NOVLANGUE ET MOTS INTERDITS
(Marion Maréchal)

Le 20 février, un article de Marianne évoquait cette inacceptable « écriture inclusive » qui cherche à s’imposer tel un virus culturel tout aussi mortel pour notre civilisation que l’autre pour notre espèce. Il a déjà réussi à s’implanter, semble-t-il avec succès, en Grande Bretagne et au Canada. Autre facette redoutablement efficace des revendications de genre et « non binaires » (encore un nouveau concept qui est en train de s’imposer), c’est notre culture, notre société, notre civilisation qui sont insidieusement ébranlées dans leurs fondements que l’on imaginait les plus solides. J’accuse ici les « sociologues », qui, faute de débouchés opérationnels, ont fait depuis 50 ans un travail de sape bien plus efficace que tous les marxistes, maoïstes, communistes de tous poils réunis.
Avec pertinence, intelligence et mesure, Marion Maréchal s’exprime sur cette dangereuse évolution idéologique.  

Ce document est paru dans l’Incorrect le 25 février 2021

 

Un récent article de Marianne dresse une liste d’anecdotes dont on pourrait s’amuser si elles n’étaient pas révélatrices d’une tendance plus générale et profonde dans nos sociétés occidentales. Il a pour titre « Père, Mère, ces mots jugés discriminatoires du Royaume-Uni au Québec ».
Pour comprendre la manière dont nous avons pu arriver à de telles absurdités, revenons quelques mois en arrière.
En janvier, une enquête de Zone Interdite révélait que 22% des français « ne se sentaient ni homme ni femme ».
En novembre, un sondage IFOP indiquait, quant à lui, que 49% des lycéens ne se reconnaissaient pas dans la catégorie
« de genre » homme ou femme. 

Si une telle proportion a de quoi surprendre, il est indéniable que ce phénomène a pris de l’ampleur ces dernières années. Je suis convaincue que les réponses de ces Français et de ces lycéens sont le fruit de notre époque. Cette tendance est le pur résultat de l’activisme des militants LGBTIQ+ et de leurs relais médiatiques. Je précise bien que je parle de militants politiques organisés en mouvements et groupes de pression, porteurs d’une doctrine, et non des personnes homosexuelles en général. 

En quelques années, l’idée, ou plutôt l’idéologie, de l’« identité de genre » s’est imposée partout, à l’école, dans les universités, dans les grandes entreprises, dans les médias, sur les réseaux sociaux, faisant ainsi tourner la propagande à plein régime auprès de la population et de la jeunesse en particulier. Dorénavant, quiconque s’aventure à remettre en cause cette théorie du genre s’expose immédiatement à l’accusation d’homophobie ou de transphobie.

Ces fameux « gender studies » ou études de genre, dénués de tout fondement scientifique ou académique, sont le résultat de travaux en sociologie (et non médicaux) parus aux États-Unis dans les années 60. Au prétexte de vouloir légitimement lutter contre d’éventuelles inégalités entre les sexes liées à des conventions sociales, ils ont abouti à une négation radicale de la nature. Ces « études » défendent l’idée que le sexe biologique d’une personne ne correspond pas nécessairement à son « sexe social » et que les différences entre les sexes sont le résultat quasi-exclusif de constructions culturelles. Selon cette théorie, une personne née biologiquement femme peut se définir comme femme, homme, les deux ou ni l’un ni l’autre voire passer de l’un à l’autre, selon le « genre » auquel elle se sent appartenir. 

Dans cette idéologie, le sexe biologique se résume à une fiction, il n’est qu’un « sexe assigné à la naissance » que l’on peut remettre en cause à sa guise. Ainsi, une personne de sexe féminin qui se perçoit comme une femme n’est plus considérée comme la norme mais comme une simple catégorie de genre parmi d’autres appelée « cisgenre ». 

Fait parlant de l’époque, Facebook propose à ce jour pas moins de 52 genres différents. Et la liste n’a de cesse de s’allonger au gré de l’autodétermination de chacun. Ces activistes cherchent donc à abolir la notion de sexe inné, intrinsèquement discriminante selon eux, au profit de celle de genre choisi.
Ce remplacement du sexe par le genre s’accompagne systématiquement de la dénonciation de l’« hétéronormativité ». Ce concept bancal cherche à discréditer le fait que la société se soit organisée dans ses lois, sa culture, ses représentations, son éducation sur la « norme » de l’hétérosexualité. 

Selon eux, il ne faudrait donc plus penser la société au travers des pôles masculins et féminins ou sur la base de l’hétérosexualité, pourtant indispensables à la reproduction, mais autour des revendications des minorités de « genre » ou sexuelles. 

C’est ainsi que nous arrivons à des situations absurdes où l’emploi du terme « lait maternel » est banni dans certains hôpitaux anglais pour ne pas « blesser les personnes transgenres », tout comme l’utilisation du mot « père » et « mère » est proscrit pour soi-disant éviter les discriminations sexuelles. En Suède, il y a dorénavant des toilettes « neutres » pour ceux qui ne se sentent ni homme, ni femme. Aux États-Unis, des athlètes transsexuels nés hommes et devenus femmes peuvent concourir dans des compétitions féminines malgré l’indéniable concurrence déloyale que cela engendre. 

Dernièrement, un nouveau concept dérivé de la logique du genre a émergé : le « transracialisme ». Il désigne les personnes « qui revendiquent une identité raciale différente de leur origine ethnique à la naissance. » Après tout si le sexe peut être choisi, pourquoi ne pourrait-on pas décider de son origine ethnique ? Ne croyez pas que ces aberrations ne franchiront jamais les frontières nationales. L’apparition de l’écriture inclusive dite « dégenrée », jusque dans l’Université, est l’une des multiples expressions de cette théorie du genre qui envahissent notre quotidien. 

Défendre l’idée que des situations réelles mais marginales, telles que la transsexualité ou l’hermaphrodisme, ne constituent pas une nouvelle catégorie sexuelle au même titre qu’homme et femme n’est en rien un appel à l’intolérance. Chaque personne mérite d’être respectée dans ses particularités de naissance et dans ses choix affectifs ou sexuels. L’intimité appartient à chacun. Le problème tient précisément au fait que les partisans de la théorie du genre aient transformé cette intimité en combat politique, la sexualité en identité et cette identité en revendication communautaire. 

Le tout au mépris d’une évidence naturelle : l’humanité n’est pas répartie en genres infinis mais en deux sexes : homme et femme. Cette différence sexuée porte des permanences anthropologiques irréductibles même si la représentation de la virilité et de la féminité peut évoluer en fonction des époques et des cultures. Il échappe à ces militants du genre que différence ne signifie pas hiérarchie, que distinction n’implique pas discrimination. L’égalité ne rime pas avec confusion ou effacement.

Chaque homme et chaque femme peut avoir une sexualité propre (hétérosexuelle, homosexuelle, bisexuelle, etc.) mais l’hétérosexualité reste, de fait, la pratique majoritaire puisqu’il s’agit là de la condition imposée par la nature pour perpétuer l’espèce. Il n’y a donc rien d’anormal ou de scandaleux à ce qu’elle reste la norme de référence pour la société. 

Ce combat du genre est en réalité un pur produit de l’individualisme contemporain. Cet individu-roi ne tolère même plus les limites que lui impose la nature. Il refuse toute forme d’héritage historique, de cadre culturel ou spirituel, il voit dans la déconstruction de toutes références le prix glorieux et nécessaire de l’émancipation, il place ses droits et son désir personnel au-dessus de l’intérêt collectif et de la cohésion de la communauté. Cette déconstruction s’attaque à tous les pans de la société : elle est à la fois juridique, administrative, culturelle, familiale, politique, éducative, philosophique.  

Ses conséquences n’épargneront rien ni personne tant que ses opposants préfèreront le confort du silence. 

 

 

 

 

 

Marion Maréchal
1er mars 2021

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Hélène
Hélène
9 mars 2021 13 h 04 min

Cancel culture : pour marteler les esprits rien de tel, après avoir un langage politiquement correct, une écriture qui figera le travail… Le régime chinois a remplacé les caractères chinois anciens qui avaient des connotation de compréhension et d’expression plus profonde, pour un langage superficiel, et des mots qui valorisent le Parti. De Gaulle n’aurait jamais dû donner le ministère de l’éducation nationale aux communistes : ce n’est pas eux qui vont s’opposer à cette mascarade supplémentaire. On le voit en Chine : 80 millions d’adhérents au parti pour contrôler 1,3 milliards de personnes, par le conditionnement et le formatage… Lire la suite »

Dissident
Dissident
4 mars 2021 20 h 26 min

Tout ceci n’est pas anodin, cela fait partie de la machinerie de destruction de la civilisation accidentable qui est en œuvre partout.
La théorie immonde du genre dont l’auteur a fini par vendre la mèche, les mouvements minoritaristes, la féminisation à outrance de tous les termes, les multiples néologismes qu’on nous assène, les « règles » imbéciles et totalitaires qu’on nous impose. Tout y est.
Il ne faut pas se contenter de gloser sur ce sujet, il faut le combattre bec et ongles chaque jour.
Encore un combat, comme si on en manquait !

Allobroge
Allobroge
3 mars 2021 12 h 44 min

Les migrants, eux, ne se posent pas de questions de genre mais ont intérêts à ce que les français soient de plus en plus émasculés par contre !

Zglb
Zglb
2 mars 2021 13 h 03 min

Je ne crois pas au sondage de l’Ifop, ni aux autres sondages d’ailleurs. Marion aurait mieux fait de les considérer pour ce qu’ils sont, des moyens de manipulation de l’opinion à des fins crapuleuses.

Claude Roland
Claude Roland
2 mars 2021 14 h 22 min
Répondre à  Zglb

Exactement Zglb, je pensais la même chose !

Alain VITTENET
Alain VITTENET
2 mars 2021 12 h 28 min

Je me demande si ce genre de démarche ne traduit pas actuellement un désir effréné de pouvoir se singulariser dans une époque où notre démocratie s’acharne à vouloir générer une Société de clones et promouvoir la pensée unique? On s’habille tous selon la mode , on pratique les sports à la mode les plus populaires , on doit voyager selon les critères communs etc etc etc . Voilà peut -être des raisons qui expliquent cette tendance à sortir de la monotonie moderne! Mais pourtant il existe de multiples manières de se distinguer en conservant nos valeurs tant décriées.

Serge GRASS
2 mars 2021 8 h 10 min

Ces fantasmes sont des luxes de riches. Lorsque la faim tiraille, ces élucubrations ne sont pas à l’ordre du jour. Lorsque l’on s’ennuie de trop de confort tout est bon pour se créer l’illusion d’être !

Claude Roland
Claude Roland
2 mars 2021 14 h 23 min
Répondre à  Serge GRASS

Pas grave, les populations migrantes arrangeront tout ça…avec leurs méthodes ancestrales.

Michel MORVAN
Michel MORVAN
1 mars 2021 20 h 00 min

Tout à fait d’accord. Mais pour argumenter correctement il faut avoir des connaissances linguistiques. Par exemple la langue française n’est en rien machiste, c’est le pur hasard de l’évolution de la langue. En espagnol c’est simple: -o pour le masculin, -a pour le féminin, en allemand on rajoute seulement -in pour le féminin. Autre exemple: des imbéciles prétendent que « nègre » est péjoratif (Les dix petits nègres !). C’est faux. En espagnol noir se dit negro. En roumain negru..Le français a les deux, pur hasard !

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