NOUVELLE CALÉDONIE : QUID, APRES LE RÉFÉRENDUM ? (L’Imprécateur)

Lundi 13 décembre, J-L Mélenchon a prononcé d’un ton lugubre, sur son blog, un discours sur la Nouvelle-Calédonie truffé d’erreurs dans tous les domaines : géographique, historique, juridique et politique. J’ai failli consacrer entièrement cet article à démonter en détail son discours pour mettre en relief son manque de culture, de connaissance du Pacifique en général, et de la Nouvelle Calédonie en particulier. Et puis, j’ai pensé qu’il est inutile de faire de la publicité à ce tissu d’âneries que seuls croiront ses (de plus en plus rares) fidèles militants d’extrême gauche tout aussi incultes et ignorants que lui (1).

Pour rentrer dans le sujet de cet article « Quel avenir immédiat après le référendum », il faut quand même évoquer une autre preuve de l’ignorance de Jean-Luc Mélenchon quand il crédite Michel Rocard d’avoir inventé le premier Accord de Matignon-Oudinot

Et d’abord, ne pas mélanger Canaques et Kanak (2).

 

 

MICHEL ROCARD N’A PAS ÉTÉ À L’ORIGINE DE L’ACCORD DE MATIGNON

C’est en fait un ami de Michel Rocard, à l’époque apiculteur travaillant pour Sipca International en Calédonie, qui lui a proposé l’idée suivante : dix ans de négociations entre les quatre groupes ethniques du Territoire, et pas deux, noirs et blanc, comme le croit le néo-wokiste Mélenchon.

1 – Les Canaques regroupent les Mélanésiens de la Grande terre, arrivés il y a trois mille ans environ, les Polyno-mélanésiens des îles Loyauté métis de Tongiens et Samoans, les Négritos-mélanésiens du nord – haute vallée du Diahot et archipel des Bélep qui sont le véritable « peuple premier » arrivé il y a environ 30 000 ans, ayant survécu au génocide qu’en firent les Canaques austronésiens venant des Nouvelles Hébrides via les Loyauté.

2 – Les Européens sont trois groupes culturels : Caldoches, Métropolitains et Anglo-saxons.

3 – Les Asiatiques :Vietnamiens et Indonésiens.

4 – Les Polynésiens : Wallisiens-Futuniens et Tahitiens.

Au bout des dix ans, les deux partis politiques des indépendantistes et des loyalistes devaient proposer à la population des Calédoniens leur conception de l’avenir pour la convaincre.
Soit des bienfaits de l’indépendance, soit de ceux de la solution française, départementalisation, état associé, fédéralisme ou autre.
Puis, selon la loi onusienne sur l’accession à l’indépendance des peuples à décoloniser, UN référendum tranchant définitivement du statut de la Nouvelle Calédonie.

Michel Rocard (ci-dessus avec Mitterrand) répondit à l’apiculteur : « L’idée est bonne, mais il faut convaincre Tjibaou et Lafleur (Jacques Lafleur, leader des loyalistes), vous vous en chargez« . L’apiculteur mit deux ans à rapprocher les deux leaders. Tjibaou disait de lui « c’est notre passerelle, j’ai besoin de lui« , Lafleur de son côté « Je l’engueule souvent, mais je reconnais que ses conseils sont bons« .
D’où leur  décision commune de négocier ce qui deviendra en 1988 l’Accord de Matignon-Oudinot et la fameuse poignée de mains.

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DIX ANS : ET AUCUN DES DEUX CAMPS N’A CHERCHÉ À CONVAINCRE L’AUTRE !

Mais dix ans plus tard, aucun des deux camps, deux et pas trois parce que les polyno-asiatiques ont rejoint les Européens pour rester français (3), aucun des deux n’ayant fait le moindre effort pour convaincre l’adversaire. Le référendum unique fut annulé.

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Au même moment émergeait un préfet socialiste très habile, Alain Christnacht (photo), qui sut convaincre les leaders politiques calédoniens des deux camps de la nécessité de recommencer des négociations en y consacrant vingt années de plus à négocier un avenir incertain entre la majorité pro-française des deux tiers de la population et la minorité indépendantiste d’un tiers.
Ce fut l’Accord de Nouméa.

Il devait se terminer par trois référendums successifs espacés de deux ans, en 2018, 2020 et 2022. Personne n’a pensé que le premier des trois étant largement gagné en 2018 par la majorité pro-française bien qu’elle ait été amputée de 20 %  de ses électeurs, en niant de façon éhontée la démocratie et le principe constitutionnel d’égalité dans l’électorat, la probabilité que les deux suivants soient gagnés par les indépendantistes était statistiquement quasi nulle.

Le FLNKS (Front de Libération Kanak Socialiste) a demandé, puis exigé, que le troisième soit avancé à 2021.
Il a eu lieu le 12 décembre dernier et démontre l’inutilité des deux premiers.
Le FLNKS a refusé d’y participer… alors que c’est lui qui avait demandé qu’il ait lieu « avant le 31 décembre 2021« .
Car il avait compris que, les Iles Loyauté ayant redécouvert – pendant les périodes de confinement – qu’elles ne pouvaient survivre qu’avec la France, avaient déserté le camp indépendantiste (sauf, peut-être, les jeunes les plus radicaux).

Mélenchon, dans sa grande ignorance de l’histoire et des mœurs canaques, invente une fable selon laquelle la cause de la désertion indépendantiste serait que « le peuple kanak était en deuil de ses 70 morts du Covid ».
Mais quel peuple, et en deuil de qui ?

Les trois groupes ethniques à peau noire que les Européens ont regroupé en « Canaques » se haïssaient copieusement et étaient en guerre quasi-permanente jusqu’à l’arrivée des Français. Ils ont des « coutumes » assez proches, mais influencées par leur origine negrito, polynésienne ou austronésienne. Pour les décès, les coutumes sont très voisines. Dans le cas d’un particulier, seule la famille et les amis proches pratiquent le deuil. Il n’y a de deuil collectif que pour un chef de tribu, ou un grand chef de district coutumier. Il y en eut dans l’histoire jusqu’à vingt huit, correspondant aux langues locales avec des coutumes variables.

Même pour le leader indépendantiste Tjibaou, assassiné à Ouvéa (Iles Loyauté) en 1988 par un kanak pasteur protestant devant une foule approbatrice qui n’intervint pas pour l’en empêcher alors que tous savaient qu’il avait un revolver dans son sac, il n’y eut pas de deuil global du peuple canaque dont plus du tiers est hostile à l’indépendance (3).

Il n’y a pas de « peuple kanak unanime pour demander l’indépendance » contrairement à ce que clame la presse et les personnalités de gauche en Métropole. 

QUEL AVENIR IMMÉDIAT ?

Dans l’immédiat proche, rien ne devrait se passer, les deux parties semblant d’accord pour attendre le résultat de l’élection présidentielle avant de recommencer des négociations. Les uns espèrent une victoire de Zemmour ou de Pécresse, les autres de Mélenchon ou Taubira. À moins que les indépendantistes ne décident, sur le conseil de l’extrême gauche française, de relancer des exactions terroristes, mais en l’état actuel de la situation, c’est très peu probable, l’Élysée ne voulant pas de crise avant l’élection présidentielle.

En attendant, les indépendantistes, sur la recommandation d’un de leurs conseillers socialo-communistes en Calédonie, tentent d’obtenir l’annulation du troisième référendum du 12 décembre.
Le prétexte est que le gouvernement français n’a pas obtempéré à leur injonction de dernière minute de le reporter en 2022.
Les cibles recours sont l’ONU et le Conseil d’État.

blankRock Wamytan, indépendantiste, président de l’Assemblée Territoriale

Le premier à ouvrir le feu est le Parti de Libération Kanak, le Palika. Il annonce avoir déposé mercredi dernier 22 décembre un recours devant le Conseil d’Etat pour contester le référendum du 12 décembre sur l’autodétermination de l’archipel français.
« Les conditions d’organisation du scrutin ont altéré la sincérité de la consultation », dit-il, en ajoutant qu’il parle au nom de l’UNI, Union Nationale pour l’Indépendance.

L’APPEL AU CONSEIL D’ÉTAT PEUT-IL RÉUSSIR ?

Le Conseil d’État est présidé par un haut fonctionnaire issu de l’ENA, réputé discipliné malgré le statut d’indépendance du Conseil d’État. Il a déjà montré qu’il a une forte propension à suivre les directives en provenance de l’Elysée. Proche de la retraite, il ne prendra pas de risque et va très probablement attendre les instructions du chef de l’état, haut fonctionnaire et énarque comme lui.

Le Palika reprend l’argument de Mélenchon sur le deuil canaque. Il ignore sans doute l’article de Minurne pourtant aisément accessible sur Google quand on recherche « Nouvelle Calédonie, référendum« .
Donc tout le monde sait que l’argument du deuil canaque est une fumisterie.

De plus, le chef de l’État est consterné du fait que sa présidence provisoire de l’Europe est entachée par son incapacité à gérer cette demande d’indépendance si elle doit aboutir à livrer la Calédonie à la Chine. Celle-ci n’attend que ça pour voler le patrimoine minier de la Calédonie, y installer une base avec sous-marins nucléaires pour ensuite s’emparer de l’Australie d’abord et de la Nouvelle-Zélande ensuite, afin de les transformer en colonies de peuplement chinois.

Mais elle n’agira pas immédiatement ni aussi brutalement. Elle commencera par prêter des milliards de dollars à Kanaky (nom canaque de la Nouvelle Calédonie) puis, comme elle l’a fait pour de nombreux pays africains, lui demandera de rembourser. La Kanaky ne pourra pas, alors la Chine demandera en compensation des mines, des usines, l’exploitation du domaine maritime et, comme les pays d’Afrique, la Kanaky se retrouvera dans un semi-esclavage financier et colonie de peuplement chinois.

Une éventualité dont les USA, l’Angleterre, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Japon, les Philippines et de nombreux petits pays du Pacifique ne veulent pas entendre parler. Si le président Macron cède aux kanaks en acceptant leur demande, sa réputation internationale ne vaudra plus rien et ses chances de gagner la présidentielle en avril seront obérées.

L’APPEL À L’ONU PEUT-IL RÉUSSIR ?

Depuis les années 60 où imposer aux colonisateurs l’indépendance des pays colonisés qui la demandaient était la règle pour l’ONU, celle-ci a évolué en raison des nombreux échecs de pays fraichement décolonisés. Certains sont tombés dans la misère et nécessitent une aide financière quasi permanente. D’autres sont entrés dans des guerres civiles internes car la partie majoritaire de la population ne voulait pas de l’indépendance et s’est révoltée, avec parfois, comme au Vanuatu, l’appel à une intervention militaire étrangère, ou l’expulsion des réfractaires à l’indépendance. D’autres encore sont recolonisés rapidement par une puissance étrangère, comme la Papouasie occidentale par l’Indonésie, le Tibet, Hong Kong  et le Sud de la Mandchourie par la Chine qui vise maintenant Taïwan, etc.

L’ONU impose maintenant des conditions à l’accès à l’indépendance.

Cela est dû à la voracité de l’Indonésie qui dans les années 70 s’est précipitée sur les ex-colonies hollandaises et portugaises pour s’en emparer en faussant délibérément les votes aux référendums sur l’indépendance, comme en Papouasie occidentale.

La démocratie : La majorité de la population, c’est-à-dire tous ceux qui sont nés dans le pays, quelle que soit la couleur de leur peau, ou qui y étant présents depuis plus de deux ans, ayant investi et ayant un revenu financier ou un emploi, votent. La majorité emporte la décision, l’ONU après vérification l’entérine et la publie. La probabilité d’un succès kanak donc très faible puisqu’ils sont largement minoritaires.

La capacité à se gérer : En Nouvelle-Calédonie, un accord entre le gouvernement et les loyalistes a donné aux indépendantistes la présidence de l’Assemblée territoriale avec Mr Wamytan et celle du gouvernement avec Mr Mapou. Ont-ils bien géré ? De l’avis majoritaire des Calédoniens, c’est non.

La résistance aux tentatives de recolonisation : Là aussi, les indépendantistes, en cédant aux sirènes chinoises, ont montré qu’ils tomberont presqu’immédiatement sous la coupe de la Chine.

De plus, ayant travaillé récemment pour l’ONU, je peux témoigner que l’incompétence des visiteurs kanak commence à agacer sérieusement les autorités onusiennes, même si elles continuent à les accueillir courtoisement.

L’Imprécateur
27 décembre 2021

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1 : Exemples des erreurs de Mélenchon (les bêtises dites par Mélenchon sont en italique) :
La Calédonie est à environ 3 à 4 000 km de l’Australie. En fait, elle est à 1 800 km !
Les iles loyauté sont Maré, Tiga et Lifou. Ce sont Maré, Lifou et Ouvéa, Tiga est un ilot minuscule peuplé d’environ 150 habitants.
Au nord il y a une petite île, Bélep. Bélep est un archipel de quatre îles peuplées et d’ilots inhabités.
Les colons ont fait preuve d’une cruauté féroce envers les canaques qui s’est terminée par l’assassinat des deux leaders indépendantistes Jean-Marie Tjibaou et Yéwéné-Yéwéné. Ils ont en fait été abattus au revolver à Ouvéa par un pasteur luthérien kanak devant deux cent personnes toutes canaques dont pas une n’a levé le petit doigt pour arrêter le massacre. Il n’y avait pas un seul caldoche.

Par contre, pas un mot sur les écoles et les dispensaires dans les tribus, l’université, la durée de vie multipliée par trois grâce à l’amélioration de la santé, le gouvernement local et l’Assemblée territoriales présidés par des Kanak, leur niveau de vie de très loin le plus élevé du Pacifique, l’élite politique indépendantiste qui ne roule qu’en gros pickups 4×4 américains (comme Louis-Kotra Uregeï, président de la province Nord et du syndicat marxiste USTKE proche de LFI), ou en Porsche Macan comme la walkyrie indépendantiste Caroline Machoro… sans oublier les domiciles luxueux à Nouméa…

2 : On appelle les Mélanésiens de Calédonie « canaques  » ; seuls les indépendantistes du Front de Libération Kanak et Socialiste s’appellent « kanak », mot neutre qui ne se met ni au féminin ni au pluriel, depuis les années 70.

3 : Les Vietnamiens et les Indonésiens sont venus en Calédonie pour fuir le communisme ; ils ne veulent pas d’une indépendance socialiste. Les Polynésiens  sont conscients que sans la France qui paie tout, leurs archipels (Wallis-Futuna et les archipels polynésiens) seraient dans une grande misère.

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.Jacques Boutté
.Jacques Boutté
1 janvier 2022 7 h 53 min

La rébellion algérienne a débuté après la découverte de pétrole au Sahara . Si le Nickel vient à flamber ou qu’on trouve rentable d’exploiter les fonds marins (nodules polymétalliques) les appétits de nos voisins se réveilleront pour ce Cailloux . La Chine y voit de plus un immense lagon profond où loger la moitié de son immense armada. Nos chances d’avenir sont faibles

Dorylée
Dorylée
30 décembre 2021 22 h 27 min

L’intérêt de la France et des Calédoniens en général est que la Calédonie reste française. Mais c’est aussi vital pour tous les autres pays du Pacifique qui ne veulent pas succomber sous la pression chinoise. Même l’ONU en est convaincue !

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