L’ÉTAT ISLAMIQUE (EI) POUR LES NULS – 1ère partie – (par l’Imprécateur)

La plupart des Français ne comprennent pas, et ils ont raison, le langage des gens qui nous gouvernent. Ils parlent de « guerre« , de « terroristes« , de « barbares » d’un côté ; et de l’autre, ils se comportent comme s’ils étaient leurs alliés : pas de mesures efficaces pour les arrêter, maintien de l’immigration non contrôlée, etc. D’autant que les penseurs politiques, les militaires ou les philosophes signalent depuis longtemps le danger mortel qu’est l’islam pour un état laïc et démocratique : Montaigne, Bossuet, Chateaubriand, Condorcet, Voltaire, Tocqueville, Vigny, de Gaulle et bien d’autres (voir l’article « Pensées sur l’Islam« ).

Restons dans les penseurs modernes, dont deux donnent une explication à ce comportement étrange, paradoxal et extrêmement risqué (mais ça, nos dirigeants ne le comprennent pas).

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Après que de Gaulle eût justifié son lâchage des Pieds Noirs et des Harkis en expliquant que la démographie et le taux de natalité algériens auraient fait que l’Assemblée nationale serait vite devenue  à majorité musulmane et que Colombey-les-deux-églises se serait bientôt appelée Colombey-les-deux-mosquées, Malraux avait dit que oui, mais « Politiquement, l’unité de l’Europe est une utopie : il faudrait un ennemi commun pour réaliser cette unité et le seul ennemi commun qui existe est l’islam« .
La leçon a été retenue à l’ENA, qui l’enseigne à ses élèves et auditeurs.

Le philosophe italien Umberto Eco a expliqué ce besoin d’un ennemi commun et comment le construire (1). J’ai récemment raconté pourquoi les entités obscures et plus ou moins secrètes qui prétendent gouverner le monde sous tutelle américaine avaient empêché le général Patton de profiter de l’épuisement de l’armée soviétique en 1945 pour aller éradiquer le communisme jusqu’à Moscou. Ceci afin de provoquer dans les peuples occidentaux une prise de conscience de la nécessité d’une Europe unie en lui donnant un ennemi commun : le communisme, incarné dans l’Union Soviétique, pourvoyeur d’oppression et de misère. Eco dit que les Etats-Unis avaient eux-mêmes besoin d’un ennemi commun, les Soviétiques, et que leur effondrement symbolisé par la chute du mur de Berlin les en a privé, d’où la nécessité d’un nouvel ennemi commun suffisamment incompréhensible et cruel, l’islam salafiste.

Ben Laden, pourtant un pur produit de l’éducation américaine et de la CIA, a servi d’amorce au processus. Al Qaïda reculant après vingt années de bons et loyaux services et Ben Laden tué, l’éclosion de l’EI a été favorisée sous prétexte de la cruauté de Bachar el Assad, pourtant défenseur de la laïcité et protecteur des minorités religieuses aujourd’hui exterminées par Al Nosra (les copains de Fabius) et l’EI.
Bachar el Assad ayant su résister, aidé par les Russes, et l’EI reculant à son tour, l’OTAN, bras armé des Etats-Unis, réveille l’ennemi précédent, l’Union soviétique devenue Russie. Haro sur Poutine ! Mais en Europe, pour le moment, le départ annoncé des Anglais crée la menace d’une dislocation du continent qui serait fatale à toute l’oligarchie ploutocrate qui le dirige, il faut donc absolument ressouder les peuples européens avec l’ennemi commun que désignait Malraux : l’Islam.

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La difficulté est de jouer la partie en finesse : à la fois favoriser l’implantation de l’islam et de ses tueurs pour terroriser et contraindre les peuples européens à se ressouder comme le font les moutons quand ils sentent le loup; et en même temps les condamner dans des déclarations martiales assorties de mesures mi-figue mi-raisin pour faire croire que le gouvernement agit contre ce qu’il favorise et chérit par ailleurs.

Le problème de la gauche française (mais américaine aussi, Obama parle beaucoup mieux mais n’est ni plus compétent ni plus intelligent que Hollande), c’est que ses intellectuels fatigués de tricher passent à droite et même quand ils disent ne pas le faire, comme Michel Onfray, ne se gênent plus pour critiquer et dire ce qu’ils pensent de cette clique de magouilleurs antinationaux qui se sont organisés en bande pour prendre le pouvoir et racketter les peuples européens.

La difficulté devient encore plus grande quand il n’est plus possible de prendre l’ennemi commun en bloc, comme autrefois « les Anglais », puis « les Allemands » salis en « prussiens », puis « boches » en 14-18, en « nazis » en 39-45 alors que tous les Allemands n’étaient pas nazis, que plusieurs ont même été reconnus « Justes » par les Israéliens. Mais si l’on voulait pouvoir bombarder sereinement et sans remords (Dresde, etc.) il fallait bombarder « les nazis » et pas seulement ceux qui l’étaient vraiment.

Au début de l’invasion islamiste, nos dirigeants ont tenté de faire passer un message disant que tous les musulmans étaient des « chances pour la France » et l’islam « une religion de tolérance, d’amour et de paix« . Et puis la réalité des attentats en gravité et nombre croissant s’est imposée et les a obligés à scinder le bloc musulman en « musulmans modérés » et une « minorité » de « loups solitaires« , « psychologiquement faibles« , « radicalisés » (à l’insu de leur plein gré !), « mauvais musulmans » et même « c’est pas l’islam« .
Seulement, il est apparu que ces pauvres types préméditent soigneusement leurs carnages, que tous, à de rares exceptions près, font partie de réseaux structurés liés à l’EI d’une manière ou d’une autre, que leurs actions sont si bien montées qu’elles prennent chaque fois de court les autorités si sûres d’elles et des mesures qu’elles ont annoncées et parfois prises.

Alors le vocabulaire officiel (les » éléments de langage« ) a évolué, on parle maintenant de « terroristes » et de « barbares« , sans toujours bien réaliser ce que le terme de « barbare », qu’utilisaient déjà les Romains pour désigner les peuples qui les envahissaient et qu’ils tentèrent en vain d’assimiler en leur donnant terres, revenus et titres, a de péjoratif et de raciste. Car de tous temps, le barbare est barbu, laid, stupide, vicieux, jargonne et pue.

De plus, on trouve toujours un personnage pour l’incarner. Pour Orwell dans 1984, c’est Emmanuel Goldstein, « traître fondamental« , « profanateur de la pureté du Parti« , saboteur, déviationniste, hérétique. Pour Staline, c’était Trotski, pour les Etats-Unis, Ben Laden, pour les antisémites, LE juif, pour notre classe politique c’est « Daesch » qu’ils prononcent « Dash » qui sonne comme « boche » et sont à peu près les seuls à appeler ainsi, le reste du monde préférant EIIL(Etat Islamique en Irak et au Levant ou EI (Etat Islamique).

Mais reconnaître que c’est un état et qu’il est islamique, donc musulman, leur « arracherait la gueule » alors qu’ils veulent nous convaincre que ce n’est qu’un ramassis de dingues, cruels, barbares et amoraux qui n’ont rien à voir avec l’islam, dont on va se débarrasser en les bombardant, ce qui est une fumisterie. Et là ils posent sans le vouloir la question fondamentale à laquelle dans leur ignorance ils son bien incapables de répondre : qu’est EI, qui est Abou Bakr el Baghdadi, qui sont les salafistes, est-ce l’islam réel et que veut-il ?

L’Imprécateur

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1 : Umberto Eco : Construire l’ennemi, éd. Grasset

Lire en cliquant ICI la 2ème partie de cet article

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