UN GRAND DEBAT PEUT-IL CALMER UNE COLERE SOURDE ?
(Jean Goychman)

Il y a quelques décennies, un petit dessin animé avait fait sensation au Canada. Son titre, traduit en français, signifiait : « Pourquoi les souris élisent-elles des chats ?

D’une façon très amusante, le réalisateur nous montrait comment, élection après élection, le peuple des souris se sentait floué par les chats auxquels il donnait le pouvoir. Plusieurs sortes de chats se succédaient ainsi et, à chaque fois, les souris constataient que les décisions politiques prises étaient contraires à leurs intérêts mais favorables à ceux des chats. Un jour, l’une d’entre elles eut la révélation de la cause de ce mystère : « C’est parce que nous sommes des souris et qu’eux sont des chats ! »

Un troublant parallèle

Ce petit conte satirique peut se transposer à notre pays (et à beaucoup d’autres) et peut expliquer pourquoi, scrutin après scrutin, le nombre d’électeurs allant voter va diminuant considérablement.

Les gens se sentent de moins en moins représentés par ceux qu’ils portent au pouvoir et finissent par ne plus voter du tout. Depuis la fin des années 70, nous nous enfonçons dans un marasme économique qui a vu les emplois diminuer ainsi que les salaires, alors que les impôts n’ont pas cessé d’augmenter en même temps que notre dette publique.

Le résultat est que les « classes moyennes », qui sont probablement le plus bel acquit de la démocratie et du développement des années fastes de l’après-guerre, sont aujourd’hui menacées de paupérisation et les populations les plus exposées sont passées en dessous du « seuil de pauvreté ».

Nous sommes allés depuis plus de trente ans de promesses non-tenues en faux espoirs entretenus et le moment vient de se poser la question : Pourquoi ?

Nos élus sont des gens qui paraissent cultivés, pour la plupart dotés d’une capacité d’analyse réelle et qui savent captiver l’attention des gens et trouver les mots qu’ils ont envie d’entendre. Pourquoi, une fois élus, changent-ils de registre ? Est-ce leur analyse qui n’était pas la bonne ou bien ont-ils avancé sous un faux-nez juste pour capter nos suffrages ?

L’impensable s’est produit

Car le doute est permis. L’évidence que quelque chose ne tournait pas rond, perçue jusqu’alors d’une manière plus ou moins diffuse, a été révélée par le référendum de 2005 portant sur le projet de constitution européenne. Le texte était très important car il engageait l’Europe vers un fédéralisme irréversible. Le peuple français l’a rejeté avec une majorité nette (55% des voix). La messe aurait dû être dite car il était impensable que l’avis du peuple soit trahi. Et l’impensable s’est produit. Non pas immédiatement, c’eut été trop voyant, mais d’une manière insidieuse et quatre ans plus tard, les Français se sont réveillés en découvrant que la mystification avait eu lieu. Pourquoi avoir voulu imposer ce traité à tout prix ? En quoi était-il essentiel pour le devenir du peuple français ? A moins que cela ne soit imposé par une volonté qui serait supérieure à la sienne ? De Gaulle avait déjà émis une telle hypothèse dans sa conférence sur l’ « Europe intégrée » et avait clairement évoqué l’hypothèse d’un fédérateur non européen.

Le cœur du problème

Pourquoi tout ce qui concerne les affaires européennes est toujours empreint d’un tel mystère, comme si l’on craignait de voir la réalité exposée à la pleine lumière. Dès que ce sujet est abordé, on nous oppose le complotisme et l’anti-européisme. C’est quand même un peu fort de voir que tous les présidents de la République depuis Mitterrand ont toujours verrouillé le débat sur ce sujet et que Nicolas Sarkozy, bien que peu enthousiaste à l’idée d’un référendum, ne s’y était rendu que contraint et forcé, conforté par les sondages donnant le « oui » ultra-gagnant.

Depuis, les gens se sont rendus compte que l’Europe qui leur avait été vendue était très différente de la réalité et que les sceptiques et les opposants déclarés devenaient de plus en plus nombreux.

Dans sa fameuse tirade du Bourget en 2012, François Hollande ne déclarait-il pas « Mon véritable ennemi, c’est la haute finance » ? Et il ajoutait quelques jours plus tard qu’il ne signerait pas le fameux « traité de la règle d’Or » destiné à instituer l’austérité à l’intérieur de la zone euro pour les pays qui seraient trop dépensiers. On a vu la suite.

Les vieux péchés ont de longues ombres

Depuis 2008, les déficits budgétaires français n’ont pratiquement jamais respecté le traité, qui imposait par ailleurs un retour à l’autre critère de convergence du traité de Maastricht relatif à la dette publique. Celle-ci, qui devait rester inférieure à 60%, s’élève aujourd’hui à 100% du PIB sans que personne ne s’en préoccupe. Il se dégage alors le sentiment que la rigueur d’application de la réglementation européenne dépend de la sympathie réciproque entre le gouvernement du pays et la Commission. En gros, si votre gouvernement est euromondialiste, comme c’est le cas du nôtre actuellement, vous pouvez naviguer librement au delà des barrières, mais si tel n’est pas le cas, comme en Italie par exemple, le « père fouettard » européen vous a à l’œil.

Mitterrand a cru pouvoir arrimer l’Allemagne au moyen de l’euro en l’échangeant contre la réunification avec l’Allemagne de l’Est mais finalement c’est aujourd’hui notre pays qui se trouve enchaîné à cette monnaie unique qui le condamne à une austérité perpétuelle.

Le sujet principal est écarté du débat

Le peuple français, comme beaucoup d’autres, est en train de réaliser qu’il a été floué depuis des décennies en se laissant conduire insidieusement dans un système qui lui a ôté, attribut après attribut, ces éléments essentiels de la souveraineté que sont le contrôle de sa monnaie et celui de ses frontières. Les bienfaits économiques promis en contre-partie ne sont pas là et c’est maintenant sa propre identité qui est menacée par une immigration de moins en moins maîtrisée. Signé en catimini par le gouvernement français, le « pacte de Marrakech » porté par l’ONU dont le côté mondialiste apparaît de plus en plus évident, ne peut qu’augmenter cette défiance.

Peut-on encore parler de démocratie ?

Ce qui frappe dans notre régime de pouvoir, incontestablement mis en place dans le respect de la constitution, c’est le manque de séparation des pouvoirs entre le l’exécutif et le législatif. Que l’on se réfère à Montesquieu ou à Tocqueville, cette séparation des pouvoirs est un élément indispensable de toute démocratie. Or, la majorité législative qui permet au gouvernement de faire passer toutes les lois pratiquement sans débat est composée de gens choisis par une commission d’investitures dépendant uniquement de la volonté du Président de la République et élus dans la dynamique de sa propre élection. L’opposition ne pouvant plus s’exprimer dans le cadre institutionnel de l’Assemblée Nationale, elle ne pouvait plus venir que la rue, et sous forme d’un mouvement spontané. Le gouvernement, semblant pris de court, a tardé à réagir et n’a pas eu la conscience immédiate du danger de cette réaction. Il a voulu appliquer la méthode traditionnelle du « combien de divisions » en se contentant de compter le nombre de gilets jaunes présents sur les rond-points alors qu’ils n’étaient que « l’arbre qui cache la forêt » d’un mécontentement  beaucoup plus étendu et surtout beaucoup plus profond.

Le grand débat

L’urgence étant de désamorcer un conflit qui menaçait de s’étendre, Emmanuel Macron a annoncé la tenue d’un « grand débat » qui rappelait, au départ, un peu les réunions citoyennes de l’Odéon en mai 68 où tout le monde s’exprimait sur tous les sujets sans qu’il n’en sorte rien. Petit à petit, jour après jour, le contenu prévu de ce débat est apparu. Force est de constater que nombre de sujets évoqués préalablement autour des ronds-points n’y figurent pas et il ne semble pas qu’ils y figureront. Le problème de l’immigration est, apparemment, définitivement écarté et celui du devenir de l’Union Européenne, sujet qui concerne pourtant d’une façon prioritaire l’avenir des Français, n’est même pas mentionné, alors qu’il va se poser avec acuité durant la campagne qui débute. Il y a bien le projet de référendum d’initiative citoyenne (RIC) mais son champ d’application correspondra-t-il au périmètre souhaité ?

Enfin, le dernier problème, mais non des moindres, restant à résoudre est celui de la confiance. Si l’on comprend bien, ce vaste débat risque de s’engager sans que l’on sache vraiment qui va discuter avec qui. La première phase consiste en une sorte de compilation des sujets évoqués sur des cahiers de doléance mis à disposition dans certains endroits, mais ensuite il y a une sorte de flou pour savoir qui va décider si le sujet proposé sera ou non abordé et qui en discutera. Enfin, il est prévu une phase finale de tirage au sort d’un certain nombre de citoyens qui, un peu comme un jury, auront le privilège d’échanger avec les autorités désignées. Cela impose que la confiance soit retrouvée entre les différents interlocuteurs, ce qui ne semble pas être le cas. On a plutôt le sentiment qu’un jeu de dupe est en train de s’établir, duquel il ne sortira pas grand chose et voulu par un gouvernement bien décidé à camper sur ses positions et pensant que « l’usure du temps » finira par faire son œuvre.

Quid en cas d’échec ?

Question essentielle ; comment sortirait-on d’un désaccord récurrent et insoluble d’une telle consultation ? Si le propos historique du docteur Queuille* « Il n’existe pas de problème que l’absence de solution n’ait fini par résoudre » pour une fois ne s’appliquait pas, que pourrait-il se passer ? Car l’inventaire des forces est bien déterminé. Nous avons d’un coté un pouvoir politique incarné par un Président qui dispose de ses pouvoirs sans limite de temps et qui n’a aucune raison apparente d’y renoncer. Surtout à un moment ou l’enjeu européen devient vital pour le clan mondialiste auquel il appartient et qui l’avait probablement soutenu bien en amont de son élection. Et de l’autre, une partie vraisemblablement importante du peuple français qui, si on en juge par les sondages, entend limiter ce pouvoir en reprenant lui-même en main son destin. Nous sommes typiquement dans le cas d’une opposition frontale entre un peuple et son élite. Jusqu’à présent, ce genre de conflit a généré une période d’incertitude plus ou moins prolongée mais qui s’est toujours terminée par un changement de régime.
En sera-t-il de même ? L’avenir le dira.

Jean Goychman

7/1/2019

* https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Queuille       



0 0 votes
Évaluation de l'article
13 Commentaires
plus récent
plus ancien Le plus populaire
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires
lafronde
lafronde
12 janvier 2019 0 h 00 min

Pour aller droit au but, je ne crois pas moi non plus à ce « grand débat ». Qui représentera le Peuple ? De quoi discutera-t-on ? Comment articuler le local et le national ? Si nos politiciens voulaient vraiment sortir le pays de l’ornière où il reste embourbé depuis 1974-1981 il serait bon de s’inspirer des pays qui fonctionnent mieux ! Tous observent la subsidiarité, respectent leur Société civile, et la Propriété, aucun n’est centralisé, socialiste, ni avec plébiscite présidentiel. Devons-nous nous étonner d’avoir des politiciens médiocres ? c’est à dire carriéristes et clientélistes ? Puisqu’ils peuvent faire des dettes, puis… Lire la suite »

Dobermann
Dobermann
11 janvier 2019 0 h 46 min

Le grand débat ??? C’est quoi ce machin ???? Comme si l’état ne savait pas ce qui n’allait pas rond !! Il s’agit plutôt du grand BLA-BLA qui va se concrétiser par un grand CACA ! Les sujets qui intéressent les français c’est: 1-Interdiction de l’islam et destruction de toutes les mosques salafistes et wahabites en premier. 2-Immigration et notamment le re-migration 3-La peine de mort. A la place DES FONDAMENTAUX on nous sert une vulgaire soupe aux choux IMPOSEE…on veut nous enfarinner nous entartrer, gagner du temps pour l’épuisement…tout faux on a gagné en RAGE ! Tout cela va… Lire la suite »

bAUDOUIN
bAUDOUIN
11 janvier 2019 0 h 20 min

Il faudrait embobiner le voyou de service pour jouer le rôle de Brutus et entendre Jupiter lui dire… »tu quoque, fili mi.?

Dorylée
Dorylée
10 janvier 2019 18 h 37 min

Le Grand Débat National : on va débattre d’un sujet primordial qui intéresse les Français au plus haut point à savoir  » les vents d’ouest et les marées d’équinoxe influencent-elles la vie sexuelle des bigorneaux ?  » question à laquelle les zélites vont répondre très clairement :  » tout dépend du point de vue où l’on se place et de l’importance de la variation du phénomène par rapport à l’idée qu’on s’en fait. Et réciproquement.  » Là dessus, chacun va retourner à ces petites affaires : les pauvres avec leur gilet jaune sur les ronds-points, les zélites à leurs privilèges… Lire la suite »

necas
14 janvier 2019 23 h 24 min
Répondre à  Dorylée

On s’en tape du Grand Débat !
Je ne connais qu’un dicton de ma région des Pays de Loire :
Quand on aime les gens ,
On ne fait pas semblant !!!!!
Point barre .

Sacha P
Sacha P
10 janvier 2019 18 h 11 min

Le temps des débats est dépassé , qu’ils soient grands ou petits . Emmanuel Macron a fait ses preuves ; son comportement et sa politique sont contraires aux intérêts de la France . Les opposants , s’ils étaient sincères , devraient plutôt se préoccuper d’utiliser les articles de la Constitution qui permettent de conduire à la destitution de ce Président . Il faut impérativement faire sauter le blocage que représentent ce personnage et ses affidés pour pouvoir commencer à redresser notre pays . Il devrait être clair pour tous les patriotes que cette opération est prioritaire .

claude Roland
claude Roland
9 janvier 2019 18 h 17 min

Le Grand Débat est surtout le Grand Enfumage car il n’en sortira rien après des semaines de bla bla. On aime bien bla-blater en France… La montagne accouchera d’une souris. Ce que Macron cherche c’est à gagner du temps depuis le début. Et tout le monde est en train de se calmer en mettant espoir dans ce débat. Peu de choses changeront dans ce pays farci d’usines à gaz. La pression fiscale ne diminuera pas car personne ne parle de baisser drastiquement TOUTES les taxes, ce qui serait même mieux que d’augmenter les salaires pour achever de saigner les entreprises… Lire la suite »

Zglb
Zglb
8 janvier 2019 11 h 03 min

Non, il n’y a plus rien à négocier, vu que les GJ n’ont plus rien à perdre et s’ils n’ont plus rien à perdre c’est qu’ils ont déjà tout perdu. Il s’en suit que débattre ne signifie rien. Débattre de quoi et sur quoi ? On ne négocie pas avec des bandits de grands chemins, ni avant d’être dépouillés, ni après l’avoir été. Bon, si les dits bandits se présentaient à eux en chemise et la corde au cou, si, se repentant de leurs crimes, ils leur régurgitaient humblement le pognon volé, passe encore! mais là, non, ces profiteurs imbéciles… Lire la suite »

CRI
CRI
8 janvier 2019 8 h 02 min

LE TITANIC EST ENGAGE A COULER PAUVRE FRANCE

claude Roland
claude Roland
9 janvier 2019 17 h 48 min
Répondre à  CRI

Pauvres Français, oui, pas foutus de protéger leur pays et taper du poing sur la table en virant tous ces incapables direct !

guyguy
guyguy
8 janvier 2019 1 h 40 min

Le grand débat ne commence pas trop mal pour Madame Jouanneau qui va toucher 175000 euro pour sa prestation de directrice des opérations. Dans cette histoire de grand débat ce n’est pas le peuple qui mène la danse mais le
gouvernement. C’est un peu aussi comme ces gilets jaunes qui font l’erreur d’aller s’installer à la table de Tapie
qui n’est tout de même pas une personne dont on peut dire que la probité est l’une de ses qualités.

claude Roland
claude Roland
9 janvier 2019 17 h 49 min
Répondre à  guyguy

Jouanneau a perdu. Comme les autres, elle a joué « pas vu, pas pris », mais elle a été vue. Et combien d’autres sont passés inaperçus avant elle ? Et Combien d’autres ne sont pas vus ?!

necas
14 janvier 2019 23 h 34 min
Répondre à  claude Roland

Par contre , Roland : Macron a bien pris soin de refaire de l’enfumage, quant à l’envoi de sa lettre de poésie au bas peuple ! Prétextant un gaspillage au niveau écologique , alors , que , la vraie raison , était de se retrouver , à l ‘ Élysées, au service postal , avec des tonnes de lettres , avec écrit dessus : Retour à l’envoyeur !!!!!!!
Car le mec est tellement détesté , que le risque était trop humiliant !!!!
Virez ce type mal élu , lui , et sa clique de branques de 2nde zone !

blank