REGARDONS L’AVENIR (Jean Goychman)

Sortons de la bien-pensance mondialiste

Tous les soirs nous avons droit, pour ceux qui suivent les chaînes d’info, aux mêmes analyses, faites  par des gens qui viennent nous parler de la situation en Ukraine. Toutes vont toujours dans le même sens, qui est celui d’une instruction essentiellement à charge contre la Russie. Cela ressemble plus à de la propagande partisane qu’à de l’information objective, que nous devrions pourtant être à même d’entendre.
Personnellement, je n’ai rien pour ou contre l’Ukraine ou la Russie et, pour être franc, seul le devenir de la France m’intéresse.

 

 

UNE ARGUMENTATION TRÈS ORIENTÉE

On nous dit, comme un leitmotiv, que l’Europe (et donc la France) doit soutenir l’Ukraine contre la Russie et que Poutine est un tyran de la pire espèce qui, si on ne l’arrête pas immédiatement, a pour projet la conquête de toute l’Europe avant de s’attaquer au reste du monde. Parmi les intervenantes fréquentes se trouve une certaine Alla Poedie dont le discours fondamentalement anti-Russe est tellement outrancier qu’il en devient inaudible.

Essayons de prendre un peu de recul par rapport à ce tumulte et regardons les choses telles qu’elles sont. La vieille image de l’ours russe qui veut la mort de l’Occident, née essentiellement de la propagande de la guerre froide ne convainc plus personne aujourd’hui. Pourquoi la Russie de Poutine voudrait-elle s’emparer de l’Europe occidentale ? En 1945, on comprend que les troupes soviétiques soient allées à Berlin, mais elles n’ont pas été au-delà de l’Elbe et ce fut un grand moment de fraternité entre Américains et Soviétiques.

HITLER ET POUTINE = MÊME COMBAT !

On fait souvent une sorte de parallèle entre Hitler et Poutine. Or, les situations sont différentes.

Hitler voulait imposer la domination de la race Aryenne en Europe et s’est emparé du pouvoir en Allemagne dont le peuple s’était senti humilié par le traité de Versailles. De plus, il avait un besoin crucial du pétrole russe et d’autres matières premières. Le Japon s’était trouvé dans un cas analogue.

La Russie à un territoire immense et un sol qui contient tout ce dont elle a besoin. Par contre, elle a très peur de ne plus pouvoir défendre ces richesses qui peuvent être convoitées par d’autres.

L’AFFAIRE SEVERSTALL

Poutine a gardé un très mauvais souvenir de l’opération Serverstal.

Pourtant, au départ, tout allait bien. Début 2006, les gens d’Arcelor étaient d’accord, Thierry Breton avait donné son accord. La Goldman Sachs avait pris en main ce dossier de fusion-acquisition et les travaux d’approche commencèrent. Le seul rival et opposant à cette opération était Lachmi Mittal, le géant indien de l’acier.

En mai 2006, l’affaire était quasiment faite. Coup de théatre, on annonce le 26 juin 2006 que Mittal s’empare d’Arcelor.

Vladimir Poutine s’est senti trahi et en a conçu un très fort ressentiment contre ces financiers sans foi ni loi prêts à faire main basse sur tout. De plus, il a découvert les liens préexistants, soigneusement occultés, entre Mittal et la Goldman Sachs ainsi que cette globalisation financière du mondialisme. Ayant perdu toute confiance en l’Occident, sa politique a évoluée en conséquence.

Et ce fut loin d’être le seul cas. En réalité, ce fut un pillage organisée de la Russie, double pillage même puisqu’il fut l’œuvre de certaines « mafias » russes, qu’on appelait les « oligarques » (dont certains venaient de l’ancienne « nomenclatura », aidés par la caste financière mondialiste.

UNE AVANCÉE CONSTANTE DE L’OTAN

Depuis 1991, l’OTAN, malgré les accords et les promesses de 1991,  a continué sa poussée vers l’Est. La carte ci-dessous compare les pays de l’OTAN entre 1998 et 2022 (document publié par Minurne le 29 mai 2022).

 


Si, de plus, on ajoute la Suède et la Finlande, qui se sont portées récemment candidates pour entrer dans l’OTAN, on voit que la paranoïa supposée de Poutine n’explique pas tout.

Lorsqu’en octobre 1962, Le président Kennedy avait déclenché le blocus de Cuba en raison de l’installation des missiles soviétiques sur cette île qui menaçaient directement les cotes américaines, personne du monde occidental n’avait trouvé à redire et tous avaient soutenu Kennedy.

C’est pourtant avec un certain étonnement qu’on découvrit que ces missiles de Cuba étaient, de fait, la réplique à l‘installation de fusées américaines en Turquie.

Kennedy et Krouchtchev ayant eu la sagesse de se mettre d’accord, la menace a pu être éloignée.

LA MONDIALISATION EST UN SUJET D’INQUIÉTUDE POUR LA RUSSIE

Le peuple russe, comme beaucoup d’autres, est nationaliste. Cela veut dire qu’il est partisan du maintien des Etats-Nation. La vision de l’Etat profond américain, telle qu’elle est décrite par Zbignew Brzezinski en 1997 et que tout le Kremlin a lu, ne peut que les inquiéter. En 1991, la coalition contre l’Irak, à laquelle ils avaient participé en tant qu’URSS, menée par les Etats-Unis leur avait permis de se positionner comme un pays respectant le Droit et ils espéraient que cela serait pris en compte pour leurs futures relations internationales.

La suite leur a montré que seuls existaient réellement les rapports de force. Bien disposée envers l’Union européenne jusqu’à la fin du 20ème siècle, la Russie du 21ème siècle s’est rendue compte que l’Etat profond américain n’accepterait jamais qu’elle soit dans le même ensemble économique que l’Allemagne. Et cela remonte probablement à l’époque de Bismarck, bien avant la mise en place de cet Etat profond.

LE VIRAGE VERS L’ASIE

La route de l’Ouest étant coupée, c’est donc contraint et forcé que Poutine s’est tourné vers l’Asie.

Sur ce sujet, Hubert Védrine ne mâche pas ses mots. Même s’il critique fortement l’invasion ukrainienne, il fait la part des choses. Et nous devrions tous, nous les Européens, faire de même.

Il faut rester lucide. L’Europe fédérale, dont les mondialistes rêvent, pensant en faire l’appartement témoin du Nouvel Ordre Mondial, probablement déjà dépassé, se fera d’autant moins que, n’étant plus à une contradiction près, les dirigeants européens (dont beaucoup ne représentent qu’eux-mêmes), envisagent de faire entrer dans l’Union Européenne des pays comme l’Ukraine dont il vantent aujourd’hui le côté « défense de la nation » alors que leur projet fédéraliste passe justement par la destruction des nations.

Le gaulliste que je suis ne peut qu’appuyer cette démarche. Mais ne soyons pas dupes, elle est purement conjoncturelle et ne sert que d’alibi pour justifier l’aide militaire apportée à l’Ukraine.

Je ne suis pas loin de penser que le sort à terme de l’Ukraine ne préoccupe guère cette caste mondialiste.

En revanche, pour ceux qui croient dans la seule forme possible d’une Europe des Patries et des Nations, il est indispensable de faire face à l’incontournable réalité. Et cette réalité, c’est que la Russie, qu’elle soit ou non dirigée par Poutine, se trouve sur le continent européen. Et c’est cette même réalité qui avait conduit de Gaulle à donner comme périmètre du projet européen qu’il défendait celui d’une « Europe de l’Atlantique à l’Oural ».

Dans cette profonde réorganisation de la géopolitique planétaire que nous vivons, et qui s’oriente visiblement vers une « régionalisation des continents », la Russie est indispensable pour le futur du continent européen.

Jean Goychman 

19/06/2022

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Claude Roland
Claude Roland
21 juin 2022 10 h 21 min

Poutine fait le même constat que Trump avec qui il a des relations très courtoises, respectueuses et entendues, d’autant que Poutine appelle Trump au moins une fois par semaine pour le tenir au courant de ce qu’il fait en Ukraine ; et Trump l’approuve tout en vérifiant discrètement. Les deux sont anti-mondialistes. Poutine ignore Biden. Si Poutine a commencé à faire le ménage de façon bruyante, Trump l’a commencé depuis quelques temps de façon discrète aux USA. Et pour cause car il veut que chaque citoyen américain prennent conscience du désastre socio-économique démocrate mené par le Deep state genre « quand… Lire la suite »

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