LA PATRIE TRAHIE PAR LA RÉPUBLIQUE
(Jean Raspail)

Disparu le 13 juin 2020, Jean Raspail a eu la prudente élégance de disparaître avant l’épilogue de son prémonitoire et tragique scénario. 
Pour ceux qui souhaiteraient avoir une idée ce qu’il envisageait il y a seize ans, trente ans après la publication du Camp des Saints (en 1973), voici ce qu’il écrivait, le 17 juin 2004, dans cette Tribune du Figaro évoquée par Eric de Verdelhan



 

« J’ai tourné autour de ce thème comme un maître-chien mis en présence d’un colis piégé. Difficile de l’aborder de front sans qu’il vous explose à la figure. Il y a péril de mort civile. C’est pourtant l’interrogation capitale. J’ai hésité. D’autant plus qu’en 1973, en publiant Le Camp des saints, j’ai déjà à peu près tout dit là-dessus. Je n’ai pas grand-chose à ajouter, sinon que je crois que les carottes sont cuites.

Car je suis persuadé que notre destin de Français est scellé, parce qu’« ils sont chez eux chez moi » (Mitterrand), au sein d’une « Europe dont les racines sont autant musulmanes que chrétiennes » (Chirac), parce que la situation est irréversible jusqu’au basculement définitif des années 2050 qui verra les « Français de souche » se compter seulement la moitié la plus âgée de la population du pays, le reste étant composé d’Africains, Maghrébins ou Noirs et d’Asiatiques de toutes provenances issus du réservoir inépuisable du tiers monde, avec forte dominante de l’islam, djihadistes et fondamentalistes compris, cette danse-là ne faisant que commencer.

La France n’est pas seule concernée. Toute l’Europe marche à la mort. Les avertissements ne manquent pas rapport de l’ONU (qui s’en réjouit), travaux incontournables de Jean-Claude Chesnais et Jacques Dupâquier, notamment , mais ils sont systématiquement occultés et l’Ined pousse à la désinformation. Le silence quasi sépulcral des médias, des gouvernements et des institutions communautaires sur le krach démographique de l’Europe des Quinze est l’un des phénomènes les plus sidérants de notre époque. Quand il y a une naissance dans ma famille ou chez mes amis, je ne puis regarder ce bébé de chez nous sans songer à ce qui se prépare pour lui dans l’incurie des « gouvernances » et qu’il lui faudra affronter dans son âge d’homme… Sans compter que les « Français de souche », matraqués par le tam-tam lancinant des droits de l’homme, de « l’accueil à l’autre », du « partage » cher à nos évêques, etc., encadrés par tout un arsenal répressif de lois dites « antiracistes », conditionnés dès la petite enfance au « métissage » culturel et comportemental, aux impératifs de la « France plurielle » et à toutes les dérives de l’antique charité chrétienne, n’auront plus d’autre ressource que de baisser les frais et de se fondre sans moufter dans le nouveau moule « citoyen » du Français de 2050.

Ne désespérons tout de même pas. Assurément, il subsistera ce qu’on appelle en ethnologie des isolats, de puissantes minorités, peut-être une quinzaine de millions de Français et pas nécessairement tous de race blanche qui parleront encore notre langue dans son intégrité à peu près sauvée et s’obstineront à rester imprégnés de notre culture et de notre histoire telles qu’elles nous ont été transmises de génération en génération. Cela ne leur sera pas facile.

Face aux différentes « communautés » qu’on voit se former dès aujourd’hui sur les ruines de l’intégration (ou plutôt sur son inversion progressive, c’est nous qu’on intègre à « l’autre », à présent, et plus le contraire) et qui en 2050 seront définitivement et sans doute institutionnellement installées, il s’agira en quelque sorte je cherche un terme approprié d’une communauté de la pérennité française. Celle-ci s’appuiera sur ses familles, sa natalité, son endogamie de survie, ses écoles, ses réseaux parallèles de solidarité, peut-être même ses zones géographiques, ses portions de territoire, ses quartiers, voire ses places de sûreté et, pourquoi pas, sa foi chrétienne, et catholique avec un peu de chance si ce ciment-là tient encore.

Cela ne plaira pas. Le clash surviendra un moment ou l’autre. Quelque chose comme l’élimination des koulaks par des moyens légaux appropriés. Et ensuite ?

Ensuite la France ne sera plus peuplée, toutes origines confondues, que par des bernard-l’ermite qui vivront dans des coquilles abandonnées par les représentants d’une espèce à jamais disparue qui s’appelait l’espèce française et n’annonçait en rien, par on ne sait quelle métamorphose génétique, celle qui dans la seconde moitié de ce siècle se sera affublée de ce nom. Ce processus est déjà amorcé.

Il existe une seconde hypothèse que je ne saurais formuler autrement qu’en privé et qui nécessiterait auparavant que je consultasse mon avocat, c’est que les derniers isolats résistent jusqu’à s’engager dans une sorte de reconquista sans doute différente de l’espagnole mais s’inspirant des mêmes motifs. Il y aurait un roman périlleux à écrire là-dessus. Ce n’est pas moi qui m’en chargerai, j’ai déjà donné. Son auteur n’est probablement pas encore né, mais ce livre verra le jour à point nommé, j’en suis sûr…

Ce que je ne parviens pas à comprendre et qui me plonge dans un abîme de perplexité navrée, c’est pourquoi et comment tant de Français avertis et tant d’hommes politiques français concourent sciemment, méthodiquement, je n’ose dire cyniquement, à l’immolation d’une certaine France (évitons le qualificatif d’éternelle qui révulse les belles consciences) sur l’autel de l’humanisme utopique exacerbé. Je me pose la même question à propos de toutes ces associations omniprésentes de droits à ceci, de droits à cela, et toutes ces ligues, ces sociétés de pensée, ces officines subventionnées, ces réseaux de manipulateurs infiltrés dans tous les rouages de l’Etat (éducation, magistrature, partis politiques, syndicats, etc.), ces pétitionnaires innombrables, ces médias correctement consensuels et tous ces « intelligents » qui jour après jour et impunément inoculent leur substance anesthésiante dans l’organisme encore sain de la nation française.

Même si je peux, à la limite, les créditer d’une part de sincérité, il m’arrive d’avoir de la peine à admettre que ce sont mes compatriotes. Je sens poindre le mot renégat, mais il y a une autre explication : ils confondent la France avec la République. Les « valeurs républicaines » se déclinent à l’infini, on le sait jusqu’à la satiété, mais sans jamais de référence à la France. Or la France est d’abord une patrie charnelle. En revanche, la République, qui n’est qu’une forme de gouvernement, est synonyme pour eux d’idéologie, idéologie avec un grand « I », l’idéologie majeure. Il me semble, en quelque sorte, qu’ils trahissent la première pour la seconde.

Parmi le flot de références que j’accumule en épais dossiers à l’appui de ce bilan, en voici une qui sous des dehors bon enfant éclaire bien l’étendue des dégâts. Elle est extraite d’un discours de Laurent Fabius au congrès socialiste de Dijon, le 17 mai 2003 : « Quand la Marianne de nos mairies prendra le beau visage d’une jeune Française issue de l’immigration, ce jour-là la France aura franchi un pas en faisant vivre pleinement les valeurs de la République… ».

Puisque nous en sommes aux citations, en voici deux, pour conclure :

« Aucun nombre de bombes atomiques ne pourra endiguer le raz de marée constitué par les millions d’êtres humains qui partiront un jour de la partie méridionale et pauvre du monde, pour faire irruption dans les espaces relativement ouverts du riche hémisphère septentrional, en quête de survie » (Président Boumediene, mars 1974).

Et celle-là, tirée du XXe chant de l’Apocalypse : « Le temps des mille ans s’achève. Voilà que sortent les nations qui sont aux quatre coins de la terre et qui égalent en nombre le sable de la mer. Elles partiront en expédition sur la surface de la terre, elles investiront le camp des saints et la ville bien-aimée ».


Jean Raspail
(Extrait tiré du Figaro du 17 juin 2004)

 


 

Notes de la rédaction

« Tout l’Europe marche à sa mort » : C’est  vrai, l’ONU la souhaite, c’est l’objectif du Pacte dit de Marrakech qui fait une obligation de l’acceptation et de l’entretien à grand frais de millions de migrants dont la mission n’est pas d’être « des chances » par leur intégration progressive, mais les fossoyeurs de la culture et de la civilisation européennes.

L’autre levier, c’est l’élargissement sans limites de l’Europe. Raspail parle de l’Europe des Quinze en 2004, quinze ans plus tard nous sommes 30 avec l’entrée en toute discrétion et dans le silence médiatique le plus total des médias de deux pays musulmans, l’Albanie et la Macédoine du Nord. Cela s’est fait pendant le confinement général sur décision de la Commission approuvée par Merkel et Macron, malgré les réticences des pays  de l’Europe de l’Est qui, ayant vécu pendant trois siècles la colonisation musulmane, savent dans leur mémoire et leur chair ce que  cela présage d’humiliations et de souffrances pour les non musulmans.

Ce que l’on ne vous dit pas non  plus, c’est que la nomenklatura européenne comptait sur la colonisation chinoise pour contrer la musulmane, mais comme la Chine communiste est contestée de plus en plus en raison de sa grande malhonnêteté diplomatique, la solution de rechange prévue est d’intégrer en douceur et progressivement à l’Europe des pays musulmans du pourtour méditerranéen, et des pays du Moyen-Orient.

L’élimination des koulaks : Jean Raspail fait allusion à l’Holodomor, mot ukrainien qui signifie la mort par la faim. En 1932 l’Union soviétique est ruinée par l’économie socialiste. Les capitalistes privés ont disparu, l’État capitaliste se révèle très mauvais gestionnaire, comme aujourd’hui en France. Les cadres de l’économie sont dans les camps de concentration (goulags) pour n’avoir pas accepté spontanément le communisme, et les paysans mis en rééducation au travail forcé dans les kolkhozes ont spontanément et considérablement réduit leur productivité. Moscou a faim.

Staline fait réquisitionner partout les stocks de nourriture. Les paysans ukrainiens, les « koulaks », faisaient, comme tous les paysans du monde, des réserves pour nourrir leurs familles pendant l’hiver. Staline le leur refusa et les fermes furent fouillées pour y voler les sacs de céréales et les animaux. Il s’en suivit une terrible famine qui fit plus de dix millions de koulaks morts de faim, un génocide communiste par la faim dont les socialistes refusent qu’il soit mentionné dans nos pays. D’autant que la plus grande partie des victimes furent les vieux et les enfants. Quand les bébés et les jeunes mourraient de faim, les parents les mangeaient pour survivre.

21 juin 2020

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Claude Roland
Claude Roland
23 juin 2020 9 h 54 min

Je pense que nos politicards, nos journaleux et autres collabos ou traîtres sont conscients de la situation. Mais ils ont adopté un concept, celui du TPMG (tout pour ma gueule). En gros, ils se disent : « c’est foutu, il faut sauver les meubles. J’oublie la moralité. J’essaie de ramasser le plus de fric possible, montrer patte blanche aux dominants collabos afin de mettre ma famille à l’abri et après moi le déluge. » Et ces gens là vont s’en tirer et regarder de loin la guerre civile qui ravagera la France. Regardez dans un atlas historique la France du Xème au… Lire la suite »

Zglb
Zglb
23 juin 2020 11 h 12 min
Répondre à  Claude Roland

Si je puis me permettre, à ce sujet, voyez Fr. Michel Rodrigue sur Youtube. Il donne des détails surprenants. Le monde hispanique commence à relayer ses vidéos depuis le début de juin, çà buzze sec depuis peu. Rien encore en français.

jjgg
jjgg
22 juin 2020 10 h 58 min

Il y a derrière cette invasion, un laisser faire et une volonté politique, il ne peut en être autrement. Car si nous ne voulions pas que perdure cette situation, nous avons des frontières à fermer et des nouvelles lois à promulguer.

Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes.

Claude Roland
Claude Roland
23 juin 2020 9 h 56 min
Répondre à  jjgg

Oui mais pour celà, il faut qu’une majorité de Français se dresse et crie enfin « ça suffit !!! » d’une seule voix.

Oséria
Oséria
29 juin 2020 20 h 38 min
Répondre à  Claude Roland

Quand je vois le résultat des élections municipales je me dit que c’est pas pour demain

lepatriote1111
lepatriote1111
21 juin 2020 19 h 35 min

Pourquoi cela nous tombe sur le nez , parce que nous avons abandonnés notre religion qui était le ciment fédérateur de la Nation Française , je vais en faire bondir plus d’un , je sais il y a eu des abus de la part de certains prêtres et hauts dignitaires de l’Église , n’oublions pas qu’ils ne sont qu’une petite minorité de pervers. C’est à cause de cette minorité pervertie que les ouailles ont délaissées la religion se tournant vers des dérivatifs encore plus pernicieux (réseaux sociaux , internet , jeu en ligne les geek , la pornographie etc etc… Lire la suite »

Zglb
Zglb
22 juin 2020 5 h 09 min
Répondre à  lepatriote1111

Patriote1111, c’est ça et rien d’autre que ça, avec en plus le fait que la république en France est d’essence démoniaque.

jjgg
jjgg
22 juin 2020 10 h 55 min
Répondre à  lepatriote1111

Du sang des larmes, c’est déjà fait.

Dissident
Dissident
22 juin 2020 17 h 59 min
Répondre à  jjgg

Oui, le sang et les larmes c’est fait.
Maintenant … la poudre !

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