à la résistance ». C’est, comme d’habitude chez lui, du grand n’importe quoi !

J’ai eu l’occasion de dire ce qu’a été réellement la bataille de Montcornet : une défaite française, soldée par 14 tués, 9 disparus et 6 blessés, transformée en victoire par la légende. Ce fait est attesté par TOUS les historiens, y compris les gaullistes, de gauche comme Jean Lacouture (1) ou de droite comme Henri Amouroux (2). 

Avant de parler d’ « esprit de résistance », il faut se replonger dans le contexte de l’époque. Et il faut le faire sans parti-pris, à partir de faits, de chiffres, et éventuellement de témoignages vécus.

L’historien Roger Bruge a réalisé, sur cette période tragique, un énorme – et remarquable – travail de mémoire (3).
Un bref rappel historique s’impose. 

Le 1er septembre 1939, l’Allemagne envahit la Pologne. Le 3 septembre, l’Angleterre, puis la France déclarent la guerre à l’Allemagne. En France, cinq millions d’hommes sont mobilisés.

L’intendance est incapable de subvenir aux besoins de tous. Pendant plusieurs mois, certains bidasses garderont leurs vêtements civils; il n’y a pas d’armes, de munitions et d’équipements pour tout le monde (4). Si en théorie, sur le papier, les forces en présence sont comparables (et même plus importantes en France qu’en Allemagne), en réalité le « bordel à la Française » fait la différence.

Depuis le Front Populaire, notre pays connaît des grèves à répétition et une désorganisation générale, mêlée à un antimilitarisme encouragé par les partis de gauche et admis par le pouvoir.

Le 3 septembre 1939, donc, l’Angleterre déclare la guerre à l’Allemagne, selon l’accord passé avec Édouard Daladier, mais les deux gouvernements n’avaient rien entrepris pour prêter main forte à leurs alliés polonais. Depuis la capitulation de la Pologne, Hitler avait déplacé ses troupes vers l’ouest, mais il ne se passait rien de plus. Les Français renforçaient mollement leurs lignes de défense.

Les Anglais leur avaient envoyé un Corps Expéditionnaire pour les soutenir en cas de menace sérieuse mais personne n’y croyait vraiment. Au contraire, tout le monde ironisait  sur ce simulacre de guerre. Les Anglais l’appelaient « Phoney War » (semblant de guerre), pendant que les Français parlaient d’une « drôle de guerre ». Les journaux insistaient sur « le confort de la ligne Maginot ».

Elle remplissait son office en immobilisant notre armée. Nos soldats tapaient le carton tandis que la Wehrmacht achevait la Pologne en laissant, face à l’armée française, quelques divisions de réserves. Les antagonistes s’observaient de loin, à l’abri de leur ligne, « Maginot » pour les Français, « Westwall » pour les Allemands.

Gamelin (photo ci-contre), notre généralissime, avait 67 ans ; le prestigieux Weygand, 72 ans ; et le Maréchal Pétain, futur chef de l’Etat français, 83. En face, Guderian  avait 51 ans, Rommel, 48, Hitler, 50.

De part et d’autre, l’audace n’était pas également répartie.

A peine les Français tentent-ils une incursion dans la Sarre qu’ils rebroussent chemin de peur de la riposte allemande. Une opération qui nous coûte 300 morts pour rien. Nos soldats ont reçus l’ordre d’éviter de tirer de l’autre côté du Rhin afin « d’éviter les représailles »; ça laisse rêveur !

Le 9 avril 1940, cette supposée guerre tourne au drame sanglant. Les troupes allemandes débarquent en force au Danemark et en Norvège sans avoir déclaré la guerre à ces deux  pays.

Les soldats norvégiens, soutenus par 35 000 soldats anglais, français et polonais, leur opposent une résistance désespérée. Mais ils subissent de  lourdes pertes et doivent abandonner la lutte. Le triste bilan de cette attaque (qui porte le nom de « Weserübung »), est de 2 700 morts du côté allemand et 5 800 du côté allié. A partir de ce moment, les offensives s’enchaînent.

Le 10 mai commence le « Fall Gelb », l’offensive de l’ouest. Hitler prévoit cette attaque depuis l’automne 1939. Attaque qu’il n’a cessé de repousser (29 fois en tout!), freiné par les atermoiements de ses généraux.

La conquête de la France ne peut se faire par voie directe car les français ont construit la ligne Maginot pour protéger leurs frontières. Les troupes allemandes font donc un détour via les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg. Les Pays-Bas capitulent dès le 15 mai.

La veille, plus de 800 civils ont péri dans un bombardement aérien sur Rotterdam. Peu de temps après, la Belgique et le Luxembourg déposent les armes et se rendent à leur tour. Personne ne peut plus arrêter les Allemands.

Nos pertes sont impressionnantes : 85 310 morts en 6 semaines. C’est pire que la moyenne hebdomadaire de la première guerre mondiale (qui, rappelons-le, a fait 1,5 million de tués français). On peut comprendre le vent de panique qui frappa alors l’opinion. Personne n’avait cru à cette guerre ; le réveil était douloureux !

Opération Dynamo : rembarquement des troupes britanniques.

Le 17 mai, les premiers soldats allemands se trouvent sur la rive française de la Meuse. Dès la fin du mois, ils contrôlent le nord du pays. Le Corps Expéditionnaire britannique, peu préparé à de véritables combats, est aussi rapidement dépassé que l’armée française par l’avancée des troupes allemandes. Des centaines de milliers de soldats, français et britanniques, se retrouvent soudain encerclés par les Allemands le long de la côte. A Dunkerque, ils se précipitent vers les plages dans l’espoir de trouver une embarcation pour fuir en Angleterre. Voulant ménager l’Angleterre, le général Von Rundstedt va interrompre son avancée pendant quelques jours.

C’est là .que débute l’ « Opération Dynamo » que de nombreux historiens ont appelée « La bataille de Dunkerque ». Or, la vraie bataille a été menée par… les Français autour de Lille, pour permettre aux Britanniques de rembarquer.

Plus de 800 embarcations de toutes sortes sont rassemblées à la hâte. Il y a là des bateaux de guerre, de plaisance, des cargos, des barques de pêche …

En l’espace de 10 jours, entre le 26 mai et le 4 juin, 338 226 soldats, majoritairement des Anglais, sont ainsi évacués du port et des plages de Dunkerque.

Chassés par les rafales et les bombes des « Stukas » allemands, ils doivent abandonner la quasi-totalité de leur armement, leurs munitions et leurs véhicules.

L’histoire a retenu l’appellation de « bataille de Dunkerque » parce que cette retraite a été présentée par Winston Churchill comme une victoire (85% des troupes ayant été évacuées). Il est vrai que, quand le dernier bateau quittera Dunkerque, le 4 juin à 3h00, 338 226 hommes auront été évacués. L’embarquement des troupes, dans le plus grand désordre, a donné lieu à de sévères empoignades, les Britanniques privilégiant leurs soldats. Les troupes françaises et belges ne purent embarquer qu’après les Britanniques, mais cela a permis de sauver environ 120 000 soldats français et belges. 

Lord Gort, en charge de l’ « Opération Dynamo »,  avait reçu l’ordre de Churchill de ne pas informer les généraux français et belge du début de l’évacuation, laissant sept divisions françaises seules face aux troupes allemandes. Elles combattirent jusqu’à l’épuisement de leurs munitions. Au moment de leur reddition, les Allemands leur rendirent les Honneurs militaires.

Après ce que les Anglais appelleront « le miracle de Dunkerque », miracle qu’ils doivent en grande partie au sacrifice de nos troupes – au prix de 1800 morts –  la campagne de France ne va durer que deux semaines.

Il y a bien eu, le 10 ou le 11 juin, cette idée du sous-secrétaire d’état à la Guerre, le général – de fraîche date – Charles de Gaulle : le « réduit breton », qui consisterait à transférer le gouvernement à Rennes ou Quimper et à organiser un front de défense  en Bretagne.

Cette théorie ne résiste pas à l’analyse : nous n’avons plus d’armée et les Allemands auraient encore moins de difficultés qu’à Dunkerque pour bouter nos forces à la mer.  

Jean Cau raconte (5) qu’au manoir de Vangereau, en Touraine,  la Comtesse de Portes, née Rebuffel, maîtresse de Paul Raynaud, a laissé échapper sa colère auprès de ce dernier :

« Résister en Bretagne, mais qu’est-ce encore que cette idée folle ? C’est votre Gaulle qui vous a mis cette idée dans la tête ? »« On dit de Gaulle » rectifie Paul Raynaud.

« Non, c’est un nom flamand  et la particule n’a pas à être prononcée… donc c’est Gaulle qui est juste … »

Les jours suivants, elle surnommera de Gaulle: « l’escogriffe du réduit breton » et le taxera de « vouloir bouter les Allemands hors de France en faisant des moulinets avec ses grands bras … » (6).

Le 14 juin, les troupes allemandes occupent Paris, déclarée ville ouverte. Le 17 juin, le gouvernement démissionne, et le peuple français dans son immense majorité, sonné par la plus mémorable raclée de son histoire, applaudit quand le vieux Maréchal Pétain, 84 ans, le « vainqueur de Verdun », déclare : «… Je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur…C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat. Je me suis adressé cette nuit à l’adversaire pour lui demander s’il est prêt à rechercher avec nous, entre soldats, après la lutte et dans l’honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités… ».

Pour bien comprendre les raisons de la demande d’armistice du Maréchal Pétain, il faut avoir à l’esprit les pertes françaises et alliées durant l’offensive de mai-juin 1940 :

  • Belgique : 12 000 morts, 15 850 blessés et 300 000 prisonniers ;
  • Pays-Bas : 2 890 morts et 6 889 blessés ;
  • Pologne : 6 000 morts et blessés ;
  • Royaume-Uni : 3 458 morts, 13 602 blessés, 48 052 disparus ou prisonniers (dont 45 000 prisonniers à Dunkerque).
  • À ces morts s’ajoutent d’importantes pertes civiles: 2 500 morts aux Pays-Bas ; 21 000 en France ; 6 000 en Belgique.
  • Pour la France, le chiffre des pertes militaires du 10 mai au 22 juin 1940  est d’environ 95 000 morts et 250 000 blessés. En outre, 1,8 million de français sont faits prisonniers et internés dans différents types de camps. Oflags pour les officiers, Stalags pour les sous-officiers et la troupe.

De plus, du 10 mai au 22 juin 1940, les pertes en moyens militaires sont énormes : le Corps Expéditionnaire britannique a abandonné tout son matériel à Dunkerque. La RAF a perdu plus de 1 000 appareils et 435 pilotes, dont plus de 400 chasseurs. Notre armée a perdu 320 000 de ses 400 000 chevaux, et tout le matériel lourd qu’ils tractaient (artillerie antichar) etc.

En clair, la belle armée française, partie la fleur au fusil, gonflée par des slogans idiots du genre « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts » n’existe plus.

« L’esprit de résistance » en cette triste période, nous le devrons au Maréchal Pétain et au général Weygand.

Lors de la négociation d’armistice, le Maréchal Pétain, conseillé par Weygand, va donner des instructions formelles : « …Rompre immédiatement la négociation si l’Allemagne exige premièrement la remise totale ou partielle de la flotte, deuxièmement l’occupation de toute la métropole, ou troisièmement l’occupation d’une partie quelconque de l’empire colonial ».

C’est à partir de notre empire colonial que le général Giraud va mobiliser l’Armée d’Afrique ; celle-là même qui débarquera en Provence le 15 août 1944…

Eric de Verdelhan
23 mai 2020 

1)- « De Gaulle », de Jean Lacouture ; Le Seuil ; 1965 ; nouvelle édition en 1971.

2)- « Le 18 juin 1940 », d’Henri Amouroux ; Fayard ; 1964.

3)- « Les Combattants du 18 juin » de Roger Bruge. Tome 1 « Le Sang versé » ; Fayard ; 1982. Tome 2 « Les derniers feux » ; Fayard ; 1985. Tome 3  « L’armée broyée » ; Fayard ; 1987. Tome 4 « Le cessez-le-feu » ; Fayard ; 1988. Tome 5 « La fin des généraux » ; Fayard ; 1989.

4)- Un de mes vieux amis, canonnier en 1940, me disait qu’il est parti faire la guerre, avec un étui-jambon à pistolet…vide. Plus tard, on lui a donné un mousqueton et…5 cartouches.

5)- « Mon lieutenant », de Jean Cau ; Julliard ; 1985.

6)- Le 28 juin 1940, Paul Raynaud perdait le contrôle de son véhicule sur une route de l’Hérault. Sa maîtresse, Hélène de Portes était tuée sur le coup. En apprenant la nouvelle, de Gaulle dira, en guise d’oraison funèbre : « C’était une dinde, comme toutes les femmes qui font de la politique. »

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Gloriamaris
Gloriamaris
5 juin 2020 21 h 00 min

On peut donc considérer que le gouvernement du front populaire, au vu de ce qui se préparait en Allemagne en 1939, a pris les même décisions stratégiques pour la France que le gouvernement LREM, au vu de ce qui se passait en Chine en 2019. Quelle que soit l’époque, les mêmes causes provoquées par des crétins produisent les mêmes effets subit par le peuple…

GUISET
5 juin 2020 16 h 09 min

Les morts français sont un peu plus importants et les morts anglais moins mais là n’est pas le sujet car cette bataille a permis de détruire plus de la moitié des chars allemands 1800/3000 et 40% des avions allemands 1559 sur 3900 donc cette bataille n’a été neutre dans la suite de la guerre car ce matériel allemand fera ensuite défaut (livre « Les CYCLES DE LA GUERRE » éditeur SED jacques GUISET) Autre erreur/ Ce n’est pas Churchill qui a donné l’ordre du repli mais Gort tout seul qui a été ensuite couvert par Churchill, en se gardant c’est… Lire la suite »

Emmanuel Huyghues Despointes
Emmanuel Huyghues Despointes
5 juin 2020 10 h 04 min

Vous écrivez que  » Voulant ménager l’Angleterre, le général Von Rundstedt va interrompre son avancée pendant quelques jours  » : ce n’est pas Rundstedt qui a pris cette décision qui ne relevait pas de lui, mais Hitler lui-même, et non pas pour ménager l’Angleterre, mais parce qu’il a craint, pendant 48 H, une offensive franco-anglaise, orientée nord-sud, pour couper la chaîne logistique de ses divisions blindées. C’est la seule fois au cours de la guerre qu’Hitler surestimera un adversaire, car le dispositif militaire français avait, comme lécrira de Gaulle « volé en éclat ». En effet, ce répis inespéré, selon l’historien Benoist-Méchin,… Lire la suite »

Francois Krüger
Francois Krüger
26 mai 2020 23 h 45 min

Oui nous avons évoqué le sujet. L’Angleterre protégée par son statut insulaire voulait la guerre à tout prix et se débarrasser de son rival européen. Dès le debut Churchill parlait d’anéantissement total de l’Allemagne… Il a assuré la Pologne de son soutien afin de rejeter toute négociation avec Hitler sur le corridor de Dantzig, pourtant dû, de toute évidence. La France a suivi bêtement croyant garder l’avantage sur son rival allemand. A la fin personne n’a aidé la Pologne. La Russie ne sera même pas inquiétée après avoir agressé ce même pays par l’est. Pas de déclaration de guerre pompeuse… Lire la suite »

Claude Roland
Claude Roland
25 mai 2020 9 h 54 min

« Voulant ménager l’Angleterre, le général Von Rundstedt va interrompre son avancée pendant quelques jours. » NON, Von Rundstedt n’a fait qu’exécuter les ordres de Hitler, à contre coeur certes, mais c’était un ordre du Furher. Même Gudérian n’en revenait pas. Les généraux Allemands, sidérés, n’ont jamais compris la raison de cet ordre qui aurait permis de liquider le gros de l’armée anglaise car l’Angleterre n’avait plus sur ses terres que des volontaires civils et quelques réservistes avec des arsenaux quasi vides. En fait, Hitler n’en voulait pas trop à l’Angleterre qu’il voulait ménager dans l’espoir d’une alliance ou au pire d’une… Lire la suite »

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