L’ANNÉE JEANNE D’ARC
(Éric de Verdelhan)

« De l’amour ou de la haine que Dieu a pour les Anglais, je n’en sais rien, mais je sais bien qu’ils seront tous boutés hors de France, excepté ceux qui y périront. »                          
(Jeanne d’Arc)

« Et Jeanne, la bonne Lorraine/ Qu’Anglais brûlèrent à Rouen… »
(François Villon)

 


 

Pour l’avorton présidentiel, 2020 sera l’année Charles de Gaulle car, après avoir honoré le combat de Montcornet, cette « défaite qui est un appel à la résistance » – charabia macronien qui ne veut rien dire –  il lui reste encore à fêter l’appel du 18 juin, puis la mort du « Grand Charles » le 9 novembre (1970), puis sa naissance le 22 novembre (1890). En cherchant bien, on aurait pu trouver tous les mois un événement dans la geste gaullienne, juste histoire, pour Macron, de redorer son blason bien terni par sa gestion calamiteuse de la pandémie de Coronavirus.

De Gaulle disait : « Tout le monde est, a été, ou sera gaulliste ».

Etant, pour ma part, un antigaulliste viscéral, je fais exception à cette règle pourtant presque  exacte : les Français, de droite comme de gauche, semblent s’être pris de passion pour de Gaulle.

Et Macron, qui est tout sauf un imbécile, a bien compris le profit qu’il pouvait en tirer car  le culte du « Grand Charles » va dans le sens de « l’Union Nationale » à laquelle il aspire en vue de sa réélection en 2022 (réélection pourtant quasiment acquise puisqu’il n’y a personne en face !)

Ingres Jean-Auguste-Dominique (1780-1867). Paris, musée du Louvre. MI667.

Mais il a encore raté une belle occasion de fédérer le pays autour d’un personnage moins « clivant » pour, parler comme les cuistres. Que n’a-t-il décrété une année Jeanne d’Arc ?

Souvenez-vous, en 2016, des hommes politiques – presque tous de gauche – s’étaient indignés de la présence de Saint-Cyriens lors d’une cérémonie organisée par Philippe de Villiers au Puy-du-Fou, pour honorer le retour en France de l’anneau de Jeanne d’Arc.

Ceci n’avait rien de surprenant venant de gens qui ont honte de notre histoire, refusent  nos racines chrétiennes et ne tolèrent que l’évocation des « valeurs républicaines et laïques » nées de la Révolution (1).  Ce qui l’était moins, c’est le tollé de quelques officiers supérieurs ou généraux, qui voyaient dans cette cérémonie un « acte politique » dans lequel l’armée – de surcroît l’école de Saint-Cyr Coëtquidan – n’aurait pas sa place puisque l’armée se doit d’être apolitique. 

D’autres généraux, tout aussi patriotes (et apolitiques) ont répondu par voie de presse qu’il a été fait appel au volontariat auprès des Cyrards ; que les militaires ont une conscience et un droit de vote (seulement depuis 1945, comme les femmes et les ecclésiastiques) ; et que Jeanne la Pucelle est une héroïne nationale qu’il est normal d’honorer.    

A l’époque, j’ai fait remarquer aux ayatollahs de l’apolitisme et de la laïcité maçonnique :

a)- Que la présence de militaires au Puy-du-Fou était moins choquante qu’au dîner annuel du CRIF ou du CRAN (2), mouvements éminemment politiques. 

b)- Que Philippe de Villiers s’est retiré de la vie politique depuis des années (3).

c)- Que depuis « l’affaire des fiches » du général André – fiches établies au profit du « Grand Orient » – les patriotes de tous bords n’ont pas de leçon d’apolitisme à recevoir !

Mais ne polémiquons pas et contentons-nous des faits : honorer Jeanne d’Arc n’est en rien un geste politique, c’est simplement « la Fête du Patriotisme », pour reprendre l’intitulé de la loi votée à l’unanimité par les députés ET les sénateurs, à l’appel du grand Maurice Barrès et signée le 10 juillet 1920 par le président Deschanel.

Il  aura donc fallu la grande saignée de 14-18, cette « guerre civile européenne », pour que la France se mette à honorer Jeanne d’Arc, peu après que l’Eglise l’eut canonisée (le 16 mai 1920). 

Les présidents de la République, de gauche comme de droite, ont tous honoré Jeanne d’Arc, Albert Lebrun comme Vincent Auriol, de Gaulle comme Giscard d’Estaing, Mitterrand comme Chirac.

Puis, dans les années 80, Jean-Marie Le Pen a décidé que son mouvement défilerait chaque année pour la fête de Jeanne d’Arc.

Aussitôt, tous les bien-pensants – l’extrême gauche, la « gauche-caviar », le centre mou, et la « droite-cachemire » – ont poussé des cris d’orfraie en trouvant que cette Sainte, adulée par les « Fascistes », sentait le soufre et que, finalement, peut-être a-t-on eu raison de la brûler.

Il a fallu attendre 2018 pour que le pays s’intéresse à nouveau à Jeanne d’Arc, non pour se rassembler mais pour se diviser sur un thème récurrent de notre époque : le (pseudo) racisme.

Comme chaque année, le comité d’organisation des fêtes johanniques d’Orléans avait lancé une sorte d’appel d’offre pour trouver la jeune fille qui incarnerait Jeanne d’Arc lors des cérémonies du 8 mai. Il faut savoir que les conditions sont strictes ; la postulante doit en effet : résider à Orléans depuis au moins 10 ans ; être scolarisée dans un lycée de la ville ; être catholique pratiquante ; et donner gratuitement du temps aux autres. La «perle rare» avait été trouvée en la personne de Mathilde Edey Gamassou, 17 ans. Elle avait tout pour plaire mais… il y avait un hic : la jeune fille est béninoise par son père et polonaise par sa mère. Une métisse donc. Il n’en fallait pas plus pour que les réseaux sociaux s’enflamment. Les médias et la classe politique en rajoutaient une couche, Marlène Schiappa, sorte de (grosse) caisse de résonance du macronisme, en tête.

Pour la gauche moralisatrice, il était nécessaire, voire indispensable, que l’affaire prenne une dimension nationale. A la pointe de ce combat héroïsé, un guetteur infatigable qui annonce l’arrivée des hordes fascistes : «Libération», le journal officiel de la «bienpensance»  qui nous assénait une nouvelle fois un dogme que l’on n’est pas obligé de partager :

« Le métissage est l’essence même de la vie » (on se demande bien pourquoi ?).

La droite molle et le centre acquiesçaient, ce qui est normal : ces gens-là appartiennent à la gauche larvée ; la pire, celle qui n’a pas le courage de se dire de gauche.

Et puis, tel un troupeau de moutons frappé de panurgisme, la droite «nationale», «patriote», «catho » etc… volait au secours de la jeune Mathilde dans l’espoir de se «dédiaboliser» et d’obtenir un brevet d’antiracisme : brevet qui, rappelons-le, est toujours décerné par la gauche.

Marine Le Pen dénonçait des propos « racistes et haineux ». Puis ils s’y sont tous mis, Dupont-Aignan, Philippe de Villiers, Denis Tilliniac dans «Valeurs Actuelles», etc…etc…des tas de gens que je respecte et que (souvent) j’admire.
Tous ont répété à l’envi la bonne doctrine, et l’article de catéchisme afférent : « être français, ça n’a jamais été une couleur de peau ».

Or il faut savoir appeler un chat un chat : avec vingt siècles de l’histoire de ce pays, avant qu’il ne s’appelle France : bien sûr que si, c’est une couleur de peau. Ça ne l’est pas exclusivement ; c’est bien autre chose aussi, ça peut aussi ne pas l’être, il y a des exceptions, mais elles restent des exceptions. C’était la conviction profonde de nos aïeux sur des dizaines de générations, jusqu’aux deux ou trois dernières. Elle est d’ailleurs, mutatis mutandis, celle de tous les peuples de la terre, et notamment de ceux qui sont en train de nous remplacer, et qui ne peuvent le faire qu’à raison de notre silence. C’est ce silence qui est en train de nous perdre !

Renaud Camus résumait bien le problème quand il écrivait : « Pourquoi les géants en surpoids ne pourraient-ils être jockeys, les personnes de petite taille basketteurs, les hommes enceints, les homosexuels mariés (ensemble) et pères de famille ; et pourquoi les blancs ne pourraient-ils incarner Mandela ou Martin Luther King, et les noirs figurer Jeanne d’Arc ? Le remplacisme est bien l’enfant de mai 68. Il s’interdit de s’interdire. Tout lui est bonheur de ce qui abolit les frontières, les distinctions, les limites, qu’elles soient géographiques, conceptuelles ou morales. Rien de ce qui est ne l’entrave. Il ne veut surtout pas d’héritage, ce facteur d’inégalité, de discrimination… Il est toujours prêt à tout reprendre au début : d’autant que le passé n’est jamais bien profond, à ses yeux, ni le futur bien distinct… Tout lui est présent, rien ne lui est présence… »

Dans cette triste affaire, qui a opposé la « Fachosphère » à la « Cathosphère », il y avait  trop de prises de parole purement émotives dans notre camp. Les défenseurs du choix de Mathilde ont allègrement mélangé, avec une rare violence, les « twittomanes compulsifs » et ceux, majoritaires, qui pensaient que le moment pour donner le rôle de Jeanne d’Arc à une métisse était extrêmement mal choisi. Oui, il y a des Français grossiers et xénophobes, mais que les donneurs de leçons de la bonne bourgeoisie catholique gardent leurs anathèmes pour nos adversaires et se mettent à évangéliser ce peuple qui n’a pas eu la chance de grandir dans des familles « comme il faut ».

La plus grande peur de la « droite-cachemire » n’est pas de manquer de charité à l’égard des plus faibles, de formation intellectuelle ou de courage, non, c’est d’être suspectée de  racisme.

A l’époque, Marine Le Pen déclarait : « les Fêtes johanniques ne sont pas un « biopic » ».

Mais cessons l’hypocrisie : les événements de 1429 sont bien au cœur de cette célébration, avec une reconstitution du parcours de Jeanne d’Arc intra muros.

« Toute patrie est une famille », l’histoire de notre patrie est donc une histoire de famille. Il est légitime de souhaiter que notre libératrice, une fille bien de chez nous, soit incarnée par une jouvencelle au visage de chez nous.

En effet, la France n’est-elle qu’une culture littéraire, une mémoire historique et une foi, ou bien est-ce aussi une réalité vivante, c’est-à-dire un peuple avec le visage de nos ancêtres gréco-gallo-romains qui s’est perpétué jusqu’à nos jours ?

Il va sans dire qu’il n’était pas question, pour moi, d’émettre la moindre critique et encore moins d’invectiver cette jeune Mathilde, ou de mettre en doute son engagement catholique.

Mais il n’est pas possible de l’évoquer en dehors du contexte historique, démographique, ontologique : celui du changement de peuple imposé, du remplacement ethnique, du génocide par substitution. Voici que la Pucelle d’Orléans, d’héroïne de la résistance qu’elle était, devient emblème du consentement, de la résignation, de la soumission.

A propos de soumission (ou de collaboration ?) la palme revenait à Mme Bénédicte Baranger, présidente de l’association « Orléans Jeanne d’Arc »: « La couleur de peau n’est pas un frein à notre choix ; elle ne doit pas l’être… En revanche, si cette désignation permet à une autre partie de la population de se tourner vers les fêtes, c’est gagné ».

C’est d’une logique implacable : si l’on fai sait jouer le rôle de Vercingétorix par Omar Sy, on aurait un certain succès dans les banlieues de non-droit, mais est-ce le rôle des fêtes johanniques de ratisser large en donnant dans la démagogie racoleuse ? A mon (humble) avis, NON !

Je terminerai cet article par une citation de l’académicien Jean d’Ormesson :

« Jeanne ne divise pas, elle unit. Elle n’appartient à personne. Elle est la sainte de tous. J’imagine qu’elle était aux côtés du communiste fusillé pour la libération de la France comme elle était aux côtés des gentilshommes chrétiens qui se faisaient tuer pour leur Dieu et leur Roi… » 

Monsieur Macron, je vous sais nul en histoire (4), aussi je me permets de vous rappeler que Jeanne d’Arc, née vers 1412 à Domrémy, village du duché de Bar, est morte sur le bûcher le 30 mai 1431 à Rouen. Béatifiée en 1909, puis canonisée en 1920, Jeanne d’Arc devient une des deux saintes patronnes secondaires de la France en 1922, par la lettre apostolique « Beata Maria Virgo in cælum Assumpta in gallicæ ».

Sa fête nationale, instituée par la loi en 1920, est fixée au deuxième dimanche de mai.

Vous auriez pu fêter le centenaire de la canonisation de Jeanne d’Arc.

Mais, compte tenu de vos bonnes relations avec le satrape qui occupe le trône de Saint Pierre au Vatican, peut-être obtiendrez-vous celle de Charles de Gaulle, Seigneur de Colombey, entré dans l’histoire pour avoir fait cesser les « crimes contre l’humanité » en Algérie ?         


Eric de Verdelhan

2 juin 2020                                                                                                  

1)-: Ils tolèrent le culte de la « Déesse Raison » ou celui du « Grand Architecte de l’Univers ».

2)- : Conseil Représentatif des Institutions Juives  et Conseil Représentatif des Associations Noires.

3)- : Même si sa sympathie (à géométrie variable) pour Macron me déboussole un peu.

4)- : Ainsi qu’en Géographie puisqu’il  prend la Guyane pour une île.

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Gloriamaris
Gloriamaris
5 juin 2020 16 h 54 min

Jeanne d’Arc était une Française, blanche et chrétienne. Ça plaît ou ça ne plaît pas mais c’est ainsi. C’était la FRANCE 570 ans avant l’invasion. Si l’on veut  » réincarner  » cette héroïne de notre Histoire de France, ce sont des critères de choix incontournables : une Jeanne d’Arc sous les traits d’une matrone kanak ou chinoise aurait autant prêté à rire que Bruce Lee dans le rôle de Martin Luther King. Si sur plus de 58000 Orléannaises (Orléans 116700 hab.) on a choisit une métisse, c’est à dessein. Bientôt un homo ou un trans dans le rôle ? Un… Lire la suite »

Claude Roland
Claude Roland
4 juin 2020 8 h 06 min

On peut dire que Jeanne d’Arc est la première représentante incarnée du patriotisme national français en action. Et en tant que tel, elle est morte victime de traîtres collabos avec l’ennemi car son acte de rassemblement du peuple français face à l’ennemi étranger était condamné par d’autres français ! Et cette situation est toujours à l’ordre du jour… Dans notre pays, ce sont les patriotes qui sont conspués et à qui on ne donne pas droit de parole ou de direction de la nation. Et dans une relation transitive, je dirais que dans notre pays, on donne le plus la… Lire la suite »

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